Village en langue indigène
fenêtre ouverte de la maison du commandant s'échappaient des sons de quelque polka « Lisagnka » ou « Kategnka », jouée sur un mauvais piano. En passant devant un café , j'aperçus quelques scribes avec la cigarette aux doigts et buvant du vin, et j'entendis que l'un d'eux disait à l'autre :
— Mais permettez... En politique, Maria Grigorievna est la première...
Un juif voûté, vêtu d'une redingote usée, et l'air maladif, traînait péniblement un orgue de Barbarie aux notes criardes, et tout le faubourg retentissait de Lucia de Lammermoor.
Deux femmes aux robes bruissantes, un foulard de soie sur la tête, une ombrelle de couleur voyante à la main, cheminaient devant moi, sur le trottoir, majestueusement.
Deux jeunes filles, Tune en robe rose, l'autre en robe bleu de ciel, la tête nue, debout près d'une maisonnette, riaient d'un rire suraigu et forcé, dans le but manifeste de se faire remarquer par les officiers qui passaient.
Les officiers, en uniformes frais, en gants blancs, en épaulettes rutilantes, se promenaient dans les rues et le jardin public.
Je trouvai mon ami à l'étage inférieur de la maison du général. A peine avais-je eu le temps de lui expliquer mon désir, qu'il jugeait très réalisable, que nous vîmes apparaître, devant la fenêtre à laquelle nous étions accoudés, le coquet équipage de tantôt. Les chevaux s'arrêtèrent ; de la voiture descendit un homme svelte en uniforme de
la ligne, en épaulettes de major ', qui pénétra eliez le général.
— Excusez-moi, je vous prie, me dit l'aide-de-camp en se levant; il faut absolument que j'aille annoncer au général...
— Qui est-ce donc qui vient d'arriver?
demandai-je.
— La comtesse, répondit-il en boutonnant son uniforme, et en montant vivement l'escalier.
Quelques minutes après sortit sur le perron un très joli homme, de petite taille, dans une redingote sans épaulettes, une croix blanche à la boutonnière. Le major, l'aidede-camp et deux autres officiers le suivaient. La démarche, la voix, tous les mouvements