VIII. — Sâo Francisco est le meilleur port du sud du Brésil
366r AU BRÉSIL
partie nord de l’île qui porte son nom*, elle est composée dé vieilles maisons des temps coloniaux et ne semble pas avoir progressé beaucoup, peut-être comme Florianopolis, en raison de sa situation dans une île. Sâo Francisco verra toutefois des jours meilleurs, car ce port est devenu la tête de ligne du chemin de fer dit de « Siio Francisco à l’Iguassu » qui est compris dans le réseau que doit construire la « Compagnie Sâo Paulo-Rio Grande )>.• Cette ligne, dont la construction aujourd’hui arrêtée pour des causes que nous ignorons, atteignait Sâo Bento, relie Sâo Francisco à Paraty, Joinville, Jaraguâ, Campo Alegre, Sâo Bento, et doit se prolonger jusqu’à Porto Uniâo da Victoria, De là, jusqu’à la frontière argentine, où elle se relierait au réseau argentin qui doit arriver à Campina Americo. L’île de Sâo Francisco, qui a 33 kilomètres dans sa plus grande longueur et 20 kilomètres environ de large, possède d’excellentes terres dans le voisinage de la mer. La mer est très poissonneuse, on y trouve surtout des crevettes d’une taille inconnue chez nous, avec lesquelles on fait des conserves qui sont l’objet d’une certaine exportation.
Brusque est le centre d’une région agricole très florissante. C’est, après Joinville et Blumenau, le troisième centre industriel de l’État; il y existe plusieurs filatures et fabriques de tissus de coton dont la fabrique Rénaux ; on s’occupe aussi de la culture du coton et de sériciculture. D’assez bonnes routes font communiquer cette localité de 13.000 habitants avec Blumenau et Itajahy. L’élément germanique est, à Brusque, absolument prépondérant.
IX. — Joinville, Blumenau, Rajahy, Brusque, Nova Trento, Urussanga au sud, etc. sont les points les plus progressistes et les plus prospères du territoire de Santa Catharina; il est indéniable que le progrès de cette partie de l’État et le peu qui existe ailleurs, est dû aux Allemands et pour une part moins grande aux Italiens colonisant toute la région du Nord, la seule véritablement mise en valeur. La population allemande et italienne constitue plus d’un tiers de la population totale de l’État. Ce fait causa d’excessives inquiétudes à une partie de la presse chauvine de Rio qui ameuta un moment l’opinion, en , dénonçant un soidisant péril allemand qui menaçait l’hégémonie des Etats de Santa Catharina et de Rio Grande do Sul. A moins d’ignorer tout ce qui concerne ce pays, on ne peut de bonne foi croire à ce péril
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imaginaire. Tout d’abord, si dans certaines localités les iVllemànds où les habitants d’origine allemande sont en majorité, la popu^ lation n’est pas pour cela totalement allemande ; la plus grande partie en est aujourd’hui brazilianisée et forme ce que l’on nomme l’élément teuto-brésilien. Amis de l’ordre, disciplinés, uniquement occupés de leurs cultures ou de leur commerce, les Allemands nés ou d’origine n’ont jamais soulevé aucune difficulté, aucun trouble, avec les colons des autres nationalités, pas plus qu’avec les autorités brésiliennes, depuis plus de soixante ans qu’ils habitent le pays en nombre considérable.
Ce qui a pu faire naître cette crainte absurde chez certains rédacteurs, c’est le fait que dans les centres dont nous avons parlé et où domine l’élément allemand, la langue, les usages, les coutumes, sont restés absolument germaniques et que le portugais n’est pas enseigné dans les écoles entretenues par les municipalités teuto-brésiliennes ou les populations allemandes. C’est là un fait réel; à Blumenau, par exemple, on parle plus allemand que portugais, car, se trouvant au milieu de ■ compatriotes, les nouveaux arrivés ne sont pas dans l’obligation d’apprendre cette langue.
Cette situation ne se trouve nulle part ailleurs, car dans les colonies allemandes de Rio Grande, presque tous les colons parlent portugais de même que ceux qui résident dans les villes ; elle est due à ce que les colonies pendant fort longtemps restèrent, faute de communications, isolées du reste de la population de l’État. Comme les colons firent tout par eux-mêmes, ils le firent pour eux-mêmes et à leur convenance; ayant construit des écoles, on ne peut guère leur faire un crime de faire instruire leurs enfants par des professeurs allemands et en langue allemande; il serait cependant plus pratique qu’on y enseignât conjointement les deux langues.
