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aux fruits des prières que vous faites pour vos parents ^ »
Continuez donc, Madame, à prier pour votre mari , pour vos enfants , pour tous ceux de vos proches que Dieu a retirés de ce monde. Si leurs âmes, comme je l'espère, sont déjà dans le lieu du rafraîchissement, de la lumière et de la paix, vos prières soulageront d'autres membres de la famille de Jésus- Christ, et les arracheront aux flammes expiatoires pour les introduire dans rinfinie béatitude.
Mais ne bornez pas aux morts votre zèle ; qu'il soit catholique ou universel, comme l'Église. Parmi les vivants, combien de pécheurs , combien d'infidèles dont vous pouvez hâter le retour vers Dieu par vos soins, par vos prières, par vos aumônes et par tous vos mérites! Ayez compassion de leur misère ; car ce sont des aveugles, menés à la ruine de tout amour par le désordre même de leurs affections mensongères. A
* Les Insinuations de la divine piété, liv. V, ch. xx.
personne, autant qu'aux damnés ne s'applique ce que saint Paul disait des païens : « Ils sont sans affection : » Sine affectione (Rom., I, 31). S'il est vrai que le principe naturel de nos affections subsiste en enfer, ce n'est, hélas! qu'autant qu'il est mauvais ou séparé de Jésus-Christ. Encore n'y produit-il plus que des fruits remplis d'amertume, une haine plus grande là où semblait être un plus grand amour. Mais en ramenant à leur pasteur les brebis égarées, et au père de famille les enfants prodigues, vous préparez pour vous-même dans le ciel un cercle d'amis tendres et reconnaissants, qui permettront qu'on vous applique ces paroles du prophète : a Levez les yeux et promenez vos regards autour de vous ; tous ceux qui sont ici rassemblés sont à vous. Vous en serez revêtue comme d'un ornement ; vous en serez entourée comme une épouse ou une mère l'est de ses enfants, quoique vous ne les ayez point portés dans vos entrailles. » [hai., xlix, 18; liv, 1 )
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A ceux que vous aurez convertis, vous pourrez même dire comme F Apôtre : <( Vous êtes mes fils bien-aimés, vous êtes mes frères désirés, vous êtes ma joie et ma couronne. » [GaL ^ iv, 19. — Philip.^ IV, 1.)
A la pensée, à la vue anticipée de cette couronne de joie que vous trouverez en paradis , quand sera venu le temps de quitter ce triste lieu d'exil , vous aurez la consolation de vous dire : « Je vais me réunir à ceux que j'ai envoyés avant moi dans la patrie ; je vais les revoir et les reconnaître; je vais jouir des témoignages de leur gratitude et de leur amour. »
Vous pourrez même dire à ceux que vous laisserez sur la terre ce que le divin Maître disait à ses disciples : « Je vais vous préparer la place , pour que vous veniez là où je serai [Joan.^ xiv, 2, 3). Bientôt vous ne me verrez plus , et bientôt vous me re verrez, parce que je vais auprès de mon Père. Bientôt aussi je vous verrai de nouveau , et
YOtre cœur se réjouira, et personne ne vous ôtera Yotre joie. » [Joan.y xvi, 16, 22.)
