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CHAPITRE XVII

ÉTAT DE SANTA CATHARINA

I. Superficie, composition de la population. — II. Aperçu descriptif. — III. Climat.

— IV. Florianopolis, la ville, la vie, industries. — V. Pourquoi cette capitale ne progresse pas. — VI. Les vieilles colonies, Blumenau, Itajahy. — VIL Une ville

' industrielle, Joinville. — VIII. San Francisco, Brusque. — IX. Une région germanisée. — X. Localités de la zone littorale. — XL Lages et la zone intérieure.

— XII. Les chemins de fer à Santa Catharina, lignes en trafic et en projet, le canal de Mampituba. — XIII. Produits d’exportation. — XIV. Paresse et mauvaise alimentation, le manioc, aliment exclusif. — XV. De mangeurs de blé à mangeurs de manioc. — XVI. Le caboclo de la serra. — XVII. Le sous-sol de Santa Catharina.

1. — Parmi les États si progressistes du Sud brésilien, Santa Catharina forme un certain contraste; il semble en effet que cet État se développe fort lentement et qu’il ait assez peu progressé ces dernières années. Cet État n’est pourtant ni moins riche, ni moins salubre, ni moins favorablement situé que ses voisins, au contraire, mais il n’exporte pas comme ces derniers un produit de grande consommation.

Sao Paulo a le café; le Parana, le maté;. Rio Grande do Sul, la viande séchée; Santa Catharina n’a aucun produit particulier, mais il pourrait les avoir tous. Cet État, en effet, possède de vastes campos d’élevage, des régions où abonde la herva maté, surtout dans la zone autrefois occupée par le Parana et qui vientde lui être reconnue par le Tribunal Fédéral; quant au café, il pousse admirablement bien, et dans l’île de Santa Catharina, presque toutes les habitations sont entourées d’une plantation de café. Sans songer à l’exporter, cet article pourrait servir à la consommation de l’État^ Le manque à peu près total de communications, sauf par de mauvais chemins, et l’indolence et le défaut d’initiative d’une grande partie de la population, contribuent

État de santa catiiarina. — Vue générale de Florianopolis.

fortement à maintenir cet État dans sa situation d’infériorité. Notre traversée du centre ouest de Santa Catliarina, alors en territoire contesté et encore peu exploité, ne pouvait nous donner qu’un très vague aperçu de cet Etat, lequel n’est vraiment peuplé que sur son littoral de plus de 350 kilomètres et jusqu’à 160 kilomètres vers l’intérieur; c’est donc par le littoral qu’il faut faire connaissance avec Santa Catharina.

Les limites de cet État sont le Rio Grande do Sul et le Parana, au sud et au nord; à l’ouest, la République Argentine; à l’est, l’Océan; sa superficie est de 74.156 kilomètres carrés (112.385 d’après les Catharinenses); et sa population est de 420.000 habitants environ,, chifi're assez peu élevé en comparaison du nombre d’habitants qu’il pourrait nourrir. Ce chiffre est d’ailleurs approximatif, car en raison des motifs déjà énoncés, on ne peut se faire une idée à peu près exacte de la population qu’en vo^^'ageant à travers les divers centres où, à chaque moment, on voit percer des habitations solidement construites et, le plus souvent, des palhoças ou des chou panas, c’est-à-dire des huttes et des cases rudimentaires. Cette population est très cosmopolite, elle se compose surtout de Brésiliens et d’Allemands avec une proportion moindre d’Italiens, de Russes et de Polonais. La race africaine mélangée n’entre qu’avec un pourcentage infime dansie total général, 10 p. 100 à peine. Le nombre des teuto-brésiliens et des Allemands nés atteint en échange près de 120.000; les Italiens sont environ 36.000; les Russes et les Polonais peuvent atteindre ensemble 16.000 personnes.

L’élément allemand domine surtout à Blumenau, Brusque, Itajahy, Joinville et Palhoça,, mais il entre également comme facteur plus ou moins important dans nombre d’autres localités. C’est à cet élément que Santa Catharina doit une grande partie des progrès réalisés jusqu’à ce jour; le développement du nord de l’État, la partie la plus prospère de tout le territoire, doit lui être entièrement attribué. Les Italiens se sont surtout concentrés dans les municipes de Nova-Trento et Urussanga, mais on les trouve encore en nombre dans d’autres centres, même dans le centre le plus germanisé de tous, Blumenau. il y a beaucoup d’agriculteurs italiens. L’élément polonais apparaît dans les municipes de Ararangua, Sâo Bento, Tubarào et Campo Alegre. Le Russe, qui est considéré comme un excellent colon

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par les Catharinenses, s’est localisé dans le municipe de Tubarao.

