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OTTAWA ee . "‘ 89..
émergeant du fond des eaux. Tantôt c’est une jolic villa qui se dresse,
. AvCC Sa ccinture-de fleurs, sur uné de ccs îles, tantôt c’est une simple
cabane en bois; entourée. de frais ‘ pâturages, : tantôt enfin c'est un
campement de Sauvages dont où aperçoit les tentes faites d’écorces ou
de peaux. Cés' Indiens, bien qu ‘ayant conservé leur teint cuivré, sont à:
demi civilisés; ils s’adonnent principalement -à la pêche dans leurs
frêles canots d'écorce. Un raÿon de soleil levant éclairo ce riant paysage, captivant surtout dans les parages. d’Alexandria. A peine a-t-on dépassé | les Mille Les qu'on rencontre les premiers
‘rapides. Nous.connaissons déjà celui de Lachine. Il en resle sept autres’
à franchir, fort inégalement espacés, depuis Prescolt jusqu'à. Montréal.
Sur une navigation ‘de. huit heures. Deux de ces rapides. le Long-Sault : et 1 rapide des Cédres, sont dignes d'attention. Los autres, il faut bien
le dire, n'offrent qu'un médiocre intérêt. - "A notre arrivée à Montréal, la délégation se désagrège. Quelques-uns
. de nos compagnons, qui ont conservé par trop mauvais souvenir de leur”
précédente traversée, s’en vont à New-York, avec l'intention d'y prendre le premier : transatlantique en partance pour le Havre. La -majeüre partie se rend à Québec, pour remonter à bord du Damara, qui doit lever l'ancre le 4 septembre. Le même jour, dix d’entre nous se mettent enr routè pour. le Nord-Ouest ct la Colombie. * | Lors de: notre. retour du Niagara,
Un mal qui répand la terfeur ‘Ja picotte (petite. vérole); puisqu'il faut l’appéler par son-nom, faisait . aux Montréalais la gucrre:
ls ne mouraient pas tous, .. .
Mais tous étaient frappés”
ER une de ces: {crreurs bleues qu on ne saurait trop comparer” qu'à .
© celle inspirée par le choléra dans. nos pays “d'Europe. L'épidémie, bénigne lors de notre premier passage, avait fait des progrès sen- “sibles à notre retour. Cinq semaines plus tard, en revenant du Noïd- - Ouest, c'était pis encore. Cérlains quartiers. étaient peu fréquentés et Æ avaient un air lugubre. Plus d'une habitation ‘était fermée et sur
ridiquant que la maison était contaminée., En présence de cette recru-
“biën des. portes pendait un petit écriteau avec la mention « Small pox » .
‘à l'exposition agricole ‘de Sherbrookc. Jo n'avais point le certificat .
. cet : T ss 7. cr Lo ea > 90 St AÜ CANADA ET CHEZ. LES REAUX-ROUGES
descence de inaladie,. la vaecination « compulsoire » avait été ordonnée
‘a tous les habitants. Ce fut, une cause de troubles, un certain nombre d'habitants, excilés par les adversaires de la vaccinalion,.
refusant d'obüir à l'arrêté du, mairé. Pendant deux’ jours des bandes
parcoururenL les 1 rucs, én réclamant le retrait de l'arrêté. 11 y cut des
vitres cassées. des personnes blessées” et l'on fut obligé. pour calmer .
Leffervescence el rétablir l'ordre, de mettre la milicé sur pied.
Tous cèux qui quittaient Montréal étaient quelque peu - suspects aux veux des populations environnantes: La frayeur était poussée à un tel point au un cas de picotle S'élant déclaré dans la demeurè du chef
de gare dun petit village, 1 a Compagnie du chemin de for décidi : "que les Wrains ne s’'arrétcraient plus à à celte slation jusqu'à cé que le ‘mal eût” disparu. Sur | la frontière des États-Unis et sur la limite d’ Ontrio, nul ne pouyail passer s'ils n’exhibaït un certificat de > médecin
constatant qu il avait élé fraîchement vacciné. Faute de ce ccrtificat,
-ôn procédait aussitôt à l'opération, el- si le-patient- refusait de Sy sou-
mot{re, ( on I rèembarquait illièo. | | C'est dans ces circonslanices que je quitiai Montréal pour me rendre
que Pon disait réglementaire, mais je savais qué dans la province de Québec on était moins rigoureux, et de plus je comptais sur ma bonne mine pour ne pas être considéré comme un picotteux. Dans la grande gare de Bonaventure, brillamment éclairée, an ne voit guère que quelques policemen et des employés oisifs. Le voyageur fait défaut, <t l’on en est à. regretter amèrement celui que les. Compagnies con-
- sidèrent comme «le plus désagréable des colis ». Montréal, en cffot,
étant regardé comme lieu infecié, on y vient ‘peu et on en sort peu. .
Je m'installe dans un de ces: grands wagons à quarante huit places
où nous nc sommes pas plus de six.+ À chaque instant je m’attends à
voir apparaître le médecin chargé de me vacciner où de me ‘déposcr à
Ja première station venue. Mais rien ne vient et j'arrive sans enéombre
au but de mon voyage. CE
La cité de Sherbrooke est bâtie à à flancs de coteaux sur les deux rives. ‘ escarpées ct pittoresques du Magog, au confluent de cette rivière avec: le Saint-François, De la ville haute où se ‘trouvent l'évêché, ‘Ja cathé-.
drale, leséminaire, on jouit d' un joli coup d'œil sur la confiée envi-
CE
: ° | Lo : r< Le 27 OTTAWA : . - - MT
ronnante. LE sol csL accidenté. el Ics colliries sont boisées. C'est un ,
pays gras. ct fertile, pi favorable à au pâturage qu'à la culture. Lors
du recensement de.1881, Sherbrooke possédait plus do 7,000 habi-
tants dont 4,000 de race française. A l'inverse de ce qui existe’ dans
quelques villes d’ Ontario, les deux races vivent sur le pied de la plus parfaite harmonic, se regardant comme indispensables l’une: à l'autre.
