‹ Au Canada et chez les peaux-rouges [microforme]Chapitre 34 sur 36 · COLOMBIE · texte numérisé non relu

COLOMBIE

L'émigration française et la colonisation an Canada, — Pourquoi il fant préférer le Canada aux États-Unis, — Des catégories d'émigrants et des provinces à choisir, — Les Canadiens-Français aux États-Unis, — Avenir de la race française en Amérique,

Avant de terminer ces notes de voyage, je désire consacrer quelques lignes à la colonisation française au Canada, L'idée d'émigration qui s'y rattache m'amèêne tout naturellement à envisager l'éventualité d'une impulsion à donner, vers le Dominion, à l’'émigration française qui se dirige vers l'Amérique du Nord, On dira peut-être qu'encourager l'émigration est contraire aux intérêts de la France, que l'émigration affaiblirait et appauvrirait, Cela n'est pas exact.

Et d'abord l’émigration, bien loin de produire ce résultat, enrichit au contraire un pays, car il s'établit forcément, entre l'émigré et ceux qu'il a laissés dans la mère patrie, un conrant de relations et d'aflaires qui contribue à ouvrir de nouveaux et parfois d'importants débouchés commerciaux entre la nouvelle patrie de l'émigré et son pays d'origine. I suflit pour s'en convaincre de citer comme exemple l'Angleterre et l'Allemagne, C'est grâce à ses migrants et à ses colonies que l'Angleterre est un pays prospère doté d'un mouvement commercial considérable. Et si l'Allemagne ne peut invoquer ses possessions coloniales, elle peut établir qu'elle entretient un commerce des plus développés

avec les Etats-Unis, où dix millions de ses enfants ont émigré depuis

cinquante ans.

Chaque année l’émigration prend des proportions croissantes dans (à

le Royaume Uni, ainsi que dans l'empire d'Allemagne et, malgré 4 nl cela, la population augmente sans cesse dans ces deux pays. Ce sont 4 d surtout ceux qui sont à l'étroit qui émigrent; le vide qu'ils laissent l est aussitôt comblé et assure le développement de leurs voisins. Tous (à deux y gagnent et FEtat n'y perd rien.

En second lieu, ceux qu'une situation difficile pousse à tenter au fi loin la fortune et ceux qui, pour des raisons diverses, veulent quitter n la mère patrie, émigreront toujours. Pourquoi dans ce cas ne pas le diriger cette émigration au lieu de la laisser se perdre aux quatre coins &. TU du globe sans profit aucun pour l'avenir de la race et de la langue n françaises ? el

Ceux qui habitent le midi de fa France trouveront en Algérie et en al Tunisie un sol fertile qui ne demande qu'à être mis en valeur, de la place à discrétion dans un milieu où ils se feront vite, et cela à une el distance des plus rapprochées de leur pays d'origine. Les autres coionies françaises, pour la plupart si dissemblables comme elimat et comme genre de vie, ne sauraient entrer en comparaison avec l'Afrique septentrionale à titre de colonie de peuplement.

’ar contre, ceux qui sont enfants du nord ou des froides régions vu des montagnes trouveront au Canada, plutôt qu'aux États-Unis, un co! climat qui se rapproche du leur, d'immenses terres vierges pleines : l'a d'avenir, et, avec une liberté sans égale, un peuple ayant avec eux une communauté de mœurs et d’origine. n

Ce n’est pas seulement une question de proximité relative et de rap- À à ports commerciaux qui fait établir cette division. Ces deux couranis or d'émigration doivent se déterminer ainsi d’après les lois de l'hygiène. au car il est démontré qu'en général l'homme du nord s'acclimate mal an sous le soleil d'Afrique et que l'homme du midi à peine à se faire aux Et froids hivers du Canada. 1 se

Mais pourquoi l'émigration française dans Amérique du Nord doit- FA as elle se diriger vers le Canada plutôt que vers les États-Unis ? qu