L’Etat de Santa Catharina compte encore dans sa population un certain nombre d’indiens vivant plus ou moins à l’état de nature, mais cet élément est appelé à disparaître, car les tribus éparses dans l’intérieur, restes des populations de tupy guarany qui peuplaient autrefois tout le territoire, sont exterminées dans des chasses féroces organisées contre elles. Le Gouvernement et la presse s’élèvent contre ces tueries et souhaiteraient pouvoir envoyer aux tribus indiennes des missionnaires pour les localiser en les catéchisant, comme on le fait avec succès dans certains États du nord.

IL — Le territoire de l’État de Santa Catharina qui, des rives de l’Océan à la frontière argentine, mesure plus de 500 kilomètres de long, forme deux zones tout à fait distinctes : celle du littoral, qui comprend les deux grandes îles de San Francisco et de Santa Catharina, la plus peuplée et la plus cultivée; celle de l’intérieur, séparée de la première par la Serra do Mar ou chaîne maritime, composée de hauts plateaux, de vastes plaines plus ou moins ondulées, de grandes forêts, le tout arrosé par quelques rivières importantes . La zone maritime est caractérisée par une flore tropicale riche en palmiers, principalement en hutias, pabniers de petite taille qui donnent d’excellents cocos; la végétation, sans être tout à fait aussi riche que celle des forêts de l’Amazone, comporte des arbres d’une taille presque aussi colossale que ceux qu’on trouve là-bas.' Les terres de cette zone sont tout à fait favorables à la culture de la canne à sucre, du manioc, de l’arrow-root, de la vanille, du gingembre, des piments, sans oublier le riz, le maïs et les haricots qu’on ne devrait cependant pas mentionner, car ils viennent partout. Le café vient également bien jusqu’à 300 mètres d’altitude.

La Serra do Mar qui, de 30 mètres monte à 1.500 et 2.000 mètres, et qui limite la zone maritime, forme, à la naissance des hauts plateaux qu’elle supporte, comme une région intermédiaire couverte d’admirables forêts de perobas. A cette zone supérieure succède celle dite de l’intérieur qui descend de 1.500 mètres à 900 mètres, pour s’achever en un immense plan incliné jusqu’aux rives du Parana. Cette région est couverte de vastes' campinas ou campos, prairies naturelles où on élève déjà quelque bétail et qui pourraient en nourrir trois cents fois plus, particulièrement

des moutons. On a déjà fait des essais d’acclimatement avec des Rambouillet et des Mérinos qui ont fort bien réussi. Ces campos sont séparés comme ceux du Parana par de grandes forêts où se rencontrent en très grand nombre les fameux pins araucarias, mais déjà en moindre proportion que dans l’État voisin. Cette zone pourrait devenir le grenier d’abondance de Santa Catharina, car toutes les céréales d’Europe, tous les légumes et les fruits de ses jardins peuvent y croître facilement, sauf sur le plan incliné allant vers le Parana, où on retrouve toute la flore brésilienne du littoral. Toutes ces régions sont plus ou moins accidentées, car les rives des cours d’eau dont elles sont sillonnées, ainsi que les ravins yl’érosion, ont souvent l’aspect de montagnes.

Parmi les principales rivières qui arrosent le territoire de Santa Catharina, nous citerons, outre l’Iguassu qui lui sert de frontière avec l’État du Parana, l’Itapocu, l’Itajahy, le Tijucas, le Tubarâo, l’Ararangua, etc. La côte est bordée d’un certain nombre d’îles possédant presque toutes une petite population, car les Catharinenses du littoral ont toujours eu de grandes dispositions pour la pêche. Les deux plus importantes de ces îles sont San Francisco au nord, ayant presque la forme d’un pentagone et d’une superficie presc|ue égale à l’ilô de Santa Catharina, qui a 55 kilomètres de long et 8 de large. Les ports sont au nombre de six : Florianopolis, San Francisco, Itajahy, Garopas, Imbituba et Lagunas .

