‹ Au Canada et chez les peaux-rougesChapitre 4 sur 28 · partie de l’excursion · texte numérisé non relu

partie de l’excursion

, Le 4 août, dans la nuit, le Damara, inaügurant le service de la ligne canadienne, quiltait le port du Havre, emmenant avec- lui environ

80 personnes, tant passagers qu'émigrants. Ce paquebot, sorti des.

chantiers de Glascow, était solidement construit, mais avait le tort de

ne fier en moyenne que 10 nœuds à l'heure. Ce tort était d'autant plus grave pour un paquebot néuf qu'aujourd'hui-toutes les-lignes -de -

passagers desservant les États-Unis et le Canada font de‘la rapidité du trajet une question ‘de succès et- atteignent en moyénne au moins 16 à

18 nœuds à l’houre, tout en joignant le confort à la vitesse. Tel |

n'était pas précisément le cas du paquebot de la ligne franco-canadienne. Cctte ligne n'avait, du reste, de français que“le nom; le matériel, le personnel, la direction, les intérêts, le langage, tout était

“exclusivement anglais, même: la. façon de comprendre ; Jes engage-

ments. On est bien obligé d'avouer que, pur facilitér les rapports entre la France et le Canada français, l'essai n’était pas très heureux.

Aussi ne fut-on pas surpris d'apprendre, quelque mois s plus tard, que la nouvelle ligne avait.cossé d'exister.

Mettant à profit lés Jongucs heures de la traversée, les membres dé

la délégation constitucnt un burcau ‘et miettent à sa têle, comme pré- |

sident, M. G. de Molinari, que son expérience, ses voyages aux États- ”

Unis et au Canada semblaient indiquer tout naturellement pour occuper: ce pôste. En outre, à la suite de plusieurs réunions, se constitue également, sous l'inspiration et sous la présidence de M. Ed. Agostini, une Association française canadienne, dans le but de resserrer les liens

commerciaux unissant la France et lé Canada, ct de diriger vers. ce

dernier pays émigration française tigÿ-souvent pérdue, -sans aucun

profit pour la nière patrie, dans des pays de race et de mœurs dif- . férentes.

Des'incideñts nombreux et variés, d'un ordre purement intérieur,

‘égayent quelque peu les passagers, les agitent même parfois, quand . les flots de l'Océan ne se chargent pas de ce soin. La traversée se: res-

sent de-la précipitation avec laquelle le voyage a été préparé ct l’em-’ barquement cffectuc: Les passagers sont plus qu’au complet dans les

cabines, qui ont toutés indistinctemient l'étiquette de 4" classe, mais ce

n’est, hélas ! qu’une ‘étiquette..Les vivres sont en abondance dans la

cambuse, il y en a même jusque dans les tanots de sauvetage, mais :

* malheureusement ils y restent, inconnus: même et surtout de ceux qui sont chargs d’en, faire Ja’distribution. La tablé du Damara,

sans ressembler toutefois au radeau de la Méduse, souffre quelquefois

‘ de ce vice d'organisation. Un beau jour c’est le boulanger-du bord qui fait. grève, et Îe pain manque totalement; force est de manger du bis-

.: euit, dur comme de la pierre. Une autre fois c’ést le tour du cuisinier, et l’on'nce vit que de conserves. Puis c’est l'agent de la com-- .pagnie de navigation, qui, ne pouvant s'entendre avec je. capitaine Mac

Mullen, ‘ni en direction, ni même en langage (celui-ci ne s’expri-

mait qu'en anglais, celui-h.n’en connaissait que quelques: mots),

donne sa démission de commissaire de bord. Les passagers inquiets se réunissent en grand conseil et, avec l’assentiment ‘du capitaine, : choisissent un des leurs, M. Ch. de Bouthillier, pour donner l'impulsion nécessaire au service si mal’ ‘fait des cabines et de la table. Tout

marche alors à merveille. Le’ service devient, ponctuel, les garçons

polis, la table presque succulenté. Mais hélas ! ce paradis terrestre ne

‘dure que vingt-quatre heures, car le capitaine prend. à: son tour la

diréction du service intérieur. Le régime du self government a vécu ! Malheureusement pour les passagers, ce brave Mac.Mullen, excellent homme au fond, ‘surtout lorsqu’it n'est ii sous l’influence de la colère, : ni sous celle des petites liqueurs, s’en repose, pour le service, sur le sleward, petit cuistre de 20 ans, aussi négligent que mal appris et que les passagers ont trop souvent besoin de remettre à sa place. De son

