INTUITIONS DE “LA VÉRITÉ
« Tel vaut quatre Bollandistes, Ien vaut cinq. ttes vaudra longtemps. >. ’ Le beau parti grit a rûé un fier coup pour la droiture, eo soir. H-sest étendu. Il
repreid st place. e AUTRE CIUSES
Un peu de neige sur la terre, pas assez pour toute la blanchir ; ; je lombe sur un pelotén de-yeus qui ée caggent: ils né magercuivent pas. Ils sont, cf apparence, une dizaine. Je ne leur vois pas d'armes; le plus haut d'entre cnx porte un casque, rond, haut, grande palette, C'est peut-être “dans la Saskatchewan ; peut-être tliez les Brumner ; peut-être dans la grande coulég qu'il fant passer pour aller À la première inaison de L'établissement, quand on xignt de chez Maxime Lépine.
- Pauvres gens, ils se cachent Cm plein cliomär, en desrendant là côte.
Mon Dieu! jrencz en pitié les, groupés éparpillés de mon peuples du peuple que vous n'avez donné, de ec ni esl à vous entre tous les peuples de la'terre.\ Mon Dieu ! SUUY ENCZ-\ ous ‘que x sous Wavez eu un aussi bon peuple quele peuple métis, -
tie pet Louis «& Da ŸiD » RIEL, exovecd.
‘De. tout ceci il faut conclure que Ricl,.s’il n’était” pas complètement: fou, était certainement un halluciné, en proie à de fréquents âccès d'aliénation mentale lui enlevant par moments toute indépendance
-d'esprit. C'était, suivant Jexpression médicalé, plus qu'un homme : à responsabilité aiténuée, c'était un irresponsable. -
Malgré tous ces symptômes significalifs, le gouvernement hésitait à à prendre ‘une décision définitive; car, après le: rejet du recours suprème de Riel devant le Conseit privé, il avait. reporté sans motifs le sursis du 10 au-16 novembre. C’est que, pour le cabinet, il y avait là une ’imporlänte question politique. Québec, c’est-à-dire. lc Canada français, qui'avait fait dela cause de Riel une cause de nationalité, réclamait à grands cris la commutation dé peine du chef métis. Par contre, Ontario, c’est-à-dire le Canada anglais, manifcstait
«des sentiments absolument opposés, demandant Ja rigoureuse application de Ja loi contre celui qu'on appelait le meurtrier de Scott, montrant ‘ainsi que c’élait plutôt des événements de 1870 que de.ceux de 1885, qu'on voulait lirer vengeance, malgré le temps écoulé et mal- -gré une amnistic. Des mniliciens sous Îes armes-allaient même jusqu'à lé brüler en effigie dans. leur camp! Des manifestations aussi indé- ‘ centes ct aussi barbares, vis-à-vis d’un homme au picd de l’échafaud, -ont toujours paru indignes d’un grand peuple civilisé.
E nn, après un examen médical officiel. qui ne fut qu'un simu-
lacre, car les médecins chargés d'y procéder étaient connus d'avance comme opinant pour la pleine responsabilité du condamné, le gou-
‘vernèement fédéral, dispensalcur suprème du droit de grâce, arrôla
définitivement sa ligne de conduite. Sif-John Macdonald et ses collè gues du cabinet, y compris les trois minisires francais, se prononcè:
- rent pour l'exécution, malgré la recommandation à la clémence du :
jury, qui avait manifeslé par là sa croyarice que’ Riel n'était pas entiè-
rement responsable de ses actes. .
Le 16 novembre au matin, l'échafaud.était dressé dans la prison de : Regina. Des précautions extraordinaires avaient été prises ct la police à cheval interdisait l’abord du campement à un mille de distance.