IIL — Le climat est plutôt variable sur le littoral, il est chaud et humide; toutefois, même pendant les étés les plus chauds, la température ne dépasse jamais 34 ou 36°. Cette chaleur est encore atténuée par la brise de mer; pendant l’hiver, elle descend exceptionnellement à zéro dans la même zone. Dans les parties élevées de la Serra, au-dessus de 1.200 mètres, on a noté 10° au-dessous de zéro pendant les hivers exceptionnellement froids; il faut ajouter que ces basses températures sont toujours observées avant le lever du soleil, car, en général, les froids ne se font sentir que la nuit et disparaissent dès les premières heures du jour. C’est pourquoi on note une différence de 24 degrés dans une même journée, car pendant le jour, la température s’élève jusqu’à 15°. Sur les hauts plateaux, dans la zone intérieure, le climat est presque tempéré et tout à fait excellent; pendant l’hiver, il y gèle fréquemment et le thermomètre descend jusqu’à

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5° au-dessous de zéro, jusqu’à la partie du littoral sud apparte nant au municipede Ararangua. Dans la journée, le thermomètre marque 20° au-dessus.

Sauf les cas ordinaires de rougeole et les formes les plus bénignes de petite vérole, maladies communes à toutes les régions du globe, Santa Catharina ne connaît guère d’épidémies. Toutefois, l’impaludisme règne sous une forme plus ou moins bénigne dans certaines parties basses du littoral, par exemple depuis Sâo José jusqu’au sud de Laguna où on trouve, à certaines époques, beaucoup de terres inondées par les eaux de pluie. Ces terrains marécageux et ces mares stagnantes se dessèchent peu à peu sous l’action du soleil qui amène la décomposition des détritus végétaux et autres, ce qui, les moustiques aidant, occasionne de nombreux cas de fièvres intermittentes dans la région, surtout en raison des mauvaises conditions hygiéniques dans lesquelles vit la population.

IV. — Florianopolis (ancienne Desterro), la capitale de l’État de Santa Catharina, est située dans une excellente position, à peu près au centre de Tîle qui donna son nom à l’État (*). Pour entrer dans le port qui, avec quelques améliorations, serait un des meilleurs du littoral sud, on traverse le long canal qui existe entre l’île et le continent; ce canal, dont les bords sont très pittoresques, va se rétrécissant jusqu’à un endroit nommé Estreito, entre la ville et une sorte de promontoire formé par le continent, sur les bords duquel est édifiée la florissante bourgade de Sâo José. Florianopolis n’est ni grande ni jolie, mais vue de la mer, elle offre un aspect délicieux que déparent quelque peu de vieilles maisons et quelques cases en torchis qui existent vers la pointe de Figueira. La ville peut se diviser en deux parties distinctes, la vieille cité portugaise où se trouvent les principales maisons de commerce, les magasins, les marchés et les trapiches ou petits wharfs de débarquement et la Praia de Fora qui descend en pente douce de l’autre côté du promontoire, juste en face de Sâo José. Ce quartier est composé de jolies villas, cachées au milieu de beaux jardins ou de petits parcs où abondent les palmiers, les magnolias et les manguiers. La rue Esleves Junior, qui conduit de la Praia

(1) Deux autres capitales d’Etat sont encore situées sur des îles, ce sont : Victoria, capitale de Espirito Santo, et Sâo Luiz de Maranliâo, capitale de l’Etat de ce nom.

de Fora à la ville commerciale, est la plus belle de toutes en raison de l’excellent entretien et des belles et confortables habitations qui la bordent. Sauf la rue Altino Correia, assez bien pavée et quelques autres du centre de la vieille ville qui le sont assez mal, on peut dire que les rues de Floriahopolis sont seulement macadamisées. Au centre, sur la place 15 de Novembre, se trouve un magnifique jardin public composé de 400 essences d’arbres et plantes différentes, c’est certainement ce que la ville possède de plus beau.