‘côté le roulis profite de ce que la cale du paquebot manque tant soit

.peu'de fret pour obliger le bâtiment à se livrer à des ébats peu agréa-" bles pour les passagers et à prendre àbâbord, ‘sous l'influence de la voile, une inclinaison exagérée. Mais les distractions et les amusements de la jeunesse réagissent contre les petites misères du bord. La musique;

AUTREFOIS ET AUJOURD'HUI Lo 5

qui ne perd jamais ses droits, charme les esprits par des flots d’harmonie, et bien que la lyre d’un Orphéc ne se fasse pas entendre, quei-

ques virluoses s'efforcent de la faire: oublier. C’est entre les soubre-- |

sauts de deux’ vagues. qu’un jeune violoniste de talerit, M. Jacques | Haakman, met au monde, -en l'honneur du Canada, un hymne de cir- : -constance, qui prend de suite le nom de Chant du Dimara. .

- Après avoir franchi les parages toujours agités du Trou du Diable, le Damara arrive en vue'du cap Race et des côtes escarpées ct désolées de Terre-Neuve. Là il est. pris>.dans d'épais brouillards pendant près de deux j jours, n’avançant que lentement au bruit de la, sirène, dont le son rauque et lugubre se fait-entendre de nuil comme de jour. Lé 45 août on découvre la terre. de la Nouvelle-Écosse, dont les côtes : -relevées sont couvertes de. forêts ou de rianles prairies. Quelques | heures: après, le Damara pénètre dans la profonde baie d'Halifax, franchit le

# môle el va accoster sans la moindre difficulté aux quais du magnifi-

- que bassin naturel qui sert de port.à la capitale de Ja Nouvelle-Écosse. Sur le pont même ‘du batcau, le maire d’Halifax, M. Mac Kintosh,

vient souhaiter la bienvenue aux voyageurs, ainsi que deux délégués

‘de la ville de e Québec, MM. Faucher de Saint- Maurice, membre du Par-. lement, èt-Tarte, directeur du Canadien, .qui ont tenu à salucr leurs frères de France avant même qu'ils eussent mis le pied sur la terre d'Amérique. On nous attend avec impalience à Québec, mais il cst impossible de partir le jour de l'arrivée. Le lendemain étant un dimanche, les chémins de fer font relâche, sans se soucicr des impatiences des voyageurs, et ce n’est que le lundi soir — car il n'y a qu'un. train par jour — que le départ pourra $ "effectuer.

Il n’est pas possible d'aborder sur cette'lerre du Canada sans se reporter

. par la pensée aux temps glorieux où le drapeau dela vieille monarchie fran- ” çaïse flottait librement et fièrement sur cetimmense territoire, L'histoire du Canada n’a encore que quelques pages, mais combien d'illustres faits

d'armes et d’actes héroïques n'y sont-ils pas consignés! Ces souvenirs sont profondément g gravés dans tous les cœurs canadiens; mais, peut-être,

* n'est-il. pas. inutile de rappeler en quelques lignes cette grande épopée

de la colonisation du Canada ct les diverses phases : traversées par ce”

. pays jusqu’au jour où une véritable autonomie lui a été concédée.

