RÉPONSE A UNE EPITRE
Tu veux , ô maître de la lyre , Que je retouche tes beaux vers :
Quoi ! le faible ramier qui , dans les bois soupire Doit-il apprendre à l'aigle à planer dans les airs?
L'arbrisseau qui s'incline et qui penche sur l'herbe Ses rameaux éplorés , Soutient-il le chêne superbe Qui va cacher son front dans les cieux azurés?
Moi , je suis le ramier de la verte saulée , Mon chant n'est qu'un soupir :
Doux roseau , je m'abrite au fond de la vallée , Tout vent me fait frémir.
Et toi barde inspiré , nouveau cygne du Tage ! Toi que le ciel regarde avec des yeux d'amour, Ta gloire illustrera le fortuné rivage Où tu reçus le jour.
La lyre harmonieuse au burin de l'histoire
Est unie en ta main, Des temps qui ne sont plus tu nous rends la mémoire Tout s'anime à ta voix comme au verbe divin.
Chante ! ta voix est douce à toute âme blessée Qu'attriste un amer souvenir;
Ravie , en t' écoutant , vers le ciel élancée , Elle appelle et contemple un meilleur avenir !
Charme de l'existence , ô sainte poésie !
Que je te dois d'encens , que je te dois d'amour !
Tu jettes bien des fleurs sur ma pénible vie ,
Grâce à toi , dans ma nuit, a lui plus d'un beau jour.
C'est à vous , ô mes vers , à toi mon humble lyre , Que je dois ces amis que j'apprends à chérir, Leur gracieux accueil , leur bienveillant sourire , Leurs hymnes qu'ils daignent m' offrir !
Lisbonne, décembre 183 9.