Sherbrooke est au cœur de ces cantons de l'Est qui furent peuplés,
% bxclusivement anglaise. On voit donc quel chemin a été fait depuis - cette époque par la race française. 7 + ° * Arrivé à Sherbrooke à une heure trop matinale pour me présenter chez les hôles qui m’attendent, je pérégrine à.trà œs la ville. Il à gelé pendant la nuit, mais le Soleil brille à l'horizon el'iout en mn appuyant sur une balustradce pour admirer le paysage, je prends soin de bien m’exposer aux rayons de l’astre réchauffant. C'est alars ‘que deux
- messieurs m’abordènt en‘me demandant si je suis étranger. J'hésite
d’abord à répondre, car je me crois en présence de médecins flairant un Montréalais en ‘ruplure de picolie, et déjà je me vois réexptdié en chemin de fer, manu militari. Heureusement c’étaient deux notables de la &ille, MM. Chicoyne et Nouel, qui battaient la ville à ma recherche, La glace fut bientôt rompue et mes alarmes disparurent. Sherbrooke présente. un air de fète;. provoqué par l'exposition ‘régionale agricole. Cette exposition est installée hors de la ville sur un
monticulé» que l'on attcint en passant sur Ie.grand pont couvert. jeté.
sur le Saint-François. Parmi les animaux, les races bovine et chevaline sont-au premier ‘rang par le nombre (Chacune d' elles ayant 150 à 200 tôles), mais la race porcine tient la corde comme qualité. Les légumes, les fruits sont aussi nombreux que. variés. Le-pomine y est ‘abondante ct cette région du: Canada est la seule où l'on boive cou-
‘ramment du cidre. Les machines agricoles sont rares, mais il Ya.
plusicurs appareils destinés à la fabrication du: sucre et du sirop d’érable, fort goûtés dans ces parages. Il y aussi des phosphates, des
cngrais, gar la terre n’est pas assez riche pour se passer de leur secours. .
- Enfin un pavillon, beaucoup trop étroit, abrite l'exposition industrielle. M. Chicoyne, qui toute la journée m'a servi de bienveillant et très
érudit’ cicérone, est un, des hommes les plus distingués de Sherbrooke. -
“après. la gucrre d'indépendance des États-Unis, par une population
rar
Président de Ja. Société de colonisation française du comté, il s’est
. voué avec ardeur à l’ extension de la race française dans les cantons de :
l'Est, payant toujoûrs -de sa personne ct ayant la gonne fo fortune : de -voir -ses efforts couronnés de: succès. ‘ s
Dctels hommes né peuvent qu'honorer le pays où ils se produisent et qu’ils sérvent avec un si intelligent patriotisme.
. ss
L'Ouest canadien il y a quinze ans. — Le chemin de fer du Pacifique canadien. — Le tour du monde.cen 60 jours. — Départ pour la Colombie. — Une noce £n chemin de fer. — D'Owen-Sound à Port-Arthur parles lacs Huron et.Supérieo{r. — Sault-Sainte- Marie. — De Port-Arthur à Winnipeg. — Un aïrèt forcé dans Jà forêt. —4£a Compagnie de la baie d'Hudson. — Un krach à Winnipeg. — Le Parlement provincial. — Un élévateur à grains. — Saint-Boniface et Mer Taché. -Z Le régime scolaire. — Les, écoles professionnelles et la liberté d'enseignement. -
-U y a quinze ans,-la région un peu connue du Dorninion du Canada |
ne gtlendait g guère au delà du bassin du Sain
11 fallait traverser les grands lacs, navigugr en canot d’écorce de boulcau sur les innombrables rivières et 1xc$ qui couvrent cette région avant. d'atteindre le grand lac Winnipeg, ou bien il était nécessaire d'emprunter Ja voie ferrée améri pour gagner. les bords de la rivièré Rouge ct pénétrer ainsi au cœur du Manitoba. De Fort-Garry (aujo rdhui Winnipeg), il fallait: plusieurs mois d'élapes, à travers une pfairic aussi vaste qu ‘inhabitéé, pour atteindre Jes territoires éloignés des montagnes Rocheuses et de V'Atha- .basca. Pour parvenir jusqu’ la Colombie il ne fallait rien moins que traverser les États-Unis d'in océan à l’autre et, une fois à San-Fran-
LD
LLaurent. Pour sé rendre : | au Mañitoba et: au Nord-Ouest il n’y avait nÿ chemins de fer ni routes. |
ie de Détroit-Chicägo-St-Paul .
cisco, la route de mer: élait l'unique voie qui, en quelques” jours, °
püt conduire à Vancouver, le seul poiné de la province * Quant à à l'intérieur de la Colombie, hérissé de mont
et couvert de forêts à
: peu exploré.
es escarpêes
travers lesquelles on ne pouvait s'ouvrir un
se
E + passage que-la hache ou la torche à Ia main, , seuls les trappeurs ct “les chercheurs d’or en connaissaient quelques-uns des sccrets.
Aujourd'hui une révolutiof complèle a été opérée sur cet immense .
territoire. Le chemin de fer du Pacifique canadien traverse le Bomiion dans loute sa largeur et met en communication directe Montréal, erminus de la navigation sur l’Atlantique, avec Port-Moody, et plus lud Vancouver-Cily, situé à 4% milles plus loin. point de départ de Hs navigation sur l'océan Pacifique, & À C’est au mois d'avril 4875 5 que leg gouvernement fédéral x commêncé
- l& construction dé la ligñe du Pique; mais 1çs,1 dravaux n favançant qu'avec lenteur, l'État résolut de.se substituer une société privée, ct
la Compagnie du’ chemin de fer du Pacifique canadien fut crééc en 1881. La C ompagnic avait un délai de 10 ans peur achever les tra-
vaux. Un acte du Parlement canadien, du 47 février 4881, lui accordait. |
une subvention de 25 millions de piastres ét lui concédait, en pleine propriété, 25 millions d’acres de terre, le long de la voic avec cxemption d'impôt pendant 20 ans. Pour la voie ferrée, les stations et le matériel roulant, l' exemption était per pétuelle. Pär un acte de 188%, le
gouvernement, afin d’activer-encore la construction.de la voie, avançait à la Compagnie une somme de 22,509,000 piastres, portant intérêt à- 5 0/0 ct remboursable: en 1894; mais la Compagnie n ’attendil pas
l échéance et éleignit cette dette en juin 1886. Que ques modifications
furent apportées par la suite à à ces conventions {}.. Fo,
Sur. 2,893 milles (4, 657 kilomètyes) séparant Montréal de Port- Moody, 641 seulement avaient lé construils par l'État. La Compagnie se mil à l'œuvre au mois de février, AS81- ct; sous l'impulsion de sus directeurs, sir G. Stephen, sir Denaid Smith ‘et M. Van Horn, les, {ravaux furent poussés avec une télle.activité que, le 7 novembre 1885, les dernicrs rails étaient posés. Les 1 909 milles. que : devait construire
à Compagnie avaient été terminés dans une période de 4 ans et 9 mois, c’est-à-dire en un espace de temps de moitié moindre que celui qui avait été primitivement fixé. L’exécution de la voie avait rencontré de grands obstacles en Colombie, où, à cause des difficultés du terrain,
| {D Le eapital de la Sutiôté consiste en 7 Millions de piastres d'actions et: 35 miljions de bons hypothécaires (mortgage bonds), plus des obligations s’élevant à une somme de 26,884,000 -piastres, provenant de l'achat de lignes d'intérêt local.