Le 46 juillet 1534, Jacques Carticr, parti de Saint-Malo avec deux. ”

‘vaisseaux, dübarquait sur les côtes” de la Gaspésie, à l'embouchure . |

du Saint- Laurent, et prenait possession, au nom du roi François Er,

du pays qu'il désignait sous le, nom de Nouvelle-France ou Cänada, d’après le mom que les Sauvages lui. donnaient: En 1335, dans un -

second voyage, il abordaità Sladaconé (Québec), où il passait un rude hiver avec les équipages de la Grande Hermine, de la Petite Hermine et

de l'Émerillon. En 1536, il remontait le Saint- Laurent) jusqu’ ‘à Hochclaga’

(Montréal). Une première tentalive de colonisation, faite en 1544, ne

* réussit pas, En 1604, de Monts. débarqüa sur une île, près du Nouveau- ‘

Brunswick. Mais ce fut en 1605 seulement, que furent jetées les assises de la première cité française, Port-Royal, sur les côtes d’Acadie. Le 8 juillet 1608, Champlain fondait Québec, dans une situation ädmirable:

À dater de ce jour la colonie exisfait, mais des guerres incessantes avec : :

l'Angleterre entravèrent constamment son développement. Québec fut assiégé et pris par les Anglais en 1629, mais rendu à la France en 4632. Afin de favoriser la. colonisation, Richelieu avait fondé, le 29 avril

© 1627, la Compagnie des Cent-Axsociés qui avait le monopole du com-"" mere et-de l'administration du pays. Cette Compagnie, qui ne ‘ répondil pas à l'attente générale, . sübsista jusqu'en 1663, époque à.

laquèHle le Cänada fut replacé , sous l’autorité directe de la Couronne.

Pendant près d'un siècle, à partir: de 1609, la colonie eut à subir

les incursions des Jroquois, sans cesse excités contre elle par l'Anglo terre. Après avoir presque exterminé les Hurons, nos alliés et

*- leurs mortels ennemis, les Iroquois ne furent contraints qu’en 1700.

d’entcrrer la hache de guerre..Cela ne les empêcha pourtant pas

de nous combattre jusqu'en 1760, chaque fois que 1 les Anglais nous.

atlaquaient, el c'était soûvent !

Durant ces luttes intestines, la. gucrre avec l'Angleterre n'avait cessé de sévir. Québec, assiégé de nouveau: en 1690; repoussait: toutes les

attaques : le chevalier d’Iberville, le Cid canadien, prenant à son tour .

l'offensive, s’'emparait de Terrc-Nouve, en 4696, et de la baie d'Hud- ‘son, én 4697; mais ce dernier territoire était cédé. à FAngleterre à la

paix de Ryswick, en échange de VAcadie. La majeure partie de cette. ‘région et Terre-Neuve passaient ensuile à l'Angleterre, en 1713, à la”

conclusion du traité d’Utrecht.

AUTREFOIS ER AUJOURD'HUT | eg.

La guerre de la succession d'Autriche v’entama point le Cänada, : - mais la guerre de Sept ans devait amener, après une lutte glorieuse, . la fin de la domination française dans le nord de l'Amérique. A cette, époque ‘la: Nouvelle-France ne comptait que 13,000 hommes en état de porter les armes, ct-les deux.tiers étaiént des colons. Néanmoins, le. gouverneur, le marquis Duquesne, ‘et son successeur, de Vaudreuil, : “se. préparèrent à résister: énergiquement avec. l’aide du marquis. de ‘ . Montcilm et du chevalier de Lévis, qui devinrent les héros de cette lutte aussi glorieuse. qu’inégale. En 1755, les Anglais, désespérant

de voir les Acadiens renoncer à leur nationalité, les. déportaient - |

. en masse 'sur les côles de la’ Nouvelle-Angleterre. Le 8 juillet 4755, de Beaujeu avec 220 Français et 720 Sauvages mettait en déroute complète 2,200 Anglais commandés par le général Braddock. Les deux : généraux étaient mortellement atteints et les Anglais . laissaient

4,300 hommes et.13 canons sur le champ de bataille de Belle-Rivière .ouù Monongahéla. Le 8 juillet 1758, ‘Montcalm remportait la célèbre victoire de Carillon; 46,000 Anglais étaient complètement battus par 3,000 Français et abandonnaïent 5 +000 hommes hors de combat sur le lieu de leur défaité,

