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XVII. — La police est au Brésil une institution militaire

Rio DE Janeiro. — Avenida Central.

réorganisée par le décret du 3 janvier 1907 ; l’apparence des agents de police est celle des troupes de l’armée; à Rio cependant, ils portent en brassard une plaque en cuivre portant le numéro d’ordre et celui de la section à laquelle l’homme appartient. Le service de police du District fédéral est placé sous le contrôle suprême du Président de la République et directement sous la dépendance du ministre de la Justice, assisté du chef de police ; ces troupes sont commandées par un officier supérieur tiré de l’armée. Le chef de la police est en outre secondé dans l’exercice de ses fonctions par trois délégués, des commissaires, des inspecteurs et des agents. Le corps de police de Rio se divise en cavalerie et infanterie ; la première possède 500 chevaux et la seconde forme quatre bataillons de 500 hommes chacun, ou à peu près. Délégués, commissaires et agents disposent de voitures automobiles pour se rendre rapidement sur les lieux où leur présence est exigée.

La* composition du corps de police est la même que celle de l’armée, c’est-à-dire d’individus recrutés par engagement. Quoique considérablement amélioré, ce corps n’est pas en grande faveur auprès de la population, sans doute en souvenir d’anciens abus ; d’après leurs origines, il est d’ailleurs difficile d’obtenir de tous ces agents une distinction parfaite du tort ou de la raison, c’est surtout le tact et l’aménité qui leur font défaut. On nous a parlé en outre d’un certain antagonisme qui régnerait entre les forces de terre et de mer d’une part, et la police militaire, mais il semble que cette animosité soit déjà bien ancienne si toutefois elle a existé.

Depuis quelques années, le corps de police est secondé à Rio de Janeiro par un corps de gardes civils comprenant un peu plus de 1.500 hommes; cette institution mérite les plus grands éloges. Les hommes dont ce corps est composé paraissent, en général, fort bien choisis, polis, courtois, obligeants. Rs sont vêtus d’un costume bleu marine foncé orné de soutaches noires, d’une casquette plate avec l’écusson de la ville, ils ne portent pas d’armes ; la population n’a qu’à se louer de ses gucirdas civis. La nuit, la police officielle est encore secondée par le service des compagnies de guardas nocturnes (gardes nocturnes) dont il existe des postes dans tous les quartiers. Ces compagnies, qui ne fonctionnent que la nuit, sont payées par les habitants de la zone confiée à leur surveillance.

RIO DE JANEIRO

Le corps des pompiers de Rio de Janeiro a, comme à Paris, une organisation militaire; c’est un corps d’élite, où les hommes de couleur sont rares. Il existe trois postes principaux dans la ville et de nombreuses stations ^ la caserne centrale se trouve sur la Praça da Republica ; le matériel est des plus modernes : électrique et à vapeur. La caserne des pompiers de Rio mérite ' une visite et, en général, on peut dire que ce corps est digne d une mention spéciale et peut être considéré comme l’égal des similaires étrangers.

Le service des ambulances urbaines est assez bien organisé, il est entièrement fait à l’aide de voitures automobiles ; toutefois, ces voitures sillonnent les rues de Rio avec une vitesse telle qu’on se demande parfois si, pour porter secours à un malade, elles ne vont pas laisser derrière elles quelques éclopés.

XVIII. Rio de Janeiro est profusement éclairé au gaz et à l’électricité. Cette dernière lui est fournie ainsi que la force par la. puissante Compagnie canadienne «Light and Power», la Light comme on dit communément là-bas. Cette Compagnie, qui a acheté la presque totalité des lignes urbaines, procède à leur unification et a certainement contribué à doter Rio de moyens de communication excellents.

« La Light » fut fondée par le D" Mackensie venu à Rio pour y trouver un climat plus doux que celui de la terre natale; il y découvrit un vaste champ d’action pour son activité et il y resta. On dit que les capitaux de la « Light » sont importés de New- York et de Toronto : il y a là tout au moins exagération, car une grande partie de ces capitaux sont constitués par des apports français et belges. Cette Compagnie est tout à fait digne d’être mentionnée, car après avoir installe la traction, le gaz et le téléphone à Rio de Janeiro, elle a organisé également le service des tramways de Scâo Paulo. La « Light » a fait construire une usine de force hydro-électrique absolument colossale ; ces travaux, qui donneront à Rio une force électrique inépuisable, consistent dans la captation d’une rivière située à 80 kilomètres de la ville. La rivière arrêtée doit être transformée en un lac immense encaissant 220.000.000 de mètres cubes d’eau.

La Light semble moins heureuse dans la construction des chemins de fer. Pour la force et la traction, elle est concurrencée à Rio par les maisons Gaffrée, Guinle et C°, firme brésilienne, qui,

dans plusieurs villes comme Bahia, donne la force et la traction. Il y a quelque temps, un mouvement a été initié pour rendre la Light antipathique à la population. Quoi qu’on puisse dire et par ce que nous en avons vu, son service est loin d’être mauvais et cette Compagnie contribue puissamment au développement de Rio.

Il n’est pas nécessaire, maintenant, de nous étendre davantage sur Rio de Janeiro; sa réhabilitation comme ville salubre est un fait accompli, le climat n’y a jamais été malsain ; ce qui existait était dû aux mauvaises conditions hygiéniques et à la construction défectueuse de la ville. Le climat est chaud, fait qui n’est pas dû à la position géographique, mais à l’humidité dont l’air est saturé et aussi à ce que les morros ou collines dont la ville est parsemée empêchent la libre entrée de l’air et des vents. Aujourd’hui que quelques-uns de ces monts ont été rasés, l’air entre abondamment dans les nouvelles avenues.

En résumé, Rio est une fort jolie ville, avec des avenues majestueuses, des faubourgs enchanteurs, un pavage modèle, un éclairage éblouissant, un service de tramways excellent, police et service de gardes civils corrects. Pour faire de cette capitale la ville préférée des touristes aussi bien européens qu’américains, il faudrait à peine de légères modifications : supprimer les anciens kiosques qui sont comme des taches noires dans certaines rues de la capitale; créer des hôtels modernes où se trouverait le confort recherché par le voyageur; en finir avec la manière grossière et vexatoire usitée par les agents des douanes pour visiter les bagages, comme si les passagers, ceux de première classe comme les autres, étaient tous des contrebandiers. Enfin, abolir ce droit de 35 milreis par tête que doit payer toute personne qui sort du pays .

Ceci fait, Rio de Janeiro, plus accessible, sera une des plus belles villes du monde, recherchée par les voyageurs riches, particulièrement ceux du Rio de la Plata, qui, l’hiver, viendront y chercher un climat plus doux, loin du froid humide qui règne à cette époque dans ces régions .

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