. Riel, averti depuis la veille au soir, était prêt. Après avoir entendu la:
messe et reçu les derniers sacrements, que lui administra le LP: André, aumoônier de la prison, il se remil entre les mains du bourreau qui lui lia les mains derrière le dos.-l'uis, d'un pas ferme et assuré, la tête haute, il marcha vers l’échafaud, accompagné des P.P. André ct
© Mac-William,.en récitant des prières. Sa physionomie élait sereine, son
- altitude digne, sa conduite noble el courageuse. Après avoir dit, en
anglais : « Je demande le pardon de tous ct je pardonne à tous mes ennemis, » il fit une dernière prière en français. Le bourreau, après lui avoir attaché la corde autour du cou, Jui rabattit le bonnet sur la figure, la trappe s’ouvrit, et, quelques instants après, tout était fini.
Riel fut d'abord enterré sous l'échafaud de Regina. ]l repose aujourd’hui, à côté des siens, dans le chnetière de Saint-Boniface.
‘L'exécution de Riel causa une stupéfaction profonde, car l'opinion publique, dans le monde entier, $’attendait à : une commulation de peine. Ricl était un condamné politique :. of ‘de nos jours, Îles crimes | politiques ne sont généralement plus ponis de.la peine capitale. L’Angleterre s’était montrée plus clémente lors de la révolte des Cipayes, et les États-Unis, après la guerre de Sécession, avaient cru, avec rai,
-sôn, qu’il était de bonne politique: de se montrer généreux.
Le gouvernement fédéral fut inaccessible’ à des: sentiments de ce genre. Sa conduile fut inhumaine et impolitique. Inhumaine, parce . qu'elle envoyait à la mort un homme dont l'esprit éhancelant était maléquilibré ct qui devait au moins: bénéficier du doute général, surtout. après la recommandation à la clémence du jury. Jimpolitique, parce. :
150 -" . AU GANADA ET CHEZ LES PEAUX-ROUGES : qw’elle eut pour résultat de raviver les haïines de race ét de jeter. une perturbation complète dans la ligne de conduite del élément frañçais.
A peine connue, la nouvelle +le T'exécution-de-Ricl souleva les plus * vives écriminations contre le cabinel, et surtout contre les ministres.
français, dans tout Ie Bas-Canada. Des mectings d’indignation eurent lieu partout ct la presse, conservatrice aussi bien. que libérale, —
même une partie de la presse anglaise, — fil entendre d’ardentes
protestations. Puis la réflexion aidant Gt la politique s'en môélant, la question Riel ne fut plus qu'un tremplin électoral sur lequel se - battirent les pendards ou partisans de-la, corde (conservateurs) ot les nationaux (libéraux et conservateurs dissidents). ‘
Depuis ce temps, Panimosité s’est affaiblic mais n'a point cessé, e ”
la scission produite entre conservateurs s’est perpétuce. Lors des élec- . tions au Parlement de Québec, un an après,. la majorité passa sans hésitation des conservateurs aux ricllisies, et au Parlement fédéral, en 4887, le cabinet de sir John vit sa belle majorité sensiblement réduite.
-Enfermé comme fon, Ricl eût ecs$é d'être dangereux. Son exécution |
en à presque fail un martyr. Qui sait si, un jour, sa statue ne $é- ‘lèvera pas sur le licu même de son supplice? :- © . ù
Les licutenants de Ricl: Poundmaker, Gros-Ours, Maxime Lépine, Garnot et plusicurs autres, furent condamnés à quelques années d’em-.
prisonnement jusqu'au jour où des grâces individuelles, prévenant l’amnistie de juillet 1886, leur ouvrirent les portes . du pénitencier de”
la Montagne de Picrre.
Les auteurs des mässacres du’ Lac aux Grenouilles avaient éxpié n
leurs forfaits, ct huit Indiens ou. Métis avaient té pendus, le 27, novembre 1885, à Batleford. ‘ : or C était l’ épilogue du drame dù Nord- Ouest”
Se
en,
De Regina à Calgary. — Les A chez les Sauvages. — La disparition du ‘
buffle. — Anchois et petits oignons. — Ur logement au Royal-Hôtel. — Le P. Lacombe et M Grandin. — Un mathématicie dans un bourbier. -- La réserve des - , Sarcis. — fcaux= Roues et pholographe. Les San vases au RorQuest. — Les
Le wigwam de’ Tète-de- Bœuf. — LX féte du Soleil. — Religion et suporstition = — La légende du bouleau. — Une école” industrielle et les ombres chinoises. .
