SUR LA MORT DE WALTER SCOTT
De Scott et d'Ossian poétique patrie , Terre aux chefs belliqueux , aux souvenirs touchans Noble Hellade du nord , par tes enfans chérie , Pleure , car ton Homère a dit ses derniers chants ! Ce sceptre s'est brisé , cette lyre est muette. Pepuis quelques instans , se taisait le poète. . . Soudain , comme d'un luth au saule suspendu ,
Dans l'ombre quelquefois, un son inattendu
S'exhale , détaché par la brise plaintive ,
Une voix s'entendit suave , fugitive ;
On recueillit un chant triste , mélodieux. . . (1)
C'était le chant du cygne et ses derniers adieux.
Pleure , Athènes du nord ! Pleure , Calédonie !
Lacs aux flots bleus, vieux monts, manoirs aux sombres tours!
Il a plané sur vous cet étonnant génie ;
I] vous a repeuplés comme en vos premiers jours.
Et retrouvant dans chaque pierre Une histoire touchante , un noble souvenir , A la tombe ignorée , un donjon solitaire , Au vieux champ de bataille il a dit de s'ouvrir. D'un souffle il anima la plus froide poussière, Chaque siècle , à sa voix , tour-à-tour se leva . Sous leurs pesans auberts, sous leurs lourdes armures, Parurent ces Douglas , imposantes figures ; Chacun de ces guerriers à son tour arriva. Plus sauvage et plus doux, plus beau, plus fier encore, C'est Ivor agitant sa brillante claimore. (2)
1) La dernière baliade de Scott, deux jours avant sa mort. (2) Sabre écossais.
Voyez son plaid (1) qui flotte au gré de l'aquilon ! Une harpe frémit au détour du vallon. . . Arrêtez , écoutez la douce voix de Flore ! (2) Historiques portraits , aimables fictions , Légendes des vieux temps , simples traditions , Ah ! toujours vous plairez à toute âme souffrante Qui fuit un monde ingrat dont le bruit l'épouvante. Poètes ! que pour moi vos entretiens sont doux ! Qu'avec transport toujours je revole vers vous ! Comme un nectar divin je goûte vos mensonges, Oubliant l'univers pour vivre avec mes songes. Mais puis , comme le cœur frémit désabusé Quand sur ce monde aride il retombe brisé ! Quand le rêve est fini , quand s'éteint l'espérance , Qu'on retrouve sa part de vulgaires ennuis ; Ciel ! avec quel dégoût on reprend l'existence , Cette existence amère et ses amers soucis ! Cet abandon , ce poids sous lequel on succombe , Ce vide affreux d'un cœur plus désert que la tombe Tu les connus , Byron ! Tel qu'un sombre ouragan ,
[1] Manteau écossais.
(2) Flora Mac-Ivor.
Tu volais pour te fuir , de rivage en rivage , Tes accens s'unissaient aux sanglots de l'orage ; Ton âme te brûlait comme un feu dévorant.
Comme l'ange de la tempête ,
S'envola cette âme inquiète.
Quel objet , quel bonheur appelaient tes désirs ( Puisses-tu les trouver après tant de soupirs ! Mais plus heureux fut Scott : son âme moins ardente Laissa couler sa vie au sein d'un doux repos, Ses jours furent nombreux ; sa voix moins éclatante
Peut-être a laissé plus d'échos.