En réalité, c’est le gouvernement de l’État qui doit être rendu responsable de cet état de choses, par son indifférence et surtout par son manque d’énergie. Si comme nous l’avons vu dans les autres États du sud, les écoles brésiliennes dirigées par des , professeurs brésiliens avaient été créées pour instruire et enseigner la langue nationale aux enfants des colons, avec l’obligation pour les parents de les y envoyer, on n’aurait pas à constater l’existence de centres importants continuant à rester étrangers à la langue.
aux usages et. aux .coutumes, du pays qui leur donne Thospitalité depuis soixante ans. Cette faiblesse peut être attribuée à deux causes, tout d’abord le manque de ressources pour créer des écoles et les pourvoir de professeurs, puis le désir de ne pas heurter la volonté d’électeurs influents comme le sont les habitants des anciens centres coloniaux du nord. La' première raison doit être écartée, car à 'diverses reprises plusieurs présidents de l’État voulurent fonder des écoles brésiliennes à Blumenau avec assistance obligatoire. Devant la mauvaise volonté des habitants qui désirent conserver ce qu’ils considèrent comme un privilège, ils n’insistèrent pas, le parti au pouvoir craignant de s’aliéner les électeurs avec lesquels il faut compter, car ils constituent nm chiffre respectable qui pendant les périodes électorales ne restent pas indifiérents. Aucun gouvernement, pensons-nous, n’aurait rien à perdre en exigeant l’enseignement du portugais dans les écoles allemandes. •
X. — Sur le littoral quelques centres de population méritent encore d’être signalés, ce sont, non loin de la capitale, S. José, avec une population de 10.000 habitants, situé entre les petits ports de Biguassu et de Palhoça, ce dernier est le principal pourvoyeur de. Florianopolis ; la région est entièrement agricole et il existe plusieurs centres coloniaux en développement. Plus au sud se trouve Laguna, petite ville maritime de 10.000 habitants environ, située à l’est d’une lagune qui lui a donné son nom; cette ville, assez commerçante et destinée à un plus grand avenir, est d’aspect agréable par la régularité de ses constructions et l’alignement de ses rues. Laguna est une ville salubre, possédant une eau excellente et où la vie n’est pas chère. Un petit embranchement de 5 kilomètres la relie à la ligne de D. Christina qui va du port de Imbituba à Minas.
Tubarao est une ville d’une importance à peu près égale à’ Laguna, située à 53 kilomètres de la, mer, sur les rives du rio Tubarao, au pied d’une colline granitique à laquelle elle est adossée. La petite ville est gaie et possède de bons édifices, propriété de riches agriculteurs de la région, le municipe est assez populeux et possède d’énormes extensions bien cultivées en riz, maïs, manioc, canne à sucre. Lés pâturages pour l’élevage y sont incomparables, aussi le bétail y est de toute beauté. Tubarao est reliée à la côte par le chemin de fer qui a son point terminus un
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peu plus loin, à Minas* Toute cette zone fertile qui, avec la vallée entière de Ararangua peut être considérée comme la terre promise de Santa Catharina, commença à être exploitée par des colons de Santa Izabel et Therezopolis qui, mécontents de leurs terres, vinrent s’installer dans la vallée du Braço do Norte, affluent de gauche du Tubarâo. Ces colons arrivèrent à l’aisance en devenant les fournisseurs des ouvriers employés à la construction du chemin de fer, auxquels ils vendaient des céréales, des fruits, des légumes et de la viande de porc. C’est pourquoi on ne voit pas aujourd’hui un seul colon pauvre dans cette région. Ces
colons, d’origine allemande et italienne, parlent le plus affreux patois portugais qu’on puisse rêver.
Minas est une petite localité sans importance encore aujourd’hui, mais qui peut devenir un centre commercial actif en raison des mines de charbon qui existent dans ses environs immédiats appartenant à la couche intermédiaire dite de Barro Blanco. Le combustible fourni par ces mines qui sont exploitées assez mollement est un peu supérieur à la lignite des mines de Sâo Jeronymo dans le Rio Grande, et il est possible qu’en arrivant à une certaine profondeur, on atteigne une couche de véritable houille. Quoi qu’il en soit, il y aurait profit à. exploiter cette lignite telle qu’elle est, à en faire un produit de consommation pratique par
Santa Catharina. —
Boiada traversant à gué le fleuve Iguassu.
le procédé allemand d’amélioration et de briquetage des charbons inférieurs.