De Winnipeg à Regina, nous avons “parcoüru .] l meilleure région ‘ des terres noires. De Regina à. Calgarÿ, nous allons traverser un pays moins bien favorisé sous le rapport du sol.
Moose Jaw (Mächoire d'Orignal, du nom de cet élan d'Amérique), est la première station un peu importante où nous nous afrrètons. La Compagnie du Pacifique possède en cet endroit de grands bâtiments qui
servent de remise à son matériel. Swift-Current, où noùs descendons cn- . suite à une heure assez tardive pour déjeuner (2 h. 89), n'a de valeur
.que comme station de Battleford, qu'on attcint en cinq jours par ja poste et quand les chemins sont praticables. “En ‘nous promenant d’un ‘ bout du train à l’autre, pour rompre la monotonie d’un aussi long trajet, nous découvrons la présence — je peux bien dire : à bord — de plusieurs ‘Sauvages accompagnés du P. Cochin et d'hommes de la . police, ‘embarqués pendant la nuit. L'un d’eux, qui porte le nom d ‘Osawasiskiyakoup, autrement dit, Couverture de Terre Jaune, de ce
LA
qu’il avait l habitude de couvrir ses vêtements de terre jaune, est le frère
152 Tec AU CANADA ET CHEZ, LES PEAUX-ROUGES .”
: = Û , s " de PoNndmaker. LH est grand, bien découplé comme lui ct a dans ©. physionomie quelque chôse qui trahit sa parenté. Avec lui se trouve “un grand enfant, fils de Gros-Ours. Un autre, au visage plus pâle el qui a nom Opinawewine, -c'ust-à- dire: Ja ‘Mue, porte une chaîne au pied droit. Tous sont drapés ‘avec une noble, fierté dans leurs couvertures bariolées, ne disent mot ct semblent profondément’ indifférents à ce qui se passe autour d'eux. Ils viennent de la prison de Regina ct vont être remis en libeité à Battleford, à l'exception. du dernier qui y "sera fugé pour sa par ticipation à l'insurrection. ‘ . | ‘Dans le P. Cochin, nous retrouvons .un compatriote, depuis plu-
. ,* -Sicurs années en mission au Nord-Ouest. Fait prisonnier par Ja bande * , ee ' AT de Pogndmaker, il n’a eu qu' à se, louer de La conduite. de ce dernier Pa qu'il a fayfoné à déposer les armes. Rich que $a caplivité n’ait- pas
été sans ‘angois ses cl'sans danger, le P. Cochin,” comme tous les mis- © sionnaires que nous avons eu la boñngé fortuné dé réncontrer; est plein. de commiséralion el de.tendressè pour les Sauvages, ces grands
enfants qui ont besoin d’être dirigés. Fr Onne saurait vt raiment trop admirer le dévogement. de ces : envoyés 2
| “.. de Dicu qui quittent sans regret leur famille ‘ct: leur” “patrie pour ré Ù pandre la foi cf là civilisation. chez les peuples sauvages. Rien .ne les” ebute, dans l'exister ce dè fatigues et de misèrés qu'ils mènent dans. les régidns- glaciales t presque désertes du- Canada. ” À ia , : Sur lé bords'dé 1 Athabaska,” dela rivière de la Paix, ‘du Macken- Zzie: la où il gèle rhême en pléin été, où le.blé- ne mürit. plusé où
J'homme n'a pour FT nourrir que Je produit de sa classé, de sa pêche”
- ‘et les racines ‘qui ui, tiengent lieu de- pain, l'existence des mission. | naires parmi les-tribus, indiennes est particulièrement une vie de tris-
4 . tessé, de privation et de souffrances de toutes sortes. N'ayant souvent pour abri qu ’unt frente 4 ou une cabane: enfumée, quand ils n’en sont
