‹ Au Canada et chez les peaux-rougesChapitre 22 sur 28 · CS — . DT US · texte numérisé non relu

CS — . DT US

LA

© “sommiers ‘élistiques Y sont remplacés par, de solides planches de sapin.

Pas ur meuble, même en bois. Chacun descend faire sa oilefte dans le .

pelit-wash.room qui précède lh salle à manger. Une brosse ct du’ cirage

sont à Ll disposition des gentldmen qui tiennént:i à avoir dés chaussures .

présentables. Tout le resic: cël à l'avenant. Cependant. féndons celte

\ue au Royal-Hôtel que la. table ÿ ést assez bonne. Après. tout, ce rest peut-être que l'effet produit par‘un. changement der régime. |

La première main qui se tend-à notre arrivée à Calgar y est celle’ du

P. Lacombe dont là mission: s'élève à dix minutes de la station. Le

vaillant missionnaire nous fail le: plus cordial accucil et nous raconte conhnent, dépuns trente-six ans, il à évangélisé louics les régions -du

Nord-Ouest. entre les États- Unis et le lerritoire glacial “du Mackenzie.

Le P. Lacombe, dans sa modestie; ne nous dit pas qu il est Pauteur :

sport lants ouvrages sur les Sauvages, « otaument T une grammaire

" Ja mission, - ‘nous trouvons aussi Mer ‘Grondin, depuis v vin, sept”

ans dans le. pays, Gt qui à en des missions nôn ‘moins pénibles’ que le

. Eacombe. Me ‘Grandin est un compatriote, car il est originaire de Ld et sa fainille habite encore le départément de la “Mayenne. Soû. Êse les districts d’Alborta el -de ‘Saskatchewan. ‘Sax rési-

. dence un six à Sept jours de voiture. Comme tous: lés missionnaires du Nord- * ‘Ouest. ME* Grandin appartient à l'ordre des- Oblats de sic Immaculée: . Plus au, noïd, dans le voisinage ‘des terres’ glacées, sc trouyeht encore : ‘les vicariats; apostoliques d'Athabaska ct de Mackenzie placés sous la **, direction de NN. SS:.Clut .et “Faraud. | e dernier, ‘qui réside sur. los dives-du Jäc là Biche, est encore un Fri ais. Ainsi, partout Q

‘au une œuvre de civilisation ct de dévouefent à accompli

de trouver au premicr rang des-enfants de France. ..

Le P. Lacombe nous montre à sa: mission, près de laquelle häbiént

‘des Sœuis grises, quelques j jeunes Peaux-Rougés qu'il s ’éfforce de eivi-

| liser, et ce, non sans espoir. Parmi eux. se trouvent un Pied-Noir.

en

st à Sain{-Albert, près d'Edmontont, où on se rend de Calgary

Sr

“moins rebelle au progrès que {ous ceux de sa lribu, ct un fils de Pound- Maker, grand et beau ic cune homme de $cize ans, que son père a. conseñti à confier aux missionnaires pour l’élever cf lui apprendre u un métier, celui - de charpentier’ Nous adressons quelques mots à ces gränds enfants,-mais tous semblent plus timides qu’une jeune fille. el -répoñdent à peine en baissant les yeux. Remarquant l'intérê i que nous .portons aux Indiens, le P. Lacombe, qui s'efforce de nous ètre agréable, y réugsit pleinement en s ‘offrant.i à nous faire visiter la réserve de la tribu des Sarcis, située à 8 milles de Calg BATY. ee + :

Nous voici donc tous partis le lendemain. dans, deux graids chariols trouvés non. sans diMiculté. Traversant à gué l'E ibüy river (rivière du- Coüde), nous suivons quelque temps la piste assez bien frayée qui mène à Mac Leod: À 20 milles de. Calgary, it ny à plus de terres libres: tout à été acheté par des éolons’ou par des-spéculateurs, car - couche d'humus, .qui a une moyenne de deux picds de. profondeur, ‘ forme ici un excellent terrain: ‘de culture qui sera préthainement coté

‘à un prix élevé. Mais ces terres'sont vides d' habitants pour la plupart, el leurs limites ne sont que: rarement indiquées. Cependant -nous traversons une propriété de 1, 200 acres,. coupée en deux par ‘la route.ct ‘bordié de chaqué £ gôté par une -clôfüre en fil de fer qui a certainement

- coûté plus cher “düerla profiélé elle-même: Nous cheminons ainsi à travers une plaine accidenléc; couverte d’ hèrbes j jaunes et traversée par ur -Tuisseant fangeux. Là, le P. Lacombe, qui à l'expérience. du pays, - nous fait faire un léger détour. -pour.fränchir la rivière en biais, afin. “éviter le passage habituel, dangereux à force d’avoir été suivi. Mais” da deuxième voiture ne suit. pas notre exemple. Conduite par un. des nôtres’ qui, en'sa qualité de professeur de-mathématiques, croyaïil réel-

. Jement que la ligne droite est le plus court chemin d’un point à un autre, elle s’eñyage direclement dans le ruisseau, en suivant la piste fféquentée, et. grâce à son poids; y reste bel et bien embourbée. Tous

* Jes efforts faits pour la dégager ne servent qu’à l’enfoncer davantage,

- el ce n’est pas ‘sans ‘péine que nous pouvons dételer les chevaux ct : … les faire sortir du marais. Quant au chariot, il ny faut pas songer. Fér bonheur noûs trouverons aide et assistance à la réserve des Sarcis- -à. Jiquellé. nous’. fouchons' presque, et où nous ‘arrivons deux heurcs , après notre départ de Calgary.