Cette joie de vous revoir, Madame, sera d'autant plus grande en ceux qui vous connurent, que vous aurez plus travaillé à votre sanctification personnelle. Lorsque nous nous efforçons de devenir saints, le ciel commence pour nous dans le temps et s'achève dans Téternité. Comme la plante se dépouille successivement de ses grossières enveloppes, jusqu'à ce que la tige sortie du germe se couronne d'une belle fleur : ainsi, par son travail de sanctification, l'àme se dépouille de tout ce qu'elle avait de trop terrestre, se transforme ou se transfigure peu à peu en Jésus-Christ, qui se compare dans 1 Écriture à la rose des champs, au lis de la vallée [Cant.^ ii, 1). Pour elle le ciel commence par le louable développement de ses facultés, et il s'achèvera par le complet épanouissement de ces mêmes facultés. Car, même en paradis, nous ne serons pas oisifs, mais actifs, nous aurons
toujours quelque chose à appreudre , puisque Dieu est uu fouds inépuisable , et que uous ne serons jamais capables de Finfuii. Pour avoir quelque idée de ce que la gloire fera alors dans une àme, il suffirait donc d'étudier et de connaître ce que la grâce y fait maintenant, moins le côté pénible, moins la lutte qui n'existera plus. Tout ce que la grâce met en nous de lumière et d'amour n'est-il pas le germe que la gloire développera? Or ce que la grâce nous donne dès à présent, pour éclairer nos esprits et pour échauffer nos cœurs, est immense, est incalculable. Immense et incalculable aussi sera le poids éternel de gloire dont parle saint Paul (// Cor. ^ IV, 17), c'est-à-dire l'accroissement de splendeur et de charité que nous méritent la patience dans nos épreuves, l'activité pour le bien , le zèle du salut des âmes, le soin de notre progrès spirituel.
Et de même que les damnés seront punis par où ils auront péché [Sap.^ xi, 17), les bienheureux seront récompensés par où ils
auront mérité. Toute mère qui se sanctifie eu élevant ses enfants recevra dans ses fils et ses filles un surcroît de récompense. Tout enfant qui se dit : « Je fais ce sacrifice pour honorer mes parents, pour que Dieu bénisse mon père et ma mère , » leur prépare et se prépare à lui-même un accroissement de réternelle félicité. Au ciel, en effet, ce n'est pas seulement en gros, si je puis ainsi parler, que nous reconnaîtrons ceux qui nous furent chers; nous les reconnaîtrons jusque dans le détail; nous saurons ce que nous ignorâmes souvent ici -bas; nous saurons tout ce qu'ils firent ou endurèrent pour nous; nous verrons la récompense que le Seigneur leur en accorde, et ce spectacle, comme cette connaissance, sera l'une de nos joies pendant l'éternité entière. Que cette pensée vous console de tous les efforts que vous avez faits, de toutes les peines que vous avez supportées , pour sanctifier vos enfants en vous sanctifiant vous-même. Quel accroissement de récom-
penses n'en recevrez-vous pas dans la gloire! Tons les élns qui \ous aimèrent en ce monde le contempleront et en jouiront en vous. N'est-ce pas ainsi que nous considérerons Tauréole des vierges, des martyrs, des docteurs, et qu'en la considérant nous en jouirons nous-mêmes en ceux des docteurs , des martyrs et des vierges que nous eûmes le bonheur de connaître et d'aimer? La couronne spéciale qui vous attend sera comme l'auréole de votre maternité chrétienne. Elle sera due à tous les saints désirs, à tous les soins pieux, à toutes les douleurs intimes, que ceux qui en furent l'objet ou la cause ne connurent pas alors, mais qu'ils connaîtront dans le royaume des cieux, parce que chacun de ses désirs, chacun de ses soins, chacune de ces douleurs, aura produit un fleuron de la couronne immortelle qui brillera sur votre tète. Vos fils et vos filles admireront cette couronne, compteront tous ces fleurons, et ils en seront à jamais plus heureux. Pour
VOUS exciter à conquérir encore plus de mérites, ou de droits a réternelle récompense, quel doux et puissant aiguillon n'avez-vous donc pas dans le \if désir d'aller, pour accroître leur gloire par votre propre gloire, rejoindre au ciel tous ceux que vous avez le plus aimés, ou de les y voir monter triomphants auprès de vous !
Mais le Seigneur daignera vous laisser encore longtemps au milieu de nous, pour le bonheur de vos enfants et de vos petitsenfants, comme pour l'édification de tous les fidèles.
Tel est du moins le vœu, telle est la prière ,
Madame ,
De votre très humble et tout dévoué serviteur,