Chose difficile à croire, pour une capitale d’Etat, cette ville ne possédait, au moment de notre passage, ni égouts, ni canalisation d’eau, ni éclairage au gaz ou électrique. Toutefois des travaux étaient entrepris pour amener l’eau potable au domicile de chaque habitant qui jusqu’alors était approvisionné par des porteurs à l’aide de tonneaux. L’éclairage électrique doit aussi y être installé prochainement. Deux lignes de tramways à traction animale desservent depuis peu les rues de la ville et ses faubourgs. Les édifices notables ne sont pas' très nombreux* parmi ceux qui méritent d’être cités se trouvent le palais du Gouvernement, d’une fort belle distribution et décoration intérieure, mais d’une architecture extérieure trop chargée. La Santa Casa de Misericordia, vaste et bel édifice construit un peu en dehors de la ville, à proximité rie deux autres hôpitaux, l’ancien hôpital de la Marine et l’hôpital militaire. La Santa Casa de Florianopolis est une des plus riches du Brésil après celle de Rio de Janeiro, elle posséderait dans la ville près de trois cents immeubles. Reste à signaler le palais du Congrès à peine achevé, la caserne, et la Municipalité. Malgré son caractère de ville de province arriérée il n’est pas désagréable dç vivre à Florianopolis ; la classe cultivée, composée des hauts fonctionnaires politiques et administratifs, des négociants et des fazendaires de l’île, est aussi instruite, polie, courtoise et prévenante que dans toutes les autres capitales. La classe populaire, quoique pauvre, est calme, docile et de caractère religieux, elle est en général bonne et hospitalière. La ville est assez cosmopolite, mais l’élément allemand domine tous les autres éléments étrangers et on entend parler l’allemand dans la majorité des maisons de commerce.

La vie matérielle n’est pas plus chère à Florianopolis qu’à Curityba. On trouve pension dans les deux meilleurs ou moins

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mauvais hôtels de la ville pour 6 ou 7 milreis par jour. Le marché est bien approvisionné de verdure et de vivres par les agriculteurs de Sao José, de poisson par les pêcheurs de File. Les environs de Florianopolis sont délicieux, par exemple les faubourgs de Prainha, de José Mondes, la jolie petite localité de Sacco dos Limoes; partout les habitations sont environnées de plantations de caféiers, de bananiers, d’orangers, sous l’ombrage, desquels les femmes se réunissent pour faire de la dentelle au fuseau .

On rencontre à Florianopolis que peu d’établissements industriels importants, les principaux sont : la grande fabrique de clous et de fils de fer « Rita Maria » de M. Carlos Hoepeke; M. Hoepeke est le plus riche industriel et négociant du pays, également armateur, comme propriétaire de trois beaux vapeurs de 800 tonnes, destinés au transport des voyageurs et des marchandises sur tout le littoral de Santa Catharina et celui des Etats voisins. Viennent ensuite les fonderies Silveira et Treska, lés raffineries Syla et Alves, une fabrique de biqre, de glace et d’eaux gazeuses, de savon, etc. L’île de Santa Catharina renferme encore des terres incomparables pour toutes les cultures, auxquelles des travailleurs actifs et intelligents pourraient faire produire tout ce que le règne végétal de la région peut donner, et cependant ces terres restent incultes. Tous les habitants des petits villages qui égaient le littoral de l’île n’accordent un peu d’importance qu’à la pêche qui leur demande peu de travail.

V. — La population du municipe de Florianopolis, que l’on confond souvent avec celle de la ville, est de 40 à 45.000 habitants, celle de la ville de 16 à 18.000 seulement (^). On est en droit de se demander pourquoi cette ville jouissant d’un bon climat, placée dans une situation avantageuse au milieu d’une île, n’est pas devenue une des cités les plus importantes du Brésil, pourquoi elle reste stationnaire et ne progresse pas comme la capitale de l’Etat de Parana.

Il existe peut-être plusieurs raisons à cet état de choses, lesquelles font que Florianopolis restera longtemps encore, et peutêtre toujours, la petite ville qu’elle est. Tout d’abord, on parle depuis fort longtemps de transporter la capitale sur le continent,

(1) Nous le répétons, 'ces chiffres, tout officiels qu’ils puissent être, ne sont qu’approximatifs et donnés sous toute réserve.

à Lages ou autre localité'du centre de l’Etat, à l’exclusion du littoral ; ce projet, toujours différé, empoche sans doute nombre de gens - de construire des édifices ou des établissements industriels. Peut-être serait-il plus sage et plus économique de ne rien changer du tout, . et do se borner à jeter un pont entre le proQiontoire de Elle et le continent, au point nommé Estreito, le canal n’ayant pas plus de cinq à six cents mètres à cet endroit,, ce qui ferait de la capitale une ville continentale qui s’étendrait des deux côtés du canal. La voie ferrée, qui plus tard doit partir de Sao José pour atteindre Lages, localité située à peu près au centre sud de l’Etat, en traversant une des régions les plus riches du pays, ferait de Florianopolis l’entrepôt et l’issue obligatoire de la zone centrale qui ne se développera que grâce au chemin de fer.