Les Sarcis ont choisi pour résidence la région la plus fertile ct la plus pitloresque de la contrée. En effet, en arrivant au haut de la col-. line qui nous siparé du canp indien, on découvré une large coulée boisée, au fond de laquelle la Fish Creck (rivière aux r oissons), décrit , ses méandres. Tout au loin, à l'arrière-plan, la grande chaîne des. : Rocheuses. Une quinzaine dé tentes sc dressent près de la rivière ;: puis, à peu de dislance, quelques habitations basses, en terre êt cn bois : ée sont les: demeures des Indiens pendant la mauvaise saiso L'une de ces habitations, plus grande et autrement confortable que les autres, sert de résidence à l'agent du gouvernement. Un autre groupe: de tentes se dresse encore plus loin. - | Un de nos compagnons, M. Joliot, qui s ‘est avancé scul vers le camp °- pour prendre’ quelques pholographiés, se voit bientôt entourè.de Sau- * — - . vages, sortant comme par enchantement- de dessous les hautés herbes: © D'übord- hiésitants, les Indiens se rapprochent peu à peu; d’un air Ê TS nois ct sans mot dire, de l'appareil qui pique leur’ curiosité. Mais bicn- En ‘un grand diable qui-excite les autres, sc. poste devant l'instrument ‘qu'il menace de brisér. Vainewent M. Joliot essaie de. parfementer par | gèsles avèc lui : pour chercher à à Fadoucir, il lui moniré mêrhe l'in-' : (rieur de l'appareil: Mais’ l’Indien voyant, à travers” “la glace en posilion, ses compag nons fnarcher la tête en bas, se montre dè plus eri . plus menaçant et, force ‘est à notré + compagnon ‘de battre.en retraite aussitôt, mais en bon ordre, pour 6 éviter une collision. La ‘causé de - cette opposition nous fut expliquée par le P. Lacombe. “Les Sauvages . étaient éonv aincus que lon invoquait contre eux k rhauvais Esprit et : . qu'ils devaient être atteints d’ épidémies qui les feraient, mourir à brève échéance. | ‘ ‘ ‘ si : LU Après avoir campé ct déjeuné sur le bord de la rivière, - noué, jai. “. sons les restes de notre repas aux Peaux-Rouges qui sont venus nous contempler sans mot dire et sans donner Ja moindre expression à leur physionomie. Leur premier mouvement est de sentir nos bouteilles de ” vin vides ; leur second de les reposer par lcrre avec déception, cn disant au P. Lacombe que- ée n'est pas de l'eau de feu que les blancs viennent.de boire. 7 . ot. - ' :

Ces Sauvages, qui ne le sont pas {rop. cependant; c ‘car ile consentent .

getle fois, gprès quelque hésitation, à-se laisser photog raphier, ont le ni s Lou . h . ‘ : ! TT

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visage couvert de vermillon. D’autres sont peints en jaune ocre ;, enfin :

il y en a qui sc teignent en vert. Ils sont ordinairement drapés dans

‘ de grandes couvertures à°raies multicolores qui ne contribuent pag *

“peù à leur” donner un-air singulier. Sous la couverture apparaît le bas

d'un large pantalon à ‘franges et à dessins de couleur. Leurs picds,

pour la plupart fort petits, sont chaussés de mMocassins à broderies de ‘ L ‘ *. différentes. nuances. Sur les épaules flotte Icur noire chevelure, dont “une parlic est natlév, “clle qui tèmbe de chaque.côté des tempes, et

est enserréc à hauteur des joues:dans des à anneaux de cuivre. Quelquesuns ont les cheveux dé devant taillés en-brosse ct! peints en vefl, ce qui fait un singulier contraste avec le resle. de.la coiffure que dissimule ‘parfois une toque de plünies. Is. fument la pipe et acceptent sans se faire prier le tabac que nous léür. offrons. Écur grande’ occupation est de ne rien fairé. .

. Nous 1ious rendons à, la maison de l'agent du gouvernement, qui est en même temps le fermier chargé d’ apprendre aux Sauvages à cultivér la terre. Ce fermicr est, avec sa femme, le. seul blane installé sur la

réserve des Sarcis ; il ést en bons. rapports. avec ces derniers, mais ses

.eforts. poir les’ faire. travailler sont à peu’ près sans résultat. Ilen est

de fière sur toutes les réserves, cl, sans les trailôs passés avec le gouvernement de “la Puissance, les Indiens ne trouveraient plus à vivre Ces:traités, rie. datent que d’une: douzaine d'années. Jusqu'à cote. époque, Sauvagés et colons ne s'étaient guère trouvés en contact les uns avec. les autres qué par ‘Tintermédiaire des Métis et des trappeurs ; aussi vivaient-ils dans la: plus complète indépendance les uns des autres. Mais, après la formalion dé la province de Manitoba en 4870, le courant d'émigration qui se portait vers ccltte’.province commença ‘

‘à se diriger ‘ vers le Nord-Ouest, jusqu'alors domaine incontesté des

Peaux-Rouges. Le colon, suivait le chasseur et s’installait souvérainc-ment:sur les terres qui lui convenaient, non sans avoir maille à partir avec les Sauvages. Ceux-ci, de leur côté, voyaient. leur’ principale res.

source, le, buffle, . diminuer d’une façon inquiétante et se demandaient ‘ s'ils me seraient pas -bientôt réduits à Ja famine. C'est alors. que le .

gouvernement d'Ottawa entreprit de traiter” avec les Peaux-Rouges et fil toutes les ouvertures auprès d'eux. !

Les Indiens ont toujours été et sont encore aujoun bui disséminés .

“en nombreuses petites bandes. La principale nation cest celle des Cris, : u presque aussi importante à à elle seule que toutes les autres tribus du Nord-Ouest. ê est la moins sauvage ct aussi la plus accucillante de toutes les tribus indiennes. Aussi, la plupart dés ‘trappeurs et coureurs de bois ont-ils contracté union avec les-femmes des Cris, ce

. qui explique comment la langue de cetle nation est parlée par presque tous les Métis. Les Cris, qui se divisent en Cris des prairies et. Cris des bois, habitent par bandes toute, la vallée de la “Saskatchewäh. du .

. . Nord. Le vérilable nom de cette rivière est Kisiskalchewan (le courant rapide), et il est fâcheux qüe, dans celte circonstanée comme da

-bien d’autres, l'orthographe géographique officielle ait dénaturé son \

D : . origine indienne. U ot . \ À côté dos Cris se trouvent les Sauter dont le langage cest presque \ identique ; les. Sioux et les ‘Assiniboinés, dont la langue est-le sioux, . , cantonnés sur la Qu'Appelle; les Surcis, lés Pieds-Noirs, voisins de . Calgary, les plus remuañts’ct les plus indociles. des Sauvages; énne-

mis héréditaires des Cris; les Gros-Ventres, les Piégans et leg gens dû

Sang, limitrophes des É tats-Unis, et dont'la langue est le picd-nôir. Tout au nord; près de l'Athabaska, du Mackenzie, du. lac Caribou,

de l’île à la Crosse, se tiennent lés Montagnais, les Castors et d’autres

tribus avec lesquelles le gouverpernent fédéral n’a point passé de traité,

‘wayant pôur cela aucun intérêt à le ‘faire. En effét, ces ‘tribus. ont, encore du gibier de terre cf d’eau ën- assez grande abondance, et la . région froide, qu’elles- habitent ne semble pas favorable : à la coloni- À --. sation. I n'y à donc pas de famine à craindre ‘ pour les Sauvages, ni N . de protection à assurer aux colons qui n'existent point dans ces ‘ s paragés. Les Sauvages, relèvent directement du ministère de l’intérieur : ä Ottawa, où il y a un bureau des affaires indiennes. : . Les Sarcis sont une fraction de la famille des Castors. Ils habitaient ‘jadis les bords de la rivière Hapa, mais à la suite de dissensions avec + . les Castors, il y a un siècle et demi, ils ‘firent bande à part et .des- co s : cendirent dans la Prairie, -près des Montagnes Rochouses. Ils formaient: alors un groupe dé 150 familles ;:mais décimés, coinme la plupart des . À tribus, par les malädies. (notamment la petite vérole), les excès et les . privations, ils voient leur nombre säns cesse décroître et ne comptent plus qù'une quarantaine ‘de familles . Cette décroissance vient aussi

ce == ———

+ cs / ati n L # LES PEAUX-ROUGES . * . : . 163°

ef se - .

