I. Notons encore ces réflexions
J'ai passé par Clermont, qui m'a donné un vif chagrin, celui de ne pouvoir m'y arrêter. Quelle magnifique position ! Quelle admirable cathédrale : Quelle belle chaleui ventillata l
La vue que l'on a du Puy-de-Dôme, qui n^est qu'à deux lieues de la ville, élève l'imagination, tandis que Taspeci de la Limagne donne l'idée de la magnificence et de la fertilité. Je n'ai pu donner qu'un quart d'heure à la cathédrale commencée vers 124^, mais non achevée. La voiîte est à cent pieds du pavé, la longueur de l'édifice est de troi« cents pieds, les piliers du rond-point sont remarquables par leur délicatesse. Ce monument, d'un aspect sévère et imposant, doiuine toute cette ville sombre, bâtie ellemême sur un monticule. J'ai été surpris et charmé par la vue que l'on a de la terrasse. La très antique église de Notre-Dame-du-Port, qui date de 56o et fut reconstruite en 866, mériterait une description de plusieurs pages. Le. grande difficulté, comme à l'ordinaire, serait d'être intelligible. En Auvergne, on tire un grand parti de la différence de couleur dans les matériaux des surfaces. Les anciens peignaient les façades de leurs temples. Avattf
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Le style, c'est l'homme, le style, c'est le pays, — témoin Pascal. Gomment, avec V^ermenouze, aurionsnous été insensibles à l'accent roman, patois, de l'architecture du xi^ siècle.
« Chaque province, en France, a eu son beau moment y), inscrit encore Stendhal, dans ces mêmes Mémoires d'un Touriste ! Sans doute, pour l'Auvergne, les XI' et XII* siècles ont marqué une ère considérable, encore peu étudiée.
C'est ainsi que la chose existait sept ou huit cents ans avant d'être baptisée ; le mot roman ne date que de 1825, l'architecture romane se disait lombarde, saxonne, byzantine. Cependant, pour Stendhal, le roman ne doit pas avoir été le règne du beau en Auvergne, en ce xi* siècle où « l'Architecture »
cette découverte assez récente, les savants d'académie maudissaient cette pratique.
Mon correspondant a voulu absolument me cond^iire au jardin de Mont-Joly, à vingt minutes de la ville ; j'y ai trouvé une magnifique allée de vieux arbres qui, à elle seule, vaudrait un voyage de dix lieues. Et je n'ai pu donner qu'une heure et demie à celte ville de la Suisse, avec cette différence, en sa faveur, qu'elle est bâtie en lave, et que la présence d'un volcan, même e'teinf, imprime toujours au paysage quelque choss d'étonnant et de tragique qui empêche l'attention de se lasser. Il me semble que le lecteur est d'avis que rien ne conduit aussi vite au bâillement et à Vépiiisement moral que la vue d'un fort beau paysage : c'est dans ce cas que la colonne antique la plus insignifiante est d'un prix infini ; elle jette l'âme dans un nouvel ordre de sentiments.
Si j'avais huit jours à moi, il me semble que je les emploierais fort bien dans les Cantals aux environs de Saint-Flour. Il y a là des solitudes dignes des âmes qui lisent avec plaisir les sonnets de Pétrarque ; mais je ne les indiquerai pas plus distinctement, afin de les soustraire aux phrases toutes faites et aux malheureux superlatifs des faiseurs d'articles dans les revues.
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romane succède à la romaine et la copia autant que la misère et la barbarie des temps le permettaient. Or, il y fallut de la richesse et du savoir, les biens du clergé, et le génie de la race, en qui Stendhal n'a vu que des imitateurs étroits et serviles. Aujourd'hui, il faut reconnaître l'originalité et l'audace de ces constructeurs médiévaux du massif central dont la leçon se propagea si loin qu'ils abaissèrent nos frontières de montagnes pour faire resplendir la gloire de l'Ecole auvergnate depuis Saint-Serninde-Toulouse jusqu'à Autun (i).
L'Auvergne n'avait qu'à se baisser pour recueillir la tradition de rarchitecture romaine, que ses moines bâtisseurs devaient adapter si puissamment et originalement à notre ciel sombre et à nos violents climats : les églises des xi% xii^ siècles ne furent-elles pas édifiées aux places d'anciens monuments gallo romains, dont on utilisait les substructions, Notre-Dame-du-Port, du vi<^ au xii^ siècle fut reconstruite trois fois jusqu'à sa transformation définitive de l'époque romane. C'en était fini des plafonds plats des basiliques romaines, des toitures de charpente vouées à l'incendie ; le plein
I. On peut facilement établir que les églises romanes de Saint-Etienne-de-Nevers, Sainte-Foy-de-Conques, Sainl-Gaudens, Saiiit-Nazaire-de-Caicassonne, Saint-Sernin-de-Toulouse, Saint-Trophyme-(l Arles, Saint-Gilles, Saint- Jacquesde-Compostelle, dénotent une certaine imitation de l'art arverno-roman. La sculpture des cljapiteaux, des frises, des corniches, des modillons des églises romanes de l'Auvergne, a inspiré les écoles poitevines, toulousaines et provençales ; le plan des édifices religieux de l'Auvergne a été imité par l'Ecole toulousaine ; ainsi, l'Ecole auvergnate apparaît comme une abondante source où les architectes ont longuement puisé.
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cintre, la voûte en berceau furent la trouvaille du roman :
Le mur épais, la voûte puissante, le pilier massif sont des éléments primordiaux de l'art arverno-roman. Par l'importance qui leur est donnée, l'Ecole Auvergnate dérive de l'architecture romaine où le mur jouait un si grand rôle. A Rome le mur en effet, n'est pas comme une pièce, une simple clôture, il est l'âme de l'édiûce ; l'église romane d'Auvergne a l'air d'une forteresse (i).
De là, son accord profond, une harmonie foncière avec nos Villes fortifiées, les paysages où les parois des monts sont comme de noirs remparts (2). Nous n'étions pas grand clerc en archéologie. C'est d'instinct que nous admirions, — bien avant de connaître les raisons, le détail technique du roman auvergnat, — d'un regard épris de lignes sobres, de plans solides, de robustes aspects montagnards; par la contemplation limitée de nos horizons, la basilique rude, aux rares ouvertures de meurtrières, offrait le rythme de