& 7 Ê Een.
Rs:
les ouvrages d’art ct de protection furent très nombreux, ct au nord du
lac Supéricur, où, chose surprenante, les travaux furent d’une exécu- ”:
tion plus difficile et d’un coût — par mille — beaucoup plus élévé que dans les montagnes Rocheuses; mais, par contre, des montagnes Rocheuses au lac Supérieur, ‘sur une étendue de plus de 2,000 kilo-
mètres, les travaux d'art et d'infrastructure furent. insignifiants.- A :
travers l'immense prairie du Nord- Ouest, il n’y avait guère qu'à poser les rails, mais un remblai fut conslruil presque partouf .pour éviter les amoncellements de ncige. Néanmoins la facilité de construction de la voic fut telle dans cette région, que l'on put posere jusqu’à 6 1/3 milles (10 kilom.) en un scul jour: :
La tête de ligné du Transcontinental canadien, sur l'Aantique; est Montréal. De ce point, le chemin de fer.se dirige sur. Otlawa, passe
‘au nord des lacs Huron et Supérieur et arrive à Port-Arthur. Puis-
. [ : se tt . , , : .
il-s’avance, en ligne présque toujours droite, sur Winnipeg, Regina, Calgary, franthit les Montagnes Rocheuses à la passe du « Cheval qui
face l’île de Vancouver. L'ouverture de la section d'Ottawa à Port- Arthur. ne date que du mois de novembre 1885. Auparavant, lc trajet
.se faisait d'Ottawa à Toronto et Owen-Sound en chemin de‘fer,et, de.
ce point à Port-Arthur, en bateau à vapeur. La section de Donald à Savona, en, Colombie, a été achevée la dernière (7 novembre 1885),
. mais clle Wa été livrée à l'exploitation qu’au mois de juin 1886, “lors del inaugdration solennellé de la ligne. |
Le Pacifique canadien est le plus court de tous les chemins de fer transcontinentaux du Nord-Amérique. Il a 342 milles de moins que la ligne de New-York à Portland, par le Nord-Pacifique, et 318.milles de moins que la grande ligne de New-York à San-Francisco. Sur -cette ” dernière, le trajet s'effectue en 156 heures, tandis qu'il n’en faut que 120 ‘sur le Pacifique canadien, et cet espace de temps sera réduit à 90 ‘heures par l'emploi de.trains rapides, soit une différence de près - de trois jours en faveur de la ligne de Montréal à Vancouver (1).
{i) ) Les États-Unis sont traversés d’un océan 1 à l'autre, par les grandes lignes suivantes : De New-York à Portland, par Chicag 805 Saint-Paul, Livingston {Northern Pacific} :
‘3,235 milles ;
im à
-rue », à une hauteur de 5,300 pieds, et, après avoir décrit de nom- .. . . , . - 8 ' bréux méandres, déboüche sur l’océan Pacifique, à Port- -Méody en
Afin de faire paraître plus court encore ce trajet exécuté d’une seule
- traite, les trains directs se composent de wagons-lits, ayant chacun
lcur fumoir ot leur salle de bäâins, de wagons-reslaurants et de Wagons-
. salons d° un luxe et d’un confortable dont-il êst difficile de se faire une- “idée et qui sont absoliment i inconnus “dans notre vieille ‘et routinière Europe. ‘ ?
ll ne manque plus au Pacilique canadien que d’avoir un débouché sur l’ Atlantique plus rapproché que la ligne actuelle d'Halifax, pour obvicr, pendant. la saison d'hiver, à la prise du Saint-Laurent par les
. glaces. Une ligne coûrte est actuellement en voie de construction et ‘permettra de franchir les 3,590 milles séparant Halifax du Pacifique, en ,146 heures (1).
: L'inauguration du Pacifique canadien a eu pour conséquence d'ouvrir une nouvelle et'rapide voie de communication entre l’Europe ct PExtrême Orient: Désormais, l'Angleterre ne craindra plus autant de
“voir obstruéc: là” route du canal de Suez ct devra moins se préoc-
cuper de ce qui se passe en Égypte, car elle pourra, par la voie cana-' dicnné, expédier sa malie et ses troupes presque aussi rapidement dans les’ Indes ct plüs rapidement encore dans les mers de Chine ct du, Japon. De Liverpool au Pacifique par Montréal-Vancouver, le trajet” ne sera plus que de 40 à 41 jours, tandis qu’il en faudrait 44 à 48 par New-York et San-Francisco. Et, lorsqu'un service rapide aura élé créé de Vancouver au Japon et en Chine, on pourra facilement se rendre de
*. Liverpool à Yokohama ct à Hong-Kong en 24 et 30 jours, tandis qu'il “en faudrait 30 ct 86 environ par la voic de San-Francisco. Par Brindisi :
De New-York à San-Francisco, “par Chicago, Omaha, Ogden (Union and Central Pacific) : 3,271 cmilles ;
De New-York à Portland, par Chicago, Omaha, Granger, Huntington (Compagnies
* diverses): 3,224 milles ;
- De New-York à San-Francisco, par - Saint-Louis, Kansas-City, Albuquerque, The
.Necdles fAtlantic'and Pacific) : 3, 499 milles ;:
De New-York à San-Francisco, par Richmond, la Nouvelle-Orléans, Deming, Los
‘Angeles-{Southern Pacijic) : 8, 884 milles.
Ces deux dernières lignes sont peu suivies. . .* .