XL — La zone intérieure de TÉtat. la plus salubre et la plus vaste est celle où l’on compte le moins de centres de population; celle-ci ne s’élève pas à plus de 50.000 habitants dans l’ensemble de cette zone. Les localités un peu importantes qu’on y rencontre sont les chefs-lieux des six municipes qui se partagent ce territoire trois fois plus vaste que celui du littoral, et encore ces chefs-lieux ne sont-ils le plus souvent que de modestes bourgades. Lages, dont on voudrait faire la capitale de l’État, est la plus importante de ces localités ; elle s’étend dans une vaste plaine tout près des rives des rios Carahé et Caveiras, affluents de l’IguassLi. Ville très ancienne puisqu’elle fut fondée par les Paulistes en 1767, elle n’a guère progressé depuis nombre d’années, toujours en raison du manque de communications. Il manque à cette ville une ligne ferrée venant du littoral qui traverserait les plateaux, lesquels se trouvent à une altitude variant de 1.100 à 900 mètres au-dessus du niveau de la mer. Le vastes campos d’excellents pâturages convient les habitants à se faire éleveurs, c’est pourquoi on y voit de loin en loin de grandes fazendas, possédant d’immenses troupeaux de bétail divers . Les forêts de cette région sont composées des mêmes essences que celles du littoral, parmi lesquelles dominent les pins araucarias. Les vergers de Lages produisent tous les fruits d’Europe et le blé vient bien dans les plaines environnantes. Les habitants de la serra ou des hauts plateaux sont d’apparence plus vigoureuse, plus énergique que ceux du littoral, sans doute en raison du climat plus frais pendant l’hiver, et surtout en raison d’une alimentation plus substantielle et d’une vie plus active. Les mœurs et le caractère des habitants du municipe de Lages et des districts environnants sont' à peu prés ceux des gauchos du Rio Grande, courtois, francs et hospitaliers. Cette hospitalité est toute naturelle, chaque habitant se dispute le voyageur, car à Lages, ville d’une certaine importance, il n’existe pas encore d’hôtels.
Faute de voies de communication, presque tout le commerce de la région de la serra se dirige vers Porto Alegre, quoique cette ville se trouve plus éloignée, mais il existe une route â peu près carrossable, le trajet est moins semé d’obstacles et s’opère plus
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rapidement. Les fazendaires les plus éloignés envoient : leurs enfants faire leurs études au Collège Sâo Leopoldo qui se trouve â 40 kilomètres environ de Porto Alegre. Nous ne savons si Pages deviendra la capitale de l’État, mais il est certainement appelé à devenir, en raison de son climat, en raison de la fertilité de ses terres aptes â toutes les cultures, un centre d’un grand avenir. Tout près de la ville, à 20 kilomètres, existe, sur le rio Caveiras, une chute où l’eau se précipite d’une hauteur de 30 mètres, qui peut, â n’importe quelle époque, être utilisée comme force motrice pour procurer lumière et force à la cité florissante que deviendra certainement Pages.
Curitybanos, Sâo Joaquin, Sâo Bento, Sâo Joâo, Calmon,
Saînta Catharina. — Pont de la « Sâo Paulo-Rio Grande » sur le rio Iguassu.
Palmas et Uniâo da Victoria, ces trois dernières récemment encore occupées par l’Etat de Parana, sont d’autres localités de la zone intérieure qui n’attendent que le chemin de fer pour devenir de grandes villes. Uniâo da Victoria, située sur l’Iguassu à la frontière du Parana, est coupée par le chemin de fer de Sâo Paulo-Rio Grande, c’est le point qui se développe le plus rapidement; Sâo Joâo et Calmon sont également situées sur la môme ligne, mais ce ne sont encore que de simples bourgades.