On dit aussi que Florianopolis ne progresse pas, parce que l’Etat possède plusieurs portes qui sont autant d’issues naturelles d’autant de centres industriels et agricoles. C’est tout d’abord, au nord, l’excellent port de San Francisco, qui dessert les importants centres manufacturiers et agricoles de Joinville, Campo Alegre et Sâo Bento. C’est ensuite le port d’Itajahy qui sert d’issue aux produits de Brusque et de Blumenau ; Porto Bello et Tijucas qui drainent les produits des groupes coloniaux de Joâo Baptista et de Nova Trento; et enfin Lagunas qui sert d’entrepôt à six municipes du sud. Il faut admettre que seule la première raison a un semblant de valeur, l’autre ne tient pas devant le raisonnement. L’Etat ne posséderait-il qu’un seul port, Florianopolis ne se serait pas davantage développé ; sans chemin de fer, aucun produit du nord ou du sud n’aurait pu supporter les frais de transports à travers les régions dépourvues de moyens de communication. La capitale de Santa Catharina ne peut être comparée à Curityba, capitale du Parana où, grâce au chemin de fer du Parana et au Sâo Paulo-Rio Grande, convergent toutes les forces commerciales de l’Etat dont les produits sont canalisés vers l’unique issue de son étroit littoral, Paranagua. Il est fort heureux au contraire pour Santa Catharina de pouvoir disposer de plusieurs ports; cette circonstance a permis à certaines régions du nord de l’Etat de prendre un développement, ce qui n’aurait pas eu lieu autrement.

VL — La population de Santa Catharina est dispersée un peu

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partout sur le territoire, mais surtout sur sa partie littorale, en une multitude de petites agglomérations et de fermes, maisons et cases plus ou moins isolées. Les grands centres ne sont guère nombreux, ni très populeux ; fait à noter, les principaux sont constitués par d’anciennes colonies devenues très prospères, aujourd’hui émancipées avec le titre de ville. Au premier rang figure Blumenau, colonie fondée enl850par le docteur Hermann Blumenau, un philanthrope aux grandes idées humanitaires, au caractère généreux et énergique, qui mena à bien avec une rare

Santa Catharina. — Un coin de Blumenau.

ténacité l’œuvre difficile qu’il avait entreprise. La colonie, de 10 lieues carrées, fut fondée en pleine forêt vierge, près de l’embouchure du rio da Velha avec l’Itajahy. Les débuts furent extrêmement pénibles, car il fallait importer tout ce qui était nécessaire à la colonie et les moyens de communication faisaient défaut plus encore qu’aujourd’hui. Après une suite de hauts et de bas, la colonie particulière de Blumenau, déjà aidée à plusieurs reprises par le Gouvernement impérial, fut en 1860 transférée à celui-ci par contrat, le docteur Blumenau restant comme directeur. A partir de cette époque, la colonie prospéra, lentement il est vrai, mais sûrement si bien qu’en 1880 elle fut émancipée; c’est aujourd’hui une ville de 23 à 25.000 habitants,

centre d’un municipe en possédant 42.000, le-plus industriel, le plus commerçant et le plus riche de l’Etat avec Joinville.

Blumenau progresse toujours ; la ville, qui s’étend sur une grande superficie, forme un ensemble de maisons solidement construites, mais de formes et d’architectures variées, ne ressemblant que de fort loin aux constructions portugaises. Chacune de ces maisons est entourée d’un jardin et d’un verger. Les rues larges, où chaque joür se construit un nouvel édifice, sont bordées de platanes et de palmiers. La ville a un grand mouvement commercial', il y existe 2.300 véhicules, 2.207 maisons de commerce (^), 2 fabriques de tissus, 3 de chaussettes et tricots, 3 de savon, 6 brasseries, 3 grandes fabriques de meubles munies de machinerie moderne, 8 tanneries, plusieurs fabriques de cigares. Dans les environs, on signale 305 engenhos ou usines à sucre. Blumenau est un municipe où les productions sont des plus variées, car les chaleurs y sont fortes : canne à sucre, tabac, café, bétail, céréales, etc., sont cultivés et élevés par un grand nombre de petits propriétaires de diverses nationalités, brésiliens, allemands, italiens, polonais, ces derniers en quantité restreinte. En général, la population de Blumenau et de son municipe est composée en grande majorité d’Allemands, de fils d’Allemands et d’un certain nombre. d’Italiens. La principale production du municipe est le beurre dont on exporte annuellement 400.000 kilos ; vient ensuite la fabrication des cigares dont il est exporté près de 4 millions par an.

