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Espèce de sonnette fabriquée ayec une calebasse

Les pilotes ajoutèrent que les Brésiliens aimaient les Français plus qu'aucune autre nation; que beaucoup de Normands, jetés sur leurs côtes par le naufrage, vivaient dans leurs villages, et que ce serait pour les nouveaux colons des alliés et des interprètes.

Ces considérations décidèrent l'amiral. Il fit comprendre au roi «l'avantage qu'il y aurait à porter ainsi au loin le nom français, » obtint de lui deux bons vaisseaux * garnis d'artillerie, un hourquin plein de vivres, dix mille livres en argent, cî La Villegagnon partit du Havre-de-Grâce avec sa colonie protestante, le 12 juillet 1555.

Sa traversée fut ce qu'elle devait être à cette époque, une suite de contrariétés, de périls, de privations et de maladies. Avant la découverte de l'Amérique, la navigation n'avait été généralement qu'un cabotage restreint dans lequel les navires ne per^ daient de vue la terre que pendant quelques jours; aussi se faisait-elle facilement et sans grand danger,

i. Portant chacun deux cents tonneaux. C'étaient de grami» nayires pour l'époque.

LE BRESIL. — LA FLORIDE x?3

les moyens étaient proportionnés aux difficultés; mais la découverte de Colomb agrandit tout à coup, outre mesure, le cercle des excursions nautiques. Une marine, appropriée seulement aux courtes traversées, se trouva subitement lancée dans les longs voyages. Les ressources restaient les mêmes, et les obstacles avaient centuplé. Cette considération n'arrêta pourtant personne. A peine le pilote génois eut-il prouvé que l'on pouvait naviguer au loin avec les vaisseaux en usage, que toutes les nations lancèrent leurs navires sur la grande mer. Noble et heureux génie de la race humaine, qui lui fait dédaigner les difficultés d'une chose pourvu qu'un exemple la montre possible ! Ce qu'un homme fait, tous Fessaient sans crainte; il semble que l'audace ne soit nécessaire qu'au premier.

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Du reste, les récits de ces navigations, qui nous ont été conservés, inspirent à la fois l'admiration, la pitié et Fépouvante. On les prendrait pour les mille variantes d'une même et lamentable histoire. Toujours la soif, la faim, la maladie, les pirates sur* tout ! Car ce n'eût point été assez des misères inévitables, l'homme y avait ajouté comme à plaisir. L*océan était devenu ce an'est le désert pour les lions, un champ libre ouvert à la violence et au carnage. Qu'il y eût paix ou guerre, nul ne s'en informait; sur la mer, il n'y avait plus ni Français^

ni Espagnols, ni Anglais, mais des forts et des faibles, des dépouilleurs et des dépouillés. « Lq droit de chacun sortait de la bouche de ses canons ^ »

Nos Français, qui souffraient surtout du manque d'eau, voulurent s'arrêter à Ténériffe pour en pren« dre ; mais les Espagnols les reçurent à coups de canon, bien que l'on fût en paix. La Villegagnon, irrité, s'emîpossa devant la ville, dont ses boulets commencèrent à battre les maisons, « de telle sorte, dit un témoin oculaire, que les femmes fuyaient par les champs avec les enfants, et, si nos barques eussent été hors les navires, je crois que nous eussions fait le Brésil en cette belle île. » Ils continuèrent ensuite leur route, et arrivèrent à la baie de

1. De la Popeïliniêre, liv. III, p. 4. — Lescarbot cite comme un exemple de pie'té et de modération peu commune, la conduite de ses compagnons lors de son voyage dans la Nouvelle- France : « Il y a eu moyen quelquefois de faire amener les voiles à plusieurs navires qui se sont rencontrés, mais l'on n'a jamais mis en avant de leur faire tort. » On peut voir également quelles étaient alors les habitudes des marins de toutes les nations, dans les voyages de Cabot, de Jannequin et autres.

Ganahara, aujourd'hui Rio-Janeiro. Les sauvages, charmés de leur arrivée, élevèrent pour les recevoir un palais de feuillages et d'herbes odoriférantes, « 011, étant venus, dit André Thevet^ ne fut question sinon se récréer et reposer sur Therbe verte, ainsi que les Troyens après tant de tempêtes, quand ils eurent rencontré cette bonne dame Dido '^. » La Villegagnon pouvait choisir à volonté un lieu pour s'établir sur ces fertiles plages; mais, craignant le voisinage des Portugais, il préféra un îlot d'une lieue de circuit, privé d'eau et presque inabordable. Il y construisit un fort qu'il appela Coligny, creusa une citerne, bâtit une salle destinée au prêche^ et éleva autour des cases couvertes de gazon pour ses gens. Ces premières précautions prises, il songea à renvoyer en France les vaisseaux, afin qu'ils pussent annoncer son heureuse arrivée et demander de nouveaux secours.

Pendant qu'ils prenaient à la côte leur chargement de bois de Brésil, de coton, de poivre, de per-^

1. Voyez les Singularités de la France antarctique, par ÂndréS Tbevet, natif d'Angoulême, p. 48.

roquets et de- guenons ^ , le vice-amiral ordonna au géographe André Thévet, qui l'avait suivi, de dresser une carte représentant la rivière de Ganabara, et qui pût être envoyée à la cour. Celui-ci, connaissant le monde, ne laissa point échapper l'occasion de prouver qu'il comprenait à demi-mot. Il dessina avec soin une baie où fourmillaient les dauphins et les baleines, ajouta des îles couvertes de bosquets, une côte sur laquelle s'élevait une grande cité appelée ville Henri, encadra le tout de montagnes, et écrivit au-dessus: Carte de la France antarctique, La Villegagnon loua l'habileté du géographe et expédia son travail à l'amiral « avec une langue de baleine salée et douze jeunes sauvages. » Ceux-ci furent offerts au roi, qui, après les avoir Fait baptiser et habiller en pages, les distribua aux principaux seigneurs de la cour comme les prémices de notre premier établissement dans le Nouveau- Monde. Quant à Goligny, que la carte d'André Thévet avait émerveillé, il adressa des lettres à Genève

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