IX. — Macahé est une des plus vieilles agglomérations du
littoral brésilien, c’est un petit port admirablement situé sur la rive droite du rio de ce nom ; il a un de ses côtés tourné vers un bassin séparé de l’Océan par une étroite bande de sable qui constitue la rive gauche du rio. L’entrée de cette anse est rendue dangereuse par l’existence de divers récifs, aussi n’y voit-on pas de grands vapeurs; du reste, Macahé et les localités voisines utilisent également la rade da Concha, où les navires sont à l’abri ^quand le vent souffle du Sud ou du Sud-Est; la mer y est agitée quand les vents viennent d’ailleurs. La ville de Macahé n’est pas grande, sa population est de 8.000 habitants environ, on n’y voit aucun édifice digne de mention; par contre, la population des environs s’élève à 45.000 habitants; la canne à sucre est la principale culture de la région, dans laquelle se trouve située la grande raffinerie de Quissamà, la plus puissante du littoral. La ville de Macahé, dont l’importance était plus considérable avant le développement des chemins de fer dans l’État, est en communication directe avec Nictheroy et Campos; la navigation du rio Macahé se fait en outre sur une distance de 78 kilomètres.
Le Municipe de Macahé est très fertile, les céréales produisent beaucoup, particulièrement à Carapebus où la petite propriété est très répandue. Le coton vient très bien à Quissamà et dans tout le municipe; le café donne des arbustes très vigoureux dans les districts montagneux des Neves, Frades,Cachoeiras et Conceiçao de Macahé. Quant au manioc, il s’adapte partout.
La région traversée par le canal de Macahé à Campos est digne d’une étude approfondie, il existe dans toute cette zone des terrains marécageux qui peuvent être facilement asséchés et convertis en excellentes prairies ou en terrain 230ur la culture du riz ou de la canne à sucre. Cette région ne serait pas très salubre en raison de la décomposition des végétaux sous l’ardeur du soleil ; heureusement que cet inconvénient est en grande partie diminué par la végétation abondante qui, dans son mystérieux laboratoire, purifie les mauvais gaz en se les appropriant pour son alimentation; d’autre part, les vents du Nord-Ouest très fréquents balaient ce qu’il pourrait y avoir de miasmes paludéens, apportant en échange les émanations maritimes. Le canal projeté aurait environ 90 kilomètres de long, coupant du sud au nord presque tout le territoire des municipes de Macahé à Campos; il pourrait relier la majeure partie des rivières et lagunes
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État de Rio de Janeiro. — Un coin de Pétropolis.
développée, c’est aujourd’hui une ville moderne qui, en plus des salines, possède plusieurs établissements industriels, entre autres une fabrique de conserves de poissons, fondée par un français.
Itabérahi, Parati, Barra Marna, Valença, Sào Joâo Marcos, Saquarema, Rio Claro, Capivary, Parahyba do Sul, sont de petites villes de 4 à 10.000 habitants, sur lesquelles nous n’avons pas d’informations spéciales. Imbetiba est un port situé entre celui de Macahé ou l’anse da Concha et Armaçào dos Buzios, d’une profondeur de 5 à 8 mètres ; il est bordé par deux monts qui se prolongent sur le littoral formant un port complètement abrité des vents du S.-O., de même que des vents E. et N.-E., il
en un vaste système de navigation interne et rendrait productils des terrains aujourd’hui sans valeur.
X. — Cabo Frio est un port situé sur la côte près du cap du même nom, c’est par là qu’on pénètre dans la lagune de Araruama où l’industrie des salines est en pleine prospérité. La barre de Cabo Frio a une profondeur de 4 à 5 mètres, mais l’entrée de ce port est rendu difficile par l’existence de quelques roches. En dehors du port, il y a un ancrage facile mais nullement abrité. La navigation se fait sur ce point à l’aide de petits vapeurs et d’embarcations de peu de tonnage. Cabo Frio s’est beaucoup
Test moins contre ceux du sud. La ville d’Imbetiba, qui a un commerce assez important, est reliée à celles de Macahé et de Campos par le chemin de fer de Macahé à Campos et à Nictheroy par le « Nictheroyense », chemin de fer appartenant, comme tous ceux de l’État, à la Compagnie Leopoldina.