de Ja diminution .de la nalalité. ‘En let, un .ccrtaiñ nombre : de

* Peaux-Rouges établissant un parallèle entre la liberté ct. l'indépen-

dance dônt ils joüissaient avant l'arrivée. des blancs ct léspèce -de ser-

vitudc dorée à liqulle ils sont pour ‘ainsi dire réduits aujourd’hui,

en lient de lristes conclusions pour l'avenir de léur race. Le fonctionnement de nos machines industrielles et agricoles, l'emploi de.la

‘ charrette de’ feu (locomotive) et des armes à.longuc' porlée, ‘ qui, :

suivant leur pittoresque. expression, « partent aujourd'hui. ct-tuent demain », leur ont démontré clairement notre supériorité intellectuelle

sur la Icur. Quelque peu lalistes,,.comme les Arabes, ils se: résignent,

attendant patiemment la fin d’une existence brisée’ pour eux, SET

refusant parfois à produire des, descendants qu ‘ils jugent devoir être plus malheureux A{u ‘eux encore. k s :

Depuis les traité les Sauvages sont, ‘pour : ainsi ! dire, parqués sébr ‘des étendues de terrüin trop estreintes pour y subsister, s’ils ne. vivaient: que de ehasse, mais suffisantes pour s’y livrer à la culture et à l'élevagé. C'est ce qu’on appelle ufie réserve. 1 est défendû aux colons . de s’y installer, mais la tribu qui s’y trouve ne ‘doit: pas en sortir non. plus, sous peine de se voir rotirer-tout@iside et toute subsistance CL d'amèner l'intervention toujours désagréable de la police à à cheval.

En revanche, l'Etat s est engagé à nourrir.les Indiens et: à leur apprendre la cullure de là terre. Le fermier installé sur chaque réserve est l'iñtermédiaire par lequel vivres ct subsides sont distribués. Les

” Sauvages ont bien un chef, mais celui-ci n’a guère d’attributions et par-

fois d'influence. Choisi par ses compagnons, sa nomination doit être .-

‘ ratifiée parle gouvernement. Ce qui est le plus caractéristique, c’est

qu’il reçoit 25 piastres (125 fr.) par an, ‘tandis qu’un simple membre de

‘la tribu n’en reçoit que’ à. Chaque semaine, des‘ bœufs sont envoyés à la

réserve pour assurer la subsistance dela tribu. Le fermier remet le bé-

‘tail aëx Indiens qui.se Îe partagent. En dehors de cela, ils parviennent

à tuer des canards ef des poules de prairie, derniers débris des grandes chasses d'autrefois. Quant à travailler, c’est, pour un Sauvage, le cadet de ses soucis. Inyaen culture,’ à la réserve des Sarcis,' qu'un champ de pommes de terre ; «encore le défricliement n’en a-t-il pas été fait par |

| Jes Indiens.

Aux États-Unis, le même système est en vigueur ; mais les agents du

.l'Indian. Office:

gouvérnement, “véritables souverains au u petit pied, n’abusent que trop souvent de leur situation ‘pour détourner à leur profit une bonne part | ‘des envois destinés aux Sauvages et ne leur donner que des marchandises avariées. Les réclamations, quand il y € en a, ne parvicnnent géné-

. ralement pas à destination, et leurs auteurs ont souvent à s'en repentir. :: En. outré, ‘chasseurs et mineurs ne se gênent pas pour envahir les ré-

serves qui leur plaisent eten chasser les Indiens à coups de carabine. -

Le bon droit est incontestablement du. côté du sauvage contre l'homme

civilisé, mais 99 fois-sur 100 £’est ce dernier qui à gain de cause. Que voulez-vous, l’Indien est considéré con me un änjmal rñakfaisant, et, on ne rend pas justice aux animaux.!

Au Canada on pense bien quelquefois de celte façon, mais il faut 1 recon- ‘ : naître que-l’on passe rarement de la parole à l’action. Il y a bien où

abus, des exactions, mais quand ils ont pour conséquence d'amener un . :

soulèvement -comme celui de 1885, on y regarde à deux fois avant. de les tolérer. Il faut ajouter qu'il y a aussi au Canada un élément de pa-. cification et de justice qui. n'existe pas de Ja même façon aux États-

©. Unis : je veux parler dés'missionnaires catholiques: Presque seuls, ils

ont pu acquérir une influence sur les Sauvages, par leur esprit concilia-

‘teur et tolérant. Faisant plus de civilisation que de prosélytisme, voyant.

dans-les Peaux-Rouges des hommes et nor- des parias, s’efforçant de redresser toutes les injustices qui leur sont fâites, ils ont acquis sur eux une influence infiniment supérieure à celle de tous les représentants de Le P. Lacombe nous ayant fait faire la c connaissance de Tête-dé Bœuf, ‘ ‘chéf des Sarcis, ce sachem nous invite à visiter son wigwam. Pour y arriver nous traversons tout le camp, ‘au milieu des aboiements redoublés des chiens, toujours prêts à se précipiter sur les visiteurs comme. leurs. congénères les chiens kabyles. De dessous chaque tente sort un

: Indien avec sa squaw' et ses’ enfants plus ou moins vêtus et plus ou

moins noits."L’arrivéé d’une caravane comme -la nôtre est un événement} aussi chacun ail misle nez dehors." Sur notré passage nous apercevons-des brancards indiens qui n’ont pas coûté grands frais Vexécution.:Deux grandes perches ajustées en forme d’X, mais inéga-

‘lemient croisées et-reliées dans la partie la plus large par des traverses, .telest, dans toute sa simplicité, le mode ‘dè transport le plus usité chez

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les Sauvages, C'est du côté le plus étroit que s 'attelle l'animal de trait,

cheval ou chien (quand ce n'est pas la femme) ; ce traîneau sort le plus -

souvent au transport du bois. - : ‘

Nous pénétrôns dans la loge (tente) du chef a en passant; à demi courbés, par une étroite ouverture. La tente, composée dé morceaux de toile de divers âges et de grandeurs variées, est soutenue par une douzaine de hautes perches qui se croisent au’ sommet, laissant au jour. ün orifice

par où passe également la fumée. La marmite est sur le feu au centre

même de la tente. Sur des cordes tendues à hauteur d'homme se ba-, :.

lancent des morceaux de viande plus ou moins sèche, qui répandent

un parfum de venaison. des plus accentués. Une douzaine de personnes .