XIP — Nous avons dit que l’Etat de Santa Catharina était à peu près dépourvu de moyens de communication surtout par voie ferrée. En effet, cet Etat ne dispose à l’heure actuelle que de deux tronçons insignifiants, situés aux extrémités du territoire. Le plus ancien est le chemin de fer « Thereza Christina »
propriété du Gouvernement Fédéral, qui part du port de Imbituba, passe par Laguna à l’aide du petit embranchement et court vers l’intérieur en desservant la ville de Tubarâo pour se teirminer à Minas, centre de gisements carbonifères, soit un parcours total de 116 kil. 340. Cette ligne doit être prolongée vers la fertile vallée de l’Ararangua sur une distance de 70 kilomètres, prolongement qui traversera les colonies italiennes de Treviso et Nova Thereza, et puis par un embranchement de 60 kilomètres se dirigeant de Villa Nova vers le nouveau port de Massiambu.
Le deuxième tronçon est de construction toute récente, il part de Sâo Francisco au nord de l’Etat, pour atteindre Hansas et Sâo Bento en passant par Joinville. La construction de cette ligne, qui fait partie du réseau de la « Sâo Paulo-Rio Grande », avait déjà subi plusieurs interruptions pour des motifs divers, elle vient d’être définitivement suspendue à Sâo Bento, la voie étant en exploitation depuis Sâo Francisco jusqu’à Hansas sur une distance de 96 kilomètres. Le projet primitif de cette ligne portait prolongement jusqu’à Uniâo da Victoria sur la lignetronc, pour suivre par les campos de Palmas jusqu’à la frontière argentine sur l’Iguassu. Ce projet semble avoir fait place à un autre tracé qui, partant du littoral en face de Florianopolis, dessert les municipes de Sâo José, Palhoça, Lages, Curitybanos, Çampos No vos, continue vers Palmas pour s’achever comme le précédent à la frontière argentine, où il se relierait au réseau ferré de cette nation qui doit arriver à Campina Americo. Ce tracé a le mérite de desservir une plus grande partie du territoire; ce sera un vrai chemin de fer de pénétration qui permettra l’exploitation et la mise en valeur de régions immenses et fertiles, et pour l’heure absolument incultes. L’exécution de ce projet ne devra pas faire oublier l’achèvement du premier, au moins jusqu’à Uniâo da Victoria.
D’autre part, la Compagnie « Estrada da Ferro de Santa Catharina », qui avait obtenu en 1905 la concession d’une ligne allant de Blumenau à Hammonia (centre des colonies de la Société Hanseatica), avec prolongement vers le rio Negro et un embranchement allant à Curitybanos et qui, pour diverses modifications apportées au contrat, n’avait pas engagé les travaux, a finalement décidé de commencer la construction de cette ligne, ce qui est actuellement chose faite.
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Dans le but de procurer des transports faciles et bon marché à la production des municipes du sud de l’ï^tat, le Gouvernement de Santa Catharina a commencé en 1908, avec l’aide de l’Union, la construction d’un canal, dit canal de Mampituba, reliant Laguna à la fertile vallée de l’Ararangua, au moyen d’un chapelet de lagunes communiquant par des rivières dont le cours sera amélioré. Ces lagunes s’étendent le long d’une région où existent diverses localités qui ne peuvent se développer, parce qu’elles ne possèdent pas de débouché pour leurs produits, les moyens de communication faisant défaut et le prix de transport absorbant la valeur de la marchandise. Ce canal part du rio Madré en ligne droite, traverse la lagune da Manteiga, suit le rio Congonhas et arrive au rio Sangào en passant au nord du mont Jaboticaba Trois ligations ou coupes seront nécessaires afin de faciliter 40 kilomètres de nouvelles navigations , 2.000 mètres du rio Madré à la lagune da Manteiga, 2.970 mètres de cette lagune au rio Congonhas et 2.990 mètres du rio Morto au Sangâo. Cette oeuvre, une fois réalisée, améliorera la situation économique des municipes du sud de l’État encore moins favorisés que ceux du nord, sous le rapport des communications.
XIII. — Les cultures les plus développées de l’Etat de Santa Catharina sont celles du café, de la canne à sucre, du coton, des fruits, du tabac, de la mandioca ou manioc, du maïs sur tout le littoral depuis l’extrême nord jusqu’à Garopeba ; plus au sud, les cultures tropicales subissent davantage l’influence des gelées. Dans la serra ou intérieur, c’est la culture des céréales, l’industrie de l’élevage et celle de la herva maté qui sont le plus en faveur.
