‹ Au Brésil: De l'Uruguay au rio São FranciscoChapitre 10 sur 69 · EXTRAIT DE LA PRÉFACE · texte numérisé non relu

EXTRAIT DE LA PRÉFACE

« J’espère que ce livre donnera le désir de connaître davantage ces magnifiques terres et une des expériences coloniales européennes les plus riches pour nous en enseignements. Jusqu'ici, il est vrai, la chose n’était guère facile. Peu de peuples ont étudié leurs colonies avec autant de méthode et de science que la Hollande depuis un siècle ; il en est résulté quelques œuvres de tout premier ordre et un nombre considérable d’ouvrages parfois touffus et difficiles à manier, toujours riches de documentation. Malheureusement, par un patriotisme très estimable quoique regrettable pour la science générale, presque tous sont écrits en hollandais, langue qu’on n’apprend guère encore. De sorle qu’ils restent, ainsi que, les Iodes Néerlandaises, au moins en France, trop jpal connus, »

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modifié, la traction qui était à vapeur est devenue électrique; déjà lors de notre passage les travaux d’installation de la force étaient presque achevés. H y a des heures réglementaires pour opérer l’ascension du Corcovado, mais l’administration accorde

Rio de Janeiro. — Ascension du Corcovado.

Le pont du Sylvestre et le Cliapoo do Sol.

des trains spéciaux lorsqu’il y a un minimum de vingt personnes ou qu’on lui paie la somme équivalente. Le prix du voyage aller et retour est de trois milreis. (Le milreis vaut 1 fr. 55.)

XIL — La Tijuca est un des faubourgs les plus éloignés et les plus enchanteurs de Rio de Janeiro, dans un site magnifique,

au sommet d’un mont dont il porte le nom; là, les beautés naturelles ont été encore augmentées par la main de l’homme.

Par les tramways de la Light, avec plaque Tijuca, Alto Boa Vista, ou Villa Izabel, on arrive rapidement au pied de la Tijuca, où on prend un funiculaire électrique qui gravit la montagne en serpentant et finit par atteindre le plateau de Boa Vista, à près de 14 kilomètres de la ville; la dépense est de 1.500 reis.

La Tijuca offre au touriste des sites aussi remarquables que ceux du Corcovado, ils sont cependant dispersés sur un horizon plus vaste ; la forêt, soignée comme un jardin, renferme des essences qu’il a fallu aller chercher loin de Rio de Janeiro, Il y a dans la Tij uca des avenues longues de 20 kilomètres qui la sillonnen t en tous sens; on y rencontre des grottes, des, cascades, des ravins où les eaux tombent d’une hauteur de 30 mètres; des pavillons de toutes formes égaient les clairières. A travers les allées percées on peut parvenir au sommet du Pic de la Tijuca à une altitude de 1.022 mètres. De là on découvre, paraît-il, car nous n’avons pas eu le courage de franchir la distance qui sépare l’Excelsior du Pic, un panorama incomparable qui serait supérieur à celui du Corcovado. Les efforts dépensés pour atteindre le sommet de la Tijuca seraient ainsi largement récompensés.

De la station de Painera, sur le Corcovado, on peut se rendre à la Tijuca en suivant le chemin de l’aqueduc du Carioca; au bout d’une heure le touriste se trouvera au Ponte do Inferno, c’est un pont en fer fixé dans la roche, d’une longueur de 100 mètres; une fragile barrière sépare le piéton d’un abîme obstrué en partie par une dense végétation. En suivant la même route, on atteindra la Tijuca après trois heures d’une marclie rapide.

Il y aurait bien d’autres promenades à signaler, parmi lesquelles celles à Tîle Paqueta, à Pile du Governador, aux plages d’Ipanema, de Copacabaua, de Leme, d’Ygrejinha, etc., mais l’espace nous manque et nous arrêterons là ces descriptions^ déjà trop longues. *.

XIII. — Outre le Théâtre Municipal, il existe à Rio une dizaine de salles de spectacle, dont les meilleures sont le théâtre Carlos Gomes, Theatro Lyrico, Pedro de Alcantara, S. José, Palace- Théâtre, etc., puis un grand nombre de cinématographes fort bien montés; ces salles, qui pullulent, font en général des recettes

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considérables. L’hiver, Rio est visité par d’excellentes troupes françaises, italiennes, allemandes, espagnoles et portugaises; on y joue le drame, la comédie, l’opérette et l’opéra ; les plus grands artistes du Vieux Monde ont passé sur la scène' de la capitale. Dans ces circonstances, le prix du fauteuil, qui est ordinairement de 5 milreis, s’élève à 20 et même 30; celui de la loge passe de 30 milreis à 100 et 150 milreis.