‘pas réduits àfavoir la voûte céléste pour unique toiture, n ayant qu'un . tronc d'arbre pour siège el pour täble, et de l'écorce de bouleau en ‘guisè de papier à lettre; ils n'en ont pas moins ‘trouvé moyen d'écrire’ d’ ädmirables pages” ‘qui ont rempli Tes Annales de là Propagation ou le Journal des Missions catholiques. Presque sans communications avec Je monde civilisé, ils n'ont, pour se subvenir, que les faibles: ressources ‘
; -inises à leur disposition par la Propas satiôn de la foi. On comprend, ;
. . De a ny
LES PEAUX-ROUGES Lo 153
ee
, en voyant ces hommes affaiblis par un pareil régime, mins el usés £ ? avant l'âge, malgré un tempérament robuste, qu "1 faille des vertus particulières pour être apôtre. ° ; - Mais ce qui frappe surtout (chez les missionnaires, c'est leur bonté, UT ” plus g grande peut-être que leur charité, qui leur fait aimer comme des | membres de leur famille ces Sauvages pour lesquels ils ont des trésûrs d’indulgence et qui ne s’en.montrent pas dignes. Si,sau point de vue spirituel, ils n’ont que dificilèment prise sur les Peaux-Rouges, ils ont, ‘par contre, un äscendant moral très développé sur ’eux cet. sont les intermédiaires naturels entré céux-ci ct le gouvernement.
Leur présence vaul:une arméë, et, s'ils étaient plus souvent écoutés
en haut Jieu,. leur] intervention prévoyante cl conciliante aplanirait Toisns à
biéen+des Heures qe éviterail parfois d des -catastrophes comme celle |
de 1885.
C'est avec regret: que nous voyons descendre, à Swift- Current, Je P, Cochin qui reg agne7 En” mission de*Sainte-Angèle, près Date pillée el dévastée pendéh Finsurreclion. Grande est sa joic de retrou-
Aver ses fidèles disciples ; mais: que de misèrés ‘il aura à à secourir et : ‘sde. ruines à réparer |:
i£ ‘Nous poursuivons notre course ‘dans Ja partie la plus déserte de la Prairie. Toute li journée on aperçoit des étangs ct des lacs sur lesquels: -s’ébattent des- nuées de. canards sauvages, que le passage du train . ! n’effraic aucunement. Des oies, des outardes, des poules de prairie s’en- | volent à lire d'aile, pendant qu’un skunk (putois) ou un loup'de prairie, #
‘ troublé dans sa quiétude, s'enfuit à toute vitesse, mais présque toujours: °° ” dans la direction ‘sdivic par la machine, qui semble ainsi s'attacher à Cr ses pas. ‘ ‘
Le lemps à à aütre, on découvre aussi de petits trous, d’où émerge
‘ parfois li .têtè d'un chien de prairie. Ce gentil petit animal, de Ki
grosscür d'un écurouil et assez curieux de sa nature, se met parfois’ i à Ja fenêtre-de son terrier pour voir ce qui se passe. Il n’est pas très sau-
‘’vage, mais quand on‘tente de s’en approcher de trop ‘près, on le voit ‘
rentrer subitement dañs son trou, comme mû par un ressort. Sa peau Te, est employée comme fourrure, mais sa petitesse ne la fait, guère recher- m7, cher que par les Indiens. :” . Fr, È
Les troupeaux sont .très rares, ce qui ne les empêche ‘pas. de se
ie
454 2. - ,'AU.CANADA ET CNEZ LES" PEAUX-RQUGFS ci - , + ë D D , - 4 , ns Ü - : : ‘ ES *