C'est d'abord parce que le Canada est un pays plus neuf, plus vé ouvert, plus accessible, plus sympathique à l’émigrant qui, 99 fois FES qi sur 100, ne parle que salangue maternelle, et qui trouvera là-bas une F to

population de sa race, de sa langue et de sa religion, ayant gardé le

untes dans 4, malgré . Ce sont ls laissent sins, Tous

\ tenter au ent quitter as ne pas aatre Coins la langue

crie et en valeur, de ecla à une autres Coclimat el e l'Afrique

es TÉSIONS -Unis, un ‘s pleines t avec eux

t de rapcouranis l'hygiène, mate mal faire aux

ord doit-

euf, plus i, 99 fois -bas une

gardé le

culte de la France et qui le recevra à bras ouverts, Aux États-Unis, au contraire, par suite de la cherté de la vie, de la différence de langue, du peu de sympathie de la majorité de la population pour la France, l'émigrant aura à surmonter des difficultés autrement grandes qu'au Canada pour se créer un établissement,

Enfin une raison d'ordre supérieurexiste encore, L'émigrant français fixé aux États-Unis sera noyé dans la masse des Anglo-Saxons et finira, malgré sa résistance, par être anglicisé, tandis qu'au Canada non seulement il conservera le cachet de sa race, mais encore il apportera un renfort appréciable à l'élément canadien-français, qui lutte pacifiques ment pour conquérir la suprématie du nombre, et qui, avec le temps et le ralentissement fatal de lémigration britannique, finira par y arriver, si sa fécondité naturelle se maintient sur le même pied.

L'émigration au Canada aura done pour effet de renforeer notre race et de répandre davantage notre langue. Or ce résultat n'aura-t1l pas pour conséquence d'agrandir notre domaine économique, scientifique et littéraire et d’accroitre le nombre des clients de la patrie française ? Celui qui est de race française, ou simplement même parle la langue française, n'est-il pas tributaire plus où moins de notre pays au double point de vue matériel et intellectuel? C'est done faire œuvre nationale que de contribuer au maintien d'abord, et au développement ensuite, de la race et de la langue françaises.

De ce que l'émigration au Canada est digne d'encouragement, il n'en faut pas conclure qu'elle le soit pour tout le monde, Elle convient à ceux qui, possesseurs d'importants capitaux viendront y fonder de erands établissements industriels, commereiaux ou agricoles, Quant aux émigrants n'ayant que de faibles économies, ils pourront réussir an Canada, à la condition de s'adonner à lPagriculture ou à l'élevage, En dehors de ces deux branches de travail on ne saurait que déconsciller Pémigration à ceux qui n'auraient pas par avance une situation assurée, Ceci s'applique aux artisans et surtout à ceux qui, d'une façon quelconque, tiennent aux professions libérales, Ce sont là des positions véritablement encombrées et, pour ne citer qu'un exemple, ilest certains quartiers de Montréal où il est impossible de circuler sans voir à chaque tournant de rue une enseigne avocat, où plutôt une double enseigne, ar les avocats canadiens sont généralement associés deux par deux,

Il ne faudrait pas croire que le Canada soit un Eden, même pour les agriculteurs, car, sans un travail persistant et assidu, nul ne pourra

atteindre le résultat qu'il convoite, L'émigrant sans aucune ressource, ,

arrive souvent à force de travail et d'épargne à ce qu’on est convenu

d'appeler une honnête aisance; à plus forte raison, celui qui a quelques

économies parviendra-t-il facilement à prendre sa place au soleil. La

————— D memes

(erre ne manque pas au Canada, mais il faut savoir la choisir dans ce

pays grand comme l'Europe, qui ne compte encore que # millions et demi d'habitants et peut en contenir vingt fois davantage, De toutes les jrovinecs du Canada, celle de Québec étant la plus

FH vpeEs

française, sera aussi celle où l’émigrant aura le plus la tentation de ses

fixer. Mais Québec commence déjà à se peupler et toutes les bonnes

terres de la vallée du Saint-Laurent sont occupées. Pour en avoir sa

partil faudrait les payer assez cher, IE n'y à guère que la région voi-

sine des Etats-Unis, les cantons de l'Est, où lémigration, pour un prix

assez modique, pourra acquérir des terres, Quant au nord de la pro-

vince c'est une contrée par trop couverte de forêts pour un émigrant

européen, Défricher la forêt est un trop rude labeur pour ce dernier,

et seuls des bras canadiens peuvent se livrer eflicacement à ce pénible

travail.

