‹ Au bout du mondeChapitre 9 sur 50 · Gommara, liv. 11^ ch. xly · texte numérisé non relu

Gommara, liv. 11^ ch. xly

Cependant les compagnons de Ferdinand di Sotte avaient rapporté de leur expédition des perles e\ quelques fourrures qui s'étaient trouvées d'un si haut prix, que, saisis de rage à la peftsée des ri^ chesses abandonnées par eux en Floride, ils avaient voulu massacrer les chefs qui les en avaient ramenés. Ils parlaient à qui voulait les entendre de temples où les perles se ramassaient comme le sable sur les grèves^ et de mines d'or et d'argent dont ils n'avaient pu approcher, mais que les naturels connaissaient. Ces récits, qui arrivèrent aux oreille»

de Coligny, le ramenèrent à son premier projet d'établissement dans le Nouveau-Monde. Après quelques hésitations, il résolut de renouveler en Floride la tentative qui avait si mal réussi au Brésil. Il obtint en conséquence de Charles IX Fautorisation nécessaire, fit équiper deux roberges, et en donna le commandement à Jean Ribaul^

Celui-ci partit avec un bon nombre de gentilshommes, d'ouvriers, de soldats, et arriva à l'embouchure d'une rivière de la Floride qu'il nomma Rivière de Mai, parce que l'on se trouvait aux premiers jours de ce mois. Continuant de là à remonter la côte, il reconnut successivement plusieurs autres cours d'eau auxquels il donna les noms de Seine, de Somme, de Loire, de Charente, de Garonne, et de Gironde. Enfin, étant arrivé à une rivière plus large et plus profonde que toutes les autres, qu'il appela Port-Royal, il se décida à ne point aller plus loin.

Les deux roberges se mirent en conséquence à la remonter pour trouver un lieu de débarquement. Officiers, soldats et matelots étaient tous suspendus

aux cordages, le cou tendu, Tceil curieux, et prenant, pour ainsi dire, possession par le regard de cette terre qu'ils allaient habiter. Les deux rives étaient ombragées de hauts chênes, de cèdres et d'érables au-dessus desquels les lentisques étendaient leurs draperies parfumées. A chaque coup de vent qui entr'ouvrait la foret, on voyait s'envoler des perdrix rouges ou des colombes sauvages, puis, pendant les silences, on entendait le bruissement du cerf et des koueyas*- broutant :es racines, tandis que le chant des tonatzulis^ invisibles courait au sommet des arbres comme une brise mélodieuse.

Ils arrivèrent ainsi à un lieu plus découvert où les naturels, qui les avaient aperçus, accoururent bientôt en foule. Leur teint était olivâtre, mais ils avaient la taille élégante et haute. Les hommes étaient couverts de manteaux d'étoffes de coton ou

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