camper, en picin milieu de la voic, d’ où la JoBomotive ne parvient à 1 les chasser qu'en faisant entendre .des coups de sifflet précipilés el en d. ‘ Le lançant des jets de vapeur. Malgré tous ces avertissements, malgréun? ® Os LS fort, ghassæ-picrre, qui porte le nom caractéristique de cowcalcher: ?. Dasaen il arrive parfois qu'un de ces nimaux sc laisse écräser Le t, malgré l’éperon-protecteur de la, machine,. sc trouve engagé sous la : —— lorootve. I faut alors le sortir de là à a force du poignet, et.les à : passagers qui, poussés ‘par la curiosité, sont xenus voir « ce qu y ., ar assistent à jun spectacle qui n'a rien d' altray: ant : +, a (erres cultivéègsont extrêmement rarcs. Qùant aux “habitations, 4 ra on-n'en voit pas une seule dans le voisinage. de la:,voic, qui traveise sur un assez long parçours un terrain sablonneux. ou recouvert de ‘dépôts salins. C'est: la partie aride du Nord-Ouest, celle qu’on appelle , ‘© à. le Désert, et qui s'étend suriout. entre la ligne du Pacifique et la-fron- é ‘ KE dière des États-Unis. LÉ gares ne sont que de gfandes cbanes tn‘ #. bois, percées: d’étroites fenêtres el recouvertes d’un badigcan de couleur ” 4 -£hoeolal, qu'encadre une large bande blanche. En déhors de ces sta- | + tions, aussi espactes queossible, à une demi- “hèute ou trois quarts. | …. d'heure l’une de l’autre, ‘c’est la solitude.ë à Perte de vue. HAE , Deux choses attirent à chaque instant le regard du. voyageur dans 7 :. cette immense plaine ondulée : les débris de boîtes de conserves et les . 7. ossements “daniaux. Le#boiîtes dè conserves sont surloût éparses. Aitour des stations ct indiquent. dans” Ja pesicclion le régime nutritif” auquel sont souvent soumis, où - pour mieux dire condamnés, ceux | . que leûrs obligations ou leurs fonctidné appellent dans le Nord-Oüest. ’ ‘ : Comme dans ces pays un peu perdus il faut tout utiliser, le métal des ‘boîtes est découpé. avec autant de symétrie que. te perriel Virrégula- ‘a rité des énveloppes’et est employé à couvrir les toitures des baraques ; | ‘cn cas d’abondancc; il seit même de motifs décoratifs assez grotesques: i à. . Les ossements blanchis dé jonchent la. plaine sont. ceux des bisons . ou bufllés qui, ÿ y a une.dizaine d'années, réghaicnt encore en maîtres +. CRT dans HŸrairie et, faisaient, trembler 1&sol dans leurs char ges rapides." LE | re Le buffalo avait été jusque-là l’aÿter €g0 de l'indierr, ct était l'élément + . ‘+ # ‘lé plus indispensable de’Fexistençgc de.ce dernier, qui se nourrissait à ! @ ‘de sa éhair, se vêtissait de sa robe ct fabriquait sa tente’avec* ses dé- C4 a ouilles. La chasse, alors, était difficile, périllouse, et ‘tous lès. -guer-
nv, ‘ riers de la ‘tribu en quête de gibier y prenaient part : avec leurs armes primitives et leurs fusils de rcbut. 11 fallait surprendre les buffalos, fondre sur eux’ à bride abattue, les pousser vers l’ciibuscade géné. ralement préparée ou chercher à les gagner de vitesse. Et quand, acculés dans une impasse, les buffles cherchaient à sc dégager, il s’en- - suivait une mêléc courte, mais terrible, où‘les: guerriers laissaient parfois ‘des leurs: sur le terrain. 7 L'arrivée au Nord-Ouest dés chasseurs blancs’ avec des armes per-
fectionnées, que les Sauvages parvinrent peu à peu à se procurer, transformèrent toutes les expéditions de chasse en véritables bouche-
ries. Quand un chasseur tuait un bufle, il le dépouillait pour avoir .
