CHAPITRE XIX
ÉTAT DE MINAS GERAES {suite).
I. Gisements alluvionnaires de Montes Claros . — IL Obstacles à l’industrie minière, défaut d’une législation minière. — III. Le diamant à Minas. — IV. Gisements diamantifères, le Douradinho. — V. Exploitation de diamants par des sociétés minières. — VL Les pierres fines, topazes, tourmalines, aigues-marines, etc. — VIL Diamantina. — VIII. Le fer à Minas, gisements inépuisables. — IX. L’industrie du fer, l’usine Esperanza. — X. Exploitation du manganèse. Usina Wigg. —
XL La « Victoria Minas » et l’électro-métallurgie. — XII. Minéraux divers.
XIII. L’industrie agricole et pastorale à Minas, production du beurre, du fromage et du lait. — XIV. Elevage et exportation du bétail. — XV. Colonies, prix du terrain dans l’Etat. — XVI. Juiz de Fora, Uberaba, etc. — XVII. Les habitants de Minas, sertanejos et vaqueiros. — XVIII. Les voies ferrées, la « Victoria Diamantina ». — XIX. Le chemin de fer Central de Rio de Janeiro au Sâo Francisco. — XX. Pirapora, une région en transformation. — XXL Situation financière de Minas Geraes.
1. — La majeure partie des gisements aurifères de Minas paraissent dériver des pentes de la Serra de Espinhaço qui, dans une direction à peu près sud à nord, traverse tout l’Etat en passant par Diamantina. Ces gisements se présentent : sous forme de filons ou de filons-couches réguliers ; 2° sous forme de gisements alluvionnaires, en couches non stratifiées ou en taches, dits irréguliers. Ces derniers sont les plus rapidement épuisés, mais on en rencontre un peu partout, dans l’Etat même, dans les régions qui ne font l’objet d’aucune exploitation minière.
Tout dernièrement des gisements d’or d’une grande richesse, appartenant à la deuxième division, ont été découverts à 8 kilomètres de Montes Claros, dans le nord de l’Etat, au lieu dit « Olho d’Agua ». Une grande partie de la population de la petite ville et les habitants de la région accoururent en foule sur les lieux et bientôt plus de 3.000 personnes se mettaient à la recherche du précieux métal. L’or serait rencontré à fleur de terre
dans toute l’étendue d’une longue crête de montagnes. On évalue à 300 contos de reis la valeur de l’or trouvé en quelques semaines ; celui-ci est vendu à des négociants de Montes Claros ou expédié à Diamantina. Pendant la saison des pluies, l’extraction, favorisée par des lavages auxquels sont naturellement sujets ces terrains à cette époque, augmente saris doute énormément. Dans ce gisement on a fréquemment trouvé des pépites de 100, 200 et 300 grammes ; l’une d’elles, qui atteignait 750 grammes, a été acquise par le gouvernement de Minas pour la faire figurer dans une exposition. A Curralinho, nous avons vu entre les mains d’un propriétaire deux pépites, une de 194 grammes et une autre de 317 grammes, achetées à un mineur de Montes Claros.
Le lavage des gisements alluvionnaires n’est, en général, pratiqué que par des orpailleurs ou faiscadores, groupés ou isolés, avec des moyens tout à fait primitifs. L’exploitation rationnelle de l’or ne se fait encore que dans les filons. Toutefois l’exploitation des dépôts des rivières au moyen de dragues est l’objet d’études sérieuses et quelques essais ont été tentés. Des concessions à cet efîet ont déjà été accordées par le gouvernement sur différentes parties des cours d’eau suivants ; Ribeirâo do Carmo, affluent du rioDoce; rio das Mortes, affluent du rio Grande; sur le rio das Velhas et sur le Jequitinhonha.
IL — L’industrie minière de Minas Geraes, et dans le Brésil tout entier, est entravée par plusieurs difficultés d’ordre général et par certaines raisons qui empêchent les capitaux étrangers d’aider à son développement. Parmi les difficultés, il faut compter les communications défectueuses dont sont dotées certaines régions minières de l’intérieur, le transport d’un matériel compliqué y est trop onéreux. Cette difficulté commence à être aplanie dans quelques parties du territoire où on construit actuellement des lignes ferrées, mais de ce côté il y aura encore des améliorations à apporter. Les transports par chemins de fer ne sont pas toujours facilités comme ils le devraient, car il manque parfois de matériel roulant, en raison de la nécessité de changer de convoi pour passer d’une largeur de voie dans une autre. Mais le principal obstacle réside dans la légitimation des titres de propriété, car un article de la constitution brésilienne semble reconnaître, aux propriétaires fonciers, la propriété du sous-sol en même temps que celle du sol.