(1) Cette ligne partant de Montréal, franchira le Saint-Laurent sur le nouvéau pont de Lachine, se dirigeant sur Sherbrooke et l'État du Maine qu'elle traverse en ligne droite pour rejoindre à à Mattawamkeag les lignes du Nouveaü-Brunswick. La distance de Montréal à Halifax sera de 100 milles plus, courte que par le chemin de fer Intercolonial ct, grâce à une meilleure construetion de la “oie, le trajet pourra se faire en 18 heures au lieu de 30. ‘
et le canal de Suez, de voyage ‘entre l'Angleterre cl Yokohama ne de-- . manderait pas moins de 40 à 44. jours. Avec un peu plus de vitesse
de la part des paquebots de l'océan Indien, on pourrait facilement. faire le tour dû monde en 60 jours, ‘et. dans 25 ou 30 ans d'ici, quié sait si ce délai ne sera pas réduit à 6 semaines? Ah! voilà Jules
Verne bien dislancé ! |
Pour les passagers la nouvelle ligne sera en outre bien plus agréable ‘à suivre, car elle leur permettra d'éviter la traversée si pénible de la mer Rouge. Il est facile d'apprécier par là quels services le Pacifique cana- ‘dien est appelé à rendre, tant au point de vuc politique. qu au point de . vue commercial, :
Mais si l'ouverture du Transcontinental canadien est un fait d'une haute importance pour l'Europe occidentale, il ne l’esi pas moins pour le Canada lui-même. Désormais, les provinces les plus éloignées dela Confédération se trouvent soudées les uünes aux autres ct n'ont plus besoin d'emprunter le territoire étranger pour l'échange de leurs produits. Mais la conséquence la ‘plus frappante de là création de la nouvelle ligne à été de transformer complètement les riches terri-- - toires du Manitoba et du Nord-Ouest, de donner une valeur considérables à des terres qui naguère en étaient dépourvues et.de faireaffluer, dans ces pays ‘si fertiles êt si peu pouplés, des convois d’émigrants venus de tous les points du monde. Des -villes comme ‘Winnipeg ont ‘ pris subitement uñ essor considérable, semblant sortir de terre comme frappées d'un coup de baguette magique. De jeunes cités,. comme Brandon, Regina . Calgary, dont l'existence ne remonte pas au delà de.trois ou quatre ans, possèdent déjà 2 à 3,000 habitants, et dans : ces villes 1 improvisées on trouve tout de suite des êglises, des maisons de banque ou de ‘change, ainsi qu'un jownal politique. À ‘en juger-par l'œuvre de,quelques années, on pressent déja quelle révo-
. Jution économique et politique se sera “opérée dans un demi et même dans un quart de siècle. |
Ce sont ces pays nouvellement explorés que nous ‘allons visiter sur : l'invitation de la Compaghie du Pacifique. Nous ne sommes, plus que : onze, parmi lesquels M.'le curé Labelle, qui tient à nous fairè jusqu’au bout les honneurs de son pays, À M. de.Molinari, M. le conseiller . Perrotin, et deux dames.
- départ de la ligne des grands lag
98 AU CANADA ÉT CHiÉZ LES PEAUX-ROUGES
Nous quiltons Montréal le 4 septembre, à & heures du soir, nous dirigeant sur Otlawa et Toronto où I cheifin de fer, faisant un angle droit, remonte vers le‘ nord pour iboutir à Owen-Sound, point de | De Toronto à Owen-Sound Ie trajet'est peu intérussant, sauf aux environs de Calaract ct d'Orangeviile où le pays est accidenté.et boisé, La région voisine d'Owen-Sound est la plus sauvage; le sol est aride el fort peu habité. A Owoen-Sound ln même plate-forme sert de débarcadère au chemin .de fer el d'embarcadère aux bateaux à vapeur, ce qui facilite singulièrement le
transbordement.
Pendant qu'on se livre à cette opération, nous aësistons à un départ de jeunes mariés. Les wens dé la noce les accompagnent à la gare el
‘au moment où le jéune couple monte en wagon chacun lui lance des
poignées de riz à la tète coinine souhaits de prüspérité. Puis quand IE train se met en marche, toute la noc, rangée .en bataille sur Le quai, fail pleuvoir à nouveau sur. les jeunes époux des poignées de riz accompagnées d’une avalanche de vieux souliers. En même lemps
des pélards font explosion ct des hourrahs éclatent au milicu de c&
groupe composé de villageois endimanthés et joyeux, de femmes aux” toilettes d'un autre âge, d'hommes graves portant cravate blanche et redingote à la propriétaire ct, pour que tous les bonheurs y soient.
entre un grand jeune homme nigre, qui souffle dans une clarinette el un gros court qui racle sans’ élégance un morccau de bois sur une corde
. à violon, où voit un bossu qui n’a pas l'air d'être plus: triste que: les “autres. Avant le départ, tout ce monde-là avait fait irruplion dans le”
char pour serrer une dernière lois les mains du jéune couple et, suivant la méthode américainé, avait, saus crier gare, bousculé les voyageurs sur s0n passage. |
. En une demi-heure Fembarquement a été effectué et le 5, à 4 heures
du soir, nous levons l'ancre. L'Athabasca, sur Iequél nous devons
franchir les 570 milles qui séparent Owén-Sourid de Port-Arthur, est
un fort beau vapeur de 96 mètres de long très confortablement amé- .hagé el éclairé à la lumière électrique. Les cabines sont relativement
spacicuses el cctic ‘fois nous ne sorimes que deux dans la même,
.mon ami. Gcorges Tiret-Bognet et moi. Une galerie couverte permet
de faire. sur le pont, le ‘tour complet du bâtiment..Bon marcheur en
ge vi ‘ 3 { Jen . é a & ù CRT AT | L Le
4 A j 7 a 3 CHEMIN DE FER DU PACIFIQUE ET MANITOBA 99
outre, l'Athabasci fait, de 14 à 15 milles à l'heure. Comme out cela
nous change du Damara! ‘
La sortie d'Oweri-Sound est assez difficile à cause de l étroilesse du chenal; mais bientôt nous nous élançons à loute vapeur dans la‘ baic Géorgienne; fraction importante ‘ du lac Huron, dont. les: ‘rives verdoyantes et relevées disparaissent peu ‘à peu à l'horizon.
Au lever.du jour nous nous engageons dans le détroit qui relie le lac Huron’ au lac Supérieur. Près de Round-lsland, l’Athabasca cst
"obligé .de ralentir sa vitesse en raison des sinuosilés décrites par le chenal qu'il faut suivre presque jusqu'à Sault- Sainte-Marie: La largour.du passage entre chaque ligne de balisage (marquée par des bâ-"
tons rouges à tribord et noirs à bäbord) n’est que de 20 mètres, ctla . ‘profondeur en certains endroits ne dépasse pas 5 à 6 mètres. Rien n’est | ‘pittoresque comme de décrire avec le baicau dé nombreux méandres
à travers unc multitude d’iles boisées au feuillage si harmonieusement
nuancé. Quelques-unes de ces îles’ sont habitées vt, au milieu de la
verdure, on voit percer de ci de là quelques modesles cabanés; sur
d’autres se dressent des tentes de Sauvagés ‘dont les frèles canots : . d’écorce sont amar rés dans de petites criques, au-dessus desquelles une
luxuriante végétation ‘forme une voûte protectrice. ‘ |
Après cet étroit ct ravissant passagé, qui ne le cède rien aux Mille Iles du Saint-Laurent, l'Athabasca entre dans le Mud Lake (lac de Boue); puis, après avoir défilé au milieu de paysages aussi variés que pitto- “resques, arrive en.droile ligne au pied de montagnes couvertes de pâlurages et de forèts. C'est en vain que le regard cherche à découvrir .