‘ peuvent tenir à l'intérieur de ‘la tente. Le chef s’asseoit en face de l'entrée, sur des toiles qui recouvrent une: partie du sol. Une de ses femmes (car il cst polygame) enfile des perles roses et bleues sur ces petits carrés en peau d’orignal qui servent. d'ornement. Voyant que nous la regardons avec curiosité, elle soulève un des replis de la toile qui lui sert de tiroir et en sort, pour nous prouver son adresse, deux

de ces ‘carrés entièrement . terminés. Mais c'est en vain que nous

voulons les lui acheter; rien ne peut la décider à les vendre: Une autre des épouëces de Tête-de-Bœuf reçoit la visite d’une sauvagesse de ses amies et toutes.les deux, pour se distraire, jouent.... aux * cartes, tout bonnement. Elles fument la même pipe, qu'elles se passent

d'une bouche à. F'autre, après en avoir tiré quelques bouflées:: Notre . préseiice ne les trouble nullement et elles ne paraissent même pas s en.

apércévoir. Leur figuré hâlée ct brûlée par le soleil a cette rudesse qui ‘fait que souvent à est difficile de les reconriaître des hommes squs leurs

couvertures rayées et leur couches de peinture. I! fait chaud sous cette

tente et l'odeur de viande qui s’y dégage ne nous invite pas à prolon-

| ger outre mesure noire visité. Nous serrons la main du chef et battons

‘.en retraite vers nos équipagès, ‘le char embourbé ayant été extrait, non sans peine, du marécage dans lequel : ils "était affaissé. —

En quittant les abord$ qu camp nous remarquons deux atbres- morts,

n'ayant plus que quelques branches, sur lesquelles les Sauvages ont

déposé leurs fétiches pendant la fête du Soleil. Autrefois, cette fête étail

annuelle, mais les missionnaires et le gouvernement ont fait tous leurs efforts, depuis quélque temps, pour la faire tomber en désuétude. Elle

a cependant encore des ‘racines assez profondes; et de temps à autre on. la tolère pour ne pas ‘mécontenter trop fortement les Sauvages. - .. C’est généralement au mois de juillet que cette fête se célèbre en présence d’un grand concours de guerriers. La cérémonie commence la

nuit par une Danse à la Lune, espèce d’invocation religieuse accom-

pagnée de musique sauvage Puis, au lever ‘du:soleil, apparaissent les “jeunes guerriers qui, après avoir passé la nuit dans une tente autour |

d’un grand feu, malgré une chaleur intense, doivent exécuter la Danse ‘:

du Poteau; véritable scène. de torture, auprès de laquelle les exercices hypnotisants et répugnan isdela secte arabe des Aïssaouas: ne sont qu” une jonglerie. Après avoir. passé par diverses ‘épreuves Préparatoires pour montrer leur insensibilité à la douleur, les j jeunes guerriers à | demi nus, la figure peinte et les chiéveux ornés de plumes, se font. entailier des lambeaux de chair qui ‘tiennent encore solidement au corps. À ces. lambeaux on attache des lanières fortemént .assujetties à l'arbrè qui sert” de poteau, et les guerriers doivent se détacher ces lambeaux de chair‘

en exécutant des danses convulsives et en poussant dés hurlements de

douleur au milieu des chants, des clameurs ‘et des excitations, des.

assistants. C'est bien. alors un retour à la barbarie la plus héirible. |

* Les jeunes. guerriers. ne parviennent parfois à se délivrer de leurs

° (+ attacliés qu’au bout de deux outrois heures, quand ils ne tombent pas

évanouis. auparavant et'ne suécombent pas sur place à leurs cruelles

blessures. À la fin du spectacle, les Peaux-Rouges sont dans un tel état :

d’excitation que la moindre chose peut les “porter aux pires excès et leur faire jouer du tomahawk. C'est pour éviter ces scènes de désordre ‘et de cruauté que les plus grands-efforts sont faits auprès d'eux pour

les ämerer à renoncer désormais à ces sauvages pratiques. Aussi ces . -

” barbares réjouissances deviennent-elles de plus en plus, rares et le jour de leur complète disparition est. proche. ,

De retour à Calgary, il nous faut-attendre plus-d’une journée le train de Colombie. Pendant que nos compagnons se livrent à la recherche de bibelots- indiens authentiques, tels que calumets, mocassins, broderies, tomahawks, qui deviennent aussi rares que les Sauvages qui le sont entièrement, je profite d’une.offre gracieuse que me fait le P. Lacombe d'aller visiter l'école industrielle de Saint. -Joseph, en compagnie de

M° Grandin et du P. Legal, qui doivent ‘poursuivre jusqu’à Mac Leod.

Cri

| même chemin que la veille: Cette’ piste est une des moins désertés des fo

‘indiens gravissant une colline au petit galop de leurs chevaux, 16 fusil nu 5

un

Nous passons | encore une fois l'Elbow à gué el suivons à peu. près le 5 a

environs de Calgary. Près de la ville nous rencontrons une: de: ces: énormes voitures en forme de cage rectangulaire, qui-ne contient. pas . moins d’une tonne de foin. Plus loin c’est un groupe de cavaliers. ‘. .°

posé devant eux, en travers, la chevelure flottante, et profilant sur le “ :

. sol une gigantesque silhouette dessinée par le soleil levant. Quels beaux

cavaliers que ces Peaux-Rouges et quel coup:.d'œil séduisant que de . les ‘voir fendre Tair à toute vitesse dans. leurs. chatoyants costumes !

Ces Sauvages ont un aïf de dignité, de noblesse et de grandéur comme on. h ‘on n’en trouve plus que bien rarement, et malgré stous leurs défauts

et leur inaptitude à la civilisation {je : pañle de la nôtre), on se sent pris d'un sentiment de coinpassion pour .cétte race fatalement condamnée

à bientôt disparaître. ‘°° ;

” Non loih de la réserve de Sarcis nous apercevons d des arbres funéraires dont ies branches recélent encore, selon toute apparence, la . dépouille de Sauvages. Ceux-ci ont, en effet, pour principe de ne pas

‘ enterrer leurs morts ;'ils les enveloppent dans des couvertures et les

déposent àpeu de hauteur du sol sur les maîtresses branches. des arbres, en ayant bien soin de les couvrir de feuillage et de branchages disposés de façon à former une voûte. Près du mort ils placent, entre autres objets, une pipe, du’ tabac et des allumettes.