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Dans l’état actuel par exemple, si quelqu’un découvre dans le sertao intérieur, des indices ou des certitudes de richesses minières, il ne poussera pas plus loin ses recherches et tiendra cachée sa découverte, car à part la chance de tomber sur des terres devolutas, c’est-à-dire appartenant à l’Etat, le gisement découvert fera presque sûrement partie de quelques grands latifundios qui sont la plaie du pays. Le découvreur n’ayant aucune garantie dans ce cas, cherche à s’entendre avec le propriétaire. Celui-ci sans aucune hésitation exige des choses impossibles, ou
OuRO Preto. — Monument Tiradentes et prison.
bien il veut vendre à un prix déraisonnable des espaces plus vastes qu’en désire l’explorateur qui ne demande qu’à compléter ses recherches et ne pas acheter chat en poche. Aucun capitaliste, aucune Société ne seront assez fous pour faire des transactions semblables. D’autant plus que les propriétaires ne peuvent garantir l’acquéreur contre des contestations de la part de leurs voisins, souvent même de la part de simples spéculateurs qui portent plainte et créent des ennuis. Un propriétaire qui vit misérablement sur une parcelle de son terrain, ignorant ou non qu’il y existe des mines, reçoit-il des propositions d’achat de la part d’ingénieurs ou d’un groupe industriel, qu’il émet aussitôt des prétentions exorbitantes. Sa mine prend à ses yeux une valeur
immense et il décourage trop souvent les acheteurs par des exigences inacceptables. Les titres de propriété sont même si peu probants, qu’il existe parfois plusieurs personnes faisant valoir les mêmes droits et l’on n’est jamais à l’abri de contestations futures, sauf exception naturellement.
Ce sont ces obstacles que le Gouvernement Fédéral s’attache à faire disparaître en modifiant sa législation minière. En efiet, un projet de loi depuis longtemps en préparation et élaboré par les ingénieurs et les personnalités les plus compétentes de Minas Geraes et de tout le Brésil, tels que le professeur Orville A. Derby, Gonzaga de Campo, géologue aussi savant que modeste; Calogeras, ingénieur et député, auquel on doit déjà un traité de ' législation minière; Costa Sena, directeur de l’Ecole des Mines, Alcides Medrado, ingénieur, actif directeur de la Brazilian Mining Review, un de ceux qui connaissent le mieux les mines de son pays et la question minière, etc., etc., vient d’être soumis à l’approbation du Congrès qui le résoudra sans doute pendant la session actuelle de 1910.
Ce projet, divisé en cinq chapitres et trente-quatre articles, réglemente la propriété minière, la recherche, l’exploitation et la police des mines. Son adoption sera la fin des obstacles qui jusqu’ici ont empêché la reconnaissance pratique des gisements et l’acquisition, par des Sociétés sérieuses, de ceux dont la valeur aura été reconnue digne d’exploitation. Déjà, des Sociétés sont constituées avec leurs études toutes prêtes, d^autres n’ont qu’à les compléter, elles n’attendent que la promulgation du nouveau règlement pour commencer leurs opérations. Dès cet instant, les capitaux n’hésiteront plus à venir se placer dans les mines du pays où, à l’aide d’un travail par des procédés économiques et perfectionnés, ils trouveront une large rémunération. Dés maintenant, le gouvernement, afin de faciliter le développement de l’industrie minière, autorise l’entrée en franchise de tout le matériel destiné aux mines ; les pouvoirs publics ont également diminué les droits sur l’exportation. Il semble que le régime adopté pour le projet de réglementation minière soumis aux Chambres soit, à peu de chose près, celui qui est en vigueur au Mexique où il a donné les meilleurs résultats. Il comprend la désappropriation des mines pour cause d’utilité publique et mettra fin aux contestations et aux prétentions absurdes de
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la majorité des propriétaires pour la cession de leurs terres.
La promulgation du nouveau règlement marquera une ère nouvelle pour l’industrie minière dans l’Etat de Minas Geraes. En cette prévision, des lignes ferrées sont activement poussées vers les centres miniers et même certaines compagnies, comme la «Victoria Minas» dont nous aurons à parler plus loin, pensent à construire de grandes usines centrales pour le traitement des minerais, principalement ceux de fer.
