Père Duterire, vol. I, p
brave capitaine, qui mit à la voile dès le lendemain, laissant tout ce qu'il avait à Saint-Christophe à la discrétion de M. de Poincy, et qui les débarqua dans un port de France,
En arrivant à Paris, de Lafontaine et Camot dénoncèrent les excès dont ils avaient élé victimes, et en demandèrent réparation ; mais la compagnie ne pouvait rien contre M. de Poincy ni contre les autres gouverneurs, car ceux-ci étaient les véritables maîtres de ses établissements. En leur laissant un pouvoir absolu, pendant les jours difficiles, afin de se délivrer de toute dépense et de tout embarras, elle n'avait point réfléchi qu'ils garderaient immanquablement ce pouvoir après la réussite, et que la prospérité qui était leur ouvrage deviendrait leur
propriété. Divisée par les intrigues de ses seigneurs, toujours à court d'argent et de prudence, la Compagnie des îles de l'Amérique avait abdiqué la direction de ses colonies en les abandonnant aux efforts personnels de ses agents ; elle devait subir maintenant la conséquence de sa faiblesse et de son incapacité. Cette incapacité et cette faiblesse avaient du reste dépassé tout ce que l'on peut croire. Pour s'en faire une juste idée, il faut parcourir la verbeuse correspondance de M. Fouquet, et voir les lâches précautions, les misérables calculs auxquels l'entraîne son intérêt malentendu. S'agit-il, par exemple, de la nomination d'un gouverneur qui pourrait être mal reçu dans la colonie, la compagnie recommande expressément à ses commis de ne point se compromettre à le soutenir, d'établir des rapports, s'il est nécessaire, avec les séditieux qui se seraient emparés de l'île et qui y commanderaient; en un mot, « de ne rien dire ni de rien faire qui puisse attirer une inimitié préjudiciable aux intérêts de l'association *. »