Les clubs sont très nombreux à Rio et très fréquentés, on y joue beaucoup, mais l’été c’est, avec les promenades, l’unique distraction, car, en général, le Brésilien va peu au café, surtout la nuit. L’animation des rues diminue vers minuit ou une heure du matin dans les quartiers du centre et beaucoup plus tôt dans les faubourgs ; la vie reprend vers 6 heures du matin.

XIV. — Les étrangers trouvent à Rio de Janeiro un certain nombre d’hôtels dits de premier ordre; tout est relatif, car ce qui manque le plus à Rio, ce sont les bons hôtels. Parmi les meilleurs figurent : Vliotel dos Estrarigeiros, qui possède 120 appartements d’une à trois pièces chacun, bains chauds et froids, douches, électricité, etc. Le prix de la pension varie de 12 à 20. milreis, vin non compris.

L’hôtel Avenida est le plus central, situé en pleine Avenida, c’est un vaste caravansérail de 250 chambres, dans un édifice d’assez bon aspect; il y a ascenseurs, électricité, bains, etc., la pension varie également entre 10 et 18 milreis par jour, suivant les appartements. La table y est moins mauvaise qu’ailleurs; ces deux établissements ont des succursales à Larangeiras, car les chambres sont continuellement occupées. Il y a encore: le Grand- Hôtel International, situé sur les pentes du Sylvestre, loin de la ville; on s’y rend par le. chemin de fer Carioca, de même pour l’hôtel Santa Thereza sur le mont de ce nom, on y va par le même tramway électrique.

Il y a encore l’hôtel Pensào-Verdi; le Grand Hôtel où les prix varient de 8 à 15 milreis par jour. Puis d’autres encore, inférieurs, mais encore acceptables pour des bourses moyennes. La construction à Rio d’hôtels pourvus de tout le confort moderne serait une opération sans aléas et d’un rendement élevé; le gouvernement favoriserait d’ailleurs la création de ces hôtels.

Rio de Janeiro possède aussi un grand nombre de restaurants.

mais peu de bons, c’est encore une lacune à combler; ces restaurants sont naturellement de toutes catégories, dans les uns on déjeune pour 1.200 ou 1.500 reis, les prix s’élèvent ensuite jusqu’à 4 milreis sans vin, prix fixe; il est aussi des maisons où les notes prennent la même proportion que celles du Café Anglais. On trouve aussi dans la capitale un grand nombre de pensions de tous ordres, où viennent loger les étrangers et Brésiliens sans famille. Il en est où on trouve pension table à partir de 60 à 70 milreis par mois, dans d’autres ces prix s’élèvent à 150 et 200 milreis. Dans les pensions de premier ordre les chambres ou appartements peuvent se payer 150 et 200 milreis.

En résumé, on paie dans les pensions moyennes 8 milreis par jour, chambre et nourriture (sans vin), les heures de repas sont fixes. Il en est où on obtient une chambre et nourriture pour 140 milreis par mois, la cuisine y est brésilienne.

Un certain nombre de personnes, notamment des étrangers, ayant la jouissance d’immeubles entiers, louent des chambres meublées aux personnes qui n’ont pas de famille, le plus souvent ils donnent aussi pension. La plupart de ces maisons n’ont que quelques chambres, trois ou quatre parfois; ce qui fait qu’on y mène une existence toute familiale.

XV. — Les loyers sont extrêmement chers à Rio; une famille peu nombreuse ne peut compter se loger à moins de 150 milreis par mois et plus, suivant l’importance de l’appartement; dans les quartiers excentriques, les prix sont moins élevés. Un appartement moyen ou des bureaux dans le centre des affaires coûtent de 300 à 800 milreis. Les boutiques et les magasins se louent des prix encore plus élevés; mais là se présente une question qui intéresse non seulement les industriels, négociants et commerçants de toutes classes, mais aussi les hautes sphères gouvernementales, car la question locative est indiscutablement de celles qui touchent au développement d’une cité, et cette question, qui est résolue à Rio de Janeiro de la façon la plus arbitraire par les propriétaires, surtout pour les locaux commerciaux, est de celles qui sont certainement des plus préjudiciables au commerce d’une ville.