III. — Le diamant découvert après l’or (en 1721) a contribué au peuplement du Nord de l’Etat et a constitué pendant longtemps la principale source de richesse du pays. Cette pierre précieuse se rencontre principalement dans la région de Diamantina, dans les allu viens du Jequitinhonha et de quelques-uns de ses affluents, dans la région du Grao Mogol, de l’Âbaété, et dans le rio Bagagem, du triangle minier. Ce sont là les principaux . districts diamantifères, mais on ttouve encore des diamants et des cailloux plus ou moins précieux, dans d’autres endroits. En 1730, lé diamant fut déclaré propriété de la couronne et exploité librement sous le régime de la capitation.
En raison delà surproduction, les prix ayant diminué déplus de moitié, on mit des bornes à l’extraction en 1739, en affermant le droit d’exploitation à des concessionnaires, c[ui n’avaient pas l’autorisation d’employer plus de 600 nègres dans les mines. Ces concessions furent renouvelées six fois, mais ce régime prit fin en 1772, époque à laquelle le gouvernement portugais décida d’exploiter au compte, de la couronne les terres diamantifères. Ce fut le régime le plus néfaste pour Minas ; on ne compte plus les vexations, les cruautés, les extorsions qui furent commises au détriment des populations minières, pendant toute la durée de la « Real Extracçâo » qui ne prit fin qu’en 1832, cjuelques années après l’Indépendance.
On ne connaît pas la production du diamant pendant les premières années d’exploitation sous le régime de la capitation ; sous celui de l’affermage la production est évaluée à 1.666.569 carats.
Cette évaluation est certainement inférieure au chiffre réel, car, malgré la surveillance, les nègres étaient passés maîtres dans l’art de détourner les pierres qu’ils revendaient à des contrebandiers non moins habiles. En ce qui concerne la production,
pendant la période d’exploitation royale, M. Santos Pires, ingénieur distingué et directeur de mines, l’a évaluée il y a quelques années à 1.319.192 carats (de 1772 à 1828). A partir de cette époque, les évaluations ne purent être opérées qu’imparfaitenient.
IV. — A Minas, comme dans les autres régions diamantifères du Brésil, l’exploitation n’est faite que dans les dépôts alluvionnaires du lit de certaines rivières, et il est permis de supposer que ces dépôts sont loin d’être épuisés. D’autre part, il est une certaine quantité de gisements divers qui n’ont encore été l’objet d’aucune exploitation, faute de matériel et des capitaux nécessaires. En raison des moyens de communication qui se développent, et qui permettront le transport d’un matériel perfectionné, ces gisements ne tarderont pas à faire l’objet d’une exploitation fructueuse. Pour le moment, ce sont les dépôts alluvionnaires du Jequitinhonha et de ses affluents qui ont une réputation justifiée de grande richesse; ceux durio Abaété, Douradinho,Indaya, Santo Antonio, Borrachudo, Bambuhy, Agua Suja, Cocaes, Bora, Eanado, Cipo, Arassuahy, Doce, Itacambirussu, Jequitahy, Cuiethé, Rio do Somno, Macaliubas, ürucuia, Ribeirâo das Aimas, Riacho da Onça, sous-affluents du Jequitinhonha, Caethé-Mirim, Pururuca, Curralinho, Corrego do Mel, Palha, Ribeirâo do Inferno, Palmital, Rio Grande, Tejuco, etc. Des concessions pour le dragage d’une partie du cours de ces rivières ont déjà été accordées; l’exploitation du diamant semble être entrée, ces dernières années, dans une phase de développement. C’est, en effet, à partir de 1896-1897 que plusieurs sociétés se fondèrent pour exploiter les dépôts par des procédés modernes.
Voici les chiffres de l’exportation du diamant, depuis cette époque jusqu’en 1904 (nous n’avons pu trouver de statistiques exactes plus récentes). En 1897, 809 grammes; 1898, 1.258 gr. 5/10; en 1899, 1.511 grammes; en 1900, 2.441 grammes; en 1901, 2.166 gr. 5/10; en 1902, 3.332 grammes; en 1903, 5.507 grammes; en 1904, la production descendit à 1.823 grammes. Les diamants du Brésil sont supérieurs en pureté, en éclat et en couleur aux diamants de l’Afrique du Sud, qui concurrencent les premiers depuis 1860 environ. A poids égal, les diamants du Brésil obtiennent sur les marchés européens un prix de 20 à 25 p. 100 supérieur à ceux du Cap qui sont généralement plus gros.