Près de l’anse da Concha existe une grotte qu’on appelle la « Sacristia » en raison d’une pierre énorme qui se trouve dans le fond et Cjui a la forme d’un autel. A côté, mais un peu plus bas, il y a une énorme fente où la mer pénètre par le sous-sol, faisant entendre au loin, aux heures de marée, un bruit sourd et terrifiant pour ceux qui ne connaissent pas le phénomène. Les populations naïves des bords de la mer, qui ont la tête farcie de légendes et de « mystères », qui considèrent l’Océan comme un être animé qui écoute les prières des femmes et des enfants, ont imaginé une cause à ce bruit. Ces gens affirment avec conviction que dans la fente de la « Sacristia » demeure, depuis plusieurs siècles, la « Mâe d’agua » (mère des eaux) de ces parages, gardée par un énorme serpent, lequel sort chaque soir pour une ronde sinistre. C’est alors que se fait entendre ce bruit de tonnerre souterrain, qui est produit par le frottement du monstre sur les anfractuosités des cavernes...
XL — Ccintagallo est un joli centre situé en amont du rio Macuco, sur la ligne qui porte ce nom; ce point progresse, beaucoup, on y trouve beaucoup d’Allemands et de Suisses, descendants des premiers colons de Nova Friburgo et Therezopolis, colonies depuis longtemps émancipées. Nova Friburgo est un centre ayant les mêmes origines mais plus anciennes que Pétropolis, et, comme ce dernier point, une station très recherchée par les habitants de Rio et de l’État. La ville est située sur le versant nord de la Serra do Mar, dans la partie connue sous le nom de Serra da Boa Vista, par allusion à l’horizon incomparable qu’on y découvre; elle fut fondée vers 1819 par 1.700 Suisses venus du canton de Fribourg qui y restèrent une vingtaine d’années, puis se répandirent peu à peu dans les régions environnantes. A cette époque, les communications faisaient défaut dans l’État, où elles ne se développent que depuis une vingtaine d’années (i) ; l’élément brésilien forme aujourd’hui la grande majorité de la popu-
(1) A la chute de l’Empire, en 1889, il n’existait pas tout à fait 9.000 kilomètres de voies ferrées dans tout !& Brésil.
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lation de Nova Friburgo. Ce centre n’est pas une ville de plaisance aristocratique comme Pétropolis, c’est un centre de repos où l’on mène une vie tout à fait provinciale, le climat y est plutôt plus agréable que dans la deuxième capitale de l’État. Friburgo, comme on dit simplement, n’a pas progressé comme cette dernière, ce n’est pas une ville industrielle, mais le centre d’une région agricole où prospèrent toutes les cultures d’Europe qui sont amenées à Nictitheroy et à Rio par le chemin de fer de Cantagallo.
Ce chemin de fer est d’une construction très audacieuse, et le voyage de Nictheroy à Friburgo qui se fait en moins de cinq heures est une excursion agréable et intéressante. On prend de bon matin, à Nictheroy, le chemin de fer de Cantagallo ; la première partie du parcours jusqu’à Cachoeira, au pied de la montagne, n’eêt guère intéressante, la région est marécageuse, on n’y voit que quelques villages d’apparence assez pauvre et des plantations de canne à sucre. A la station de Cachoeira commence l’ascension de la serra, le train gravit en faisant de multiples zigzags des pentes extrêmement raides, l’aspect du paysage change à chaque instant; le train serpente à travers la forêt vierge qui borde toute cette partie de la ligne, et le voyageur peut admirer un épais rideau de plantes grimpantes, des orchidées magnifiques parant des arbres colossaux, un fouillis de plantes exotiques où figurent des quantités de fougères arborescentes. C’est à travers cette végétation qui s’enfonce parfois brusquement dans des vallées profondes qu’on atteint le sommet de la serra à 94 kilomètres ; à cet endroit on découvre un panorama splendide de 150 kilomètres d’horizon, embrassant tous les côtés de la baie de Guanabara et les régions voisines. Puis le train descend la vallée de la Bengala en décrivant, toujours en forêt, des courbes rapides jusqu’à Nova Friburgo- où l’on trouve quelques hôtels suffisants et d’où l’on peut organiser de belles excursions dans la vallée du Rio Grande .