Comme tous Îes peuples, les Sauvages possèdent à un haut degré le, culte des morts et, bien que païens, ont en honneur: leur religion, mêlée de superslitions. Le Soleil et la Lune sont des divinités très

répandues, mais certaines nations, comme les Sioux et les Pieds-Noirs,

adorent d’une façon particulière le Soleil. Une éclipse est un signe de. mauvais augure et annonce l'approche de quelque calamité. Ea prin- : ‘cipe les Indiens reconnaissent un:Dieu bon ‘et un Dieu mauvais; un grand Esprit, qui est bon, ef un mauvais Esprit, souvent original, | bizarre, qui s’incarne dans le tonnerre, . les songes, les manitous, les sorciers, les jongleurs. Parmi leurs êtres ‘surnaturels ils placent un Génie, “qui tantôt a le pouvoir de commander, quand il s'agit d’une bonne action, tantôt subite une influence supérieure qui le domine, > quand il st porté à dal agir. Nombre de légendes cou

: si. bel appétit que de l'ours il, ne resta bientôt plus ri

“rent sur son compte : ‘en voici une, celle du bouleau, qui montre de

L quelle façon particulière les Sahvages expliquent les phénomènés de la nature : : ‘

ce

‘Le Génie, traversant un jour une savane, aperçut un ours qui se froltait fréquem- .

ment les yeux avec ses pattes. Il se dirigea vers lui. « Eh! s'écria-t-il, salut, frère. » L'ours/leva la tête et l'ayant reconnu : « Salut, frère», car le animaux le comprenaient et pouvaient lui répondre. & Qu'as-tu ‘donc à te frotter comme ccla.les yeux ;

‘as-tu mal? — Eh! oui, j'éprouve une démangeaison que je- ne puis faire éesser. — . Oh! si ce n’est que cela, dit le Génie après lavoir regardé, je puis te-gnérir. Veux-ilu ..

que je l'indique un remède? — Oui, répondit l'ours, car j'ai confiance en toi. — S'il en est ainsi, je vais préndre ces petites graines rouges que-tu vois lä-bas, en exprimer le jus et te le verser dans les yeux. Cc sera cuisant, mais cela ne l'en. guérira que

l'opération. — C'est entendu, » fit l'ours, qui de suite se plaça dans la ‘position requise. Le voyant ainsi säns défense, le Génie prit une grosse pierre et, d’un coup, lui broya la tête: « Voici, se dit-il alors, mon, déjeuner assuré. 2

le faire rôtir tout entier avec le poil

Il se demanda ensuite comment il one cuire l'ours. Réflérion faite, il se décida à

opération terminée,’ i regretta de ne pas avoir

un grand appétit afin de pouvoir .dévorer l'ours'à belles dents. * 1! eut alors une: idée. S'adressant à\ un bouleau formé de deux tiges partant ‘du. - .-même pied, il ui dit (car les arbres ke mprenaient aussi) : « Je vais me placer entre tes deux branches et tu me resserréras jhsqu’à ce que je te dise d'arrêter, afin que,

par cette opération, je puisse me dilater ft absorber une plus large part du festin qui

m'attend, » Le bouleau le resserra. « Encôre, dit-il, ce n’est pas assez. »°Le bouleau

continua son mouvement. « Encore un peu; fit-il. Là: c'est bicn. Desserre-moi maintenant. » Mais le bouleau, “voulant le punir de sa mauÿaise foi envers l'ours, resta ‘immobile et ie maintint attaché malgré ses supplications,

Voyant qu'il ne pouvait remuer et pestait comme pris au piège, les loups et les coyottes, qui attendaient dans le f quelle repas fût consommé pour en recueillir les restes, s'avancèrent sans crainte en ÿue de Jus re AL faim. Ils mangèrent ‘de

Alors seulement le bouleau se desserra et, satisfait de la leçon qu'il venait le donner? rendit Ja liberté à son captif.

Mais le Génie voulut à son tour se venger \du bouleau qui Tavait humilié. « Désormais, lui dit-il, ton écorce ne poussera plus en hauteur comme celle des autres arbres, mais elle S'éterfra de ‘côté. »

Et voilà pourquoi, depuis cette époque, l horizontal. ‘

De la légende je reviens à-la réalité en reprenant la route de l’école Saint-Joseph. Nous franchissons successivement la Fish et la- Pine

Creek, gravissons plusieurs côtes pour descendre enfin dans \in répli- F de terrain qui abrite l’école. Le site est assez pittoresque : à deux pas

dé la inaison, .coule, en de’ sinueux contours, : la rivière du’ Grand

Bois; de gracieux bouquets d'arbres donnent de. la vie à ce petit coin : de terre, sur lequel apparaissent des affleuremients de éharbon. Celui-ci -

‘est malheureusement. trop disséminé pour pouvoir être extrait avec profit. -

orce du bouleau pousse dans le sens

- plus rapidement. Il faut pour eela que tu te mettes sur le dos afin de me faciliter +

EE

L'école n'a que deux ans d'existence, aussi l'installation est-cllé à peine terminée. Les-communs séntent leur provisoire, les jeunes ar° - bres se plantent, les clôtures se dessinent ; seul, un beau potager est dans toute. sa splendeur. Une petitc hutte basse attire mon attention. Au-dessüs d’un trou, creusé jusqu'à mi-hauteur d'homme, s'élève une rotonde de branchages que l'on recouvre de toiles et de couvertures. Au fond du trou s ’entassent des cailloux rougis, et sous cet abri, où l'air ne se renouvelle pas, ‘pénètrent en rampant des Sauvages malides : ét rhumatisants, qui viennent faire‘une longue séance d’inhalation. C'est ce que, dans la traduction littérale, on appelle une suerie. | - En fondant des, écoles industrielles pour les Sauvages, le gouverne- | ment a voulu voir s’il serait plus facile de transformer les Indiens en ‘artisans qu’en. agriculteurs. Jusqu'ici, les résultats ne semblent pas ; neilleurs, mais l'é épreuve n’a pas été suffisante pour. qu il soit possible de se prononcer. “L'école. est unc petite colonie, mais une colonie anglaise. En effet, les maîtres, les serviteurs, les Sœurs qui y sont installés, sont tous de langue anglaise, à l'exception d’une novice, originaire de France, dont la pénitence (qui ne sera pas longue sans doute) est de ne posséder -aucune, notion de la langue britannique. L’é ucation des jeunes sauvages se fait. en anglais, car, à part les : -missionnaires chargés de la sur veillance dés écoles, aucun des maîtres ne possède les deux langues. Bien mieux, quand le-maître est: de langue française, c est encore l'anglais qu’il doit enseigner. C'ést ainsi ‘que dans l'immense Nord-Ouest se pratique l'égalité des deux langues. C'est là un fait extrèmement fâcheux, non pas au point des résultats” qu'il donne- actuellement, mais dé ceux qu'il pourrait donner et des “précédents qu’on ne manquera pas d'invoquer à l'avenir. Il faut cependant reconnaître que, dans le cas actuel, il n’y a en jeu que des. intérûts indiens, et non français. .

