‹ Au Canada et chez les peaux-rougesChapitre 23 sur 28 · ER ‘ L · texte numérisé non relu

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clef; le précieux minerai qu’il vient de nous soustraire avec un naturel si touchant. On n’est pas plus Américain. Notre ami G.Tiret-Bognet, qui avait assisté à cette petite scène, croqua sur son album la: sil houette dû monsieur à l'air distingué, que nous. sûmes depuis être

M. FR. R., ingénieur du gaz.

‘ Laissant Field en arrière, nous suivons une étroite. vallée entourée de montagnes, disparaissant sous l’épaisse chevelure des pins. On travaille à l'entretien de la voie, et, comme dans ces parages déserts, les restaurants font quelque peu défaut, les ouvriers prennent leur pension dans'un boarding-car, wagon de forte dimension placé sur ‘une voie d’évitement. | ‘

‘Au delà de Palliser et de ses cinq maisons de bois, le paysage rede- , vient fort pittoresque jusqu’à Golden City. Il faut franchir cinq fois ‘ la rivière et traverser quatre tunnels de Le Gf L'un d'eux est pourvu, sous la voûte, d’un revêtement en bois ëñ vue d'éviter les infl- . trations. Nous sommes engagés ‘dans un long et, sinueux défilé encaissé . dans de majestueuses montagnes boisées à la base, mais se: terminant

par des parois à pic entièrement dégarnies.. Malheureusement les sa-

pins. ont été brûlés sur de ‘grandes étendues et l'aspect de ces hautes

tiges noircies et dépourvues de feuilles est profondément triste. La .

rivière, dans ses brusqués évolutions, ronge tantôt une rive, tantôt: . l'autre, ce qui oblige le chemin de fer à ‘se frayer un passage dans le. |

vif de la roche tour à tour granitique, ardoisée et charbonneuse. En. ”certains.endroits les parois de la montagne sont perforées et parsemées . de rayures fort curieuses. Parfois le rocher est formé par du bois pétrifié et, d’un simple coup d'œil, on peut reconnaître la trace des rai- ‘ nures ligneuses...

… Mais la voie ferrée n’a pag à surnlonter seulement des obstacles granitiques; il lui faut encore Jutter contre les éboulements de gravier, les affaissements de la montagne, qui. parfois déverse jusque par-des- ‘ sus la voie des masses de boue: Le cas venait précisément de se pré- . . senter à la suite de pluies fréquentes et la circulation avait été momentanément interrompue au . moment de notre passage. Ces obstacles de :

“a nature disparattront peu à peu. La rapidité avec laquelle la voie: a été construite ne permettait pas de l'entourer de prime abord de toutes les -mesures de précautions qui viendront en leur temps.

La partie la plus curieuse du défilé dont la traversée ne demande pas moins dé trois quarts d'heure, est certainement la dernière. Ici le : feu a épargné la magäifique végétation colombienne, et c’est : un vrai :

bonheur. Les sombres aiguilles des pins se marient agréablement au feuillage des bouleaux et des hêlres dont les nuances d’un jaune d’or éclatant s’harmonisent admirablement avec. les teintes écarlates' des essences que le soleil couchant embrase de ses feux. .

Ce site vraiment séduisant fait bientôt place à une riante vallée couverte de prairies, et les cimes neïgeuses;.un instant. masquées par le

défilé, réapparaissent plus étincelantes que jamais. Mais le soleil se cathe

brusquemént, les nuages se forment avec rapidité sur les crêtes des

montagnés, et quand, à la chute du jour, nous arrivons à Donald, der-.

“nière station ouverte à l exploitation de ce-côté, une pluie maussade est la seule autorité préserflé pour nous recevoir sur le sol de la Colombie.

. Nous nous téglons ici à l'heure du- Pacifique, en retard de 3 hèures - :

sur Montréal et de 8 heures sur Paris. Une différence de 24 heures existant pour le tour complet du-globe, même avant le roman si connu de Jules Verne, le trajet que nous avons parcouru depuis notre point . de départ représente donc le tiers du‘tour du monde. .

A Donald nous n’apercevons qu’une dizaine de maisons, voisines dé la rivière. Columbia que nous venons de traverser. On peut donc juger, par l'importance de la localité, de la valeur de l'hôtel de quinzième ordre qu’on, y rencontre. Les trois seules chambres disponibles sont adjugées aux dames.et au curé Labelle. Dire‘qu'on s’y trouvait mieux que nous autres, pauvres délégués, campant encore une fois à bord de notre char, serait, je crois, faire offense grave à la vérité.