‘ Une Issue, quand lout à coup le bateau fait un brusque virement à . bâbord et s'élance à toute, vapeur dans ! une passe moins étroile qui mène -à Sault-Sainte-Marie. -
Sault-Suinte-Marie, où nous stoppons quelques instants, est une pelite ville assez importante située sur la rive des États-Unis. Son homonyme qui se trouve en face, sur la rive canadienne, lui est de * beaucoup inférieure. Cette première et unique escale est surtout moti- ‘vée par la nécessité de franchir l'écluse et le canal consiruils en vue.
d'éviter de nombreux et larges rapides qui forment comme un rideau
d'écume au milieu duquel émergent quelques îlots de verdure. C’est en cet endroit, point médiane dé la traversée, que nous croisons l'Algoma,
le pendant «ct l’égal de l'Athabasca. Pauvre Algoma! Deux mois plus.
‘.tard, enveloppé dans une tempête de ncigc, ballolié de tous côtés par.
les flots du lac Supérieur, aussi redoutables que ceux de l’octan en fuvic,: il devait s'entr'ouvrir sur les rochers de l’ile Royale, engloutis-
sant avec lui dans l'abime la plus grande partie de ses passagers.
Le *anal passé, nous entrons dans ‘ki baie de Waiska, aux bords escarpés, ct; lorsque le soleil descend dans les flots du lac Supérieur, nous n'avons plus , depuis longtemps, pour herizon que le ciel et l'onde.
\près avoir doublé lé cap du: Tonnerre, qui se présente sous la forme d'an lion au repos cu.rénhé:. Sur, lui-même, nous entrons, le T septémbre au matin, dan la “hate du Tonuerre (Thunder bay), au fond de laquelle est bâti Port-Arthur, La côte est bizarrement découpée et
“sur divers points se dressent des monlagnes cscarpécs ayant la forme
d'un cône tronqué. L'édificé le’ plus en vue de Port-Arthur est une
grosse tour varrée en bois, de couleur rouge brique, qui s'élève à l'en- | trée du port et sert d’élévateur à grains. On aborde à quai après 40 heures de navigation rapide, à côté du chemin de fér du Pacifique qui, -à cette époque, avait à Port-Arthur sa tête de ligne vers le Nord-
Quest.
Le lransbordenient sc fait aussi rapidement à PortArthur qu'à
‘Owen-Sound. Il est 9 heures du matin - lors sque le train s’ébranle ‘dans la direction de Winnipeg, en suivant, pour traverser Port-
‘Arthur, Ja rue qui borde le quai. I n'y a de clôture nulle part, pas
même eu ville, ct la-cloche de la locomotive, qui sonne constamment, sert seule d’averlisseur. Les voyageurs qui iélaient'pas à la station profitent de l'allure modérée du train pour eséalader ce dernier, au passage sans plus de façon. Grâce à la facilité qu'ils ont de pouvoir circuler d’un bout à lPautre dutrain, ils se casent où il leur plaît, le contrôle ne se”faisant qu'en route. Les wagons-lits sont fort recherchés, car nous entrons dans Ja série ‘des longs. trajets, mais aussi le supplément de prix s'élève de 2 piastres à à 3, par place. Il y a aussi un emigrant sleeping-car; c’est ‘un wagon de 9% classe (il n’y a que deux. classes après les wagons-lits) dont les sièges en bois s'allongent -à volonté pour former une large surface plane servant de sommier peu moelleux. Au-dessus s’abaissent des couchettes qui, elles aussi, n’offrent que leur bois au dormeur. A celui-ci d’y installer, à sa
guise, matelas, couvertures ou autres objets iadoucissants. C'est dans des wagons de ce genre queles émigrants sont ‘ordinairement embar qués à ‘leur descente de balcau ct conduits sans transbordement à destination.
Le trajot de Port-Arthur à Winnipeg s'effectue actuellement en une vinglaine d'heures. I] y a quarante ans, lorsque Mgr Taché,' alors ‘simple missionnaire, sc rendait sur. Jes bords de la rivière Rouge, le voyage ne demandait pas moins ‘de 23 jours, en canot d’écorce, avec un Indien pour seul guide. Lorsque les rapides éfaicntinfranchissables le voyageur. portait sur ses épaules son léger esquif
‘et cheminait ainsi jusqu’à la rencontre .d’un point navigable: En 4870, lors du premier soulèvement de Riel el des Métis. il fallut on£e semaines pour transporter les troupes de Québec à. la rivière Rouge, par la voie des grands lacs, ‘et 95 jours de Toronto. Un semblable trajet ne demanderait actuellement que 3 jours. °
Au sortir de Port-Arthur le chemin de fer reste dans le voisinage du lac Supérieur jusqu'à Fort-William, petite ville en bois située au pied d’une colline en forme de table, puis s'enfonce dans l’intérieur des terrès. Entre Finmark et Buda on lraverse un petit tunnel. creusé dans le roc. Saluons-le ‘au passage, çar le tunnel a été jusqu'ici une rareté pour nous. À Savane, où l'on s'arrête dix minutes pour luncher, se trouve un- campemerit de Sauvages. Ce sont les premiers sujets de race ‘Pure que nous examinons:de près, mais il nous paraissent médiocrement intéressants et les vêtéments européens, que “nous. leur voyons porter à notre grand désappointemnent ne ‘sont sans doute pas sans influencer notre jugement.
Après Savane apparaissent les premiers lacs dont cetle contrée c$t couverte. Larégion que nous allons traverser durant toute la journée est tantôt boisée ou couverte de broussailles, tantôt dénudée. ct recoùverle de blocs de rochers, parfois même sablonneusé. Souvent le feu a exercé.ses ravages dans les bois et les sapins, qui sont encore debout, ne présentent plus qu'une longuc-tige noircie. Le sol cst peu fertile et semble impropre à la culture. Le pays st pour ainsi dire inhabité, et les maigres villages que l'on aperçoit n'apparaissent que de, Join en loin. Les stations où s'arrête le chemin de fer ne comprennerit généralement que la gare, ct cet établissement n’est
: qu'une misérable ‘cabane: en bois dotéé ‘d’une porle et de*trois ou
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quatre petites fenêtres. Point n'est besoin d'ajouter que le confortable n'habite pas cette demeure el que cc n'est pas une existence couleur de rose que inènent les employés, oùmême l'unique préposé. à la slation, qui remplil tout à la fois les fonctions de chef de gare, aigüil-
leur, buraliste, facteur et bien d'autres encore.