sa fourrure, qu’il. vendait avec bénéfice,” et lui coupait la langue, partic la plus délicate, pour ‘en faire sa nourriture. ‘Tout J& reste était perdû. En une seule annéc on tua jusqu’à 120,000 bufalos. ‘
Le massacre n ayant pas discontinué, le Nord- Ouest vit disparaître
‘en, quelques années son gros gibier. Traqués' de toutes parts, les derniers survivants des buffalos se réfugièrent aux Élats-Unis, dans les montagnes du Dacota, ou gagnèrent le Grand-Nord canadien. A }° excep-
tion de ces quelques spécimens, on peut donc considérer le buffle coïnme rayé. du nombre des animaux de chasse du Canada. La Prairie seule conserve. encore leurs débris, et dans quelques années il n’en : ‘restera même plus trace. , :
| Dans l'ignorance où-nous élions, au départ de Montréal, dès conditions d'existence au Nord-Ouest et dans les Rocheuses, nous avions fait cmplette d’une câisse de provisions où sc trouvaient empiléts des con-" | Lu. serves de tout genre, mais où les petits oignons, lé anchoïs, les cor- . CET - nichons, -les câpre quelques autres condiments tenaient une place 7 fort en dispropdftièn avec leur utilité. Il nous.ayait fallu demander | une licence à Rdgina poûr transpotter du vin avec nous, toute boj£” . ‘son fermentée, liueurs; vin: ou bière, étant l'objet d’une prohibition comnltte au Nord-Ouest. Cetle mesure prise dans le but de. préserver ‘ -les Indiens des ravages de, l'alcoolisme, eux ‘surtout qui recherchent avécavidité l'eau de feu do et dèviennent dangereux lorsqu'ils Sont : : . sous l'empire de ivibs se, serait excellente si elle était moins absolue. |
- Dès le” départ du À lanitÿ a, nous avions, en raison Je ee. fantai- -
sions
sistes d’ arrêt aux stétiofls ait horineur” à-nos prov groupés ©: Le h #. n : ° À : : “ ” ES PF Yo. > . ; . ‘ US D u st . | oo $.
gr "+ = °
. . - n : ° 156 AU CANADA ET CHEZ LES PEAUX-ROUGES
autour d’une fablette, chacun muni de son gobelet ct de son plat d'étain
venait recevoir la part que lui délivrait notre chef. de popote: Notre
meilleur accommodement était fait de bons mots et entretenu par un feu roulant de plaisanteries absolument ‘nécessaire pour rompre la monotonie du trajet. ct ect assaisonnement en valait bien un autre. : - o
Mais parfois nous déscendions prendre part au repas du commun des mortels. Une baraque en bois, à la porte de liquelle s'agite vio-.
fcimment une sonnette, ou se fait entendre -un charivari (quelquefois
les deux ensemble quand il y a concurrencc).pour ättirer'les voyageurs, |
est I lieu de rendez-vous des dineurs. À quelque heure du joùr que ce soit, on a toujours le“ mème menu. Un.rôti plus ou moins dur, une conserve de poisson ou de légumes, une {arle aux fruits ct du thé, © voilà.ce que l’on‘trouve.sur toute la ligne pour le prix classique d’une
demi-piastre (2 fr. 50 c.);, somme relativement modérée pour le pays’
que nous traversons. | " °
. . lé Û pe . A Après unc'secondf nuit en chemin de fer depuis notre départ du Manitoba, nuit toyfôurs éclairée par des feux de prairie dont la fumée
äcre pénètre; fautÿ de vent pour la dissiper, jusque dans.notre wagon,
nous nous réveillons encore dans la plaine couverte d’hcrbé jaunie. Nous. passons à Crowfoot (Pied de Corbeau), qui a pris son nom du chef de la tribu des Pieds-Noirs, dont la réserve se trouve dans le
voisinage, à Gleichen, bourgade de deux maisons ct de hüit cabanes,
el-nous commençons enfin à aperçevoir, ‘à plus de 400 milles de dis-