Dans cet affreux petit trou où nous pataugeons dans une boue intense,

‘nous parvenons cependant à faire un soliderdiner grâce à la circons-

tance suivante. L'un de nos compagnons, Ch. de Bouthillier, qui avait obtenu pour nous üne lettre de recommandation de M. Van

. Horne, directeur de la Compagnie, était allé voir M. Ross, surinten-

dant de la section colombienne. Ne trouvant pas ce dernier, il s’ ’adressa à son secrétaire qui, sans lever les yeux de dessus son papier, et avec ‘ * , . . ‘

ce flegme britanniq td bien connu, 1, répondait inyariablenient à toutes

les questions par ces deux monosyllabes : yes, no, aussi- agaçants que

décourageants. - -Impossible d'en tirer le moindre renscignement sur

” Ja possibilité de continuer la route par terre ou par un traïn de ballast. Mais quand ce même secrétaire ‘eut appris . que nous avions üne :

| lettre de son directeur, il leva la tête et commenca ‘à sortir de son * impassibilité. Puis, géañd il eut lu la lettre, il devint immédiatement l’homme le plus aimable du: monde, nous invita aussitôt à venir nous chauffer Mrs instal&’dans un wagon placé sur une voie de garage. ndus fit aloïs connaître l'absence de M. Ross, ce qui rendait-à peu ps impossible ‘la continuation de notre voyage, et, finalement, nÿüs annonça qu’il nous faisait préparer. à diner avec tout cé”que la Compagnie pouvait noûs offrir de mieux.- Voilà comment, grâce:à M. Van Horne, nous fimes- honneur à.la table de. Ja Compagnie du Pacifique. | | Le soir, nous nous rendons-à Thôtel encombré d'ouvriers aux traits. tirés et aux figures parfois rudes et farouches: Ce sont pour la plupart :. ‘des terrassiers qui ont travaillé tout l'été à la construction ‘de’ la ligne ‘et sont en route, par escouades, pour repasser les Rocheuses. Nous trouvons là quelques rares Canadiens-Français, un de nos compatriotes, ‘

" originäire de Decazeville, et un individu bavard qui-se dit. aussi Fran-

‘çais, et qui, pressé de questions sur son lieu d’origine, finit par déclarer - qu'il’est de. Lombardie. Tous sont peu satisfaits, car l'abondance

de la main-d'œuvre a amené forcément une baisse des salaires. Hy

a un an, chacun recevait 3 piastres par jour; or cette année, le salaire quotidien n’a été que de piastres. Sur ces 2 piastres, il faut chaque jour en prélever une pour le prix de la pension et, quand il fait” - mauvais temps, l’ouvrier chôme et n’est pas payé. Depuis deux semaines Je temps est presque toujours à la Re pluie et la‘ campagne de travail est . virtuellement terminée.

- Tout.est très cher à Donald : une chambre pour la “nuit avec un petit déjeuner se paie 1 piastre 4/2, et quelle turne! Si l'hôtelier se plaint de: ce que les ravitaillements sont coûteux, par contre il ne dit pas quels bénéfices il réalise sur les liqueurs fortes. Le. petit. verre de ‘brandy se vend 50 cents @ fr. 30 c.), et les ouvricrs'en consomment - presque tous. Or, comme.le gallon (4 litres 4/2) revient à & piastres

(20. francs), on voit que le métier. de débitant dans ces parages permet d'aller vivre de ses rentes ‘fort jeune encore. : ‘ Nous passons la soirée dans la grande salle de l'hôtel Selkirk où se

trouve un billard sale- et défraichi qui ne manque pas d'amateurs,

Les: carambolagés se succèdent et les boules roulent toute la nuit. A côté, autour d’uñe grande table, éclairée par une lampe, fumeuse, des joueurs suivent, l’œil hagard, avec: une attention bruyante, la fortune des cartes, et les piastres, froissées et crasseuses à force d’avoir passé dans les portefeuilles, tombent par paquets devant le banquier, sur un

. tapis qui a pu être considéré comme vert à une époque déjà éloignée. -

La demi-clarté qui enveloppe ce groupe fait encore ressortir l'énergie de ces figures rébarbatives, mineurs, bûcherons, peut-être même brigands, avec qui on ne voudrait pas avoir même l'ombre d’une discussion. Quel beau sujet d'étude il y aurait B pour un Gustave Dorél Donald était, au moment de noire passage, le terminus du Pacifique, à l’est de la Colombie, tandis qu’à l'ouest la voie ferrée était exploitée de ‘Port-Moody à Kamloops. Quelques semaines plus fard (7 novembre) le dernier rail était Éosé,: réunissant les deux sections et, par suite, les | deux océans: Huit mois après, le train d’inauguration partant dé Mont-

. réal, arrivait à Port-Moody (& juillet 1886).

