‹ Au CamérounChapitre 15 sur 17 · PRO ARE · texte numérisé non relu

PRO ARE

tant encore à grand renfort de gestes et d’éclats de VOIX.

Ekoulé profite de cet instant de désarroi pour s'échapper et aller se cacher chez un ami ; ce n’est qu’à la faveur de la nuit qu’il arrive à la station mis- : sionnaire encore tout ému de la lutte : « Oh ! dit-il au missionnaire, Je pensais à Satan montrant à Jésus tous les royaumes de la terre, mais au fur et à mesure des besoins, j'ai trouvé la force nécessaire pour lutter et pour vaincre. »

Ekoulé a repris son humble tâche et la chaleur communicative de son message réchauffe des cœurs affligés et allume de nouvelles flammes.

MUNZ DIBOUNDOU

Dans la lumière

« J'ai commis une grosse faute, car si je suis arrivé en retard ce matin au temple, c’est que j'avais bu et j'ai été en scandale à toute mon Eglise. Jusqu'à présent je n'avais pas Compris que c'était un péché, mais Dieu m'a ouvert les yeux. Je lui ai demandé pardon, je sais qu'Il m'a pardonné, mais je ne voudrais plus boire. » |

C’est un évangéliste de Douala nommé Munz Diboundou qui parle de la sorte. Jusqu'à présent, on ne pouvait avoir confiance en lui car, hélas, il buvait! Aussi fallait-il le surveiller de près. Le matin même, il devait traduire un jeune missionnaire nouvellement arrivé, dans une grande fête de baptême : …l n'était venu qu’à la fin du service et on avait dû prendre au autre traducteur. Et voici maintenant cet

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homme de quarante-cinq ans au moins qui s’humilie devant le missionnaire, les yeux pleins de larmes :

— « Cest une terrible tentation, que faut-il que je fasse ? »

Un évangéliste et sa famille

L'homme blanc et l’homme noir ont fléchi les genoux pour demander au Père de donner sa lumière et sa force. Après deux jours de réflexions et de prière, Munz est revenu pour signer un engagement : « Avec l’aide de Dieu, je promets de ne plus boire de boissons enivrantes. » Et puis sont venues Cinq à six

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semaines de luttes sombres et tragiques : il ne peut voir une calebasse de vin de palme dans une cour sans avoir la tentation atroce de la voler et de s’enfuir avec elle pour la boire. Mais ceux qui sont dans Is: lumière ne participent plus aux œuvres de ténèbres et c’est ce que Munz a pu réaliser pleinement, car après ces semaines de combat dans la prière, la ten-° tation disparait complètement, remplacée par lhorreur de toute boisson.

Et maintenant, c’est un homme nouveau ; libéré de cette chaîne, il peut être envoyé, comme il le désire, là-bas, à Somo, loin dans l’intérieur, pour travailler à amener ses frères païens à l'Evangile. La situation est difficile car les catéchistes qui étaient là précédemment ont échoué dans leur prise de contact avec les indigènes de ces tribus sauvages. « Que viens-tu faire ici, lui dit le chef en guise de salutation de biervenue, tu peux t'en aller, nous n’avons pas bescin de toi ! » Mais Munz ne s’en va pas, il se met à travailler et à prier.

À travailler, car il y a tout à faire : cases à construire-pour se loger et pour servir de temple, de salles de classe, champs à défricher pour avoir la nourriture nécessaire, école (1) avec un internat à créer, langue banen à apprendre, catéchisme et cantiques à traduire, etc. À côté de ces activités sur place il y a les tournées dans les villages environnants où Munz place des jeunes gens chrétiens venant de la côte pour

(1) C’est pour travailler à cette école que Ngoso était allé à Somo.

travailler sous sa direction et il y a l’instruction à domicile des catéchumènes. En effet, la dispersion des cases est si grande qu’il est impossible de grouper les: sens pour les instruire, aussi Munz part, le bâton à la main, suivant les sentiers à peine tracés de la forêt, escaladant les croupes croulantes de végétation, ou se faufilant à travers les herbes géantes des plateaux ; dans cette case il y a deux catéchumènes, une demiheure plus loin, trois, plus loin encore, cinq. Partout, l’évangéliste arrive avec son sourire lumineux, s’intéressant à tout, enséignant, encourageant, soignant, consolant, gagnant les cœurs par son amour et sa Joie ‘ayonnante.