A quelque distance de Ja station .de Bonheur, le train’ arrête tout à coup en pleime, forët: T out le monde descend'el l'on constale’ que les® rails, par suite de Ja dilatation de la chaleur, ont devié à {el point de la ligne droite qu'ils forment un angle assez prononcé. Quelques mètres
de plus et nous étions précipités dans un torrent. Tout le personnel du train, les émigrants, des voyageurs même s'arment de grandes perches où de lroncs d'arbres pendant le. long
dù remblai, pour redresser les rails et les traverses qui ne sont que
posées sur un (cerrajin sablonneux. Après ‘uné grande heure d'efforts .
ininterrompus Ja voie reprend à peu près une position rectiligne. Le. rain se met alors en mouvement et passe heureusement l'endroit critique landis que les voyageurs, qui s'étaient dispersés pour cucillir des bluets (myrtiles) ou de l'écorce de bouleau se précipitent en toute hâte pour escalader Jes marches des wagons. Pendant ce lemps-là. lo train file toujours.
Nous nous comptons : personne de nous n’est resté dans la savanc.
‘En Amérique on° procède toujours avec ce même égoïsme:. Aux : stations on n'avertil presque jamais les voyageurs du départ du train. n'y a pas de cloche dans les gares. Seule, la locomotive en vst muñie, mais ne s’en scrt que comme signal d'alarme, Le chef de : gare ne donne point son coup de sifflet el et il n'ya pas d'employés
“pour fermer les portières. par la borne raison qu ln'y a pas de portières aux, wagons. Le conducteur du train dil bien quelquefdis :
AU abord (tout le monde en voiture), mais d’une voix si modérée qu’il. n'a guère que dans son voisinage qu'on puisse l'entendre, Le train part san$ bruit; tant pis pour ceux'qui ont commis ‘l’imprudence de s'éloigner, si pou que ce soit. Is en sont quittes pour attendre le ‘train suivant, c’est-à-dire ün jour ou deux, sur les lignes peu fréquentées: Nous ‘passons de très grand. malin à ‘Rat Portage, petite ville déjà célèbre par ses minoleries, qu’alimentent. des:pouvoirs d'eau considérables et qui vise à jouer le rôle et à prendre l'importance de Min- . neapolis, : Ja métropole des moulins aux: États-Unis. Lorsque le jour
hp.
ù CHEMIN. DE FER DU PACIFIQUE 17 ET MANITOBA 103
parait, le paysage a complétement changé. Nous sommes dans la prairie et le regard s'étend présque à l'infini; Îe sol cest fertile ct cultivé, . quoique les fermes et les villages soient encore rarcs. Bientôt äpperaissent des groupes de constructions; nous passons la rivière Rouge sur un pont de fer, qui sert en mème temps aux voilures, el nous sommes à Winuipeg, capitale du Mañitoba. - La Compagnie de la baie d'Hudson dont la domination s’ étendait au centre Ct à l’ouest du Canada sur une surface de 7 millions de * kilomètres carrés, dont la moitié ne se composait que de terres glacées, ayant transféré, en 1869, ses droits de ‘souveraineté au gouvernement . fédéral, la province de Manitoba fui alors découpée dans cet: immense :: domaine, ainsi que les territoires du Nord-Ouest, et réunié à la conft-
‘. dération canadienne.
La nouvelle province’ a tiré son nom du lac Manitoba, dont l’ap-. pellation indiénne, Manitowapan, qui aurait dû être conservée dans un intérût scientifique, signifie détroit surnaturel. Ce lac. a, en effet. un détroit, où l'agitation, qui se fait sentir sur les caux, est Latiribuée par les Sauvages à leur divinité, le Manitou.
. Pepuis près de deux cents aus la Compagnie de la baie d'Hudson avait le privilège de la traite des fourrures, .qui lui avait été octroyé en 1630 ‘par le roi d'Angleterre Charles IT. Une concurrente; la Compagnie - du Nord-Ouest, avait bien pris naissance en 1783; à Montréal, mais clle avait fusionné en 1821 avec sa rivale. La puissance {crritoriale de “celle-ci, d'abord limitée aux alentours de la baie d'Hudson, s'était . étendue peu à «peu dans la direction du sud et de l’ouest. De ce côté la voie avait fé ouverte par le chevalier de Varennes de la Vérandrye qui, dans un voyage d'exploration qui ne dura pas moins de quatorze années, de 4734 à 4715, avait le premier parcouru les territoires com- ‘ pris entre les grands lacs et les montagnes -Rocheuses d’un côté, la Saskatchewan du Nord ct le Missouri de l’autre. De la Vérandrye, dontle nom beaucoup moins connu: en France que ‘eclui de Cavelier .de.la Salle, a cependant droit à une clébriléau moins égale, pos-
‘. stdera bientôt sa statue à Winnipeg, en attendant Je jour où sa ville
“natale (les Trois-Rivières) lui en érigcra une. . . Le centre des étalilissements de la Compagnie était placé à Fort- . Garry, qui ne comptait pas plus de 250 habitants, presque tous de
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race mélisse, CL renfermiait. plus-de tenfes et de cahancs que de maisons, Ces ‘Mû lis, descendants dés Coureurs de bois ou. Bois-Brülés cinadiens qui avaient contracté union avec .des fowimes / sauvages, “se soulevèrent, sous la conduite de Riel, contre le nouveau - régime i qu'i ‘ils, supposaient devoir porter ‘attcinle à leurs droits, Hi ne fallut nn rien moins que l'influence de MS Taché et l'intervention des - agents ‘le la Compagnie pour les apaiser et arriver à un compromis. Forl-Garry prit alors le nom de Winnipeg et se transforma complè, {ement en devenant chef-lieu de la nouvelle province. En 1881 il s’y trouvait déjà 7 1,000 habitanis, et la ville, qui était reliée. ‘aux : États- Unis par un chemin de fer, progressait .avec rapidité ct sagesse, ‘lorsque la spéculation sur les terres engendra un Doom, bientôt suivi d'un. £rack, qui jetèrent le bouleversement dans le ‘pays. “Dans son. remarquable ouvrage, sur Je Canada et l'émigrätion française M. Fr. N - .-Gerbiéa indiqué lés causes de cêt agiotage effréné dont on ne trouve d'exemple que sur le sol d'Amérique. | TT
- # e ° « Dès que le gouvernement canadien cut largement subventionné une compagnic . puissante et séricuse afin de parachever le chemin .de fer canadien du Pacifique, les émigrants de: tous les pays se portèrent en foule dans le Nord-Ouest. Chaque semaine ‘is arrivaient par milliers dans les rues de” Winnipeg. Ce fut alors que la spéculation s'établit sur une échelle gigantesque. Dés compagnies canadiennes, américaines, euro- | péennes aghetaient du gouvernement canadien et de Ia Compagnie du chemin de fer du Pacifique d'immenses étenducs de terrain, dans l’espoir de les revendre bien vite . et de réaliser ainsi de gros bénéfices. Le gouvernement fédéral et la Compagnie du chemin de fer du Pacifique ne vendaicnt en effet leurs terres .qu'à raison de 1 piastre, .. 1 1/2 piastre l'acre, et les divers spéculateurslesrevendaient quelquefois k-et 5,000 ‘ piastres l'acre. Les terrains acquirent une valeur fabuleuse. Do1881 à 1882 la valeur de o la pr oprieté ‘foncière s'éleva de 9 à 30 millions de piastres. Des fortunes fentes 77 en un jour, Tel émigrant qui était arrivé dans le pays quelques mois auparavantay, n quelques centaines de dollars, quelquefois mème avec rien du tout, se trouvait Fiche de plusieurs centaines de mille francs.