Jusqu’à ce jour, le plus difficile a’ été de retenir les Indiens. La prc- -mière année de lécole, on en avait amené, et non sàns peine, de 12, 45 ct même 18 ans; au- “bout de quelques. mois, et une fois l’hiver passé, il n’en restait plus uu-seul, tous avaient pris successivement la cief des champs. Cette année; ona’a cherché à élever que des ‘enfants de moins de 12 ans. Le résultat a été meilleur, mais bien faible encore. Que peut- -on. obtenir dei es pétalants enfants, qu il est impossible

Lu

de faire tenir tranquilles, et qui ne savent qu'inventer pour faire.

tourner la tête à leurs maîtres? Quand nous sommes entrés dans l'é-

cole, ces’ potits Pieds-Noirs se laissaient glisser sur la rampe de l’esca-.

lier ou jouaient à qui descendrait le plus vite les marches sur la partie |

” postérieure de leur individu. Pour captiver leur attention et obtenir

, un peu de calme, leur. surveillant leur faisait des ombres chinoises ‘ ‘représentant toutes sortes d'animaux, et il était devenu de première force à cel’ exercice. Grâce à de petits talents de société de ce genre,

on parvient à infuser quelques connaissances dans ces esprits réfrac-

taires à toute discipline; x mais qu’en restera--{-il quand ils seront rendus .

à eux-mêmes? | à

Le garage de Cochrane. —— Les cow-boys. — Les ranches au Nord-Ouest. — La des-.

cente des Rocheuses. — La passe du Cheval Qui Rue. — Mineurs français et “délicatesse américaine. — Donald. — Yes, no. — A travers les précipices. — Vancouver et la Colombie. - . »

Au départ de Calgary comménce, quoique fort douce encore, la montée vers la chaîne des Rocheuses, que nous apercevons au loin. Mais

-avant de nous engager dans les gorges dé ces Alpes d'Amérique, jetons un coup d'œil sur le ranche de Cochrane, situé sur la ligne, à peu de. ‘distance de Calgary. :

‘ Grâce à l'obligeance de M. Egan, surintendant général du Pacifique,

‘nous avions obtenu qu'un wagon de voyageurs fût accroché à un train

de marchandises et laissé à la station de Cochrane, où le train tri-hebdomadaire de voyageurs le prendrait en passant le lendemain, après nous

. avoir laissé le temps de visiter le ranche. Nous télégraphions à M. Co-

chrane, propriétaire du ranche qui porte son nom, pour l’avertir de notre arrivée à la fin de la journée. En route, il nous arrive une mésaventure :

la locomotive, avec son chassé-pierre ou attrape:vache (dont le‘norn est

cette fois bien.justifié), écrase une de ces bêtes à cornes, qui s'engage si. malheureusement sous la machine, qu'il faut près de deux heures

pour l'en retirer. Cet événement nous fait arriver assez tard dans la

soirée à Cochrane. Avant que nous ayons le temps de nous reconnaître,

- le train, qui n’a pas à s'arrêter ici, pousse notre wagon sur une voie de

Le et continue sa route sans plus tarder.

-, Cet abandon sans avertissement nous fait supposer que nous sommes .

Do & -

ER

Lun

‘arrivés à destination. Nous fegardons autour de nous, mais ne voyons

absolument rien à travers la nuit noire, pas même la cabane qui seit de gare. ‘Rien. ne remue et il n’y a pas une lumière à l'horizon. Enfin

* ‘deux.d’entre nous se dévouent pour aller en reconnaissance. Ils ‘finissent, . grâce aux aboiements des chiens, à découvrir la station, : où, vul heure ‘avancée, on ne Jeur ouvre qu après quelque attente. Là on apprend

que M. Cochrane ‘est-absent et que personne n’a été averti de notre à

arrivée, car il n’y a pas de bureau télégraphique ouvert. L'employé qui

avait recu notre télégramme, l'avait lu bien. attentivement, en avait perçu scrupuleusement. le prix, mais ne s’étail pas donné la peine de

-. nous dire qu’il ne parviendrait pas. En présence de ce: tour pär trop

américain, il nous faut renoncer-à l'hospitalité du ranche, sur laquelle ‘ nous comptions un peu. Notre wagon, fermé à.ses deux extrémités, est transformé en campement. Chacun, en. déplaçant à'sa guisé Yes banquettes mobiles, s'organise une couchette de sa façon, èt le péèle,: ‘dans lequel noùs remettons le charbon laissé à notre portée, nORS permet

-de ne-pas trop nous “ressentir.de la fraîcheur de la nuit. ,£*

Le, lendemain, nous nous rendons à l'établissernent d'é levage qui.

est le but de notre visite. Avant d'arriver au ranche nous rencontrons

” le troupeau de chevaux, fort de. 3à à 400 têtes, qu’un seul cow-boy mène “s'abreuver à la-rivière. Le' côw-boy (gardien de. bestiaux) est toujours

monté, et souvent-avec un certain.luxe. Son ‘costume — -un pantalon de cuir à franges, une vareuse de peau ornée de broderies et: de franges — lui donne beaucoup de cachet. Cavalier intrépide et chasseur émérite. il exerce un dur métier en surveillant en tout temps dé. nombreux troupeaux qu'il a pour mission de protéger ‘contre les rapines des In-

- diens. Parfois c’est un déclassé de haute famille qui expie sous la. veste

de cow-boy, les dissipations. de sa jeunesse ; mais la leçon ne sert guère, :

.car.le cow-boy dépense: souvent au’ jeu le. fruit de. plusieurs mois de ‘travail, s’il lui arrive de rentrer,:he-fût-ée qu'un instant, dans le giron

de l'humanité civilisée Fort. habile dans:le-maniement dé son.trou- . peau, le cow-boy que nous rencontrons nous en' donne. une preuve en . lançant sa troupe au pétit. galop: C'est un curieux’ spectacle de. Voir. s’ébranler .cette longué file de chevaux et, pour en prendre un, il faut.