Mais ces brillants faits d'armes restaient sans écho à da ‘cour de Versailles” qui laissait‘ sans ‘appui. et sans secours d’aussi vaillants champions. Les Anglais, exaspérés par leurs échecs répétés, résolurent d'en finir et mirent sur picd 60,000 combattants, chiffre égal à la population tout entière du Canada. ‘Louisbourg fut pris après six semaines d’une résistance héroïque, le Canada envahi de trois côtés à la fois, et le général "Wolfe; à la tête de 11, 000 hommes,

vint mettre le. siège devant Quéhec. Une lutte suprême eut lieu. le 43 ‘septembre 1759, dans les plaines d'Abraham. Montcalm, qui n'avait que 4,500 hommes; fut vaincu après une glorieuse, résistance. Les

deux généraux ennemis tombèrent: mortellement frappés en char= +

‘ geant à la tête de leurs soldats, ef le même monument, élevé à Québec, rend un égal hommage aux deux “héros morts’ au champ °

‘ d'honneur.

Québec capitula le 18 septembre. :

Le 28.avril de l’année. suivante, à Sairite-Foye, dans ces inêmes | ‘plaines d'Abraham, le chevalier de Lévis vengea brillamment l’hon-

neur des armes françaises et rejcta les Anglais dans Québec. Mais la disproportion des fafées dés deux combattants rendait la lutte impossible.» Lévis se repl le 8 septembre 1160,

t'fin pour janiais à la domination de la France

sur une terre où (l'esprit de sacrifice ct de dévouement à la mère. patrie n'avait pas un .instant cessé de battre dans.tous les cœurs." Le 10 février 1763, le traité de Paris cédait à l'Angleterre les im- .

menses. et fertiles territoires que Voltaire, en courtisan aussi plat qu'ignorant, appelait si dédaigneusement quelques arpents de neige. ‘ À dater de ce moment commença, pour les 65, 000 Français restés

au Canada, une vérilable lutte pour l’existence. Abandonnés à leur :

malheureux sort par fous ceux qui occupaient une situation tant soit peu influente, les infortunés colons serrèrent les rangs autour du clergé “patriote ‘qui était resté fidèle à son poste de combat. Bien que l’acte ‘de cession à l Angletcrre ait, garanti aux Canadiens l'usage de leurs lois et le libre exercice de leur religion, les vainqueurs -traitèrent les

françaises furent abolies ct le pays fut gouverné militairement. Bi nt cependant l'agitation des colonies de la Nouvelle- -Angleterre fut cause

‘ vaincus avec un arbitraire et une rigueur excessifs. Toutes les lois

d’un adoucissement de régime au Canada; l’acte de Québec (1774),-

rétablissant les lois françaises, amena, pour un temps du moins, une période -d’apaisement ct de calme. Aussi quand le général américain Montgomery envahit le Canada, en 1775, les habilanis de ce pays restèrent indifférents, d'autant plus qu’ils n'avaient jamais eu que de l'antipathie pour ccux que, même après leur indépendance, ils dési-

gnaient sous le nom de Bostonais.. Montgomery fut repoussé , ct” “tué .

à l'assaut de Québec. (81° décembre 1 715). . . Mais à peine le danger était-il passé que la tyrannie du gouvernement anglais se fil sentir de nouveau dans toute son odieuse rigueur. Tout fut mis en œuvre pour angjliciser le pays. Mais le courant d’émi- :gration qui, depuis le traité de Versailles de 4 7183, amenait des Élats- Unis dans le haut Canada: un fort conlingent de population anglaise,

ne réussit pas à donner un appui suffisant aux Anglais pour le triomphe ‘

de leur nationalité. L’altitude des. Canadiens déjoua tous les calculs.