lance, les sommels nciyeux des Montagnes Rocheuses. . ; Plusieurs stâtions ‘défilent encore au milieu d’un paysage ondulé,
mais toujours monotone el dénude, Tout à coup le décor se transforme:
on aperçoit des arbres, une rivière que l'on franchit sur un pont de fer, une rangée de baraques et de maisons, des Indiens et une Indienne parée
d’une. superbe. robe vert clair, les jaquettes rouges de Ja.police montée, des cavaliers ét des” amazones ‘passdnt la rivigre, à gué ct se dirigeant
en toute: hâte vers la station de Calgary, où ;nous descendons après :
cinquante-trois heures de chemin de fer depuis Winnipeg. . ;
Nous trouvons à la gare ue foule véritable qui profite du dimanche
et de l'arrivée du train pour se montrer. IL y a là un joli méli-mélo de mineurs, de cow-boys (gardiens de bestiaux) en tenue de travail,
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- de marchands endimanchés, de misses tirées à quatre pingles, de Métis, de Sauvagés et de Sauvagesses drapés dans leurs couvertures de line | -multicolorks - De tous les Peaux-louges que nous avons pu percevoir jusqu'ici, ; sont les premicrs dont lé visage soit peint eñ rouge carmin. … Calgarÿ est une ville qui date de 1882 et compte plus de cent maisons après trois annécs d’existence. Sa position, au débouché des Montagnes Rocheuses él à l’ entrée de la Prairie, sur un sol fertile, au centre | d’une contrée d'élevage ct dans le. voisinäge d'unc région “houillère, lui assure le plus bel avenir el eû fera le Winnipeg du Nord-Ouest, . comme rapidité d'expansion cé commt importance future. Ses rues sont droites cl larges, mais n'ayant jfmais cu aucun entretien, ‘elles sont rabotcuses ct'hérissées, dé un toute dimension ; le tr aditionnel | trottoir de bois est encore une exception. $es maisons: de bois sem: .- ' blent À à poiñe fixées sur Je sol, ct.nous ne fümes pas-peu ‘surpris, quelque temps après notre arrivée, de voir marchér un de. ces bâtiments. Son propriétaire, trouvant la position défectueuse, le changeait lout sim- . plement deplace en. le soulevant-à l'aide d’un cric et en Icfaisant rouler. Ce n’est pas Élus difficile que “cola à: Calgary. La ville paissante | possède déjà un joufnal, des églises ou plutôt des chapelles dedifférents L cultes, des banques qui, en Ainériques ‘servent de marraines düix cilés 77 .. d'avenir, ct des boutiques où se débitent côte à côte sure: même L comploir les marchandises les plus disparales. "7 © 4 et . Entre Ic$ différents hôtels. qui s'élèvent. au, sein .de la cilé,.n nous pre- —— ” nons gîle au principal, le Royal- -Hôtel, qui ne justifie sôn nom ni par son aspect, extérieur, ni par son confortable intérieur. C’est, une simple. -Maison de bois à un étage qui n’a coûté que 500 piastres (2 300 francs) à.son propriétaire pour l’achéter démôntée, Ja faire vènir ct remonter à Calgary. Nous y trouvons tout juste deux chambres, c’est-à-dire deux: mansardes pour les dames, qui ne: peuvent entrer,et sortir. de .chez cles qu'en traversant tout at. long un grand: couloir-dortoir qui est : notre seul abri à nous.autres hommes. On accède aux «appartements » par-un cscalicr raide et sans rampe, à qui le nom d'échelle’ conviendrait davantage. Les mansardes, séparées par, de simples planches màl jointes, ‘n’ont pour | {out éclairage qu ’une lucarne basse sans carreau; quand on Ja forme, on cst dans- l’obscurité complète. Dans notre grand couloir, “toutes les éouchreltes se touchent sous l'angle formé par la toiture; es