‹ Au cœur de l'AuvergneChapitre 23 sur 61 · Lai s'en vai mos cors marritz Et co remou l'esperiz · texte numérisé non relu

Lai s'en vai mos cors marritz Et co remou l'esperiz

n'ont à être évoqués ici que pour le hasard de leur naissance : Pierre et Astorg de Manzat, Elugues de Peirols (à Rochefort-Montagne), Bertrand II, Sire de la Tour, Michel de la Tour, Pons de Chapteuil, Garin-le-Brun, Gasmar, Guillaume de Saint-Didier, Gausseran de Saint-Didier, Guillaume Moissat de la Moissetrie, Pierre de Gère de Cols, Faydit du Bellessat, Bernard Amouroux (de Saint-Flour), Astorg d'Aurillac, baron de Conros, Astor de Segret.

Cependant, notons quelque trait de rudesse auvergnate chez Ebles de Saignes ; c'était le troubadour économe, qui mettait la peine d'argent au-dessus des chagrins de cœur : On ne souffre d'amour que si Ion çeut. Lequel est le plus malheureux, du de'bileur ou de Vamant sans espoir ? dialoguent Ebles et Guillaume Gasmar dans le tenson qui nous a conservé cette pâle dispute ; et le comtour de Saignes de se lamenter :

Guillaume Gasmar, jamais par amour (i).

Homme ne supporta pis, en sa jeunesse,

Que je n'ai fait moi-même en action et en pensée.

Et nul ne doit à présent davantage de son bien :

Aussi je sais, comme on sait par l'épreuve,

Qu'aucun mal ne se laisse

Comparer à la douleur d'amour ; [souffre pire mal

Toutefois il n'est pas d'homme dans le monde entier qui

Que celui à qui chacun dit : a Paye-moi, paye I »

Ebles de Saignes ne fut pas épargné de Pierre

Guillaume Guaymar, anc per amor No trayspiegz hom, de son joven, Etc..

d'Auvergne qui le mentionnait dans sa galerie des mauvais troubadours :

Et maître Esbles de Saigne le dixième à qui jamais n'échut bien d'amour, — quoiqu'il chante comme on bataille ; — un petit vilain chicaneur bouffi, — qui, diton, pour deux deniers du Puy — là-bas se loue et ici se vend (I).

Mais, alors comme aujourd'hui, Véreintement, souvent, prouvait que la victime n'était pas si négligeable... L'effet des abatages de Pierre d'Auvergne fut d'assurer la mémoire des troubadours qu'il massacrait et dont la plupart n'ont laissé que leur nom sauvé par l'invective.

Décidément, les dames no sont pas prisées des troubadours auvergnats, comme c'est la règle courtoise. Ebles de Saignes redoutait l'assaut des créanciers plus que les vicissitudes de passion. Le tenson de Cavaire et de Bonnafos est plus significatif encore, de l'infirme et laid plébéien et de l'élégant seigneur qui préfère à une dame sa vengeance contre les bourgeois d'Aurillac . Sur les origines de Cavaire et de Bonafos on n'est pas exactement fixé (vers i225-i25o) ; mais, sans doute, ils habitèrent Aurillac, où ils situent leur haineux différend. Cavaire voyagea en Vénétie ; il fut à la Cour du marquis d'Esté, où il se rencontra encore un concurrent, Folco, pour lui demander s'il avait perdu le pied, mutilé par châtiment, pour sacrilège, à la suite de l'eflraction d'une sacristie. Cavaire ripostait en accusant Folco de n'être qu'un bas comparse, vêtu

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