Le principal produit d’exportation de l’État est depuis quelques années le beurre fabriqué dans les zones agricoles de Blumenau, de Brusque, de Nova Trento, etc. ; 700.000 kilos de ce produit sortent annuellement de l’État. Le beurre est vendu à raison de 2.000 à 2.200 reis le kilo (É. La herva. [maté figure presque à égalité avec le beurre comme principal produit d’exportation et le dépasse parfois comme valeur. La quantité de maté exportée annuellement s’élève à 5.780.000 kilos d’une valeur de 1.479 contos Le saindoux figure dans l’exportation
(1) Le niilreis vaut 1 fr. 75.
(2) Le conto vaut 1,610 francs.
pour 1.275.000 kilos d’une valeur de 1.095 contos. Les bananes, dont il existe de grandes plantations qui pourraient être encore beaucoup développées, constituent aussi un excellent produit d’exportation. L’État exporte chaque année plus de 1 million de régimes (caches) qui trouvent un placement certain à Buenos Ayres ; Santos et Paranagua n’exportent que 330.000 et 634.000 caches, respectivement sur le même marché.
Sauf dans le municipe de Sào Bento et de Blumenau où il existe des fabriques pour préparer le maté, cette industrie n’est pas en général aussi perfectionnée que dans l’État de Parana. Les hervateiros catharinenses plus routiniers ne veulent pas améliorer leurs procédés de, torréfaction en substituant le barbacua au carijo, malgré les encouragements du Gouvernement. En 1906, un contrat fut passé avec divers pour l’exploitation de hervaes par le procédé barbacua ; mais ce contrat ne produisit aucun résultat. Les contractants donnèrent comme raison de cet échec la loi votée cette même année, laquelle interdit la taille des arbres hors d’une certaine époque. Cet insuccès est dû, en réalité, partie à ce que les contractants ne purent supporter les frais élevés de transport jusqu’au port d’embarquement, partie à la répugnance des hervateiros catharinenses pour changer leurs méthodes de travail. Depuis 1908, l’exportation du maté barbacua a complètement cessé.
La remarquable indolence, pour ne pas dire la paresse, la routine et l’insouciance qui caractérisent la population d’origine portugaise, descendant plus ou moins des premiers Açoriens qui peuplèrent le littoral, sont certainement la cause du médiocre développement des régions où ils sont encore en majorité.. L’agriculture en est restée à l’usage de la bêche; la culture du maïs, qui demande peu de soin, convient admirablement à leur caractère, et là encore, la mauvaise qualité des semences qui n’ont pas été renouvelées depuis cent trente-cinq ans, fait que la production obtient des prix inférieurs à ceux atteints par le mais du Rio Grande.
XIV. — Malgré toute notre sympathie pour les populations brésiliennes, en général douces, disciplinées et hospitalières même dans les classes inférieures, nous devons reconnaître que l’indolence de la population retarde le progrès de certains États. C’est ainsi qu’une grande partie des habitants du littoral de
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Santa Catharina semble faible, anémiée, d’une santé précaire, cela en raison d’une mauvaise hygiène et d’une plus mauvaise alimentation, dues à l’incurie et à l’inertie qui caractérisent malheureusement cette population. La misère sévit dans les habitations parce que la paresse y domine, alors que la nature prodigue et un sol fertile pourraient procurer tout au moins une vie confortable avec un minimum de travail.
Vivant presque exclusivement de farine de manioc, poissons, mollusques et crustacés, les habitants du littoral pourraient
Santa Cathalina. — Campement d’iiervateiros près de Uniào da Victoria. '
■malgré cela être un peuple robuste. Mais le poisson qui, frais, constitue un bon aliment, est mangé après plusieurs jours d’exposition au soleil, lorsqu’il est complètement desséché et ne possède plus que peu de qualités nutritives. Cela pour ne se donner la peine de pêcher qu’une fois la semaine, quand le littoral abonde en poissons de toute sorte. Un plat de pirâo, ou pâte de manioc bouilli, est englouti par deux ou trois personnes dans les mains desquelles apparaît un maigre morceau de poisson sec presque sans chair. Sur presque tout le littoral, du nord au sud, à l’exception des villes, où la vie est parfois plus facile, on ne voit guère d’hommes au visage coloré; la plupart sont pâles, jaunâtres, maigres, d’une constitution rendue
maladive par une alimentation insuffisante et une hygiène déplorable.