Itajahy est le port de toute cette riche région coloniale qui a ainsi son débouché propre sur l’Océan; c’est une ville d’une quinzaine de mille âmes, d’un mouvement commercial assez important, surtout alimenté par les colonies du nord. Les vapeurs de grand cabotage des différentes compagnies brésiliennes y touchent fréquemment. La ville est édifiée dans une situation pittoresque sur une courbe du littoral, â l’embouchure de l’Itajahy. Ce fleuve, qui traverse à mi-chemin Blumenau, offre au-dessus de cette ville une série de rapides et de cascades parfois fort belles, comme le Salto do Pilâo, qui tombe d’une hauteur de 14 mètres ; c’est un peu en amont de Blumenau qu’il acquiert sa plus grande largeur et devient navigable pour de petits vapeurs

(1) Dans le municipe.

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de fleuves. D’Itajahy àBlumenau, le voyage se fait en une dizaine d’heures à l’aller, à l’aide de ces vapeurs-, le voyage est tout à

fait agréable, car les rives du fleuve sont fort belles et offrent de très beaux panoramas.

VU. — Joinville est certainement la ville la j)lus jolie et la plus industrielle de tout l’État; elle est située sur la rive gauche du rio Cachoeira, à deux mètres au-dessus du niveau de la mer. Joinville est également une ancienne colonie allemande, fondée

en 1849 par une soçiété commerciale de Hambourg, la Société Hanseatica, sur des terres appartenant au prince de Joinville, lesquelles lui avaient été apportées en dot par Dona Francisca, sœur de l’empereur Dom Pedro II. Les colons trouvèrent là des lots choisis, desservis par des routes passables, si bien que la colonie prospéra avec rapidité et que la région prit l’aspect florissant des campagnes allemandes, avec des plantations et des cultures aussi bien entretenues qu’én Europe. Toute la ville actuelle qui, comme Blumenau, s’étend fort loin, respire la prospérité et l’aisance-, les rues, larges et droites, sont plantées d’arbres ; les palmiers et les arbres des tropiques y dominent, car le thermomètre monte jusqu’à 38 et 39°, et les rues ont besoin d’ombrage. Presque toutes les habitations, dont on voit surgir les toits rouges parmi les bouquets de verdure, sont entourées de jardins et de vergers; ces maisons sont bien aérées, à l’aide de nombreuses fenêtres et balcons, le tout décoré de plantes grimpantes -, l’aspect général de la ville est riant et agréable.

Au-dessus de ces toits rouges apparaissent les hautes cheminées de nombreuses fabriques, lesquelles sont au nombre de 175 dans le municipe. Parmi celles de la ville figurent une fabrique de clous, fi.1 de fer à ronces, treillage en fil de fer, pouvant produire cinq tonnes par jour ; 5 fabriques de tissus de coton ; 5 fabriques pour préparer la herva maté ; 2 fabriques de savon et bougies;! raffinerie centrale de sucre, plusieurs fabriques de meubles, fonderies, fabriques de vinaigre, de bière, d’eau gazeuse, etc., etc.

Joinville, comme Blumenau, possède une bonne canalisation d’eau et l’éclairage à la lumière électrique; les rues sont propres et bien pavées. La population s’élève à 23.000 habitants et 45.000 dans tout le municipe, population active et travailleuse au suprême degré. L’élément slave s’y rencontre, moins nombreux toutefois qu’à Blumenau. Ce centre est relié à Campo Alegre et à Sào Bento, tout à fait au nord de l’État, ainsi qu’aux colonies de l’État du Parana, à proximité du rio Negro, par la route de Dona Francisca, qui est peut-être la meilleure de tout le Brésil. Diverses autres voies carrossables l’unissent également à Blumenau et à Massaranduba. Joinville se trouve à 17 kilomètres de Sâô Francisco, son port sur l’Océan; à 12 kilomètres de Paraty ; à 140 kilomètres de Sao Bento (via Hansas) et de 68 de

après Santos*, il est bien abrité et d’une profondeur minimum de 6 mètres, bien supérieure à celle nécessaire aux navires de grand cabotage. Quelques écueils qui existent dans la baie sont signalés par des bouées, et, même de nuit, sont facilement évitables. La ville, une des plus animées de l’État, est édifiée sur la

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Campo Alegre. C’est le débouché obligatoire de toute cette riche région du nord.

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