Alors en vuc d'amener un apaisement entre les deux races,. le Parlement métropolitain accorda une constitution aux Canadiens (1791): Le t . D É ‘., . :

a sur Montréal et la reddition de cette ville,

torriloiro- fat divisé en [laut ct en Bas-Canada, chacune de ces provinces . ayant deux Chambres. La population du Canada. s’élevail alors à 135,000 habitants dont 15 à 20,000 ‘Anglais seulement, presque tous dans” le Haut-Canada. Bien que ‘élément français cût une inmense majorité; la nomination, par la Couronne, d'une majorité anglaise

à la Chambre haute du Bas-Canada paralysa touie bonne administralion et fut une cause de conflits aussi aigus que fréquents. Lcs con- “cessions accordées r’élaicnt plus qu'un leurre. La constitution torturéc dans ses textes, les intérêts des Canadiens-Françaïs sans cesse

8 sacrifiés aux intérêts anglais, la mise en pratique d’un système de vexa:

‘tions et de taquinories mesquines amenèrènt des protestations sans .

© cesse : ‘renouvelécs. Les réclamations les’ plus légitimes étant toujours | écartécs avec un parti pris systématique, les manifestations de la volonté populaire restant toujours sans résullat, ‘lés Canadiens-Français . exaspérés firent appel aux armes. Un soulèvement éclata à Montréal le: novembre 1837 et se propagea dans tout le Bas-Canada; mais il fut bientôt réprimé ct noyé dans le sang. Ce soulèvement ‘entraîna la suspension de la constitution et de nouvelles mésures de rigueur qui durèrent jusqu’en 4840, époque où le Parlement de la Grande-Bretagne vota l'union des’ deux provinces. Bien: que la population d’origine française fût encore bien supérieure à la population anglaise, les deux races élaiént représentées par uh nombre égal de députés à l'Assemblée législative. Par. ce moyen on espérait étoufler la voix. des Canadiens-Français. Aussi-ne fut-ce pas-sans de grands efforts que l'usage de la langue française pu être maintenu dans les débats parlementaires. Néanmoins les Canadiens-Français, grâce à leurunion constante, ‘à leur fermeté et à Jeur sagesse, rentrèrent peu à peu dans l’exercice de leurs droits. Les passions, si justément excitées, s ’apaisèrent enfin. C'est vers cette époque que l'Angleterre commença à poser en principe l'administration des colonies par elles-mêmes. On peut révendiquer pour le Canada l’honneur de l’idée et de son application, qu’on ‘Jui concéda de bonne.grâce lorsqu'on s’aperçut qu'il pouvait se gouverner de, Jui-même sans faire appel au trésor de la Grande Bretagne. Parmi le promoteurs de l'idée d’un Canada vivant par lui-même, il” ‘faut citer sir Louis- “Hippolyte Lafontaine que le Canada s’honore de compter parmi. ses hommes d'État. | Ù

40 ©, - AUCANADA ET CÎYÉZ LES ré ones ‘ “

8 Le

A l'acte d'union de 1840 sucdéda, or en 1863, la réunion en une seule confédération du Haut ct du.Bas<Canada (Ontario et Québec), du Nou-

* veau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse auxquels furent. adjoints peu

après : le territoire du Nord-Oucst et le Manitoba, la Colombie anglaise, l'île du Pfince-Édouard. Terre-Neuve n ’adhéra point à la confédération, -

L'acte de 1867 reconnaît un gouverneur général, nommé par la Reine, . et dont les pouvoirs sont d'un ordre presque exclusivement contem- .

platif. Le Parlement fédéral, siégeant à Ottawa, se compose d’un Sénat

* de 80 membres nommés à vie et d'une Chambre des communés de 215 -

membres élus. L'usage’ des deux langues, anglaise et française, y est

“facultatif; la rédaction des procès-verbaux, des Jôis, de la Gasette'offi-

cielle est. obligatoire dans les deux langues. L'acte de’ confédération

reconnaît la. liberté de pétition, de réunion, de la presse, et consacre

pour les Canadiens-Français le libre exercice de leur langue, de leur

. religion, de leurs coutumes. Le pouvoir: “exécutif est entre les mains d'un conseil des ministres.. Eüfin, chaque province ‘est indépendante des autres, en ce qüi concert son administration intérieure dans le

sens le plus Jarge du mot. Elle est dotée d’un lieutenant-gouverneur,

‘ de ministres provinciaux. et possède une. Assemblée législative et un

Conseil législatif, excepté le Manitoba, Ontario et Ja Colombie qui ne sont point pourvus d'une Chambre haute. |

