CHAPITRE XII
érigée sur ce lieu de réunion, s'élevait un corclia abyssinica d'une dimension colossale, au pied duquel s'établirent les porteurs, et qui me rappela les villages d'Abyssinie, où cet arbre est l'objet de soins particuliers. Von Beuermann l'a également rencontré dans le Kaneuî; il y remplit, comme ailleurs, le môme rôle que le tilleul dans les villages d'Allemagne, et réunit les habitants, qui, au milieu du jour, vont prendre le frais à l'ombre de son épaisse feuillée. La splendeur de sa large cime, qui survit à de nombreuses générations, en fait l'un des plus beaux ornements des bourgades mombouttoues.
Enfin, dans les profondeurs de la verdure, apparut la résidence royale. Nous avions atteint une large vallée entourée de plantations, et ombragée d'arbres gigantesques, derniers vestiges de l'ancienne solitude. Un ruisseau limpide serpentait dans la vallée; mais nous nous arrêtâmes sur la première pente, dans un endroit dépourvu d'arbres, où le camp fut établi. En face de nous, sur une aire inclinée, dépouillée d'herbe, et dont le sol était rouge, se voyaient des rangs nombreux de huttes soignées, dont les unes portaient des toitures à pignons, les autres des toits coniques. Près de ces cases, et dominant tout le reste d'une grande hauteur, s'élevaient au milieu de cours imposantes, les vastes bâtiments de la demeure royale, qui ne ressemblaient à rien de ce que nous avions vu depuis notre départ du Caire.
Les Bongos, la hache et le couteau à la main, s'étant mis à l'œuvre, rapportèrent bientôt des jungles qui bordaient le ruisseau tout ce qu'il fallait pour construire nos abris, et le camp fut dressé avec la rapidité ordinaire. Une heure après, nous étions installés au centre d'un magnifique paysage. Ma tente, qui commençait à porter les marques trop visibles des intempéries, fut plantée au milieu des huttes de la caravane, non pas sur la terre nue d'une solitude désolée, comme elle l'avait été souvent, mais vis-à-vis d'un palais. Pour la première fois, elle fut décorée de mon drapeau qui flotta au-dessus d'elle, en signe de fête de notre arrivée chez un puissant monarque.
Immédiatement accoururent les indigènes, qui s'efforcèrent d'obtenir une entrevue; mais, pour l'instant, j'étais las de ces visites, qui m'obligeaient à livrer ma tête aux mains des curieux, alin de leur prouver que ma longue chevelure était bien à moi; ou, comme Wallenstein devant ses meurtriers, de me découvrir la poitrine pour en faire admirer la blancheur. Je restai
donc sous ma tente, à l'abri du soleil; tandis que les magnats du pays, assis près de ma porte où ils avaient fait placer leurs bancs, attendaient patiemment ou non qu'il me plût d'apparaître. Toutefois, je persistai dans ma résolution, conservant toute ma force pour le lendemain, où je devais exhiber la merveille de mon existence devant le roi en personne.