- sé servir du: “lasso, utile double. fin, car c’est avec © lui qu on capture

également les’ maraudeuts. ot it €

fs eZ A S a

Cow-B0Y

on ee Ca.

ur

Le anche Coéhranc se compose d’ün. encios- ‘couvert pour. À les. moutons, qui ne pourraient sans cela résister à l'hiveruage, et. d un auire, qui: n'a pour toiture .que ka. voûle céleste. Ce dernier vst réservé aux, ‘chevaux ct au gros.- -hétail. "Si Ton ajoute un abri pour lès étätons.et une -maison. en büis” pour: ‘les. rancheros, on à une cidée complète- de V’établissément. . ‘ : - * Les- rañches. énnadiens sont d' origine toute récente. Le rpremicr date * de 1881 et. fit fondé par!lé ‘sénateur Cochranc, chez: qui nous sommes et par M: Mac Eachran, directeur, de l'école vélérinaire de Montréal .:

. Depuis ‘cetie époque, grâëc à l'achèvément du chemin, de fer du, Paci-.

fique;-des tiéridues de terrain considérables ‘ont êté consherées àr él. - vage des chevaux et, du bétail. Les animaux doivent se nourrir eux-":

mêmes hiver comme êté et vivent presque àl inslar des bêtes sauvages.

Le propriétaire - d'un. ranclie n’a guére à sa. éhargë que. la surveillance SS

de son troupeau dont la valeur s’augmente chaque. année par le croît. : Afin de permettre äux rancheros de reconnaître leur bién, une grande réunion de {ous les propriétaires, cow-boys. et. troupeaux, a lieu deux. “fais. par an, au printemps et à l'automne, aux environs, de Calgary. : Là, on procède à à la marqué di bétail ef l’on règlé’ les, différends qui

“ont pu surgir: . un co 2. 7 “

* Les ranches qui ‘augmentent ‘chaque, jour € comme, nombre et comme

importance. (il y a des troupeaux. de 40 à 15,000 têtes); sont tous situës + sur lle versant ‘oriental des Montägnes Rochouses, à une altitude de” L

EC 4,500. mètres, Le-cliniat y, cst assez doux d’ hiver, ct.la nicige, qui ny est jamais. très haute, fond aséez rapidement sous les’effluves des. ‘vents chauds: venantide. l'océan, Pacifique: Grâce à l'absence: de pou: latiôn,- les, froupéaux on un-espace, considérable - pour se mouvoir et. trouyer une nourriture’ qui ne ‘manque jamais, même en “hiver, . car- ‘les

bêtes sävent parfaitement, g gratter la neige -pour. trouver l'heibe qu'elle -

recouvre. La mortalité. du bétail ‘ ‘est'ordinairement de 5 0/0; parfois . “elle descend jusqu’à 2 0/0. Un -rariché bien choisi, c'est-à-dire près d’un cours d’eau, sûf un so! bon’ pour le pâturage et sur ün de de.» mouvementé, qui procure ün-abri contre les tourmientes,, ‘donne de. beaux bénéfices qui sont ordinairement de.30 à 40 0/0 et'atteignent . parfois 70 et 75 0/0. Mais l'élevage a quelque chose d’assez aléätoire,

‘car une épidémie, une e tempête de néige fi bliszas À) peuvent te tarir la source e

CE

- LES. ee ROGHEUSES 7 + ‘118 |

se

|: "même de ces bénéfices. en anéantissant entièrement le - troupeau. Cette : =.

destruction totale est chose rare, mais lès pertes païtielles sont quel-

. quefois assez importantes pour faire reculer” de plusieurs. années. la . marche ascendante du” troupeaü. - Jusqu'ici, l'expédition du bétail -et

même sa consommation sur place. ont été peu. considérables ; -mais beaucoup de troupeaux se trouvant fortement constitués, le surcroît : né tardera pas à prendre la route de Re Colombie, ‘des États-Unis et des vicux pays canadiens. :

La station de Cochrane est” située près de la rivièie: :de l'Arc (Bo.

| River) dont nous suivons les coitours depuis Calgary. Nous :voicr dé.”

nouveau en chemin de fer. Au fur et à mesure que nous approchons des’ Montagnes Rocheuses, dont les neiges étincèlent à l'horizon, la vallée . se dessine, et, de chaque côté de notre wagon, les collines se trans forment graduellement en montagnes, À Padmore' ces montages se Ÿ rapprochent des deux côtés et nous entrons dans les premiers contreforts de la grande chaîne, en passant et repassant sans cessé la rivière de l'Arc. Le jour est sur son déclin quand nous arrivons à Canmore, où le train s'arrête, car on ne traverse pas encore de nuit les Rocheuses.

Le gîte faisant défaut, il nous faut encoré camper dans notre wagon... Le lendemain, nous ne nous remettons en route qu ‘après avoir regardé. les premières lueurs de l’aurore se dessiner sur ‘les arêtes: neigeuses . et les teinter de pourpre comme pourrait le faire un gigantesque i incendie.-Nous sommes mäintenant au cœur du système monfagneux.

Tantôt.ce sont’ des .cimes. disparaissant sous une couronne de ÿerdure, :

tantôt des piès inaccessibles et déchiquetés, tantôt d'énormes, masses’ ayant la-forme d’un cône tronqué, ou.bien des sommets arrondis. La plupaït de ces méntagnes sont dénudées par suite de V'escarpement de

‘leurs parois, leur ëtructure est originale et elles’ affectent en général

une couleur gris-cendré.. Quelques-unes ont des. veines rocheuses de

‘ diverses couleurs et se profilant. parallèlement en longues lignes horizon-

talcs. Parfois ‘ ces veines. forment un relief régulier et dessinent sur les -

L flancs de Ja “moñtagne. une série d'étages disposés avec une harmonie .' parfaite. Ces étages servent d’abri à une couche dé neige qui enguir-

“ lande }a. montagne avec une régularité mathémätique

-.Le chemin de fer.se fraye facilement un passage en remontant. la

- rivière dé V'Arc doit le lit est de moins en moins profond, mais dont les

éaux conservent une pureté de cristal. Jusqu'ici, pas un tunnel, pas de travaux d’art ; à part quelques ponts sur larivière, la voie, qui ne semble

pas monter, est établie aussi simplement que dans la Prairie. Nous.

. arrivons ainsi à la station de Banff. Là, il n'y a pas même de baraque - tenant lieu de gare. Le service du chemin de fer est établi dans un wa-

gon placé sur une voie de garage.

Depuis, Banff a changé d'aspect: ses sources sulfureuses, son site -:

grandiose .y attirent les touristes qui. trouvent à s’y loger autrement qu’à

labelle étoile. Comme les États-Unis, le Canada a voulu avoir son Parc

“national, et ce sont les erivirons de Bauff qui, avec une grâce char-

mante, formeront le cadre de ce si si vanité. . Plus loin, à Castle-Mountain, on aperçoit sous le feuillage de la vallée .

