I. Seau àe cnirre
58 AU CŒUR DE l'AUVERGNE
La rose du bonheur a fleuri sur ton front Cependant que ton cœur battait pour moi, ma mie.
Et maintenant, avec ta coiffe enrubannée, Tes deux petits sabots qui foulent l'iierbe à peine, Et les quatre tours d'or de cette longue cliaîne Qui pend sur ton corsage agrémenté de fleurs,
Avec cela, tu n'as pas l'air d'une bergère, Et le public jaseur qui ne te connaît plus. De te voir à mon bras, sourit en chuchotant : C'est un fiancé qui passe au bras de son aimée.
Le patois, mais c'est par ce qu'il a de pauvre et de simple qu'il nous touche ; par ce qu'il a d'obscur — et que le poète a fait reluire — qu'il nous est cher ; parce qu'il est tout près du cœur de la race et de l'âme du pays...
Une langue souple, vaste, riche, évoluant, de conquêtes en conquêtes, sollicitées par l'innombrable beauté de l'univers et l'infini de la pensée et des sentiments humains, n'a pas le temps d'avoir des attentions et des gentillesses pour chaque caillou, chaque geste, chaque cri des bourgades perdues des petites patries ; elle ne s'aventure pas aux cantons reculés, où Texistence toute pastorale n'a guère changé depuis des siècles et des siècles, où nul des besoins nouveaux n'a appelé des manières nouvelles de sentir et de s'exj)nmer. .. là, les hommes à qui les durs travaux rustiques n'ont pas laissé le loisir d'écrire ni de s'exercer aux jeux de la poésie et de l'éloquence tiennent jalousement aux mêmes vieux mots éprouvés, fidèles et sincères qui s'appliquent si fortement et si tendrement aux mêmes vieilles choses familières du champ et de la
ferme... Le patois est là, contemporain de l'histoire ancienne de la contrée. Comment ne pas faire confiance à ses dires immuables, à ses antiques et loyaux services ? Car les expressions de terroir ont gardé leur relief originel ; elles sont d'une frappe grossière, mais résistante. Et voici que les savants se tournent vers l'étude des patois méconnus et dédaignés, pour y retrouver le secret initial de la formation des langues...
Mais qu'importe l'origine précise du parler auver- I gnat — pour les fils de l'Auvergne ! On nous apprendrait demain qu'il descend du chinois que cela ne nous dérangerait guère. Ne resterait-il pas le verbe ancestral ! Pour nous, émigrants, sevrés tôt de la voix maternelle, — même nourris des splendeurs du français, du latin, du grec, c'est toute notre fibre profonde qui tressaille au patois du berceau, quand il nous est redonné de l'entendre, nostalgique, évoquer à nos esprits tumultueux, harassés de l'exode aux cités, la vie salubre, primitive et bourrue de la Montagne. . .