‹ Au cœur de l'Afrique, 1868-1871Chapitre 180 sur 251 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Ce n'est que parmi les hommes que le tatouage joue un rôle important. Le plus répandu de tous leurs dessins consiste en deux lignes qui partent de l'abdomen et qui se dirigent vers les épaules, comme les boutons de certains uniformes. Chez les femmes, on voit simplement quelques rangées de points sur le front et sur les tempes. L'arrachement des sourcils et des cils est chez ces dames une pratique ordinaire.

Les Mittous ont à peu près le même outillage et les mômes procédés industriels que les Bongos. Très-inférieurs à ceux-ci comme forgerons, ils n'en attachent pas moins une extrême importance à la fabrication de leurs flèches, dont ils savent varier les barbelures de vingt manières ; ils font en outre preuve d'une adresse très-inventive à l'égard de leurs ornements, qui, soit en cuivre, soit en fer, offrent une incroyable diversité : ce sont des clochettes, des ancres, des bagues, des grelots, des plaques, des haches en miniature et cent autres babioles. Toutes les femmes ontloreille bordée de petits anneaux et chargée de pendeloques.

11 y a ensuite les chaînes de fer, pour lesquelles ces tribus ont la même prédilection que les Mombouttous et les Niams-Niams; enfin les bracelets du même métal, lourds anneaux pourvus d'une projection hérissée de pointes, qui probablement joue un rôle efficace dans les luttes corps à corps.

Même à ces enfants de la nature, l'orgueil humain fait accepter l'esclavage de la mode, qui ne supplicie pas moins les habitants de ces lieux sauvages que les détenus de la civilisation, cette grande geôle, et qui, avec un raffinement satanique, les charge de ses fers dans la plus triste acception du mot. Pour montrer leur fortune, pour affirmer leur rang social, les Mittous des deux sexes portent des chaînes de la grosseur du doigt; à ces chaînes, alourdies par toute la ferraille qu'ils peuvent y joindre, et qui descendent par trois et quatre sur la même poitrine, s'ajoutent des anneaux de cuir d'une force à retenir un lion. Il en résulte cette rigidité d'encolure que donnaient à nos pères les hautes cravates qui nous étonnent dans les portraits que nous avons d'eux. Quand un seigneur mittou, décoré de ses chaînes et de ses carcans, passe, tout fumant d'huile et de graisse, à côté de la plèbe, il n'est pas moins rempli de son importance que le diplomate chamarré d'ordres, qui, mince et raidc, traverse nos salons sans desserrer les lèvres.

Ces colliers sont mis une fois pour loutes; la décapitation ou le désagrégementdu squelette leur permettent seuls de changer

de place. Je n'ai pas eu la chance d'assister à l'opération énigmatique de leur soudure et ne sais rien à cet égard. Tout ce que je peux dire, c'est que pour river les anneaux dont les mêmes personnages se décorent les bras et les chevilles, on place un morceau de bois sous le métal afin de protéger les chairs.

Non-seulement les outils, mais les ustensiles des Mittous diffèrent peu de ceux des Bongos. Un objet qui semble leur être particulier, et dont ils font un usage quotidien, est une cuiller de bois à long manche et en forme de croissant, avec laquelle ils remuent leurs bouillies.

Chez eux, de même que chez les Bongos, la plupart des tombes sont couvertes d'un tas de pierres maintenu par des piliers, et sur lequel est placée la coupe du défunt. Il est probable que les deux peuples ont la même manière d'enterrer les morts. On trouve aussi chez les Mittous les figures en bois que nous avons décrites en parlant des Bongos, sortes de pénates qui semblent également se rencontrer de l'autre côté du Rohl.

L'usage prépondérant, chez eux, de l'arc et des flèches, donne aux Mittous une certaine supériorité militaire sur les Dinkas. Ce sont d'excellents archers, qui, d'après leurs voisins, seraient encore plus adroits que les Bongos. Leur arc est d'une forme ordinaire et a quatre pieds de longueur. Ainsi que les Mombouttous, chez qui les arcs sont plus courts, ils se servent de flèches en bois d'une longueur de trois pieds, dont la moitié seulement pour le trait, le reste pour la pointe.

Les Mittous dédaignent la protection gênante du bouclier, mais attachent beaucoup de prix à une poignée de fortes javelines.

De même que pour l'industrie du fer, les Mittous restent fort loin des Bongos dans l'art du bâtiment ; leurs cases sont faites avec négligence et toutes petites : beaucoup d'entre elles seraient couvertes par une crinoline de 1856. Mais sous le rapport musical , les Mittous dépassent infiniment leurs voisins. Au lieu de ces tubes grossiers que les Bongos font mugir, ils ontdes gourdes allongées, savamment percées de trous; de petits cornets à trois ouvertures, et de fines trompettes; puis un instrument qui tient de la lyre et de la mandoline : cinq cordes tendues sur une barre transversale et passant au-dessus d'une coquille d'anondonte qui forme chevalet; la caisse sonore est à fond convexe et recouverte de peau ; la table est quadrangulaire et percée de trous aux quatre coins. Cet instrument, qui ressemble beaucoup à la robaba des Nubiens, constitue l'une des

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