‹ Au Brésil: De l'Uruguay au rio São FranciscoChapitre 26 sur 69 · francs · texte numérisé non relu

francs

On voit que ce dernier est coté à un prix plus élevé. Il y a encore quelques autres puissances importantes, mais les quantités sont relativement insignifiantes.

Fromages. — Le premier rang, en ce qui concerne l’importa-

tion du fromage, appartient à la Hollande, avec 590.000 kilos, d’une valeur de 1.237.000 francs.

L’Italie, avec 672.000 kilos, d’une valeur de 1.403.000 francs.

L’Angleterre, avec 55.000 kilos, d’une valeur de 106.000 francs.

La Suisse, avec 45.000 kilos, d’une valeur de 97.000 francs.

La France, avec 16.000 kilos, d’une valeur de 33.000 francs.

On voit par ces chiffres que, quoi qu’on fasse au Brésil dans les États de Minas Oeraes, Rio Grande do Sul et Rio de Janeiro, la production ne pourra de longtemps donner satisfaction à la consommation.

V. — Nombre de grandes propriétés ont aujourd’hui perdu de leur valeur, ce qui ne veut pas dire qu’elles sont épuisées, parce que l’agriculteur brésilien, extrêmement routinier, ne veut considérer comme fertiles et avantageuses, que les terres vierges, déboisées, où sans engrais, il pourra planter des caféiers, du maïs ou des haricots; il y a, en outre, dans l’État de Rio de Janeiro, 1.000 lieues carrées de terres diverses que, sans aucune exagération, on peut considérer comme fertiles, y compris les terrains dits marécageux. Nombre de propriétaires végètent dans leurs terres, en s’obstinant à brûler chaque saison les grandes herbes sous prétexte d’anéantir quelques serpents et les insectes nuisibles, épuisant ainsi les éléments fertilisants sous une couche de terre durcie et calcinée par les incendies répétés ; ils n’obtiennent ainsi qu’un pâturage maigre, de tiges dures, pour de maigres troupeaux.

Toute la zone de la baixada ou lisière aujourd’hui délaissée, constituée par des terrains argilo-sablonneux, pourrait être convertie en excellentes prairies, car leur (Constitution leur permet d’emmagasiner les eaux des pluies et d’éviter ainsi les conséquences d’une sécheresse de quelque durée, qui n’est guère à craindre dans cette région. L’alqueire É) de terres coûte, dans

(1) Quoique le Brésil ait depuis longtemps adopté le système métrique français,., dans la plupart des Etats on a conservé par routine les anciennes mesures de super-

ficie portugaises. Les voici avec leur équivalent :

La légua ou lieue cai’rée vaut 43 hect. 56

La milha quadrada vaut 4 — 840

L’alqueire de Minas et Rio vaut 4 — 840

’ L’alqueire de S. Paulo vaut . 2 — 420

La lieue ou légua est au Brésil de . . . . 6kilom.000

La geira vaut . . 19 ares 36

La tarefa à Bahia vaut. 43 — .^^6

- . ' La brassa carrée vaut 4' m. q. 84

ÉTAT DE RIO DE JANEIRO 133

cette région, moins de 15.000 reis, et dans les régions cultivées, 40, 50 et même 100 milreis. Le climat de cette zone et celui des premières rampes de la serra est plus ou moins doux et homogène dans toute son extension, avec un minimum de 8" au-dessus de zéro dans les plus rigoureux hivers, à l’abri, par conséquent, des gelées qui peuvent brûler les plantes fourragères; partout l’eau est abondante pendant l’été en raison du grand nombre de ruisseaux qui coulent de tous côtés. La végétation est partout constante, et, par conséquent, l’alimentation permanente, sauf

État de R[o de Janeieo. — Dans la Serra dos Orgrioes. '

quelques cas exceptionnels qui pourraient tout au plus entraîner l’amaigrissement des animaux mais non leur mort, comme il arrive dans les campos de l’Argentine, de l’ Uruguay et du sud de l’État de Rio Grande do Sul. En parcourant la vallée du Parahyba depuis l’État de Sâo Paulo jusqu’aux campos de Goytacazes, nous nous sommes rendu compte que, sous le rapport de l’élevage, il y a partout beaucoup à faire; il suffirait d’un peu d’initiative pour transformer en fertiles prairies des zones entières, aujourd’hui dédaignées et improductives, La routine domine énormément parmi toute la population rurale, nous avons pu voir de grands troupeaux de chèvres qui vaguent dans les

