‹ Au bord du TageChapitre 17 sur 49 · LE COUVENT DE LIEGE · texte numérisé non relu

LE COUVENT DE LIEGE

Là-bas , sur ces coteaux , où la roche sauvage De verdoyans lauriers et de chênes s'ombrage, Où de buis entourée , une humble croix surgit Où le liège s'étend sur l'aride granit.

Voilé d'ombre et de paix, on aperçoit l'asile Où des amis de Dieu la vie humble et tranquille,

Les jours pauvres et pénitens , Coulent simples et purs, libres d'inquiétudes, Comme un fleuve qui roule au sein des solitudes

L'azur de ses flots transparens.

Aux flancs béans du mont , dominant la tempête , Voyez la grotte obscure où dort l'anachorète, Comme l'aigle en son aire aux rochers suspendu ! . Là , nul bruit d'ici-bas , des saints n'est entendu.

Approchons. Ouvrez -vous, ô rustique retraite , Ouvrez-vous ! C'est le jour d'allégresse et de fête Où de gais pèlerins le couvent visité, Présente à tous le pain de l'hospitalité.

Frères , le temple agreste aujourd'hui doit paraître Dans tout l'humble appareil de sa pompe champêtre Parfums de l'encensoir, bruit de l'airain sacré , Hâtez-vous de monter vers le ciel azuré !

Prêtres saints, bénissez la foule prosternée? Parais au milieu d'eux , toi leur chef vénéré ? Viens de tes cent hivers la tête couronnée , Avec tes yeux éteints et ton front inspiré ?

Mais quoi! Tout est désert, muet comme la tombe ! Plus d'encens, plus d'autel, plus d'hymnes au seigneur Rien que le filet d'eau qui murmure et qui tombe . Dans le bassin de mousse , où surnage une fleur !

On voit encore épars dans l'antre au sol humide Les débris de la croix de larmes arrosés; On voit les durs cailloux par les genoux usés. . . . C'est là qu'ils avaient fui loin d'un monde perfide.

Pour oublier la vie et méditer la mort ,

Là, s' arrêtant une heure avant d'entrer au port ,

Ils jetaient un regard sur nos longues misères

Puis, frappant leur poitrine, ils priaient pour leurs frères.

Mais l'humble cénobite D'une terre maudite , En vain s'est écarté;

En vain contre la foule , Flot qui tonne et qui roule Son front s'est abrité.

L'ouragan dans sa rage Souffla sur ce rivage ; 11 a tout emporté !

Mais moi , j'aime à rêver sur la sainte ruine ; Je gémis avec vous , brises de la colline ! Mêlant à vos soupirs un chant religieux , Je me plais , et m'égare et m'oublie en ces lieux

Grand Dieu ! quand de tes saints je pleure ici l'absence, Je te trouve : mon cœur a senti ta présence. Tout me redit ton nom; le mont , l'antre béant. . . Oui, ton immensité plane sur ce néant !

L'arbre tombe aussi bien que la feuille séchée Et de débris divers cette enceinte est jonchée ; J'y foule le palais , l'ermitage des bois , La houlette du pâtre et le sceptre des rois!

Salut modeste croix qu'un apôtre a touchée ! Salut d'Honorius , tombe aux regards cachée ! Salut nom révéré ! touchante inscription , Que tu fais en mon cœur naître d'émotion !

Les bras tendus au ciel , en te lisant , on pleure; Cette fosse où l'on entre en rampant sur le seuil Où l'œil à peine voit la place d'un cercueil Trente ans, divin martyr, elle fut ta demeure;

Trente ans , tu louas Dieu du fond de ce tombeau. Holocauste éternel , ardent et pur flambeau , L'amour en longs soupirs s'élançait de ton âme, Comme d'un saint foyer, partent des jets de flamme.

Salut , enclos désert , et vous cloche sans voix :' Echos qui m'apportez les chants lointains du pâtre '. Clair ruisseau qui bondis de la brèche grisâtre ! Graminée attachée en festons sur les toits !

Salut vaste horizon que l'Océan termine ! Rivage au sable d'or où le flot vient mourir ! Rochers de l'Occident qu'un ciel de feu domine ', Ondoyantes forêts qu'au loin j'entends frémir!

