En français dans le texte
venait épancher son dépit et son indignation contre les gens qui. disait-il. intriguaient pour l'empêcher de prendre part à l'action. Il disait qu'agir ainsi était vil et d'un mauvais camarade, qu'il s'en souviendrait, etc. Malgré l'attention que j'apportais à le regarder et à l'écouter, je dus me convaincre qu'il ne feignait point. Il était vraiment indigné et attristé qu'on l'empêchât d'aller tirer sur les Tcherkesses et essuyer leurs coups de feu. Il était vexé comme un enfant qu'on vient de fouetter injustement... Je n'y comprenais rien du tout.
C'était à dix heures du soir que la colonne devait se mettre en marche. A huit heures et demie, je montai à cheval et me rendis chez le général ; mais supposant que lui et l'aide-de-camp étaient occupés, je m'arrêtai dans la rue, j'attachai mon cheval à un pieu de la palissade et m'assis sur la zavalinka l, pour rejoindre le général dès sa sortie.
La chaleur et l'éclat du soleil avaient fait place à la fraîcheur de la nuit et à la pâle
i. Remblai de terre qui fait le tour des maisons.
clarté de la nouvelle lune. Des lumières couraient derrière les fentes des volets et les carreaux des fenêtres. Les hautes cimes des peupliers qui se dressaient à l'horizon, derrière les maisonnettes, semblaient plus noires et plus hautes. Les longues ombres des maisons, des arbres, des haies, se dessinaient gracieusement sur la route argentée et poudreuse. Des voix de grenouilles résonnaient sur la rivière. On entendait dans les rues, tantôt des pas précipités, tantôt des bruits de conversation ou le galop d'un cheval. Du faubourg arrivaient de temps à autre les sons d'un orgue de Barbarie, qui jouait tantôt « viyoutt vitri 1 », tantôt quelque « Aurora-Walzer 2 » .