L'intérieur de la Colombie, hérissé de montagnes et couvert de forêts, .

est, pour’ ainsi dire, .inhabité et ce n’est que dans le voisinage de l'océan Pacifique que la éolonisation réapparaît. Mais avant d'y arriver le che- . min dé fer traverse -üne région aussi pittoresque que sauvage.

A Donald, on se trouve sur le versant oriental de la chaîne de Sel- -kirk. Pour arriver à Revelstoke, sur le versant opposé, sans s ‘astreindre

«à suivre les détours de la Columbia, la voie ferrée grimpe, pour ainsi dire, . à l'assaut de la montagne qui disparaît sous un manteau de sombres

forêts que couronnent' des neiges étincelantes. S’ engageant dans.la gorge étroite du Castor, elle se glisse ensuite dans celle, plus accidentée exegre,

de Roger pour arriver, par unc série de précipices, au sommet de la .. chaîne, ä-plus de 4,600 mètres au- -dessus du niveau de la mer. De ce

". point la descente s'effectue par une série de zigzags à flancs de rochers,

la voie ayant à racheter une-différence d'altitude ‘de 200 mètres sur un parcours dé 10 kilomètres environ, avant de suivre les capricieux crochets de la rivière Ilecillewait dont les eaux roulent : au fond d’une ‘

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coulée de granit de 60 mètres de profondeur. Ce parcours ‘est d'un

effet grandiose et l’on ne sait trop ce qu’ôn doit admirer le plus de L. beauté sauvage de la nature où des tours de force. exécutés, par les ingé- -nieurs pour faire passer la voie sur une série de ponts, jetés à une grande hauteur en travers de gouffres profonds, ou ‘accrochés à leurs flancs. Au delà: de Reévelstoke commence une série de lacs. poissonneut que : l'on suit jusqu'à Kamloops non sans franchir une succession de ‘ponts. ct de tunnels. À Kamloops la scène change et la montagné cède le pas

. à la plaine. Bientôt on atteint Ja rivière Fraser, dont les eaux, comme

‘celles de la Columbia, renferment une quantité prodigieuse de saumons qui s ’expédient en conserves: dans toutes -les parties du monde. Le sol redevient mouvementé et le paysage aussi varié qu'agréable jus- qu'à l’arrivée à Port-Moody, premier terminus du .chemin de fer, rem-, . placé aujourd’hui par Vanéouver-City, sur les bords mêmes de l'océan. Huit heures de bateau mènent à Victoria, capitale de la Colombié, située

. au sud de l’île Vancouver, dans l’échancrure d’üne baie du détroit de Fuca.

. Victoria, point le plus important de la province, port : naturel de tous les bateaux arrivant au-Canada par le Pacifique, est uné petite ville - dotée d’une véritable colonie chinoise formant le quart de la‘population

. et ayant son quartier, ses magasins et j jusqu'à son théâtre. Sèbres, durs à la fatigue, se contentant d’un salaire notablement inférieur à celui des .

* travailleurs. américains, les Chinois’ deviennent un danger pour, le Nouveau-Monde qui, de tous côtés, cherche maintenant èleur fermer $es portes.

: Le champ de la colonisation est cependant : assez vaste, surtout en Co- °.

lombie, où la pénétration dans l’intérieur est-encore peu avañtée.. * Parla douceur de‘son climat, l'humidité de sa température, la Colombie:

. fait un contraste frappant avec les autres provinces ‘de la confédération.

.‘ Les richesses de ses pêcheries, de ses forêts et de ses mines lui ont. fait donner le nomde Californie du Canada. Iln’est point de province. où l’ émigränt d'Europe trouve une plus grande variété d’occupations et üne plus . grande. facilité d’acclimatement. La trouée faite par le chemin de fer du Pa- “cifique à travers les Montagnes Rocheuses soudé désormais les unes aux “autres les provinces les plus éloignées du Canada. Elle leur assure avec

une cohésion politique plus forte, un développement commercial: consi- |

dérable auquel ne contribuera pas peule choix-de cette-voie nouvelle | comme route de transit entre l'Europe et Hxtrême-Orient.

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