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En 1906, on a découvert, dans un petit affluent du rio Douradingo, situé dans le district de Coromandel, municipe deEstrella do Sul (Triangle minier), une minéralisation diamantifère d’une grande richesse, à en juger par les splendides échantillons qui ont été recueillis; ceux-ci sont d’une eau limpide et d’une forme régulière. Comme toujours en pareil cas, une affluence considérable accourut sur les lieux pour rechercher les précieux cailloux, et l’extraction se continue depuis d’une façon plus ou moins régulière. Des diamants furent vendus depuis 100 milreis jusqu’à 18 contos ; nous avons pris les noms des vendeurs des plus belles pierres à notre passage à Uberaba.
Ces gisements de Douradinho paraissent entièrement vierges, car on ne trouve pas trace de travaux ou de déblaiements anciens. Cependant c’est dans les alluvions du fleuve Bagagem dont le Douradinho est un affluent que fut trouvé, en 1853, le plus gros diamant du Brésil, la « Estrella do Sul » (l’Etoile du Sud), pesant brut 254 carats 5, et taillé, 125 carats 5; puis en 1857, un autre gros diamant qu’on nomma « Diamant de Dresde », qui pesait à l’état brut 117 carats 5, et taillé, 63 carats 5. En souvenir de l’Etoile du Sud, on baptisa EstreÜŒ do Sul l’ancien municipe de Bagagem où fut trouvé ce diamant. Les deux pierres sont aujourd’hui la propriété d’un prince indien. En 1800, on avait trouvé dans l’Abaeté un diamant nommé « Couronne de Portugal » pesant 120 carats. Des nouvelles récentes du Douradinho nous signalent que l’extraction continue à être aussi fructueuse. Dans une seule journée, un seul homme, nommé Galvâo, faisant partie d’une équipe de 40 hommes, découvrit plusieurs pierres d’une très belle eau. Des négociants achètent aux mineurs les diamants qu’ils découvrent. Un flibustier nommé Lévindo Mana acheta là plusieurs diamants dont un couleur d’argent de 5 carats, et un autre rose de 2 carats ; cesmercantis font d’excellentes affaires avec les garimpeiros (c’est le nom des mineurs errants).
V. — Les Sociétés suivantes, constituées depuis 1897 pour la plupart, exploitent actuellement les gisements du municipe de Diamantina :
1° Companhia de Boa Vista, constituée avec des capitaux français, belges et brésiliens ; elle exploite les gisements de la vallée du Jequitinhonha à 15 kilomètres de Diamantina. Cette
Société dispose d’importantes ressources et de bonnes installations hydrauliques, électriques, de plans inclinés et de dragues. Nous ne connaissons pas les résultats- obtenus par cette Compagnie ;
2° La concession « Victor Nothman et 0° », qui exploite les diamants et autres pierres et minéraux dans le lit de l’Abaeté ;
3° « The Agua suja Mining G° Ld », Société fondée par des Capitalistes allemands et anglais, au capital de 210.000 livres, pour exploiter la zone de Estrella do Sul (ancien Bagagem) dans le Triangle Minier ;
4° « The Brazilian Diamond and Exploration C“ Ld », organisée à Londres en 1902^ au capital de 225.000 livres, pour exploiter tous gisements de diamants dans Minas Geraes ;
b'’ « The Brazilian Diamond, Gold and Developing C° », Société constituée avec des capitaux américains, pour exploiter les gites diamantifères du nord de Minas ;
6° La « King Diamond », fondée aux Etats-Unis au capital de 300.000 dollars en 1905 pour exploiter le lit du Jequitinhonha sur une extension de 5 kilomètres entre Garrapato et Mandanha.
D’autres Sociétés sont en voie de constitution, mais l’extraction actuelle du diamant avec des méthodes nouvelles constitue pour quelques-unes un essai industriel qui fera l’objet d’une entreprise définitive en cas de succès.
Outre ces Sociétés, il existe un certain nombre de particuliers possédant de petites exploitations qu’ils travaillent à leur manière avec de petites équipes, puis aussi les garimpeiros sans gîtes stables. Ces deux dernières catégories de mineurs font actuellement la fortune d’une douzaine d’Allemands qui sillonnent la région depuis Curralinho à Serro, et de Diamantina à la frontière de Bahia, achetant à des prix avantageux... pour eux les diamants, tourmalines et autres pierres plus ou moins précieuses récoltées par cesmineurs.il semble que ces courtiers aient formé un trust, car lorsque l’un d’entre eux reprend le chemin de l’Europe, il est remplacé par un autre, mais pas davantage. On peut trouver à Diamantina des diamants assez beaux à raison de 30 à 40 milreis le carat.