‘une “viriglaine de maisons en bois: mais la plupart sont abandonnées. | Jadis: cet endroit, qui porte aussi Ic nom de Silver-City, cut quelque

réputation; -on y avait découvert une mine d’argent dont Fexploitation -

. avait été entreprise, mais le filon était médiocre et-la population de ‘ mineurs abandonna” bientôt toutes ses installations qui tombent ‘en

ruines ‘aujourd’hui. . : . %«

La station. est dominée par un ‘énorme bloc de granit à déux btages qui. représente . avec beaucoup d’exactitude un puissant château-fort (Castie-Mountain) du moyen âge, avec ses tours et ses donjons. Son

‘aspect est saisissant et l’on se sent comme écrasé sous cette masse aux parois abruptes et dénudées. Au fond de la vallée, disparaissant

sous des massifs de bouleaux et de maigres sapins, se dresse une triple rangée de, hauteurs quêé recouvre, au dernier plan, un blanc man- : teau de neiges. éternelles. TT. | Laggan est la dernière agglomération que nous rencontrons sur Je versant de V'Atlantiqie. Cinq ou six baraquemenis, plus: mal alignés . que dans une foire de: village, se. présentent de front devant la voie ferrée. Une enseigre ch ‘toile à demi déchirée, “portant la mention : Royal Hôtel, billard-hall, flotte sur la devanture d’une de ces masures,

dont les plar es mal jointes sont uñe ‘invilc: adressée aux ‘courants

° d'air beaucoup plus qu'aux voyageurs. À côté, l'étriteau d’un hard- ‘. ware (quincaillier), aussi répandu au {Nord-Ouest que: le plat à à barbe ,

dans la patrie de Figaïo. - | "À Lagg gai, notre. train reçoit une ionie locomotive à l'arrière, afin .

ar : : > e

de faciliter la -manœuvre ‘dans: les parages difficiles que nous s allons avoir à franchir pour. entrer en Colombie par la passe du Cheval-Qui- Rue: (icking-Hor se Pass). La montée est toujours peu sensible et rap- : pelle d'autant plus celle de la Manche; en se rendant de Madrid à Cordoue, que, comme celle-ci, elle est suivie d’une brusque et rapide descente. Le défilé se forme peu à peu près de Stephen, et se resserre pour arriver à Hector, point culminant de la ligne à 4,800 mètres d'alüitude. Puis, subitement, on ‘s'aperçoit que l’on vient de franchir la. ligne de partage des eaux. Un ruisselet, qui bientôt devient torrent, se fraye un passage vers l'océan Pacifique -dans un défilé-abrupt où ‘le chemin de fer a peine à frouver place. Mais bientôt le torrent se . creuse un chemin de plus en plus profond au. milieu des rochers ef. ses eaux, sans cesse rebondissantes; transforment son lit en une mousse . argentée. Nous-sommes en pleine forêt d'arbres verts et, pour la pre- - mière fois, les sapins se présentent sous un aspect majestueux.

Tout à coup le torrent s’affaisse et se dérobe au regard, pour ne “plus laisser apparaître au-dessus du précipice qu ’un de ces grands pontsde bois; aux piles à à claire-voie, dont le tablier a juste la largeur nécessaire pour recevoir Jes deux lisses (rails) de la voie ferrée. De cè ÿoint, | “le regard plonge.à grande distance sur le ravin qui s'ouvre ct s'élargit dans des proportions considérables. En levant les yeux, on se trouve .

| face à face avec d'énormes parois de rochers et, par-dessus le faite . .

ondulant des sapins, on devine au loin la vallée dans laquelle on va - déboucher. Le spectacle. est aussi sauvage. que grandiose et digne de toute admiration. ‘ ‘ So La descente est raide, car il faut racheter une différence de niveau ‘ de plus‘de 900 mètres sur un parcours de 19 kilomètres. Le train . marche avec une sage lenteur, en rasant le-rocher; qu il a fallu entailler à vif à maintes reprises. Par instants la voie est tellement sur. . ‘le bord du précipice qu’un regard mal assuré serait susceptible d’en-" gendrer le vertige. Sur divers points, \le flanc rocatlleux de la montagne + n'offrant aucune résistance, il a fallu ‘arc-bouter des traverses en bois ui surplombent le précipice au-dessus \duquel- roule le train.’ On ne peut vraiment qu'admirer, mais non sähs quélque effroi, la hardiesse | des ingénieurs et des constructeurs du chemin de fer. : . À. plusieurs reprises un embranchemeht se délache de la° voie et

s'engage dans les replis de la montagne en conservant une position horizontale et parfois même légèremeñt ascendante. Ce sont des voies ‘de garage. Quand le mécanicien se sent entraîné sur la pènte et craint de ne pouvoir serrer Jes freins d’une manière satisfaisante, il engage

le train sur une de ces voies d'é vitement, qui sont au nombre de’

quatre. Ces précautions sont nécessaires, car si un accident Sürvenait ‘au cours de la descente, il serait peut-être irnpossible. d'enrayer sur la pente. :

Nous côtoyons le flanc d'un pic abrupt dont ‘la cime altière se perd dans les nuages. Cette fois ce n’est plus seulement de la neige, qui

, couronËe ce géant de granit, mais un véritable glacier dont les cre-.

| vasses profondes laissent entrevoir des reflets’ bleuâtres. Plus loin, le rocher fait une saillie tellement proéminente qu’il a fallu percer uñ court tunnel pour rendre possible l'établissemént. de la voie. Ce tunnel mérite d’être signalé, car c’est le premier que nous rencontrons- depuis Winnipeg et le seul qui existe dans toute la descente des Rocheuses. Bientôt le fond du précipice s'élargit, ct sur le” versant opposé, dé-

pourvu de toute végétation, sc dresse menaçante, une colossale paroi |

de rochers grisâtrés, qui semble dépasser, en hauteur à pic, le fameux cap Éternité, du Saguenay.

Enfin, nous arrivons au bas de” “cette belle descente, à la. station de

Field, où nous retrouvons deux mineurs français, vieilles connaissances - de quelques minutes, contractées à Calgary. Ces compatrioles nous offrent quelques échantillons de minerai d'argent | que nous serrons précieusement, dans un ancien sac. de provisions. Le métier de mineur est

pénible et il faut souvent des années d'exploration et de sondage avant: d'arriver à meytre la main sur un filon riche en métal. Encore faut-il

que l'extraction ’entraîne pas de frais trop élevés, sañs quoi la mine devient pratiquement inexploitable. Telle n’est pas la situation de notre compatriote, qui vient de revendre 1,000 -piasties une faible part de sa concession payée 200 piastres en tout et pour taut. -

À quelques stations de-là, nous étions presque tous destendus à terre lorsqu’ un voyageur d'assez bonne apparence, qui nous avait vus

* éxaïminer notre minerai d'argent, vient le plus simplement du monde. s'asseoir à côté du sac qui le renferme, l’ouvre délicatement et, jetant … - un coup d'œil rapide sur’ son contenu, en extrait un bel échantillon

« . oo’, 5 42.

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