Le secret de cette activité débordante c’est que chaœque jour il prie longtemps à genoux puisant à la source de toute lumière ; il prie aussi avec sa femme, sa sœur et deux garçons qui l'ont accompagné. Il se nourrit de la Parole de Dieu, l'étudiant au moyen de commentaires anglais, allemands ou français.

Une ou deux fcis par an seulement, il reçoit la visite d’un missionnaire et l’on peut se demander parfois quel est celui qui fait du bien à l’autre. Il parle des luttes, des difficultés, mais aussi des espoirs, des beautés de la tâche et de l'honneur qu’il y a à être ouvrier avec Dieu. Et pourtant, la vie est dure à tous les points de vue : il y a les privations, le ravitaillement difficile, la séparation d’avec la famille et les amis, l'isolement spirituel. Qu'est-ce que les quatre-vingts francs par mois que lui donne la Mission ? Mais jamais il ne se plaint. Dernièrement il a reçu la let-

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tre d’un commerçant de Douala lui offrant une place de comptable dans sa factorerie à 500 francs par mois: il l’a tendue à sa femme pour voir ce qu’elle dirait, mais elle a répondu sans hésiter : « Tu as commencé à travailler pour Dieu, tu ne vas pas abandonner maintenant. » Quelle joie pour lui de voir que sa femme, elle aussi, préfère les privations qu’il y a au service du Maître à tous les avantages de l'argent! Et puis 1l parle de sa vie intérieure: « Tu te souviens, dit-il au missionnaire, qu’il m'avait été très dur de renoncer à la boisson? Et bien! il y a eu pour moi quelque chose d’encore plus dur. J'étais un gros fumeur, or, après avoir lu un petit traité contre le tabac, j'ai compris que, comme chrétien, je n’avais pas le droit de gaspiller en fumée l’argent que Dieu mettait entre mes mains. J’ai enterré ma pipe et voici plus d’un an que je ne fume plus. Vois-tu, ajoute-t-il, nous, chréliens, nous devons aller de l'avant en nous dépouillant de tout ce qui, en nous, peut ne pas plaire à Dieu. » Après ces heures de communion spirituelle. c’est le missionnaire qui s’en va réconforté, réchauffé, car il a senti en cet ouvrier noir une flamme brülante. |

Pour Munz, il y a encore des heures bien sombres ; ce sont des catéchumènes qui retombent dans leur paganisme, des aides qui abandonnent la tâche, un d’eux qui le calomnie outrageusement ; c’est un collaborateur aimé qui meurt.

« Je ne sais pas de quel mot, écrit-il au missionnaire, vous annoncer la nouvelle du malheur qui vient

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de nous frapper par la mort d'Albert Mikek Pemba. Notre cher Mikek a été enlevé à nos soins et à notre affection le 16 janvier, alors que rien ne faisait prévoir une semblable catastrophe. La maladie a commencé par une simple toux avec des crachements de sang. Après quatre jours, nous avons découvert qu’il avait une pneumonie. Vous ne pouvez pas savoir quels grands soins nous avons eus pour lui et quelles prières véhémentes nous avons portées devant Dieu pour lui demander la guérison de ce pauvre garçon sur lequel nous avions fondé une grande espérance pour son travail à Somo. Mais tous nos efforts et nos soins étaient vains ; la main puissante de notre Dieu- la enlevé de cette terre pour entrer dans les domaines immortels. Quelle perte ! Au jour de sa mort j'ai prié, pleurant pour que la puissance me soit accordée, comme jadis aux apôtres, pour dire à haute voix : « Mikek, lève-toi ! » Mais le sentiment de ma faiblesse humaine ne m'a pas donné l'espoir d’une telle puissance. Je me joins aux paroles de saint Paul quand il dit : Que les jugements de Dieu sont impénétrables et que ses voies sont incompréhensibles ! Car qui est-ce qui a connu la pensée du Seigneur ou qui a été son conseiller ? » et comme: vraies sont les paroles de l'Eternel par son prophète Esaïe : « Mes pensées ne sont pas vos pensées et mes voies ne sont pas vos voies. » Albert Mikek n’est plus, quelle pensée douloureuse ! »

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