VL — La région dite « diamantine », outre le diamant, recèle des gisements importants de pierres fines de couleurs.
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pierres plus ou moins précieuses dont le commerce se développe progressivement. L’exploitation eii a toujours été faite, mais c’est seulement depuis quelques années que les diverses variétés de pierres trouvent un placement avantageux en Allemagne et en Amérique. Des topazes en abondance sont découvertes autour de Ouro Preto. Les tourmalines de couleurs variées, vertes, rouges et bleues, les triphanes, les cymoplianes, andalousites, dichroïques, topazes blanches, béryls, les hyacinthes, améthystes et grenats, et particulièrement des aigues-marines, dont la couleur verte intense (dans les gros exemplaires) a longtemps fait
Minas Geraes. — Vue générale de Diamantina.
croire à l’existence de mines d’émeraude. On a vendu des aiguesmarines d’un vert bleuâtre de 6 et 7 kilos; nous en avons vu une de 12 kilos. On a trouvé également un béryl bleu de 908 gr. Toutes ces variétés de pierres sont recueillies dans le nord et le nord-est de Minas, principalement dans le bassin inférieur du Jequitinhonha, dans celui de l’Arassuahy et également, mais en gisements moins importants, dans les vallées des rios Doce et Mucury. C’est dans le district de Sâo Miguel, aux lieux dits Farrancho, Fortaleza, Boqueirâo, Brejo et entre Sâo Pedro et Santa Rita de Jequitinhonha dans la Ilha Alegre et à Lufa, que se trouvent les gîtes les plus connus de béryls, crysobéryls et aigues-marines.
Les principaux gisements de tourmalines sont ceux de Porteiras, Larengeiras et Salinas, lesquels s’étendent sans solution de continuité sur une grande superficie.
Jusqu’à ces dernières années, toutes ces pierres n’avaient pour la population de ces régions aucune valeur commerciale. A Arassuaby, Minas Novas, Solimas Peçanha, Grâo Mogol, Tremedal, enfin dans toute la vaste zone du nord-est, on donnait une tourmaline, une topaze, un bloc d’améthyste comme on fait présent d’un objet simplement curieux. Il n’en est plus de même aujourd’hui. Vers 1902, quelques Allemands apparurent dans la région d’ Arassuaby et achetèrent, à raison de deux contos de reis le kilo, des tourmalines d’une certaine couleur et dimension, Les tubes fins et d’une couleur imprécise ne dépassaient pas 300 à 700 milreis le kilo.
La population trouva ce négoce avantageux et l’on se mit avec ardeur à creuser la terre pour mettre à jour les manchas ou taches de pierres fines. Peu à peu, il s’établit une exportation régulière de pierres de couleur pour les fabriques européennes, particulièrement pour l’Allemagne.
L’extraction se faisait sans autorisation d’aucune sorte sur les terres de l’État, lequel ne tirait de cette industrie aucun profit; en 1906, il fut résolu qu’une permission d’exploitation devrait être demandée régulièrement et un impôt de sortie fut également établi. Toutefois, quoique la production de ces pierres soit assez grande, elle ne figure guère dans les tableaux d’exportation que pour quelques milliers de kilos, par suite de la grande contrebande qui en est faite. Les prix sont aujourd’hui un peu plus élevés que dans les premières années de commerce, et ils varient beaucoup suivant les lieux et la plus ou moins grande quantité qui apparaît sur le marché. Un gramme de tourmaline rose, couleur de rubis, se vend jusqu’à 12 francs; un gramme de béryl atteint le même prix. Les tourmalines vertes sont cotées un prix inférieur, environ 1.000 à 1.200 francs le kilo. Cette dépréciation est due à la découverte faite en Bohême d’une grande quantité de moldavite qui imite parfaitement la tourmaline. La moldavite lapidée se vend à raison de 2 fr. 25 c. à 3 francs le carat.