Quoi qu’on en dise, la farine de manioc prise comme aliment principal ne constitue pas une nourriture saine et réconfortante; malgré la douceur du climat, une bonne alimentation est indispensable. Avec la même ou avec une moindre somme de travail, la population pauvre pourrait substituer la farine de maïs à la farine de manioc. La première est de beaucoup plus nutritive que la seconde, la santé robuste des colons italiens, allemands et russes démontre la véracité de cette assertion. Ces colons, à leur arrivée, répudièrent aussitôt la farine de manioc et, à défaut de farine de blé, adoptèrent la farine de maïs. Leur alimentation se compose surtout, dans les colonies,, de pain de maïs, fromage, légumes et de viande de porc. Si l’on parcourt tout le littoral, on ne verra aucune habitation entourée de cultures maraîchères ; dans son ignorance profonde, la population pense que le manioc qui vient si facilement, presque sans travail, doit être considéré comme l’aliment â peu près exclusif. Pendant l’hiver nombreuses sont les personnes qui ne mangent que des oranges accompagnées de pâte de cassave, le pirâo de farine bouillie, aliment qui trompe l’estomac, comme ils disent, mais qui ne nourrit pas. Ces gens vivent au jour le jour, comme ont vécu leurs pères, sans ambition d’améliorer leur situation. Lorsque le besoin d’un objet indispensable se fait sentir, l’habitant du littoral ou de la base de la serra va jeter son filet ou couper une certaine quantité de bois qu’il vient vendre à la ville la plus proche.
XV. — L’abandon de la culture du blé, attribué à la maladie dite « ferrugem », la rouille, produite par un petit cryptogame, qui aurait atteint cette précieuse céréale, fut un fait regrettable j)our toute la population. En admettant que cette maladie fût pour quelque chose dans l’abandon de la culture, il ne semble pas qu’on ait rien tenté pour y remédier ; la preuve en est que dans nombre de colonies de l’intérieur et surtout dans le Rio Grande, nous avons vu de beaux champs de blé; il suffirait de faire une sélection parmi les semences. Toutefois, cette raison ne suffît pas pour expliquer ce phénomène, qui a certainement d’autres causes expliquées par l’évolution économique du Brésil au XVIII® siècle.
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Suivant nous, l’abandon de la culture du blé, dans des régions qui le produisaient autrefois en quantité, a été déterminé par un événement sociologique qui a eu son importance. Les premières générations des Portugais arrivés après la découverte consacraient tous leurs efforts à la recherche de l’or et ne s’occupaient
pas ou fort peu de culture. Brésilianisés par le milieu primitif, métissés avec les Indiens, ils adoptèrent, suivant les circonstances, Talimentation indigène et, peu à peu, l’indolence des générations aidant, ils oublièrent l’alimentation accoutumée de leurs aïeux européens, et adoptèrent l’usage d’autres céréales qui croissent plus facilement et sans grands soins dans le pays. De là, la conversion des anciens mangeurs de blé en mangeurs
Santa Cathap.ina. — Caboclos cathai-inenscs.
de manioc et de haricots, et, en dernier lieu, de maïs, ce qui marque sans doute un retour à la farine de blé. Nous parlons ici pour les classes populaires des campagnes, car l’usage du pain de froment est devenu général dans toutes les .villes et agglomérations, et nous avons vu que le Brésil iniportait d’énormes quantités de blé, quand il pourrait en produire, non seulement pour sa consommation, mais pour l’exportation,
XVI. — Les caboclos ou paysans métissés deis hauts plateaux de l’intérieur ne sont pas loin d’égaler en indolence leurs frères du littoral et des autres États du nord. Comme ceux de l’État voisin du Parana, qui vivent dans des conditions identiques de sol et de climat, ils ne travaillent que lorsque cela est tout à fait indispensable ; la terre rémunère si bien le labeur qu’on y consacre au moment de la récolte ! Dans cette zone de la serra, ils ont à leur portée le fruit du pin araucaria, le pinhâo, qui leur fournit sans travail un aliment très inférieur, mais dont ils préfèrent se contenter plutôt que de se livrer à un labeur prolongé.
