‹ Au bout du mondeChapitre 50 sur 50 · Histoire des Piraies*^nglaisi par Charles Jolmisoai · texte numérisé non relu

Histoire des Piraies*^nglaisi par Charles Jolmisoai

avoisinent la côte méridionale de Cuba *. Le capitaine des forbans est déguisé en juge et assis sur un arbre; au-dessous sont les jurés et le procureur général. On amène un des pirates les mains liées et la tête basse.

LE PROCUREUR-GÉNÉRAL, prenant la parole, — ; Sauf le bon plaisir de votre seigneurie et de messieurs les jurés, voici, devant vous, un indignissime coquin que je vous supplie de faire pendre comme ayant commis plusieurs actes de piraterie sur U haute mer. Les preuves de ces actes sont aussi claires que nombreuses : d'abord ce drôle a essuyé plus de mille tempêtes et s'est toujours sauvé quand le navire se brisait, preuve évidente qu'il était destiné à la potence, selon l'article de loi qui établit que quiconque est né par la corde ne périra iamais dans Veau. Secondement il est certain qu'il a bu delà petite bière, ce qui ne peut laisser aucun doute sur sa culpabilité, d'après les belles paroles de votre sei-

i. Histoire des Pirates anglais, p. 260-264.

gneurie elle-même, qui a déclaré que tout homme sobre était un fripon! J'en pourrais dire davantage, mais l'eau-de-vie est à sec, et un magistrat vraiment digne de ce nom peut-il parler selon les lois quand il n'a rien à boire ? Je prie donc monseigneur de m' excuser et je conclus à ce qu'il lui plaise d'eu finir avec ce vaurien.

LE JUGE. — Voyons, drôle! qu'as-tu à répondre pour que je ne métamorphose pas sur-le-champ ton corps en merluche séchée au soleil? Es-tu coupable ou non coupable?

LE CRIMINEL. — Nou coupablc, SOUS Ic bon plaisir de votre seigneurie.

LE JUGE, avec colère. — Non coupable! Si tu répètes ce mot, drôle, je t'envoie à la potence. Réponds-moi seulement, comment veux-tu être jugé?

LE CRIMINEL. — Sclon Ics lois dc mon pays»

LE JUGE. — Le diable temporte! {Se tournant vers les jurés). Il me semble, messieurs les jurés,

que nous pouvons tout de suite condamner ce coquin.

LE PROCUREUR-GÉNÉRAL. — G'est mon avis, car si on le laissait parler, il pourrait se justifier, ce qui serait un affront pour la cour.

LE CRIMINEL. — Je VOUS supplic, monseigncur, de réfléchir.

LE JUGE. — Qu'est-ce que c'est?... tu oses parler de réfléchir! apprends, maraud, que je n'ai réfléchi de ma vie... Je juge.

LE CRIMINEL. — Mais j'ospèro que votre seigneu rie daignera écouter mes raisons...

LE zvG^J'interrompant. — Entendez-vous, messieurs les jurés, comme ce misérable babille?... Nous n'avons que faire de tes raisons, coquin; nous ne sommes pas ici pour entendre des raisons. . . nous procédons selon les lois!... Le dîner est-il prêt?

LE PROCUREUR -GÉNÉRAL. — Oui, mouseigncur.

LE JUGE. — Écoute donc, faquin, écoute et viens devant la barro. Tu dois être pendu pour trois rai-

sons. La première, parce qu'il ne serait pas juste que je présidasse ici sans que personne fût pendu ; la seconde, parce que tu as une mine patibulaire; la troisième, parce que j'ai faim ! Car sache, misérable, que quand le dîner du juge est prêt avant que le plaidoyer soit fmi, on doit condamner le prisonnier à être pendu, de peur de laisser refroidir la soupe. Voilà les lois de ton pays! Holà ! geôliers, qu'on emmène ce coquin.

Certes, cette parodiacleTla justice anglaise révèle plus d'observation et dlmmour qu'on ne devrait en attendre de pareils hommes; mais il faut se rappeler que les pirates de cette époque ne furent point tous de grossiers matelots poussés au crime par la crainte d'un châtiment ou par la pauvreté. Plusieurs officiers de marine anglaise se laissèrent séduire à cette vie d'aventure et y apportèrent les ressources d'esprits cultivés. Ce furent eux qui donnèrent à cette insurrection contre la société une sorte de couleur et de consistance, et qui réussirent même à gagner quelques gouverneurs de leur nation, qu'ils asso-

cièrent à leurs pirateries. Enfin, les mesures prises à la Martinique, à la Guadeloupe, à Saint-Domingae et à la Jamaïque, réussirent à délivrer l'Atlantique de ces écumeurs de mer, qui de 1675 à 1720 avaient abordé plus de cinq cents navires et détruit ou pillé pour plus de vingt millions de marchandises.

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Imprimerie de Poissy — S, Ijbjay et C»«.

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