Monts altiers ! frais vallons ! belle et calme retraite Douce splendeur du soir ! divine horreur des bois ! Présens de l'éternel , saint amour du poète , Vous que j'ose chanter avec ma faible voix ,

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Eveillez les concerts qui dorment dans mon âme ! Soutenez ma faiblesse, inspirez ma douleur ! Comme en frappant le fer on fait jaillir la flamme, Ah ! fût-ce en l'écrasant , faites vibrer mon cœur !

Car, me dit-on, le sort qui dans sa main me broie A mes vers , à mes pleurs , doit un jour s'adoucir ; Tel l'oiseleur aux cris de sa mourante proie , Rouvre un réseau fatal , se laissant attendrir.

Car il faut que je chante et que ma voix brisée Amollisse les cœurs que glace un dur oubli ; Qu'en lisant de mes pleurs cette page arrosée Tout œil indifférent de larmes soit rempli;

Car mon aile débile au-dessus du nuage Doit m'emporter, rasant le grand dôme étoile, Et ma main doit ravir un mystique feuillage Au mont inaccessible et de vapeurs voilé .

Et je le cherche ! . . . errante aux sourcilleuses cimes. Où la foudre s'allume , où bondit le chamois , Où l'aigle au vol puissant plane sur les abîmes J'ose élever mes pas et ma tremblante voix.

Tel , sur les flots vengeurs ; pâle linceul du monde , Planait l'oiseau craintif, qui de l'arche banni , Solitaire, cherchait, entre le ciel et l'onde. Un point où se poser .... un feuillage béni ! . . .

O rameau du poète ! ô palme glorieuse! Quand pourrai-je aborder la plage où tu fleuris? Saint rameau ! ne fuis plus ma main victorieuse ; Abrite au sol natal mes jours long-temps proscrits

Gémis, voix de mon cœur, espoir de ma tristesse Lyre où palpitent mes douleurs !

Jouet de mon enfance , amour de ma jeunesse , Rends une patrie à mes pleurs !

Comme un parfum qui vole avec la brise errante Cherche et trouve la fleur des lointaines amours , Ah ! que ce chant plaintif, parfum de l'âme absente Parvienne au bord chéri qu'elle appelle toujours !

Tu les liras , ces vers , ô ma première amie ,

Toi dont la douce image en tout lieu suit mes pas ;

Tu les liras ces vers que mon cœur te dédie ,

Toi que ce cœur implore et qu'il nomme tout bas !

Oh ! pense , pense , amie , à la pauvre exilée , Qui se consume au loin en regrets superflus; Du nom chéri de sœur , toi qui m'as appelée , Pense à moi comme on rêve à ceux qui ne sont plus !

On m'accueille pourtant sur ]a lointaine rive, De bienveillantes mains pressent ma main craintive , Aux accens de mon cœur, plus d'un cœur s'est ému , A ma timide voix des voix ont répondu.

Comme on demande l'ombre au pin de la colline, Les boutons parfumés à la blanche aubépine, Les pampres au coteau , les blonds épis aux champs A ma lyre étrangère, on demande des chants. . .

Au rameau que le fer a séparé de l'arbre ,

Dit- on de refleurir l Dit-on au grain perdu de germer sur le marbre Loin du sol adoré qui devait le nourrir ?

Quand le chêne aux frimas a livré sa couronne , A la feuille des bois que dessécha l'automne , Que les pas ont froissée et qu'emportent les vents , Dit-on de reverdir comme aux jours du printemps ?

Ne suis-je pas la branche à sa tige arrachée? Le grain mort et broyé sous des pas destructeurs? La feuille que le vent de l'arbre a détachée? . . . O vous qui m'accueillez , pardonnez à mes pleurs !

Pardonnez si toujours , baissant mes yeux rêveurs Je ne puis ni chanter ni sourire à vos fêtes ; Fleur d'un bord orageux que bercent les tempêtes Sous votre doux soleil , je végète je meurs !

Mais que ce dernier chant ne soit pas une plainte ,

Un murmure séditieux !

Dieu, ne le souffre pas! . . De ma voix presque éteinte, Ah ! que le dernier cri monte encor vers les cieux !

Qu'à bénir ton saint nom ma lyre accoutumée ,

Te loue encor en se brisant !

Que la mort en glaçant ma lèvre inanimée Y trouve une prière , humble et pieux accent !

Mais si d'un cœur soumis la misère te touche , Dieu , rends le sol natal à ce cœur désolé ! Que j'y pose mon front ! que j 'y cole ma bouche ! Que l'oiseau voyageur au nid soit rappelé !

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