A l’époque de la récolte, le caboclo catharinense ou paranaense recueille toutes les pommes de pin qu’il est capable de consommer. Comme ce fruit ne se conserve pas longtemps tel qu’il est ramassé, le caboclo le renferme dans des sacs et le met tremper dans l’eau pendant huit jours; ce temps écoulé, les pinhoes sont étendus au soleil, afin d’être complètement séchés. Il y a là de la subsistance pour quelque temps, car le maté, qui est l’aliment principal de l’habitant de la serra des deux États, ne fait pas défaut. Lorsque le temps est clair, que le soleil brille, le caboclo se livre à quelque occupation autour de sa case, coupe un peu de bois dans la forêt, plante quelques épis de maïs. Mais dès que le jour se lève brumeux ou pluvieux, alors le caboclo s’asseoit par terre, enveloppé dans son poncho (i) ou dans une couverture, autour d’un feu de branchages; le bois coûte si peu, seulement la peine de le ramasser ! Ils sont là plusieurs, les membres de la famille, parfois quelques amis, assis en cercle; la calebasse de maté passe et repasse de mains en mains et de lèvres en lèvres, tout cela presque sans parler. Comme le caboclo
(1) Le poncho, sans s’être généralisé, semble avoir été adopté par les populations des hauts plateaux du sud de l’Etat de Parana et ceux de Santa Catharina, en relations fréquentes avec le Rio Grande do Sul.
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de l’intérieur produit lui-même son tabac, dont il a toujours quelques pieds autour de sa case, on fume d’innombrables cigarettes et la journée se passe ainsi, en regardant, les yeux mi-clos, la flamme du foyer qu’on ne laisse pas s’éteindre.
Les richesses minérales de Santa Catharina sont encore moins connues que celles des États voisins; on peut dire même qu’elles sont tout à fait ignorées, car aucune étude scientifique n’en a été faite. Toutefois, d’après ce qu’on en connaît, on peut supposer que cet État possède le même sous-sol que ses deux voisins, le Parana et le Rio Grande do Sul ; il serait cependant beaucoup moins riche en or que ce dernier. L’existence de mines de fer, de cuivre, d’or, d’argent, de plomb, d’améthystes et de cristaux de roche, noirs, jaunes, rouges, bleutés et blancs a été constatée sur plusieurs points. Sur les rives du rio Itajahy existent des gisements aurifères, de plomb, de cuivre et de charbon ; le municipe de Blumenau serait alors le plus riche en minéraux. L’or existerait encore sur le rio Camboriu, sans qu’il y ait été jamais exploité, sauf par quelques particuliers; les terres du rio Tijucas Grande seraient également aurifères, des gisements argentifères y ont été aussi signalés.
En général, il y a peu de fonds à faire sur l’exploitation du sous-sol catharinense ; sa véritable richesse minérale, celle-là extrêmement importante, réside dans les énormes gisements de charbon c^u’on signale un peu partout dans le territoire, mais qui sont surtout remarquables dans le sud, sur les bords des rios Ararangua, Mae Luzia, Passa Bous, Rodeio Bonito, dans le municipe de Sâo José, comme dans la Varzea do Braço et Varzea da Raiz, et principalement dans le territoire de Tubarào, desservi par le chemin de fer « Dona Christina » . Ce charbon est de qualité inférieure, comme tous ceux découverts jusqu’à ce jour; mais, comme il a été dit, il peut être utilisé en le purifiant d’après les méthodes modernes. Tôt ou tard, on en arrivera là et l’extraction des couches carbonifères de Tubarào donnera sans aucun doute de beaux dividendes.
Rien ne manque à TÉtat de Santa Catharina pour devenir un pays tout à fait prospère, il lui faut seulement savoir mettre en valeur les ressources dont il dispose, transformer en champs cultivés les zones fertiles du littoral et les steppes immenses de l’intérieur où errent quelques troupeaux de boeufs trop peu
nombreux encore ; enfin tirer un parti rationnel des richesses accumulées dans ses forêts. Pour cela, il lui faut développer ses voies de communication, multiplier les routes; mais c’est surtout la création de voies ferrées qui amènera une transformation radicale de la situation actuelle et qui mettra l’État de Santa Catharina, grâce aux éléments de prospérité dont il dispose, sur le pied d’égalité avec ses voisins jusqu’alors plus favorisés.