‹ Au bout du mondeChapitre 10 sur 50 · Chèvres sauvages · texte numérisé non relu

Chèvres sauvages

2. Oiseaux que les Floridiens regardaient comme des messagers du soleil chargés de chanter ses louanges. Ce nom, dans leur langue, signifie musickn du ekh

de peaux de cerf à couleurs variées; ies femmes, de robes pareilles qui les enveloppaient tout entières. Les premiers avaient les cheveux longs, mais roulés avec soin et de manière à servir de carquois pour leurs flèches. Hommes et femmes étaient coiffés, pour la plupart, de peaux de loutre. Ribaut apprit plus tard que c'était le privilège des personnes mariées. Quant aux jeunes filles qui sortaient à peine de l'enfance, beaucoup n'étaient vêtues Que d'un léger tissu de mousse sauvage. On voyait aussi au milieu de cette foule agitée les iaoûas ou prêtres du soleil, revêtus d'un manteau de peau de tigre et d'une robe composée de pelleteries de toutes nuances. Cette robe était serrée par une ceinture à laquelle pendaient plusieurs poches pleines d'herbes médicinales. Ils portaient en outre pour boucles d'oreilles de petits oiseaux desséchés à la fumée, et leurs bras nus étaient tatoués d'hiéroglyphes mystérieux qui marquaient leurs grades.

Ribaut tâcha de leur expliquer qu'il arrivait avec des intentions pacifiques, ce qu'ils parurent corn-

prendre, car plusieurs vinrent à bord portant des vivres frais et des pelleteries, qu'ils offrirent au capitaine. Celui-ci leur donna en retour des bracelets d'étain, des miroirs, de la verroterie et des couteaux, dont ils parurent fort satisfaits.

Il s'occupa ensuite de remplir les instructions données par l'amiral de Ghâtillon. Le but de son voyage avait moins été de fonder une colonie que de chercher le lieu où l'on pourrait en établir une, et de l'occuper par avance. Il se contenta donc de bâtir, sur une île placée à l'embouchure de la rivière de Port-Royal, une petite citadelle qu'il nomma Charles-Fort; puis, ayant assemblé tous ses gens, il leur adressa une de ces harangues imitées de Tite-Live, que la renaissance des études classiques avait mises à la mode : « Il les encouragea à se résoudre à la demeure qu'il leur avait préparée, en leur remontrant combien ce leur serait chose honorable à tout jamais d'avoir entrepris une œuvre si belle et si difîicile. A quoi il n'oublia d'ajouter les exemples de ceux qui, de bas lieu, étaient parvenus à des choses grandes, comme de

l'empereur Pertinax, lequel était ûls d'un cordonnier, aussi du vaillant Agatoclès, fils d'un potier de terre, puis roi de Sicile; enfin de Rusten-Bascha, de qui le père était vacher i. »

Lorsqu'il eut achevé, tous s'écrièrent : « Qu'ils étaient prêts à rester pour le contentement du roi et l'accroissement de leur honneur et fortune 2. » Ribaut en choisit donc quarante qu'il plaça dans le fort, sous le commandement du capitaine Albert, fournis de tout ce qui leur était nécessaire ; puis M remit à la voile, promettant de revenir bientôt avec des munitions, des vivres et des colons.

Restés seuls, les gardiens de Charles-Fort n'auraient dû songer d'abord qu'à cultiver l'île, afin d'assurer l'avenir contre tous les hasards; ils n'y songèrent même pas. Accoutumés à recevoir leur ration de soldat, ils attendirent tranquillement le retour de Ribaut, regardant le nouvel établissement comme un poste écarté où ils étaient simplement en garnison.

Page 1