Il est généralement admis, en principe, qu’un immeuble doit rapporter, à Rio de Janeiro, de 12 à 15 p. 100, mais en réalité un grand nombre de maisons profitent d’un loyer de 30 et 40 p. 100

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de leur valeur approximative. A ceci, il n’y a rien à dire; tant mieux pour les propriétaires qui profitent de la situation de leurs immeubles et de la loi de l’olïre et de la demande, mais la chose devient bientôt d’un arbitraire invraisemblabxe pour nous. Ainsi, lorsqu’une personne veut s’assurer par contrat la jouissance d’un local, contrat qui ne dépasse jamais dix ans et qui est le plus souvent de quatre, six et huit ans, le propriétaire exige une gratification, pot-de-vin, ou denier à Dieu, extrêmement élevée, qui représente parfois la cinquième ou sixième partie de la valeur immobilière ! Cette coutume routinière qui doit certainement être portugaise, se nomme chaves (clefs) ou luvas (gants). Ce denier à Dieu est absolument indépendant du prix du loyer que le locataire paie chaque mois. Le contrat une fois achevé, c’est-à-dire au bout de cinq ou six ans, la même gratification, le même pot-de-vin pourra être exigé par le propriétaire, et ainsi à l’expiration de chaque bail. On le voit, il n’y a là rien de commun avec les six mois d’avance exigés en garantie de loyers par nos propriétaires.

Cette coutume absurde et arbitraire, qui fait qu’un commerçant voulant fonder un établissenrent doit, en plus d’un loyer considérable, gaspiller sans profit une somme élevée, ajoute encore aux lourds fardeaux qui pèsent sur le commerce ; impôts, patentes, droits d’entrée prohibitifs, augmentent en efîet des frais déjà considérables. Il ne faut donc pas s’étonner que, au détail, le prix des objets soit quatre ou cinq fois supérieur au prix d’achat: le consommateur, comme toujours, supporte le fardeau. De cet état de choses, il résulte souvent que des Européens, venus à Rio pour y installer une industrie nouvelle ou un commerce régulier, se découragent après étude et s’en vont porter ailleurs leur expérience et leurs capitaux, ignorant ou ne voulant pas employer les ruses dont nombre de négociants se servent pour tourner les difficultés. Cela en ce qui concerne plus particulièrement les locaux commerciaux.

Pour les locaux et appartements, les propriétaires font preuve d’une méfiance maladroite. Dans la plupart des cas, on ne peut guère prétendre à prendre possession d’un appartement si on n’apporte au propriétaire la garantie notariée d’un commerçant de quelque surface. De cette façon, étrangers ou Brésiliens de l’intérieur doivent supporter plus ou moins longtemps

lès frais assez élevés de l’iiôtel, jusqu’au moment où, s’étant créé des relations, ils trouveront un répondant. Ils peuvent aussi entrer en affaire avec une des agences spéciales fondées à cet effet qui, moyennant une commission de 30 à 40 p. 100 sur le prix mensuel delà location, présenteront auxpropriétaires des répondants plus ou moins fictifs qui disparaissent au bout de quelque temps. Au lieu de demander, comme en Europe, trois ou six mois de loyer d’avance, ce qui est une garantie bien suffisante, les propriétaires C[ui préfèrent suivre cette routine sont souvent frustrés cle loyers importants parce cju’en voulant faire un choix spécial, ils sont la dupe de combinaisons contre lesquelles ils n’ont aucun recours. Il existe déjà nombre de propriétaires plus raisonnables c|ui ont adopté notre système, de la garantie par loyer d’avance, mais ce procédé est loin d’être généralisé.

La presse, qui sans doute ne subit pas cet état de choses admis depuis longtemps, n’en parle jamais, sans doute parce que ses finances ne sont pas engagées par cette anomalie si préjudiciable à tous ; elle rendrait cependant un grand service au commerce en attirant l’attention des pouvoirs publics sur un aussi étrange abus des droits des propriétaires.

XVI. — Rio est aujourd’hui abondamment pourvu d’eau, celle-ci est libéralement distribuée dans tous les faubourgs; cette eau jouit d’une excellente réputation réellement justifiée, elle est des meilleures qui soient et on la boit réellement par plaisir. Autrefois, la capitale fédérale ne disposait que de l’eau qui découlait des monts au nord du Corcovado, lac[uelle était amenée par l’aqueduc da Carioca. En 1902, les réservoirs de distribution étaient au nombre de 29, faisant une distribution journalière de 160.214.000 litres. Depuis, deux rivières ont été captées à 60 .kilomètres dè la ville et amenées à grands frais jusqu’au splendide parc des eaux de Pedregulho — ce qui augmente de plus d’un tiers la disponibilité en eau. Chaque habitant dispose de près de 400 litres d’eau par jour.

Les épaisses forêts cjui entourent Rio protègent les sources des rivières où l’eau est captée ; ces forêts sont la propriété de l’Etat, et il est interdit de les exploiter. Toutefois, comme pour la Tijuca, on a ouvert dans ces forêts des routes, sentiers et chemins pour les touristes.

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