:i34 AU BRÉSIL

restingas, qui sont des bandes de terrain plus élevées au milieu d’un sob marécageux; ces animaux, -qui vivent à l’état sauvagu, peuvent être Considérés comme sans propriétaires par l’état d’abandon où ils restent; personne ne cherche à tirer parti des peaux de chèvres, comme on le fait dahsd’Ètat de Minas, où c’est une industrie fort lucrative.' ,

L’État de Rio de Janeiro a traversé en ces -dernières années ùiiè crise assez rude, due à diverses causés et à l’affaissement deS prix du café et du sucre, crise qui ne fait que s’achever. C’est dans la prospérité de ses industries et particulièrement dans le développement naissant de l’industrie pastorale que cet Etat trouvera non seulement le parfait équilibre de ses finances mais un excédent budgétaire. Déjà le commerce des fibres végétales et celui des fruits donne des résultats fort encourageants.

VI. — Toutefois l’État de Rio de Janeiro, comme en général tous les États du Brésil, manque de bras pour l’exploitation de ses richesses et la mise en rapport d’énormes extensions de terre incultes. Aussi, le gouvernement brésilien fait-il tout son possible pour attirer toutes les bonnes volontés; les émigrants sont bien reçus et jouissent de faveurs assez grandes; les promesses qui leur sont faites à leurs débuts sont tenues et au delà : ceux qui ne réussissent pas à se procurer au moins l’aisance, c’est qu’ils ne sont pas préparés pour le métier de colon, c’est qu’ils ne sont pas agriculteurs ou manquent d’énergie et de persévérance.

Malgré sa volonté d’ouvrir à la .colonisation des régions nouvelles, le Brésil, pays neuf, voit se dresser devant lui le problème de la propriété foncière. Partout, dans toutes les parties du pays d’accès relativement facile, la terre est aux mains de propriétaires plus ou moins descendants des capitaines portugais qui reçurent en apanage des fiefs immenses. Ces propriétaires occupent toute là terre ayant quelque valeur par la proximité des voies de communication ou des rios. Qu’une ligne de chemin de fer traverse un pays jusqu’alors absolument désert, le sertao lointain, tous les terrains en bordure se trouveront appartenir à des propriétaires possédant des titres plus ou moins valables. L’État n’a pas, sauf dans les territoires éloignés des régions qu’il cherché à -ouvrir à

(1) La dette publique de l’Etat, de Rio de Janeiro est de 28.000 contos;. la dette flottante dè 8.000 contos environ. (On sait que le conto vaut 1.610 francs.) - i

ÉTAT DE RIO DE JANEIRO

la civilisation, de terres à distribuer aux immigrants; celles qu’il distribue dans les colonies existant actuellement sont les territoires de fazendas qu’il a achetés à leurs propriétaires.

Les colonies sont de trois sortes : fédérales, estadoales et particulières, c’est-à-dire que les terrains ont été achetés par l’un ou l’autre État qui y attire les immigrants et y maintient des colonies à ses frais ; les autres sont achetés et colonisés par l’Union ou État fédéral, et par les Compagnies de chemins de fer qui fondent des colonies le long de leurs lignes.

Ces grands propriétaires, du moins ces détenteurs de grands espaces dont nous parlions tout à l’heure, ne sont pas le moins du monde sympathiques ; la plupart d’entre eux sont d’assez pauvres diables, routiniers et sans avoir, vivant misérablement dans un coin de leur propriété en une habitation datant de l’occupation jDortugaise, qu’ils laissent tonâber en ruines. Ils subsistent pauvrement des produits laissés par l’exploitation plus que sommaire de quelques parcelles de terrains, plantation de maïs, quelque peu de canne, quelque bétail dont on n’a pas à s’occuper. Manquant de ressources et aussi de l’énergie indispensable pour mettre leurs terres en valeur, ils les immobilisent au détriment de l’intérêt général.

Il y aurait bien un remède à ce mal, il a été plusieurs fois question de l’appliquer, mais... Ce serait de lever un impôt foncier sur toutes les terres avec la plus grande rigueur. Le chiffre de cet impôt pourrait être léger pour les propriétaires actifs qui exploitent leur domaine, élevé pour le propriétaire indolent qui vit dans l’oisiveté ; comme ce dernier serait incapable de payer l’impôt, la terre retournerait à l’État dans un laps de temps plus ou moins court.

