LE CHATEAU DES MAURES
Monts qui sourcillez dans les nues , Monts au front chauve et menaçant , Que j'aime à voir vos cimes nues , i eintes des derniers feux du soleil pâlissant !
Déjà , voilés d'une ombre obscure , Bercés par les doux bruits des eaux , A vos pieds ces rians hameaux Dorment enveloppés d'un rideau de verdure.
Quels ravissans tableaux déroulés à mes yeux! J'aime ces pics brisés en noire dentelure - Et ces chênes altiers , du mont riche ceinture , Sombre manteau jeté sur ses flancs caverneux !
Et le pin s' élançant de la roche anguleuse , Panache verdoyant qu'agite l'aquilon , Et le saule éploré, dans le creux du vallon, Balançant sur les eaux sa tête gracieuse ;
Et ces brillantes rieurs , ces cysthes odorans ,
Qui sur le velours des prairies ,
Eblouissantes broderies , Mêlent le pourpre et l'or de leurs boutons naissans.
Et sur le haut plateau les vieilles tours mauresques Dont l'arbre aux longs rameaux couvre les arabesques Nobles débris peuplés par la tradition Qui sait parer l'histoire avec la fiction!
Muse des vieux récits , des riantes féeries ! Nous reviendrons peut-être errer sous ces arceaux ; Rêver d'amour, de gloire et de chevalerie , Ouïr le vent des nuits sifflant dans les créneaux.
Tu me diras les preux et leurs grands coups de lance Les vengeurs de la croix , les guerriers musulmans , Et le royal captif et sa longue souffrance , Et la blanche odalisque et les noirs nécromans.
Monts al tiers! frais vallons! Cintra, belle retraite , Qu'il doit t'aimer celui qui naquit en ton sein ! Mais moi , partout j'appelle et partout je regrette Un bord cher et lointain.
Mon cœur peut un instant s'enivrer de tes charmes Mais non se détacher de mon premier séjour, Mon rapide sourire est noyé dans mes larmes ; On n'a qu'une patrie , une mère , un amour !
Devant un souvenir, ces beaux lieux se flétrissent. Mais sur l'étroit sentier les ombres s'épaississent , Le ciel s'est abaissé , l'horizon s'est restreint , Du roc qu'il embrasait , le jour fuit et s'éteint.
A cette heure pensive où s'endort la nature, Quand la nuit jette aux cieux ses voiles de saphi Quand le saule , agitant sa pâle chevelure , A la brise du soir répond par des soupirs ,
Lorsque du doux ramier la compagne sauvage Au fond des bois émus , gémit plus tendrement Fontaine des amours , fontaine au frais rivage • Vers toi je reviens lentement !
Que ton cristal est pur, ta rive parfumée ,
Ton murmure mélodieux !
Que d'ombre et de fraîcheur ! Sur la mousse embaumée Qu'il est doux d'imprimer son pas silencieux !
Onde chère au malheur, chère à la rêverie , Tu semblés murmurer les noms qu'aime le cœur. Ton bruit plaintif émeut comme une voix qui prie , Comme un chant grave et doux qui berce la douleur
Tu ranimes les fleurs , la verdure flétrie ,
L'oiseau qui sur tes bords s'abat faible et mourant ;
Ranime aussi ma frêle vie ,
Apaise ce cœur délirant !
Vains et profanes vœux ! l'onde immortelle et pure Qui seule peut des cœurs amortir la blessure , Seule étancher ma soif, seule combler mes vœux , Elle ne coule point en ces terrestres lieux.
Fais la jaillir, mon Dieu, pour l'âme que dévore Cette soif d'un honneur qui n'est point d'ici-bas! Toujours, partout, sans fin, mon cœur navré t'implore; Il souffre et te bénit ; ne le rejette pas !