Relation, etc., Tol, II, p
touché de ces réclamations, en référa au roi, qui, n a sachant à quoi se décider, répondit que rien ne pressait. On suspendit donc tout préparatif; les vingt compagnies qui avaient été réunies passèrent en Flandre, et les Antilles furent abandonnées à leurs seules forces, sans vivres, sans flotte et sans munitions.
Or, tandis que îe gouvernement français montrait cette indifl^érence pour ses colonies, TAngleterre semblait comprendre d'autant mieux le prix des siennes qu'elle les sentait près de lui .échapper. Aussi, chaque désastre, loin de la décourager, l'excitait-il à un plus grand effort. En apprenant les avantages remportés par les Français, elle envoya le chevalier Harmant avec une nouvelle flotte, qui se renforça de celle de lord Willougby ,et vint attaquer les vaisseaux de la compagnie rangés sous les forts de la Martinique. Les volontaires qui les défendaient combattirent pendant sept jours; mais enfin, manquant de poudre, ixS se virent forcés de saborder les navires et de regagner le rivage.
liÇ^ Anglais étaient si peu accoutumés à réussir
dans leurs entreprises, qu'ilscrurent avoir remporté une grande victoire et qu'ils se retirèrent, dit le pôreDiitertre, le cœur aussi gonflé que leurs voiles. Cependant ils avaient perdu cinq cents hommes dans celte attaque, et leurs navires étaient si maltraités qu'ils n'osèrent rien entreprendre de nouveau contre les Antilles. Après s'être réparés à la rade de Nieves, ils se décidèrent à faire' voile pour Surinam et pour Gayenne.
Ainsi délivrés d'inquiétude, les colons se hâtèrent de retourner à leurs plantations forcément négligées pendant cette longue lutte, et songèrent à utiliser les terres conquises sur l'ennemi. Les cases brûlées dans le quartier anglais de Saint-Christophe avaient déjà été rebâties, les terres étaient remises en culture, les sucreries commençaient à se rétablir, et les habitants espéraient obtenir enfin le prix de tant d'épreuves, lorsque arriva le traité de paix conclu à Breda. Par ce traité, la France rendait aux Anglais leurs possessions de Saint-Christophe, de Mont-Serrat, de Saint-Bustache^ de Tabago et d'Antigoa, sans qu'aucun dédommagement fût stipulé en^
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faveur de nos colons. Après les avoir laissés supporter toutes les fatigues de la guerre, on leur en arrachait la moisson; tant de persévérance et de courage n'avait d'autre résultat que de les ramener au point de départ, et les vaincus se retrouvaient, grâce à la diplomatie, sur un pied d'égalité avec les vainqueurs.
Le traité fut pourtant exécuté de bonne foi ; mais les Anglais, qui avaient à s'indemniser de grandes pertes, jugèrent que cette réparation ne suffisait pas. Comme ils avaient commencé les hostilités longtemps avant la déclaration de guerre, ils pensèrent qu'ils pouvaient les poursuivre longtemps après le traité de paix, et leurs corsaires continuèrent à prendre les navires, à enlever les nègres et à piller les marchandises de nos colons qu'ils vendaient publiquement à la Barbade et à la Jamaïque.
Tant que ces brigandages profitèrent aux Anglais, toutes les réclamations furent inutiles; mais leur déloyauté devait recevoir sa punition. Les pirates dont ils avaient autorisé les violences contre notre commerce ne tardèrent pas à trouver l'autorisation
trop restreinte. Ennuyés de choisir leurs ennemis, ils déclarèrent la guerre au genre humain, hissèrent à leur pic ce terrible pavillon noir sur lequel apparaissait le squelette de la mort perçant un cœur saignant, et devinrent aussi redoutables à leurs compatriotes qu'aux autres nations.
LeB incroyables expeaitions de ces bandits répandirent successivement la terreur dans les ports d'Angleterre, d'Espagne, de France et de Hollande. Pendant près de dix années, il n'y fut bruit que d'Edouard Low qui coupait les oreilles à ses prisonniers pour les leur faire manger en poivrade; du capitaine Theach, dont la longue barbe noire était ressée avec des rubans, l'écharpe garnie de six paires de pistolets et le chapeau orné de deux mèches allumées; du major Stede Bonnet, de Jean
Rackam et d'une foule d'autres qui pillaient les na^ vires, pendaient les officiers et déposaient les équi-^ pages dans des îles désertes *. Le nombre de ceaécumeurs de mer finit par' devenir si grand, qu'ils songèrent à fonder dans l'île de la Providence une." république dans laquelle les devoirs du citoyen devaient se résumer en une seule phrase : être ami de soi-même et ennemi de tout le monde. Mais heureusement leur projet avorta.
Du reste, ces transfuges d'une société que la plur part d'entre eux haïssaient surtout parce qu'ils n'y pouvaient rentrer, n'attaquaient point seulement^ les armes à la main les institutions qui les condamnaient; aux heures de repos ils s'efforçaient de se les présenter à eux-mêmes sous des formes odieuses ou ridicules, comme ces démons du sabbat qui pa-. rodiaient les saintes cérémonies de l'Église pour se consoler d'en être exclus. Le capitaine JohDson nous a conservé le canevas d'une de ces satires jouées, par Austie et par ses compagnons.dans les caies qui