Aussi est-ce vers l’ouest que l’émigrant devra tourner ses regards, |

Laissant de côté la province si anglaise d'Ontario où il n’y à guère

place pour lui, sauf dans le comté d'Essex, s'il est vigneron, il devra |

se rendre au Manitoba et au Nord-Ouest qui lui offriront des avantages (

bien supérieurs à ceux des autres provinces, St Québec reste enseveli €

| pendant quatre où cinq mois sous plusieurs pieds de neige, cette neige, ( | au Manitoba et au Nord-Ouest, tombera plus tard, disparaîtra plus (ô£ |

et plus rapidement et aura une épaisseur bien inférieure, Dans ces (

| deux provinces, la terre est excellente pour la culture et ne demande I d'engrais qu'au bout de vingt ou trente années d'exploitation, des con- | f

cessions s'y donnent gratuitement et les lots de terres, que le gouver- I

| nement met en vente, sont d'un bon marché sans exemple, Là, le culti- I \ valeur ne sera pas gôné par ses voisins, il pourra transporter facilement l: {1 les produits de son exploitation, S'il a soin de ne pas se fixer à trop t | forte distance des voies de communications et rentrera promptement r

dans tous ses déhoursés.

ême pour ne pourra ressource, { convenu | quelques soleil, La ir dans ce

4 millions

it la plus ion de ses es bonnes h avoir sa ‘CLlon Voi- Ur UN prix de la pro-

émigrant ‘e dernier, ce pénible

s regards, "y à guère 1, il devra avantages » ensevell ete neive, à plus tôt

Dans ces demande , des cone gouverà, le cultiacilement er à trop nptement

L'émigrant qui n’amène point de compagnons fera bien de s'associer à un compatriote ou à un Canadien, sans quoi l'isolement, la tristesse, le découragement pourraient abattre tout son courage. Une famille aura

plus de chances de réussite qu'un émigrant isolé, et, à l'inverse de ce

qui se passe souvent en France, plus elle sera nombreuse plus elle sera riche, car elle aura plus de bras à consacrer à son établissement dans un pays où la main-d'œuvre est hors de prix par suite du manque de journaliers.

Enfin celui qui voudra faire de l'élevage trouvera, sur les premiers

contreforts des Montagnes Rocheuses notamment, un terrain essentiel-

lement favorable sur lequel des ranches prospères sont déjà établis

en grand nombre.

Au point de vue de la richesse du sol, de la facilité d'installation, là surtout où il y ades centres français, l'émigrant aura donc tout intérêt à

se porter au cœur du Canada. À cela, il faut ajouter un intérêt supé-

rieur: celui du développement de la race française, Le Manitoba, outre

ses avantages naturels, aura un jour, par suite de sa position straté-

gique à égale distance des deux océans, une importance capitale, et la

race qui arrivera à y asseoir d'une façon indiscutable sa suprématie,

jouira, dans un avenir peut-être éloigné encore, d'une influence pré-

pondérante sur le régime politique de la confédération.

L'élément français ne représente encore qu'une faible minorité au

Manitoba et au Nord-Ouest, pays qu'il a découvert et peuplé tout d'abord

de ses coureurs de bois; mais sa résistance à l'envahissement, sa tena-

cité comme possesseur du sol, sa force d'expansion sont choses trop

connues, pour que ses adversaires mêmes n'en arrivent pas à admettre

la possibilité de son triomphe numérique sur l'élément britannique.

Ce jour-là, le faible lien de suzeraineté qui rattache encore le Domi-

nion à la couronne d'Angleterre aura été rompu, une grande puissance

française sera fondée dans l'Amérique du Nord et servira de contre-

poids aux cent millions d’Anglo-Saxons, mâtinés de Geérmains, qui

peupleront prochainement les Etats-Unis. Peut-être l'envahissement de

la race canadienne-française, qui à déjà entamé plusieurs Etats limi-

trophes de la grande république américaine, amènera-il mème un

refoulement de ceux qui, aujourd'hui, ne parlent que d'absorber les

descendants des 63,000 Français, abandonnés jadis sur les bords du

Saint-Laurent ct sauvés d'un naufrage complet par la conservation de leur langue, de leur religion et de leurs mœurs

C'est le, en effet, un phénomène intéressant que de constater les facultés prolifiques, dans certaines circonstances, de cette race française déclarée impropre à la colonisation par ceux qui ne connaissent pas son passé et n'ont sous les yeux que les obstacles opposés à l'initiative individuelle, A plusieurs reprises, dans le cours de cette étude, il a été parlé du refoulement naturel et progressif de l'élément anglais vers les États-Unis par la population canadienne-française, Ce qu'il y a de plus merveilleux à constater, c'est que cette population, non contente de prendre au Canada même une extension croissante, se déverse égalementi dans le nord des États-Unis, là où, il ÿ a un siècle, on reconnaissait l'absence presque totale de lPélément français, Peu à peu les Canadiens ont pris le chemin de la frontière pour <e fixer dans les États limitrophes de leur pays, attirés surtout par le travail des usines, beaucoup plus développé qu'au Canada et plus rémunérateur, mais plus inconstant et plus affaiblissant que le travail des champs. Les familles ont suivi les travailleurs et bientôt de véritables colonies canadiennes ont été fondées.

