CHAPITRE VIL
pure est assez rare. Il est d'un brun rougeâtre, a les oreilles courtes et dressées, et la queue touffue, comme celle du renard; ce* qui le dislingue de la race dinka, dont le fouet est à poil ras, et du chien des niams-niams, qui a la queue enroulée comme celle d'un porc. Mais pour moi ce qu'il y a de plus caractéristique me paraît être la mobilité de son poil, qui, à la moindre provocation, se hérisse sur le cou et sur tout le dos, comme celui d'un chat en colère.
Bien que les Bongos soient peu délicats au sujet de leur nourriture, ils ne mangent jamais de viande de chien, qui fait partie du régime alimentaire de leurs voisins du sud et du sud-est.. A l'idée seule de cet aliment ils témoignent non moins d'horreur que si on leur parlait de chair humaine. Les chiens morts sont chez eux l'objet d'une curieuse superstition; un jour où je me préparais à enterrer un chien que je venais de perdre, je vis arriver des gens de la localité qui me supplièrent de renoncer à mon projet : cet enterrement devant empêcher de pleuvoir sur leurs semis. Par ce motif, les chiens morts des Bongos sont jetés simplement dans les champs, où ils restent à découvert.
A différentes époques la chasse et la pêche offrent aux indigènes des ressources importantes. C'est principalement à la fin de la saison pluvieuse que la chasse les occupe; parfois elle est individuelle; parfois elle consiste en une grande battue, à laquelle prennent part tous les hommes du district. On obtient aussi beaucoup de gibier au moyen des tranchées et des pièges.
La pêche se fait généralement en hiver. Un soin extrême est apporté à rétablissement des pêcheries et à la fabrication des engins : nasses en vannerie, pièges, etc.; ainsi qu'à la confection des filets de chasse que les Bongos emploient dans toutes, leurs battues.
Depuis une douzaine d'années la poursuite de l'éléphant est devenue chez eux de l'histoire ancienne. Les plus âgés de la tribu, et ici le nombre des vieillards est très-minime, sont les seuls qui paraissent en avoir gardé un souvenir distinct. De grands fers de lance, armes de luxe aujourd'hui possédées par les riches, ou servant dans de rares occasions pour chasser le buffle, rappellent seuls l'abondance d'ivoire dont Petherick, qu, (Mi fut le premier témoin, nous a fait une description si frappante.
La capture du gibier de moindre taille se fait généralement chez les Bongos au moyen d'un tronc d'arbre placé horizontale-
ment sur une branche, où des cordes le maintiennent en équilibre1. L'endroit se choisit naturellement parmi ceux que fréquente le gibier; une palissade est élevée de chaque côté de l'arbre qui soutient le trébuchet; elle a pour but de contraindre la bête à passer sous la poutrelle. Un nœud coulant est disposé de telle sorte, qu'en suivant le chemin tracé, l'animal le rencontre, détende la corde, et lasse tomber la pièce de bois sur lui. Le nombre de ces trébuchets que l'on trouve dans les fourrés est une preuve suffisante de l'efficacité du moyen. Les antilopes de petite espèce, l'ichneumon, la civette, la genette, le chat sauvage, le serval, le caracal sont tour à tour victimes de ce stratagème.
Une chasse en miniature est le plaisir favori des gamins dont l'occupation journalière est de piéger les menus rongeurs qui habitent les champs. Ils font pour cela des tubes en vannerie, sorte de nasses qu'ils posent aux environs des terriers de la petite bête. Leurs pièges établis, ils commencent une battue dans les chaumes, où les bestioles effrayées se hâtent de regagner leurs trous, et se jettent souvent dans le panier placé à leur intention.
C'est ainsi que les petits Bongos détruisent un nombre considérable de gerbilles et de souris, mus gentills et mus barba/rus. Ils les nouent ensemble par la queue, en font des bottes d'une douzaine ou à peu près, et les vendent à leurs camarades; quitte à en acheter le lendemain si leur chasse est mauvaise. « Ce sont nos vaches, « me criaient-ils d'un air joyeux lorsque la prise avait été bonne. Ce gibier minuscule leur sert en outre d'appât à l'égard du chat sauvage, qui, pour eux, est le meilleur des rôtis. Ils construisent de toutes petites cases en roseaux tressés, y enferment des souris, les portent dans les déchirures des fouillis d'herbe, et les placent à côté d'une trappe, de manière à faire tomber dans le panneau les chats qu'attirent les hôtes des maisonnettes.
Excepté l'homme et le chien, les Bongos semblent regarder comme alimentaire toute substance animale, quel que soit l'étal dans lequel elle se trouve. Les restes du repas d'un lion, débris putréfiés cachés dans la forêt, et dont l'approche des milans et des vautours leur révèle l'existence, sont recueillis par eux avec joie. Le fumet leur garantit que la viande est tendre, et ils estiment que, dans cette condition, elle est plus nourrissante et plus
1. Cet engin est représenté dans le premier volume de Travels in Central Africa. de Petherick, p. 255.