Le lien qui rattache le Canada à l'Angleterre est, si fragile qu " suffirait d’un souffle. pour le rompré. L'Angleterre a toujours eu pour principe de laisser la plus grande liberté d'administration à ses. colonies. Mais au Canada, cette liberté a pris de telles proportions qu elle est devenue une vérilable autgnomic, presque une indépendance absolue;

“le mot fait à pou près seul défaut. En cffct, depuis l'acte de confédé-

ration de 1867, le Canada a la: haute main sur tous les services. Il possède un. pouvoir exécutif, un parlement, un budget, une milice, un tarif douanier, auquel sont soumis les produits anglais tout comme ceux des autres nations: il peut même conclure des traités de commerce, sous” réserve de sauvegarder les apparences diplomatiques.: S'il n'arrive pas jusqu’à avoir des représentants diplomatiques à l'étranger, il 4 toutefois trouvé le moyen d’avoir un commissaire général, non seulement à Paris,

- mais même à Londres, auprès du gouvernement de la métropole. La ” fonction de gouverneur général du Canada; déjà bien annihilée, devient

4h . AUTREFOIS ET AUJOURD'HUI . - : 11

pour à ainsi dire presque honorifique. Le gouverneur représente la Reine,

roçoil Ics‘hommages, donne des«[êtes, et c'est tout. Enfin, les Canadiens.

se sont octroyé un drapeau spécial en appliquant sur les couleurs an-

| glaises les armes des provinces canadiennes. Le nouvel État a pris le . nom de Dominion ou Puissance du Canada.

Grâce à cetie érganisation fort ingénicuse, le Canada retire de cette situation tous les avantages que comporte la protection du pavillon britannique sans en avoir les inconvénients. Non seulement la souveraineté. morale de l’Angleterre est pour lui une source de force ct de prestige, mais encore la flotte britannique, qui rayonne sur toutes.les. mers, est . pour lui un appui précieux, ‘ct.le fait que les. représentant diploma- ” tiques et consulaires de l’Angleterre sont également les siens s épargne au budget du Canada de lourdes charges.

Et qu'on ne croie pas que le Canada ait hâte de rompre le faible lien qui- le rattache ar Angleterre. Tout au contraire. Le Canada qui, comme le charbonnier, est maître chez lui, aurait toùt à y perdre et rien à y gagncr. Quelle serait, en effet, sa situation à lui, pays de quatre millions -et demi: d'habitants, vis- à-vis des. États-Unis et de ses soixante millions d'âmes? Nerisquerait-il pas un jour ou l’autre d'être absorbé par la grande

__ république, de voir son autonomie détruite ct ses intérêts gravement —: lésés? Les Canadiens-Français souffriraient particulièrement de ce chan-

gément de régime, car ils devraient renoncer pour toujours à obtenir. une suprématie qu’ils ont l'espoir justifié de pouvoir. reconquérir un jour. Là est le secret de leur loyauté, de leur attachement même à‘la couronne britannique, tout autant que la liberté dont ils jouissent, C’est ce qui fait comprendre ces paroles d’un homme d’État canadien, sir Étienne Taché : « Le dernier coup de canon pour la défense de ‘la domination anglaise en Amérique sera tiré : par ‘les Canadiens-

Français. » | * Et, chose digne de remarque, ce ne sont pas.les Canadiens qui ont poussé l'Angleterre à se détacher presque complètement de leurs affaires.

