CHAPITRE VIL
leur, ils ressemblent aux édifices que le termes mordax construit avec de l'argile grise, et dont il sera question dans les pages suivantes. Les champignons les plus communs, ceux qui en môme temps sont préférés par les naturels, appartiennent aux espèces coprinus, marasmius,rhodosporus, auxquelles s'ajoute un lentinus à chair coriace, mais aromatique.
J'ai déjà mentionné la grande abondance de fruits, sinon d'un goût agréable, du moins comestibles, que produisent les arbres de la contrée. Quand ils défrichent un bois pour agrandir leurs cultures, ou pour les changer de place, les Bongos ne manquent jamais de conserver le plus grand nombre possible d'arbres fruitiers, d'où résulte l'ornement de leurs campagnes, qui sans cela seraient aussi monotones que plates. C'est ainsi que le parkia et l'arbre à beurre, soigneusement épargnés, forment l'un des traits frappants du paysage.
La flore de cette région présente cette particularité remarquable que, parmi les espèces qui la composent, toutes celles qui ne sont pas essentiellement arborescentes s'efforcent d'accroître la durée de leur existence et de devenir vivaces. On en a la preuve en observant que toutes les racines, toutes les portions de la tige qui sont souterraines, se développent sous forme de bulbes et de tubercules, ou se montrent déterminées à devenir ligneuses. Les plantes annuelles occupent là-bas une place fort insignifiante; toute la. végétation paraît être pourvue des moyens de résister à l'incendie périodique des steppes, et avoir ceux de conserver les germes de vie jusqu'au retour de la période active.
Quand leur provision de grain est épuisée, ou quand la récolte n'est pas suffisante, les Bongos trouvent dans les tubercules de leurs plantes sauvages une ressource précieuse. Ils en vivent alors exclusivement pendant des jours et des jours, et en font la base de leur nourriture lorsqu'ils traversent les lieux déserts Ce qu'ils peuvent digérer de ces tubercules est incroyable. La plupart sont d'une amertume excessive; à moins qu'on ne les ait fait bouillir ou qu'en grillant sur la braise ils n'aient perdu une partie de leur âcreté, pour le goût c'est du fiel.
Parmi ces bulbes amers, il en est deux qui méritent d'être signalés : le mandibo, espèce de coccinea qui abonde presque partout; et le moddo-bihi, ou gomme de chien, qui est un cureiandra. Tous les deux appartiennent à la famille des cucurbitacées, et renferment une matière vénéneuse.
Imprégnées d'une égale amertume sont les racines, en forme de rave, des aselépiadées ; les énormes tubercules de Yentada Wahlbergii et ceux du pacliyrrhizus; ainsi que de différentes espèces de vernoniées et de flémingiées que l'on trouve, sous terre, à un pied de profondeur.
Quant aux plantes qui proviennent de ces nombreux tubercules, les indigènes ne peuvent en faire que peu d'usage. Cependant ils utilisent le drimia, liliacée minuscule dont les jolies fleurs rouges ne surmontent le sol rocheux que d'environ deux pouces, et dont les bulbes deviennent comestibles après une longue ébullition.
Lorsqu'en voyage, nous nous arrêtions en pleine solitude, les porteurs étaient à peine déchargés qu'ils se jetaient dans les fourrés voisins, et y déterraient des racines de toute espèce. J'ai vu, ce qui paraîtra incroyable et dont je me porte garant, j'ai vu à mon retour de Sabbi les trente Bongos de ma suite vivre exclusivement de cette nourriture pendant six jours consécutifs; et, bien que faisant des marches forcées, ne perdre ni leur vigueur, ni leur entrain. Leur santé demeura parfaite; ils semblaient constitués de façon à défier les rigueurs de cette contrée inhospitalière.
Il a déjà été fait mention de l'absence complète de sel de cuisine dans toute la région du Bahr-el-Ghazal ; le sous-carbonate de soude, qui partout lui est substitué, s'obtient en faisant bouillir dans l'eau les cendres du grewia mollis, arbuste commun dans tout le district dont nous parlons. Le grewia se rend encore trèsutile par la quantité de filasse qu'il donne.
Indispensable aux Bongos, le tabac est universellement cultivé dans le pays. Nous avons dit, page 248, que le machir des indigènes [nicotiana rustica) est ici d'une grande âcreté. Il a de petites feuilles que l'on pile dans un mortier de bois jusqu'à les réduire en pâte ; celle-ci, après avoir été pressée et mise dans des moules, se dessèche et devient très-dure. Quand on veut s'en servir on casse un morceau de la briquette; le fragment est broyé entre deux pierres, et la poudre qui en résulte est fumée dans une longue pipe, dont le fourneau d'argile a une très-jolie forme. Passionnés pour le tabac, les Bongos en font un usage non moins constant que beaucoup de peuples du nord, et n'abandonnent la pipe sans regret que lorsqu'ils sont tout à fait narcotisés. J'ai vu l'un d'eux, qui faisait 'partie de ma suite, fumer au point de tomber sans connaissance dans le feu du bivac, n'en