Aujourd'hui on estime à 800,000 les Canadiens-Français répandus aux États-Unis dont 500,000 sont fixés dans les États du nord-est, S'il faut en croire les renseignements recueillis par les paroisses, le chiffre s'élèverait même à un million. Les divergences d'appréciation viennent de ce que l'élément canadien n’a été recensé à part que dans quelques États et encore ce dénombrement remonte-t-il à 1885. Dans Rhode- Island on comptait à cette époque 24,631 Canadiens-Français soit 1/12° de la population totale. Au Massachusetts le recensement du 1% mai 1885 accusait 108.073 Canadiens, soit 1/19° de Ja population de cet État, Au Minnesota, le seul comté de Polk en renfermait 8,000, En Californie on estime à 20,000 le nombre des Canadiens. Ces chiftres sont aujourd’hui au-dessous de la vérité, car l’émigration du Canada, loin de diminuer, a pu se maintenir et même augmenter dans ces dernières années, et tous les États limitrophes, depuis le Maine jusqu'à l'Orégon, renferment d'importantes colonies canadiennes.

Partout où se trouve une population agglomérée assez nombreuse, une école française est établie, une Société Saint-Jean-Baptiste est fondée,

vation de

er les fafrançaise ssent pas ‘initiative le, il a été is vers les a de plus ntente de rse égalereconnaisu les Cas les États ès usines, eur, mais mps. Les

lonies ca-

répandus d-est, S'il le chiffre viennent quelques s Rhodesoit 1/12

1 mai n de cet En Califlres sont ada, loin dernières ‘Orégon,

mbreuse, t fondée,

et un prêtre canadien-français est chargé de desservir la paroisse, De celle façon la langue et le culte d'origine se conservent etse perpétuent. L'éducation de famille, les relations constantes avec le Canada, la publication de nombreux ouvrages et de dix-sept journaux canadiens ne contribuent pas peu à ce résultat. Ces centres canadiens actifs, laborieux et jouissant de la meilleure réputation font la tache d'huile tout autour d'eux.

Peu de Canadiens ont abandonné leur nationalité pour se faire naturaliser citoyens des États-Unis, mais parmi ceux qui l'ont fait, plusieurs ont conquis parmi leurs nouveaux concitoyens une place honorable dans les affaires publiques. C'est ainsi que les législatures des États de Minnesota, New-York, Massachusetts, Vermont, Connecticut, cte., renferment des députés canadiens-français. Le Maine en compte quatre pour sa seule part, le New-Hampshire, six.

L'influence canadienne est si peu à dédaigner qu'elle fait souvent pencher la balance électorale du côté vers lequel elle se porte. En 1884 le candidat démocrate à la présidence des États-Unis, Cleveland, à été élu grâce à l’appoint des voix canadiennes dans l'État de New-York ; en 4888, le mème Cleveland, qui s'était rendu les Canadiens hostiles par sa politique de représailles envers le Dominion, a vu l'élément canadien contribuer à sa défaite.

Cette participation des Canadiens-Français à la viepolitiqueet électorale des États-Unis à cependant un grave inconvénient: celui de leur faire perdre à peu près sans retour leur nationalité. Tant qu'ils conserveront l'usage de la langue française il n’y aura là que demi-mal. Mais le jour où la langue britannique prédominera à leur foyer, et où, comme cela arrive déjà, ils donneront une tournure anglaise à leur nom de famille, le Canada pourra cesser de les revendiquer comme siens,

Tout ceci démontre quel cas les États-Unis doivent faire des Canadiens- Français. Jonathan raille souvent John Bull et Jean-Baptiste; peut-être rira-t-il moins quand ce dernier aura conquis pacifiquement la prédominence dans la terre de Jacques Cartier, de Champlain et de Montcalm.

Page 1