.… « Cest l'Angleterre elle-même qui, de son propre mouvement, dans -un.

esprit d'économie, et suivant en cela les théories d'une certaine école, s’est peu à peu désintéressée du Canada, et, plus l’Angletèrre retirait sa main de ce pays, plus ce dernier faisait d'efforts pour la retenir. Cette

” école, dont M. John Bright était un des plus ardents champions, ct dont -

le Times était un | des échos les plus retentissan(s, ne demandait ricn

- moins que l'abandon. à elles-mêmes de toutes les colonies anglaises.

Les libéraux, qui tenaient alors les rênes du gouvernement à Londres,

S'ils n'adoplaient pas loutcs les théorics de cette’école, subissaient ce-. pendant son influence. C’est sous l’empire de cette influence que le cabinet Gladstone ordon na leretrait des troupes anglaises du Dominion, considérant que, depuis l'acte de confédération; les forces vives du

‘Canada pouvaient fâcilement être groupées en un seul faisceau pour sa

défénse. Ce fut en vain que les Canadicns protesièrent contre ectte mesure, sc: croyant complètement abandonnés à leurs faibles forces.

* L'Angletcerre nc- voulut rien entendre. Elle fit cependant une conces- ‘sion en- consentant à laisser üne.garnison à Halifax. Les Canadiens

comprirent que Îe jour où.ils voudraient être indépendants ils le se-

raientf.

Deux choses ont puissamment contribué, après la cession du Canada, à maintenir chez les colons français le souvenir de leur nationalité et de leur race: c'est la conservation de leur langue et de leur religion.

Après la conquête anglaise, tous les fonctionnaires français, les scigneurs iufluents, les grands propriétaires. ou négociants, quittèrent peuà peu le pays. Le petit commerçant dans les villes et le éultivateur dans les campagnes restèrent seuls attachés au sol qui les faisait vivre.

Le clergé catholique, cependant, était en majeure partie demeuré fidèle : à son poste. Ce fut lui qui, profitant de sa culture intellectuelle, de

son influence morale ct de la supériorité dé ses lumières, entreprit. de. rallicr-autoür de sa bannière ces éléments épars ct découragés de

la race française. A. force de patience, de courage-et de dévouement,

il parvint à ranimor les esprits abattus par les plus cruelles épreuves

et, en leur enseignant leurs devoirs, leur indiqua la voie à suivre ;.

pour ‘le recouvrement de-leurs droits. Grâce à cette influence, aussi légilime que. bien’ entendue du clergé, les Canadicns-Français relevèrent la tête else firent pou à peu la ‘place à laquelle ils avaicnt droit. Vers. 41780," le clergé. avait réparé toules ses pertes ci s'était entièrement reconstitué à Vaide du scul-élément canadien. . Aujourd’hui que la lutte est terminée, le clergé ne possède plus cette

“influence prépondérante qu’il avait dans les jours de deuil. et de mäl-

heur, mais il est profondément respecté, justement estimé partout,

et sa part n'en cst pas moins fort belle “ encore dans l'éducation des.

‘jeunes générations. ct Les Canadicris-Français sont restés profondément attachés à la reli-

gion de leurs pères. Lis n’ont pas eu, il est vrai, de révolutions pour.

jeter dans leur cœur des semences d’athéisme cet d’irréligion. Sans être cléricaux, dans le.sens non altéré donné à ce mot, ils sont catho-

liques sincères et pratiquants, et qui dit, en Amérique, Canadien

Français, dit également catholique. Sans secousses d'aucune sorte, l'Église s'est trouvée séparée de l’État sâns le moindre désavantage d'aucun côté. Comme il n’y a pas de budget des cultes, les habitants

‘pourvoient eux-mêmes à l’entretien du clergé. Celui-ci, en dehors des ;' -biens qu’il peut avoir, reçoit-la dîime que chaque habitant lui remet

volontairement et librement. Bien rarés sont ceux qui se soustraient à l'accomplissement de ce devoir, au paiement de cette dette qui n'est . jamais réclamée par la voice judiciaire. -

Les protestants d’origine française sont en nombre infime et sont, du . reste, mal vus des Canadiens catholiques qui les considèrent comme des renégats. 7 |

Bien plus encore que la religion, la langue française à eu à subir

des assauts aussi nombreux que redoutables de là part de ceux qui pensaient, avec jusfé raison, que sa. disparition entrainerait l'absorption

complète de l'élément lalin dans l'élément anglo-saxon. La capitula- :

tion de Montréal, en 1760, ayant omis de stipulér la conservation de la langue française dans les actes officiels, les colons- furent en butte

à des persécutions sans : norhbre de la part de leurs vainqueurs qui .