VIL — Diamantina, l’ancienne Tijuco des premiers chercheurs d’or paulistes, est la capitale de toute la vaste zone diamantifère
ÉTAT DE xMINAS GERAES
et minière du nord-est de Minas Geraes, c’est également la ville la plus importante de toute la région nord. Quoique fort éloignée des grands centres de l’État, et manquant de voies de communication faciles, Diamantina est un centre commercial et intellectuel important, c’est le siège d’un évêché et les habitants, qui sont au nombre de 15.000, ont pour la littérature un goût très prononcé et le plus vif désir de s’instruire. Il y existe plusieurs établissements d’instruction primaire et secondaire, publics et privés très fréquentés. Cette ville, dont le développement a été retardé par le manque de moyens de transport, va prendre un essor difficile à calculer lorsque le chemin de fer en construction qui s’y dirige sera achevé; c’est l’affaire de quelques mois encore. Ce sera pour Diamantina l’ouverture d’une ère de prospérité industrielle considérable ; déjà plusieurs fabriques de tissus s’y sont installées, certaines exploitations diamantifères fonctionnent avec un matériel moderne perfectionné, outre celle de Boa Vista, non loin de la ville môme, appartenant à une Compagnie française. D’autres attendent le matériel nécessaire, et la région est sillonnée par nombre d’ingénieurs et naturalistes, émissaires de syndicats et sociétés allemandes, françaises, anglaises et américaines qui font des études sur différents points de cette partie de l’État. Pour l’instant, le trafic de Diamantina doit se faire par Curralinho, station du chemin de fer Central la plus rapprochée.
VIII. — Nous avons vu, par ce qui précède, que Minas Geraes est particulièrement favorisé par l’importance et le nombre de ses gisements aurifères et diamantifères, mais ces derniers ne constituent pas sa principale richesse; celle-ci, ainsi que l’avenir industriel du pays, réside surtout dans ses puissants gisements de fer et de manganèse. On note, en effet, dans l’État, outre des couches plus ou moins vastes, une chaîne de minerai de fer d’une puissance et d’une étendue si considérables, que l’ingénieur français Monlevade, qui étudia longtemps la région, affirmait qu’une seule de ces chaînes contenait plus de fer que toutes les montagnes de l’Europe réunies. Tous ces gisements d’une puissance incalculable se trouvent dans la partie orientale et centrale de l’État et principalement dans la section de la « Serra deEspinhaço » qui forme la ligne de partage entre le bassin du rio Doce et celui du Sâo Francisco; leur étendue est de plus de deux degrés
en latitude, sur une largeur de plus d’un degré en longitude. Depuis Barbacena jusqu’à Grâo Mogol, l’œil le plus inexpérimenté note partout des affleurements continus de métal d’une grande teneur. Le voyageur qui parcourt la région qui avoisine Belle HorizOnte est frappé, à première vue, par la quantité de minerai fournie parla «Serra do Curral» et par la «Serra de Itabira»; plus à l’est, par la Serra de Caraça, par les monts du Pilar ou de Gaspar Soares, et quantités d’autres montagnes révélant des gisements s’étendant à perte de vue et formés d’un minerai de fer presque pur.
Le lit du rio Piracicaba, affluent du rio Doce, est formé de blocs de minerai de fer d’une teneur de 70 p. 100. L’ingénieur Henri Gorceix, fondateur et ex-directeur de l’Ecole des Mines de Ouro Préto, a évalué à 8 milliards de tonnes les seuls gisements qui entourent la Serra de Caraça, et cette évaluation serait inférieure à la réalité.
On ne peut toutefois donner des appréciations certaines sur l’ensemble des mines, car quoique la région centrale de Minas ait été souvent étudiée par les savants qui y ont fait de nombreuses, explorations, les cartes géographiques sont encore incomplètes. Un géologue éminent, M. Gonzaga de Campos qui, depuis trois ans, est chargé de faire le relèvement topographique et géologique de la région, travaille actuellement à en donner la description exacte. Les minerais de ces gisements sont en général très purs. Le mont Itabira, notamment, est fait d’un minerai spécial classé sous son propre nom « fer itabirite »; dans le voisinage se trouvent également de puissants gisements d’hématite d’un rendement de 66 p. 100. Cette hématite présente cette condition intéressante d’être analogue aux minerais qui ont obtenu les meilleurs rendements par le procédé électro-métallurgique, lequel est sur le point de produire une révolution incalculable dans l’industrie du fer.
Malgré l’importance et la richesse de tous ces gisements, cette industrie n’a pas jusqu’ici pris un grand développement à Minas, Geraes. Cet État, si bien partagé en mines de toutes sortes, ne l’est pas du tout en combustible et la fonte doit se faire au charbon de bois. La difficulté du transport a contribué pour une part égale à l’inutilisation de semblables richesses.