Au coeur de l'Afrique, 1868-1871
En amont d'Assouan, où s'arrêtent les excursions des touristes, commence le désert de Nubie, prolongement du Sahara jeté entre l'Egypte et l'Afrique centrale. Après avoir franchi ce bras sableux du désert, vous vous trouvez dans l'ancienne Ethiopie, composée de terres plates et basses que traverse le vieux Nil, tandis qu'à votre gauche se dresse l'Abyssinie, qui est la Suisse africaine. Dans cette vallée, sous quinze degrés et demi de latitude nord, le Nil-Blanc, qui vient de l'équateur, est rejoint par le Bahr-cl-Azrek ou Nil-Bleu, dont le massif abyssin renferme les sources. Au confluent des deux Nil est bâtie Khartoum, la capitale du Soudan égyptien.
Sur le territoire compris entre le Nil-Bleu, le Rahad, le Nil- Blanc et l'Atbara, s'élevait jadis la ville de Méroé, qui, à l'époque glorieuse des Pharaons, avait ses pyramides et ses temples. Devenue indépendante à l'époque où déclina la puissance égyptienne, l'Ethiopie fut reconquise par les Ptolémées et abandonnée par les Romains, qui, d'après le conseil d'Auguste1, prirent le désert de Nubie pour limite. Les Arabes suivirent leur exemple, ainsi que les Turcs; et l'Egypte ne dut peut-être qu'à Bonaparte l'impulsion qui l'a reportée vers le sud. On a stigmatisé l'expédition française, on Ta traitée de crime inutile; mais c'est par elle que les Mamelouks ont été renversés; par elle que le génie supérieur de l'Europe s'est déployé dans le pays : d'où est résulté un mouvement analogue à celui que, dans l'antiquité, y produisirent les Philhellènes, ces rois amis des Grecs. Par suite de ce mouvement, Méhémet-Ali organisa une armée d'après le système européen, traversa le désert qui lui servait de borne, et s'empara de l'Ethiopie. En môme temps, il introduisit la civilisation au Caire. Ces deux projets, culture de la capitale et conquête