CHAPITRE VIL
les races qui jusqu'ici ont été découvertes en Afrique; et bien qu'à peu d'exceptions près et sans importance1 la chevelure, dans le nord du continent et chez les Éthiopiens, ne soit pas laineuse, les cheveux lisses ne s'y rencontrent nulle part.
Chez les tribus du centre, la diversité du système pileux cou sistc dans la nuance et dans la longueur, qui varient singulièrement, suivant les races. Chez quelques-unes la barbe prédomine; tandis que chez d'autres elle manque absolument.
Ainsi que la plupart des habitants du sol rouge, les Bongos ont la toison parfaitement noire, mais d'une longueur très-différente de celle des Niams-Niams. Ceux de la frontière qui touche à ces derniers ont souvent essayé de tordre leurs cheveux ou de les natter à l'imitation de leurs voisins, et n'y sont nullement parvenus. Il est très-rare que la barbe, les favoris et les moustaches soient conservés et soignés ; dans tous les cas, c'est à peine s'ils ont un demi-pouce de longueur.
Le pays des Bongos est traversé, du midi au nord, par cinq tributaires importants du Bahr-el-Ghazal. A ces rivières, s'ajoutent de nombreux petits cours d'eau, non permanents, mais dont les lits conservent, pendant la saison sèche, des étangs qui suffisent pour entretenir la végétation. Bien que du mois de novembre à la fin de mars la pluie soit tout à fait exceptionnelle, l'eau potable ne manque jamais; on peut toujours se la procurer sans beaucoup de temps, ni beaucoup de peine, dans les réservoirs qui survivent aux ruisseaux périodiques. La famine ayant pour cause la sécheresse paraît inconnue des indigènes; elle ne s'était pas produite depuis dix ans ; et quand elle arrive, c'est par suite de la surabondance des pluies. Les récoltes ont plus souvent à souffrir de l'inondation que d'une année trop sèche; et tout démontre combien il serait facile d'établir des rizières.
Les Bongos sont essentiellement agriculteurs; excepté à certaines époques, consacrées à la pêche, et lors d'une chasse accidentelle, ils dépendent entièrement des produits du sol pour leur subsistance. Nous avons dit précédemment quelles sont les plantes dont ils s'occupent. Hommes et femmes prennent chez eux une part égale aux travaux des champs. Ils apportent la plus grande attention à la culture du sorgho, et se donnent à son égard infiniment de peine. La semence est jetée à profusion dans des tranchées faites avec soin; quand les jeunes pousses
1. Exceptions offertes par les Cheighiehs, gens de souche arabe établis en Nubie.
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ont paru, quinze ou vingt jours soûl employés à éclaircir le semis et à repiquer le jeune plant qui vient d'être enlevé. Cette méthode peut s'appliquer au maïs avec beaucoup d'avantage; j'en ai fait l'expérience.
Très-peu de légumes sont cultivés par les Bongos; mais ceux-ci trouvent dans les plantes sauvages qui les entourent de quoi suppléer abondamment à l'insuffisance de leur potager. Partout, sous les tropiques le gieseckia, le corchorus, le gynandropsis croissent spontanément sur les confins de la demeure de l'homme. Les feuilles de ces plantes, de même que celles des courges, entrent fréquemment dans la cuisine de l'indigène. Les feuilles charnues du talinum roseum se servent de la même façon que nos épinards; le fruit de l'hymenocàrdia, qui, pour la forme, ressemble à celui de l'érable, et dont l'acidité est loin d'être déplaisante, remplace l'oseille; enfin soumises aune ébullition prolongée, les feuilles coriaces du tirna (pterocarpus) deviennent réellement douces et tendres.
Des champignons sans nombre et d'espèces variées apparaissent pendant la saison pluvieuse. Les Bongos les ont en grande estime; ils les gardent jusqu'au moment où la chair s'en décompose, les font alors sécher et les réduisent en une poudre dont ils assaisonnent leurs sauces ; les ragoûts, ainsi relevés, ont un fumet qui, sans leur faire tort, est comparable à celui du poisson gâté. Je n'ai pas vu dans le pays un seul champignon vénéneux; tous étaient parfaitement comestibles et quelques-uns réellement très-bons. Les indigènes les confondent tous sous le nom •dekahoûh, à l'exception de la plus grande espèce qu'ils nomment hegba rnboddoh; cette appellation est curieuse en ce sens qu'elle reproduit à la lettre le toad stool des Anglais *, et le poggen staul du bas-allemand, appliqués de même à une sorte de champignon. Hegba, chez les Bongos, est le nom d'un petit tabouret dont nous ^parlerons plus loin; mboddoh, celui de tous les batraciens en général, et, en particulier, du bufo pandemnus. Ce terme bizarre de siège de crapaud, suggéré aux habitants de deux points du globe si éloignés l'un de l'autre, désigne ici un polypore gigantesque; il n'est pas rare de trouver des hegbas de neuf pouces de hauteur, d'un pied de diamètre, et qui pèsent environ cinquante livres- Pour la forme, la dimension et la cou-
1. Toad, crapaud; slool, tabouret; même signification pour les mots poggen et staul.