Le difficile c’est que les fazendaires constituent, pour une grande part, la classe puissante dans chaque État, et, pour cause politique, les gouvernants n’osent tenter une entreprise qui pourrait être extrêmement avantageuse pour la nation, ne seraitce que de stimuler l’activité des propriétaires indignes qui s’efforceraient de mettre leurs propriétés en valeur par crainte de se voir exproprier. Il faut espérer que l’intérêt général l’emportera un jour,

VIL — Nous avons dit que le gouvernement brésilien, désireux de mettre en valeur et de peupler le sol national, accorde

j3G AU BRESIL

aux immigrants des faveurs assez grandes. Les terrains achetés par lui ont été divisés en lots de 15 à 30 hectares suivant les endroits et formant colonie; nous avons visité dans chaque Etat un certain nombre de ces colonies. Chaque colon a droit à un lot, une maison d’habitation, des vivres pour six mois, des instruments de culture et des semences, des soins médicaux. La dette relativement minime que chaque immigrant contracte envers l’État doit en principe s’acquitter en sept ou huit annuités. Les avantages accordés devaient attirer et attirèrent en effet un grand nombre d’immigrants de toute nationalité, mais les résultats ne furent pas aussi brillants qu’on était en droit de l’espérer après les sacrifices que le gouvernement s’était imposés. Il faut, dire aussi que, si la colonisation n’a pas réussi aussi complètement qu’il l’avait espéré, c’est c|ue peut-être, jusqu’à, ces- dernières années, elle n’avait pas été suffisamment bien organisée ou comprise.

A la vérité, l’État brésilien commit l’erreur au début de vouloir trop peupler le sol national, de créer et de disperser ses colonies trop loin dans l’intérieur, dans des lieux souvent sans communications faciles où les colons se trouvaient par trop isolés et où ils pouvaient assez difficilement vendre leurs récoltes'. Ces coloniôs ne prospérèrent pas, car les colons se dispersèrent peu à peu, ou perdirent toute initiative et en, vinrent à vivre comme le paysan brésilien de l’intérieur, le caïpira, qui se contente; de demander à la terre juste l’indispensable pour se nourrir. Cette erreur fut reconnue et les nouvelles colonies sont aujourd’hui établies’ près de certaines villes et le long des voies ferrées. Toutes celles qui furent constituées près des centres de population ou proches les unes des autres, prospérèrent rapidement et les villes près desquelles elles étaient placées, prirent ellesmêmes un plus grand développement; puis la vie y devint moins chère. Tel est le cas pour Curityba, capitale de l’État de Parana, tqùt autour de laquelle et jusqu’à plus de 30 kilomètres, sont groupées un certain nombre de colonies, dont plusieurs émancipées aujourd’hui et où les habitations respirent l’aisance et la prospérité.

VIII. — Les États qui reçoivent le plus d’immiigrants sont ceux de Sâo Paulo, Parana, Minas Geraes et Rio Grande do^ S ul où nous avons trouvé nombre de colonies très prospères. Malheu-

ÉTAT DE RIO DE JANEIRO

reusement, sur la totalité des immigrants venus aux: frais de l’État, recrutés par des, agents qui peut-être leur présentaient la situation sous un jour un peu trop favorable, il y a environ 30 p. 100 de déchets, d’hommes sans valeur, niécontent s de tout et de tous, qui sont une charge pour la collectivité. Chaque colonie dut recevoir un certain nombre de ces immigrants qui n avaient pour la culture et pour le travail en^général, qü’un gofit très peu prononcé' ils se contentèrent de toucher pendant six mois les vivres auxquels ils avaient droit, puis sous, divers prétextes -ils .quittaient leurs lots pour en réclamer un autre dans un Etat voisin qui leur convenait mieux, disaient-ils. Nous avons vu

Therezopolis.. — Litières pour promenade.

plusieurs de ces colons qui avaient passé successivement dans les États de Minas Geraes, de Rio de Janeiro et de Sâo Paulo.

