CHAPITRE VII
ÉTAT DE RIO DE JANEIRO [mite).
I. La rade de Jacuecanga. — II. Gîtes aurifères et argentifères, les salines du lac Araruama, rendement et frais d’exploitation. — III. Industrie laitière, bénéfices à en tirer. — IV. Importations du Brésil, en lait, beurre et fromages. — V. Terres de baixada transformées en prairies, vieilles mesures agraires. — VI. A propos d’immigration, les latifundios. — VII. Service du peuplement du sol, organisation de colonies. — VIII. Emigration subventionnée et émigration spontanée. — IX. Avantages accordés aux immigrants. — X. Propagande, la colonie de Itatiaya, colons mécontents, colons satisfaits, cultures maraîchères. — XI. Sous quel jour il faut présenter les débuts d’un colon.
I. — Si les États du Nord, â partir de Bahia, ne disposent pas de bons ports, en échange les côtes de l’État de Rio de Janeiro curieusement découpées offrent plusieurs bonnes rades qui ne sont guère utilisées, comme, par exemple, celle de Jacuecanga, de forme presque carrée, constituée par une coupure de 2 milles et demi dans le massif montagneux qui court avec des hauteurs presque uniformes de 4 à 600 mètres depuis la ville de Mangaratiba jusqu’à celle d’Angra dos Reis. Cette rade est donc entourée de montagnes qui, dans le fond de la baie seulement, forment quatre grandes vallées, dont trois au bord de la mer et une dans l’intérieur, la plus grande ; ces vallées offrent de 200 à 1.200 hectares de terres excellentes pour l’instant improductives ou à peu près. La plus grande profondeur de la baie de Jacuecanga est de 19 à 20 mètres ; en raison de ses avantages on projette de construire un nouveau port militaire et un arsenal maritime; mais nous croyons que malgré la valeur de l’endroit, le pays a pour l’instant mieux à faire et que la réalisation de ce projet se fera encore attendre.
IL — On ignore généralement que l’État de Rio de Janeiro possède quelques gîtes minéralogiques importants. Il existe par exemple dans les environs de Cantagallo des mines d’or qui furent
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exploitées dans lé commencement du siècle dernier, dans les environs de Nova Friburgo; on trouve du galène argentifère : dans une fazenda située à quelques kilomètres de S. Fidelis, il existe un riche gisement de graphite. On trouve de l’amiante dans les alentours de Campos et de S. Antonio de Padua, et d’excellent mica près de Mello Barreto, rive droite du rio Paquequer et à S. Antonio du rio Bonito; de la tourbe à Quissama et dans le district de Freixeiras dans le municipe de Cambuci. Les calcaires sont abondants sur de nombreux points le long du rio Paraliyba et on trouve partout, dans l’État et même dans les environs de Rio et de Nictheroy, des argiles plastiques et le kaolin; ces argiles servent à la fabrication de poteries, de tuiles et de briques.
Dans le nord de l’État à Araruama, près du cap Frio, il existe de très importantes salines donnant lieu à une grande exploitation, c’est la principale industrie de la région. Le lac d’ Araruama est une des plus grandes richesses naturelles de l’État, il existe sur ces bords 60 salines s’étendant jusqu’au municipe de Cabo Frio. Ces salines produisent 500.000 sacs de 80 litres, pendant l’époque la plus propice pour l’extraction qui est de novembre à mars. Plusieurs de ces salines sont par contrat louées par leurs propriétaires sur la base de 50 % de la production. Cliaque saline a un personnel fixe qui travaille d’un bout de l’année câ l’autre, mais au moment de la grande récolte on fait appel à des travailleurs extraordinaires qui viennent des municipes voisins. Le salaire moyen payé à ces hommes est de 2 milreis par jour travaillante sec. Le sel pour l’exportation est vendu au port d’embarquement rendu abord par le salinier. Le prix de ce sel a subi pendant ces derniers vingt ans de curieuses fluctuations; après être descenduà 500reis les 80 litres, il s’éleva à 6.600 reis pour une égale quantité; puis il redescendit à 800 reis pour revenir à 2 milreis qui est le prix actuel. Cette perturbation dans les prix viendrait d’une sorte de monopole établi par l’entrepôt de Rio de Janeiro. Le prix du sel augmenterait ainsi que la consommation de celui-ci, si la ville de Cabo Frio (Araruama est située dans la seconde poche du lac de ce nom) était reliée au réseau de la Leopoldina, qui transporterait le sel à son principal consommateur qui est l’État de Minas Geraes. L’amélioration du port faciliterait en outre l’exportation directe pour les États du Sud et le Rio de la 'Plata.