. On vit alors tous "les commerçants de. Winnipeg confier: à leurseéffmis la direction 7 de leurs maisons de commerce et établir des agences pour fonte des terrains. Dans Main street, la principale rue de Winnipeg, on ne compla pas moins de 300 agences f ainsi établies par èux. Le bruit fait par eos ler res rapides et réperèuté par les échos des grands lacs ne tarda pas à se répañdTe à travers les provinces orientales du Canada el, dès le conmencementdeTannée 1882, des sommes considérables furent envoyées de toutes lesrmr@inecs à Winnipeg pour être placées en achat de terrains. Un jour ‘la banque des Mare hands reçut en dépôl au-dessus de 2 millions de dollars. . , :
D, 7 -ML Gerbié décrit ensuite l’état d’effervescence causé par le dicu ‘ Dollar et le'spectacle étrange auquel il fut donné, d'assister :
. La fiièvré de la spéculation atteignit alors son etat : aigu Les hôtels furent envabis, les gares encombrées ; dès tentes pr ovisoires abritèrent des milliers de- “pers sonnés. Ce
furent autant de bourses où la spéculation continua après la fermeture des bureaux. - L'or et l'argent n’eurent plus aucune valeur. Toute transaction était incomplète si les parties contractantes n'avaient vidé deux ou trois bouteilles de chunpagne. Cambri-. nus dédaigné, détrôné, dut faire d'anères réflexions sur l'inconstance de la faveur populaire. À sa place la veuve “‘Clicquot régnait’en souveraine et expédiait par milliers à ses nouveaux sujets «cs marques d'exportation, La boulcille de champagne ne se: : vendait-pas moins de‘50 francs. nu | Un jour nons fümes présentés à un spéculateur rTÉ nous invita naturellemient à sabler le champagne. IL venait d'arriver à Winnipeg, et, n'ayant pu trouver de chambre à l'hôtel, ilavait pris le parti de camper dans la prairie. Ce fut sous sa tente qu'ilnous reçut, au milicu- d'instruments aratoires de toutes sortes, car c'était un cul- tivateur venu dañs le Nord-Ouest pour- se livrer à l’agriculture. Quelques spéculations heureuses, à son arrivée à Wi innipey, le détournèrent du bututilé qu'il s'était proposé dans son propre intérêt et dans velui du pays. Le fouillis inextricable de mille objets cntassés les uns sur les autres ne pouvait que frapper notre curiosité. Sur l'essieu . d’une roue renversée sc trouvait une jolie statuctie en'{erre cuite; sur.un matelas se ‘trouvait une loile de dnleur ; sur le siège d’une-chatruc se dressait un bronze de. Barbedienne ! payé 8,000 francs quelques jours € auparavant aux-magasins de la Com pagnie de la baie d’ Hudson. » Fo -
Mais cet âge d'or ne devait ‘pas dûrer toujours. Au printemps de. 188%, une inondation de la rivière. Rouge détruisit les voies de com-.
municalion autour doué en IL s'ensuivit, parmi cette population qui avait plus doublé en moins dune année, un. malaise subit,
rayante, : et cour en un rien de temps le château de cartes de la spéculation. Éa ré action fut d'autant plus vive que l'engouement avait été plus excessif.” Les ruines accumulées par ce krach ont laissé des traces pendant plusieurs: années, mais les affaires ont à peu . près repris. leur cours normal. - “ “Winnipeg est aujourd’ hui ‘une belle ville. d'environ 35, 000 ânes. Ses larges rues ‘sont tracées à angle . droit.- La rue Principale (Main. | ‘ street) d’une largeur qui:n’est'pas moindre ‘de 40 mètres: est bien: la la plus belle de tout le Dominion, avec son pâvage en bois, qui laisse ‘bien en arrière celui de Toronto: (le. seul qu’on puisse citer dans le Canada), son éclairage à'la lumière électrique. ses gigantesques poteaux télégraphiques et ses. magasins luxueux, qui ne font cependant: pas totis fortune, s’il faut en croire de grandes : affiches jaunes, où s’étalènt en gros caractères, cè mots : Dry goods: demoralised — De: sesperate price, qui indiquent le degré de désespoir du commerçant ot. sa démoralisation eñ même temps ‘que celle dé sa marchandise. On 4 7
voit bien encore de misérables masures 64 de Srandes béraques en bois à côté de superbes façades, ornées de has-relicfs, mais leur con-
traste saisissant est la marque caraëléristique de progrès accomplis à ..
"pas de géant par la cité. Le quartier de Winnipeg, s situé du côté de J'Assiniboine, près du confluent de. ce Cours d'eau avec la rivière Rouge, est surtout,un- quartier de plaisance. Cest R que s'élèvent de ” “petites églises gothiques, aux formes gracicuses"cl un essaim de villas fort.coquéttes. maleré leur style fantaisiste et leurs péintures aux cou- | leurs {endres. Cé quartier, qui est desservi par des tramways, est tracé uniformément en danicr. et plus d'un des carrés du damier ne éaptient | souvent qu'une maison. à. chaque angle, les proprictaires -des” autres : parcelles y laissant croître l'herbe, en attendant le moment favorable . pour vendre leur terrain à bon prix. 11 va sans dire que lcs rues esquissées dans cès parages sont dotées des plus belles ornières et sans los trotloirs en bois qui forment comme dés passerelles en temps-depluie. ot sont Ja planche de salut du piéton. la circulation sorail. SOU Ÿ ent impraticable . . .
