FRAGMENT TRAI-UIT DU PORTUGAIS
O brillant soleil ! reflet et symbole de la splendeur éternelle ! oui, tu es son image; et le barde inspiré croit voir dans ta masse étincelante le siège de son trône sublime. O parfait emblème d'une bonté suprême! ta flamme ardente et pure éclaire l'univers. A ton aspect divin , le chaos fuit. Tous les êtres sont ranimés par ta vivifiante chaleur. Elle purifie tous les élémens. Oui,
de l'universel architecte , tu me semblés l'image auguste et le plus étonnant ouvrage. Tu dardes tes rayons jusqu'aux bornes les plus reculées de l'espace. Tu reposes sur les airs diaphanes, tu remplis les vastes océans, tu atteins les limites du ciel. Ta chaleur fécondante est le principe des richesses annuelles que la terre nous offre. Tu lui fais mille dons et tu n'en reçois aucun. La nature languissante se ranime quand tu repousses l'hiver dans les antres glacés du pôle ; elle se ranime , et sur son sein rajeuni , le printemps descend entouré d'une rose nuée. La sève amortie sent ton influence et s'agite dans les végétaux. Les arbres, les plantes, les fleurs, bourgeonnent et renaissent. Tu ressembles à l'être suprême , de lui-même principe , qui se nourrit de sa propre substance. Tes feux se répandent de toutes parts , et tes dons continuels ne diminuent ni ta force toujours égale ni ta masse éternelle. Tu brilles en ce jour, à cette heure, aussi complet , aussi éclatant que tu brillas au jour et à l'heure où tu sortis du ténébreux néant et accourus rapide à la voix qui t'appelait à l'existence. Tu relèves (si j'en crois ma vue) , tu relèves ton front sublime , et longeant des horizons en-
flammés , tu parcours , mais sans franchir les tropiques, des cieux toujours variés.
Le jour et la nuit ont une voix infatigable qui sans cesse publie les sages lois du créateur ; la création entière écoute cette voix et suit ces lois divines. Cette voix , tu l'entends , ô soleil ; tu sais où tu dois aujourd'hui guider ton char rapide , où tu dois le guider demain; jamais ses brûlantes roues ne franchissent la borne immuable qui doit les arrêter. Quand il touche cette borne , le char lumineux recule et revient vers le pôle opposé. Au milieu du liquide éther, il sent la main régulatrice qui , ferme , le conduit dans sa route invariable, dans la brillante étendue de l'écliptique. Depuis des siècles il la suit , toujours le même , et sa clarté toujours nouvelle brille encore sans tache , sans ombre , sans affaiblissement.
C'est ainsi que te voient mes yeux, mais mon esprit, instruit par les calculs et les méditations des sages, t'approche, ô soleil, pour arrêter ta marche supposée, pour te voir immobile, masse embrasée, océan immense de feux.. .
Le globe sombre du froid Saturne et l'anneau bril-
lant qui l'entoure et le surmonte, les lointaines lunes qui dans un mouvement continuel , brillent à une immense distance comme la nôtre brille ici, sentent, ô soleil , la loi de ton attraction , comme ils la sentirent dès l'instant où la parole divine les fit surgir du néant. Le déluge ardent de tes flammes, Dieu t'ordonna de le faire étinceler au quatrième jour de la création ; ce fut la lumière immortelle de ce pompeux tableau. Il ne s'épuise jamais le volcan de feux ondoyans qui sans cesse s'agite autour de ton axe, ô grand astre central , matière inépuisable que sans cesse renouvelle la main de l'éternel.