Le transport du sel^ de la saline au port d’embarquemeût est fait par le lac au moyen de petites barques louées par les saliniers ou qui sont leur propriété. Pour ces derniers qui demeurent près du port la dépense est de 80 à 100 reis par sac de 80 litres; pour ceux qui demeurent- loin et louent les barques comme les saliniers deMassambaba, la dépense s’élèye cà 370 reis, soit 150 reis pour le retirer des magasins et le mettre à bopd. et 220 reis de, fret pour être transporté jusqu’à Cabo Frio. Depuis ce port jusqu’à Rio de Janeiro on paie 800 reis par sac de 80 litres. Pour, Campos, un milreis, et pour d’autres ports suivant la distance. Un sac de sel rendu à Rio paie donc 1.170 reis de transport sans compter les impôts de sortie qui sont excessifs et non en relation avec le prix de la marchandise. Ces impôts donnent en moyenne un rendement de 230 contos par an. Les seules salines de Sâo Pedro da Aldeia paient chaque année 506 milreis d’impôt territorial à l’État de Rio de Janeiro.
IIL — Le sel va trouver un supplément de consommation dans l’industrie pastorile, qui semble vouloir se développer dans l’État. Le bétail existant est créole, partant petit, mais la chair est bonne parce que les pâturages sont salitrés; les éleveurs existants n’ont pas encore essayé d’améliorer la race par des croisements, se bornant à envoyer leur bétail pour les abattoirs de Nictheroy et de Rio. Pour la consommation locale, le prix de la viande varie entre 7 et 9 milreis les 15 kilos. Un bœuf, soumis pour le travail, vaut de 100 à 150 milreis; une vache à lait, de 100 à 200 milreis, on trouve ces prix du bétail actuel très rémunérateurs. Le bétail amélioré quadruplerait de valeur.
L’industrie laitière, malgré les encouragements et les facilités qui lui sont accordées, est encore fort peu développée dans les États du Brésil où elle pourrait donner les plus gros bénéfices. Comme M. O. Callaghan, directeur du service des laiteries dans les Nouvelles-Galles du Sud, en Australie, on peut dire qu’aucune industrie agricole ne dépasse celle de la laiterie par sa valeur et les bénéfices qu’elle laisse. Cependant, si on demandait, à quelqu’un quelle est l’industrie agricole de plus grande valeur, on répondrait naturellement que c’est le blé, ce qui serait une erreur, car la valeur totale en espèce des produits de la laiterie dépasse de 200.000.000 de francs la valeur du blé récolté.
L’État de Rio de Janeiro offre, dans n’importe laquelle de
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ses trois zones, les conditions requises pour l’installation d’éta^ blissements d’élevage et de laiterie; déjà quelques propriétaires de vieilles fazendas de café ont arraché leurs vieux arbres devenus improductifs et ont converti leurs terres en pâturages. Le produit de ces fermes trouve à Rio de Janeiro un accueil favorable et un placement avantageux. Les beurres et fromages de Pétropolis, le lait de Therezopolis, de Friburgo et de Cantagallo sont déclarés excellents, de même que le lait de la vallée de Parahyba qui arrive à Rio par le chemin de fer Central. Malgré la faveur dont jouissent les beurres et fromages du pays, nous les avons trouvés bien inférieurs à leurs similaires européens, en raison des procédés de fabrication qui sont loin d’être rationnels. De même les produits de Minas Greraes, qui est l’État où cette industrie a le plus progressé, et duquel l’État de Rio de Janeiro sera longtemps encore le tributaire, car Minas approvi-sionne la capitale fédérale de lait et fromages et même de légumes. D’autre part, le Brésil tout entier est fortement tributaire de l’Europe pour les produits de la laiterie.'
IV. — Voici, à titre d’indication et en chiffres ronds, la quantité et valeur de lait condensé, beurres et fromages que fournissent, au Brésil, les nations suivantes :
Lait condensé. — La Suisse fournit au Brésil 1.792.000 kilos de lait condensé, d’une valeur de 1.825.000 francs.
Les États-Unis, 282.000 kilos, d’une valeur de 297.000 francs.
L’Angleterre, 132.000 kilos, d’une valeur de 136.000 francs:
La Suède et la Norvège, 43.000 kilos, d’une valeur de