XIL — Vassouras est une ville agréable et commerçante de plus de 12.000 habitants, placée dans une situation intermédiaire entre la montagne et la vallée du Parahyba. Cette ville est le centre d’importantes plantations de café ; elle est desservie par la ligne Centrale du Brésil qui passe à 5 kilomètres de la cité, où l’on y parvient par un petit chemin de fer d’intérêt locah Sauf
une grande fabrique d’allumettes « Serra do Mar », il y a peu d’industries dans la ville, la région est essentiellement agricole, en outre du café on cultive surtout la canne à sucre, le tabac et diverses céréales.
Rezende et Barra do Pirahy sont des villes de 13 à 15.000 habitants dont le développement est constant; la première est située sur la rive droite du Parahyba sur trois collines dont chaque sommet porte une église; un quartier de la ville, les Campos Elyseos, s’étend sur l’autre rive du fleuve, où se trouve la gare du chemin de fer Central, qui dessert la région toute agricole et pastorale; on y fabrique depuis quelques années du beurre et des fromages qui, quoique laissant â désirer, trouvent un bon placement dans la capitale de l’Union. Barra do Pirahy est le cheflieu d’un municipe agricole et industriel dont le commerce est très animé. La ville se trouve placée dans une petite vallée, l’un et l’autre côté des rivières Parahyba et Pirahy, dans une situation exceptionnelle, juste à l’embranchement des deux lignes de la « Central » qui se dirigent vers les États de Minas et Sâo Paulo ; c’est aussi la station principale du chemin de fer de Sapucahy. Cette ville est assurée d’un grand avenir économique. On y note déjà un atelier de machines agricoles, quatre fabriques de tabac, deux de chaux, une minoterie centrale, une fabrique de cartes, une importante distillerie, etc. Aux environs-, dans le district voisin de Mendes, se trouve la grande fabrique de beurre « Teutonia », le plus important établissement de ce genre de l’État. Le chemin de fer Central franchit le Parahyba, tout près de la ville, sur un pont de 250 mètres qui est une très belle œuvre d’art.
S. Matheus, Cachoeira de S. Leopoldino et Benevente sont des villes de 5 à 14.000 habitants qui est le chiffre de la dernière. S. Matheus, placé sur le bord de la rivière de ce nom, est une cité commerçante et d’avenir. Cachoeira est un centre agricole prospère, où on trouve une nombreuse population d’Italiens, de Polonais et d’Allemands. Benevente, dont le municipe produit du sucre, du café et du riz, a actuellement un mouvement commercial peu important.
En parlant d’Angra dos Reis nous aurons terminé avec les centres un peu importants de l’État de Rio de Janeiro.
t Angra dos Reis est un des meilleurs ports de l’État, sinon le meilleur; il est situé sur la côte sud, entre llha Grande et la baie
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de Ribeirao Grande. Ce port, où peuvent pénétrer des navires calant 6 mètres d’eau, sert aux municipes d’Angra dos Reis, Sâo Joâo do Principe et à divers autres des États de Sâo Paulo et de Minas. Ce fut un port très important et qui est encore très fréquenté par les vapeurs qui vont à Mangaratiba, Paraty et San Sebastiâo. Angra dos Reis reprendra certainement une importance commerciale très grande lorsque le chemin de fer de l’État de Goyaz passant par Catalâo sera achevé ; dans cette prévision ce port va être pourvu de quais et de l’outillage nécessaire.