VJ PREFACE
l'approbation et de la sympathie que, grâce à eux sans doute, me porta bientôt un public trop bienveillant.
« Je souffrais, je pleurais , on a plaint ma tristesse, « L'on a pris pour des chants les cris d'un cœur brisé. »
Il est bien difficile de se juger soi-même, j'ai accueilli la même illusion. Elle durait encore, cette illusion, il y a quelques semaines , lorsque j*ai livré à l'impression ces pages mélancoliques; elle est évanouie aujourd'hui. Mes vers et ma prose imprimés me semblent refroidis et décolorés; et c'est avec une juste et bien grande défiance que je les soumets à de nouveaux juges. Mais après tout, de quoi vais-je me préoccuper? Imprimer un ouvrage en France , ce n'est point le publier, lorsque l'auteur est aussi obscur que je le suis, Pour être symétriquement couchés dans ces feuillets immobiles , blancs , froids comme un suaire , ces pauvres enfans de l'exil n'en dormiront que mieux et plus paisiblement. Si jamais ils avaient fait le moindre
PKEFACE. Vlj
bruit dans quelque cercle d'amis bienveillans , on dirait à bon droit à l'auteur :
« Imprimez-les vos vers, et qu'on n'en parle plus » (1).
Je me persuade donc que le blâme ne les dédaignera pas moins que la louange, et, parfaitement rassurée à cet égard, je prends plaisir à penser, que s'il est nul pour le public , ce petit volume , du moins sera lu avec indulgence par un petit nombre de personnes qui ont de l'amitié pour moi, avec attendrissement par celles à qui mon cœur le dédie.
(1) M. deLatouche.
Qu'importe que toujours le oiel brille en ces lieux Qu'aux feux d'un soleil pur chaque saison renaisse? Pour l'âme qu'à toute heure un long chagrin oppresse , Tout est froid , tout est mort , tout est silencieux. Le Foter étf.in t.