“étouflaient sans cesse les réclamations relatives à l'emploi «0: cette langue. Lorsqu’ en 1790 s'ouvrit la session du premier Parlement, la.

candidature comme orateur (président) de M. Antoine Panet fut vive- ?

ment combattue sous prétexte de l'insuffisance de sa corinaïssance de la langue anglaise. De longs débats, où Papineau fit ses premiers

°. débuts d'orateur, s’engagèrent sur cette quéstion, ainsi que sur celle de savoir s’il convenait de rédiger dans les deux’ langues les procès- ,

verbaux des séances. La langue française sortit victorieuse de cette

lutte parlementaire et ‘acquit droit de cité, à partir de ce jour, dans. .

les assemblées et dans. les tribunaux.

Mais le parti anglais n'avait pas déposé les armes.

sw

di y AU CANADA ÊT CHEZ LES PÉAUX-ROUGES ° -

En effet, il réussissait à | faire i insérer dans l'acte d'union du Hout et du Bas-Cinada, en 1840, que ‘la langue anglaise serait la languc.officielle du Parlement. Mais dès l'ouverture de la première session des nouvelles Chambres, celles-ci votèrent/| un bill autorisant l'usage de la LL langue française au Parlement. Et sil un orateur angläis, sir Allan

Mac Nab, sé basant sur l'acte: d” digne Ad, en 1844, refuser de rece-. voir unc proposition dont le soul défutt “ait d’être présentée eu fran- “çais, il ne fut pas longtemps Sans eñcourir le blâme de Ja Chambre.

L'usage du français fut maintenu et un acte de la métropole abolit, en

1848, la disposition de l'acte d'union relative “à l'emploi de KR lang

anglaisé. Depuis cette époque, les deux fangues n ‘ont pas cessé un instant d’être traitées sur le pied de légalité. : Bien que le contact littéraire ait été, tout comme le contact, politique, longlemps perdu entre la France et le Canada, les Canadiens d’aujourd’hui ont conservé avec une fidélité, qui'n'a.d’égale que leurs sympa Uics pour leur pays d'origine, et une pureté véritablement sürprenanles, la Jangue que leurs. pères leur- avaient léguéc, A ce sujel un .

‘ancien ministre canadien, dont la compétence : en matière d'instruction publique cst reconnue, Al. P. J. 0. Chauveau, écrivait til y a quelques

années déjà : u :N « Le langage des Canadiens lesn moins instruits est encore du français et du.

français meilleur que celui que parlent les paysans des provinces de France où l'on’ parle français. On ne saurait trop admirer la sollise de quelques

… touristes anglais quiont écrit que les Canadiens parlent un patois. Le fait

est que, sauf quelques provincialismes, quelques expressions vicillies- mais charmantes en elles- -mémes; le français des Canadiens ressemble plus au meilleur français: de France: que la languc du Yaukee ne ressemble à celle de l'Anglais pur sang. » ee . it

| - co CU mot

Il est, en effct, curieux de remarquer que, tandis ‘qu en | France les

. idiomes provinciaux sont encore,. à. l’heure. actuelle, fortement enra- *:

cinés, il n ‘existe pas : de patois au Canada. La raison nous-:en- cst

donnée par un éèrivain distingué, M. Benjamin Suite, dans une notice

sur la’ Situation de la lançue française au Canada, ‘publiée au mo=— : i

‘" ment même de la visite de la délégation française. Le. Canada pré= J

‘sente la merveille de Funiformité du langage :

à m es : . - «

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