‹ Au bord du TageChapitre 36 sur 49 · REPONSE · texte numérisé non relu

REPONSE

DE M. DE CASTILHO.

Au milieu de ce bruit d'un éternel orage , Quand le monde grandit vers un pôle inconnu Comme le cèdre altier au haut d'un mont sauvage Par les vents opposés croît toujours soutenu;

Quand un siècle géant , sur une terre impie , Va de son pied d'airain broyant les temps passés Et qu'on n'entend plus rien que la confuse orgie Des égoïsmes insensés ;

Quelle est cette voix solitaire Qui pleine d'amour et de foi , Comme un beau rêve sur la terre A daigné descendre sur moi?

Oiseau qui te caches dans l'ombre Je te devine à ta douceur ; Sors pour moi de ta grotte sombre, Esprit dont mon âme est la sœur !

Pourquoi , timide violette, Te cacher sous l'épais gazon?

Viens ! ton oiseau , c'est le poète ; L'heure d'aimer c'est ta saison.

Tous deux nous chantons des prières Baume divin des cœurs souffrans ; Notre Dieu, nos berceaux, nos mères Reçoivent toujours notre encens.

Par la mort , pour nous rien ne tombe Dans ce néant cher aux pervers ; Tous deux nous avons pour la tombe Des entretiens , des pleurs , des vers.

Dieu mit en nous sa poésie Comme une secrète onction Qui préservât notre humble vie De l' affreuse destruction.

Cygne plaintif au blanc plumage Que la mort atteint de son trait , Pourquoi gémir sous ton ombrage Où nul écho ne te distrait?

Viens , j'ai souffert, j'ai la voix douce Viens que je berce ta douleur.

Dans la pitié , doux nid de mousse , On dort sans rêver de malheur.

Et quand les lieux de ton jeune âge.

Enivreront ton cœur guéri, A tes amis, dans cette page, Montre le nom de ton ami.

Page 150

A MADAME DE CASTILHO.

Je chanterai pour toi , compagne du poète ! Ange au pieux amour, au front noble et charmant Laisse-les pénétrer encor dans ta retraite , Ces vers échos d'un cœur aimant.

Plus doux est ton parler que les plus douces lyres. Dieu para tes vertus de talens enchanteurs. Ta bouche a , je le sais , d'angéliques sourires Charme des rêveuses douleurs.

Compagne du poète ! ah ! je t'aime et t'appelle. Quand l'étoile scintille en un ciel de saphir, Quand la fleur qui s'endort sur sa tige nouvelle , A livré ses parfums au souffle du zéphir ;

Quand le lierre embellit le chêne qu'il embrasse Quand la rose à côté du lis majestueux , Brille de son éclat et lui prête sa grâce; Alors mon cœur pense à vous deux.

O mon Dieu, dis-je alors, aux anges de la terre, Donne autant de bonheur qu'à tes anges du ciel ! Donne-leur un jour pur que nulle ombre n'altère Une coupe enchantée où déborde le miel !

Grâce à toi , grâce à toi dont la main bienveillante Traça sur le vélin des mots consolateurs ! Que le ciel , s'il se peut , à ma voix suppliante , Serre encor tes liens de fleurs !

Ces vers harmonieux que dicte un autre Homère , Qu'ils sont touchans transmis par ta pieuse main ! Des pleurs en les lisant ont mouillé ma paupière. Compagne du poète ! il est beau ton destin :

Ton nom comme ses chants vivra dans la mémoire Et ton saint dévoûment charmera l'avenir. Il te doit le bonheur, tu lui devras la gloire , Pourrait-on l'admirer et ne pas te bénir !

Lisbonne, décembre 1839.

Page 1