L’État qui montra le plus de. mansuétude, pour ne pas dire de faiblesse, est celui du Parana qui continua pendant plus d une année ses distributions de vivres à des paresseux et à des incapables ; il y eut presque une émeute le jour où la suppression fut décidée. Il faut dire que l’État n’avait pas été très heureux dans le choix de ses immigrants, c’étaient des Hollandais recrutés sur les quais de Rotterdam et d’ailleurs, des Polonais allemands n’ayant aucune aptitude ni aucun goût pour l’agriculture.

Le ' gouvernement , du Brésil s’impose à l’heure actuelle de lourds sacrifices pour mieux faire connaître le pays et ses richesses,

ses efforts seront, nous l’espérons, couronnés d’un plein succès, le pays le mérite et sait récompenser les labeurs les plus ardus. Devant le nombre trop considérable de non-valeurs, parmi les immigrants à qui le gouvernement accordait le passage gratuit -jusqu’à Rio de Janeiro et de là jusqu’à la localité où ils voulaient s’établir, il a été décidé que, sauf pour certains cas, il ne serait fait appel qu’à l’émigration spontanée, c’est-à-dire à ceux qui arriveraient au Brésil à leurs frais. A ceux-là l’État offre des avantages spéciaux. Voici les modifications qui seront apportées à la loi d’immigration et qui n’abrogent pas le règlement concernant les immigrants de certains pays, amenés et installés aux frais de l’État .

« Art. — Dans chaque centre colonial ou "fondé et entretenu par l’Union, un lot de terrain sera gratuitement concédé aux immigrants spontanés, c’est-à-dire à ceux, passagers de deuxième ou troisième classe, venus à leurs frais au Brésil et constituant des familles d’agriculteurs. Ces immigrants devront à lèur arrivée déclarer leur intention de s’établir dans un centre colonial. Le service du peuplement fera le nécessaire pour loger et transporter ces immigrants à leur point de destination, où une fois leur choix fait d’un lot à leur convenance, il leur sera remis un titre provisoire, avec les indications des conditions du lot et de sa valeur. Deux ans après leur établissement dans le centre colonial, les colons qui auront cultivé et habité leur lot pendant ce temps, l’auront mis en valeur par des plantations permanentes d’une valeur égale à celle du lot, déclarée dans le titre provisoire, recevront le titre de propriété définitif de leur lot, sans qu’ils doivent rien à l’État pour aide ou avances. Si à la fin de ces deux années d’établissement dans le centre colonial, les conditions requises pour l’obtention du titre définitif n’étaient pas remplies, ce titre ne serait remis que lorsque les clauses énoncées plus haut auront été observées, ceci à n’importe quelle époque. »

IX. — D’après le règlement actuel du service de peuplement, les concessions ne sont pas gratuites, mais Vendues un prix minime, les lots ruraux ont une superficie de 25 à 50 hectares. Les émigrants sont reçus dans les ports par les agents du gouvernement; ils sont logés et nourris, ont droit au médecin et aux médicaments, du jour du débarquement jusqu’à leur arrivée dans la localité choisie par eux. Les bagages et outils des émigrants

ÉTAT DE RrÔ^DÈ JANEIRO

ne paient pas de droits de douane, ils reçoivent gratuitement les 'outils et les semences dans les colonies fondées par le gouvernement fédéral où celles des États, il leur fournit également des vivres pour eux et leur famille, pendant les premiers six mois de la mise en rapport du lot acheté. Le délai de paiement de chaque lot est toujours supérieur à cinq ans; chacun de ces lots a une maison bâtie par le gouvernement ou par le colon lui-même s il le désire. Cette dernière méthode est aujourd’hui la plus généralement adoptée. Dans le premier cas le prix de la maison est calculé sur le prix de la dette que l’émigrant contracte envers le gouvernement; cette dette et celles qu’il pourra contracter vis-àvis du gouvèrnement figurent sur un carnet qui lui est remis. L’émigrant qui paie à l’avance a droit à une réduction de 12 p. 100 par an sur les sommes qu’il doit payer (^). Dans toutes les colonies, le gouvernement maintient des écoles gratuites d enseignement primaire pour les fils des colons.

Pendant l’année 1908, il est entré au Brésil, d après les statistiques, 94.695 immigrants dont 43.354 formant 10.425 familles et 51.341 isolés. De ce nombre, 74.999 furent des émigrants spontanés, arrivés sans le secours du Gouvernement, desquels

Page 1