* C’est au fin fond de ce quartier” ques ‘éléveni les édifices gouvernc- | meritaux, au milieu. du ‘calme ct de, la solitude qui entourent les délibérations des représentants de la province et. des membres du. corps judiciaire. ; : -
Le Maniloba, qui jouit du régime parlementaire, a 3 représentants au Sénat, dont 4 français, M. Girard, ct-5 à la: Chambre des Communes, ‘dont 4 francais, M. Joseph Royal, qui est reconnu comme le chef du partifr ançais au Maniloba et au Nord-Ouest (?).
Au point de vue proyincial, Ie Manitoba élit une assemblée législative de 31 membres (2); mais, comme l'Ontario ct la Colombie, il n’a pas de Chambre haute. Parmi ces’ 31. membres, 4 sont français ei fornient. avec 3 autres députés d'origine américaine, irlandaise ct wurtembergcoisc mais catholiques, cc qu'on appelle lc groupe français. - Tous les autres dé putés sont protestants. Le Parlement est nommé -pour quatre ans. |
Le ministère provincial .se compose de 5 membres, dont L rai
(1) Depuis sa nomination de gouverneur un Nord- Ones SE) M. Royal a été rem-. placé aux Communes par M. La Rivière (1889).
12) 38 mémbres actuellement.
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eu nn nm masse ne ae pes
.-(M. La Rivière). Le chef. de’ cabinet, M. Norquay, est métis-anglais. - ] n’y a pas d’ autre député métis dans le Parlement (1).
Le palais dé justice touche au siège du gouvernement. -Nous nous : trouvämes à Winnipeg au moment de l'appel interjeté par Riel-contre Ja décision du tribunal de Regina, qui l'avait condamné à être pendu... Au milieu d’une afflucnec considérable, mais en. l'absence du. chef métis, les trois magistrats anglais qui siégcaient à la Cour du Banc. de la Reine, déclarèrent qu'il n’y avait pas lieu d'admettre l'appel. ct nous en fûmes pour nos frais de curiosité.
La Compagnie de la. baie d'Hudson possède à à l'extrémité de la-Main | stregt, un établissenient jui est son entrepôt central. De magnifiques - magasins renferment: des imärchandises du genre le plus varié : éloffes, : fourrures, bibelats de toute espèce, chaussures, conserves alimentaires, cte.: s’y trouvent à foison. Les fourrures sont généralement envoyées en Europe, oùon les prépare ; de Jà on les renvoie au Canada. Les couvertures el vêtements de laine à raies multicolores. qu 'af- ‘fcétionnent les Sauvages, viennent également d'Europe. Autrefois sans rivale dans ces parages dont elle cherchait le plus possible à éloigner . - les indiscrets, la Compagnic-a souffert de Ja pérle de son monopole, TT mais est encore, malgré cela, une Société puissante.
Près de la g gare de Winnipeg s' élève un des nombreux élévateurs à grains appartenant à M. Ogilvic. C'est ‘un magnifique édifice en pierre; à sept étages renfermant fout ce qu'il faut pour conserver le . grain et le transformer en farine. Le blé amené en wagon est déchargé par une ouverture spéciale" où ilsufMit de le faire glisser. Une chaîne sans . . ‘‘ fin, munie de godets, monte alors le grain jusqu’au haut de l’édifice,, d’où il redescend au premier étage transformé en. farine. après avoir subi six moutures différentes passant de l'état de grosse farine à celui de farine fine où superfine selon les moutures..Un rayon spécial est réservé oo à la mise on sac. Chaque sac, qui porte: la mar que Hungarian, est pesé in : automatiquement ct cousu en un rien de‘temps; puis il est placé sur - : Fe. une trappe qui s’entr'ouvre pour le laisser’ glisser jusque dans le: wagon . qui doit l’emmencr. Le meunier chef gagne 7,500 francs. et ce salaire” | atteint jusqu'à 20 000 francs pour. les élévateurs plus’ considérables. fee
ti) Le cabinet libéral Greenway, actuellement au poux oir, ne compié plus de mémbre ‘ français dépuis 1889, époque où il a entrepris unie cro’ isade contre la langue française.
Centre d'un pays “éxtrénement “riéhe .e -en céréales, Winnipeg est
“destiné à’devenir. le grand’ entrepôt de grains du 1 {ordl- Ouest. Grâce à
sa situation topogräphique qui en fait le point de passage obligé entre les deux océans, la jeune cité sert de lrait d'union entre les deux extrémités de la confédération dont elle est presque à.égale distance. Desservic par plusieurs lignes de chemins de fer qui portent ses. pro’
“‘duits dans toutes JJcs directions, elle voit s'ouvrir devant elle le plus
bel avenir et sera bientôt le Chicago du Canada. ‘Ses larges chaussées ‘
demandent à grands cris des habitants et leur tracé actuel suffirait à
contenir 100,000 âmes. Winnipeg les aura sûrement en r an de grâce 1900 et sans, doute nième avänt cette : ‘époque.
Winnipeg est essentiellement ct presque exclusivement une ville an-. glaise. C’est en face de Winnipeg, sur la rive droite de Ja rivière Rouge, J
es . 1e , û à que se trouve la population canadiennc-française groupée dans la petite
ville de Saint-Bonifacce. Ah ! la différence d’aspect est grande quand
“on passe de Winnipeg à: Saint-Boniface, c’est-à-dire de l'opulence à
une honnëte aisance. Ici, plus de palais, de magasins somptueux, dé lumière électrique, out ce ‘qui en un mot décèle à première vuc la présence d’une cité forlunée. Les chaussées sont cependant presque
aussi larges qu'à Winnipeg ct .le plan d’agrandissement de la ville.
esttout tracé. La’ race canadicnne-française cst assez tenace et assez laborieuse pour. grandir no prospérer à, J'ombre de Winnipeg, mais quelques renforts d’émigrants lui seront nécessaires pour cmpêcher, Ja ‘ balance de trop pencher au détriment de Saint- Boniface.
La population métisse, qui sur les Lords dela rivière Rouge est en
. grande majorité métisse-française, est assez nombreuse à Saint-Boni-
face ct aux environs. Le demi-sang (half broed) comme l’appellent les.
. Anglais, est facilement reconnaissable à son teint bronzé et à'sa physio-
noïhie plus indienne que blanche lorsqu'il est au premier degré d'al-
“ Jiance. Il participe des qualités "ot des vices des deux races, mais, ‘comme chez tous-lés peuples mêlés, semble avoir eu surtout en partage
les défauts de celles-ci. Au point de vue dela colonisation il ne peut être qu’ ’un appôint, car s’il est brave, intelligent et observateur, il a trop
| ‘dans le sang l’indolence et le peu de goût au travail du sauvagc-ainsi | ‘ que son penchant très accusé pour les’ boissons alcooliques. Dans'les ‘
rucs de Saint-Boniface il n’est pas rare de rencontrer des femmes mé-