SUR SON POEME DE CAMOENS
Du chantre de Gama , chantre mélodieux , Que ta voix a d'éclat! que ton luth est sublime ! Sans doute à tes accens, tressaille et se ranime
Consolé , radieux , Le barde méconnu , d'un siècle ingrat , victime , Le grand homme vengé par tes chants glorieux.
Dis , quand la nuit endort les vains bruits de la terre Dans le temple désert as-tu porté des vœux ? Du tombeau délaissé la lourde et froide pierre
S'ouvrit-elle à tes yeux?
Un chant sublime et doux , grave et mystérieux Sondain, a-t-il vibré clans la nef solitaire?
Un souffle a-t-il passé comme un éclair brûlant . Sur ton front palissant d'une terreur divine ? As-tu senti , dis- moi , haleter ta poitrine ?
Fuir ton genou tremblant ! As-tu , comme celui qu'un songe ardent fascine , Vu des feux se croiser dans l'air étincelant?
Est-il venu vers toi sur la nuée ombreuse?
Sur le char embrasé qui porte le soleil ?
Ou dans la sainte horreur de la nuit ténébreuse ,
Quand fuyant le sommeil , Tu chantais, attendant l'aurore au front vermeil Ou suivant dans son cours l'étoile lumineuse?
Planez d'un vol égal aux séjours éthérés Aigles ! allez de front sur vos ailes géantes ! Dites vos fiers aïeux au noir cap des tourmentes ;
Bardes , vos chants sacrés S'envoleront plus loin que leurs nefs triomphantes Ces nefs qu'un Dieu porta sur les flots azurés?
Astres d'un même ciel , vos harpes immortelles Eclairent ces beaux lieux comme un phare éclatant ; Des fabuleux gémeaux , tels les astres fidèles
Brillent au firmament.
Vos fronts sont couronnés de palmes fraternelles , Même encens vous est dû , même autel vous attend