A LA MARIANNE D'AUVERGNE
De même qu'un « ferrât » (i)au cuivre usé s^altère Et perd tout son éclat dans le fond d'un souiliard, O toi, ma langue, en vain étais-tu belle et drue. Il te fallait quelqu'un pour te faire briller.
Je t'ai frottée et, sous les toiles d*araignées, Sous la poussière, ainsi qu*on ix)it dans ïe ciel bleu, A l'entrée de la nuit, luire l'or des étoiles, J'ai vu luire à nouveau ton cuivre si joli.
Tu semblais, — pourte mieux comparer, — Cendrillon: Figure barbouillée, robe pauvre, pieds nus; Qui diantre peut, t'ayant connue en ce temps-là, Dire que ton aspect n'était pas d^un souillon ?
Mais, par un beau matin, comme une fiancée, Là-bas, je t'ai conduite à la source sous bois. Où le thym, la bruyère et les genêts en Ûeurs Répandent dans les airs leurs sauvages parfums.
Dans Teau pure que rien de venimeux n'approche,
— Elle jaillit du roc, s'épanche sur le sable
Et seul le rossignol y boit^ — dans cette eau pure, J'ai lavé tes cheveux d'or, mie, et tes pieds mignons.
Oni, j'ai lavé tes pieds, tes mains et ton \isage, Et lorsque je t'ai vue, après, sur la colline. J'ai pris tes cheveux d'or pour des rais de soleil. Et tes lèvres, ma mie, pour une double fraise.
Alors, je t'ai cueilli des fleurs en quantités
— Non des fleurs de jardin, mais des fleurs de bruyère. Pour ton corsage j'en ai fait nue guirlande,
Et j'ai vu que tes yeux étaient gonflés de pleurs ;
Gionflés de pleurs de joie et — n'est-ce pas vrai, diâ ? Lorsque tu t'es mirée au miroir de la source,