L'art roman auvergnat, par Albert Bresson
2. La construction de l'Ecole d'Auvergne peut se résumer en douze éléments précis et déterminés qui caractérisent son architecture ; en croix latine avec trois nefs — nef centrale voûtée en berceau, épaulée par des nefs latérales avec voûte d'arête — piliers carrés cantonnés sur les quatre faces de colonnes engagées — voûte médiane avec ou sans arcs doubleaux — croisée du transept voûtée en coupole surmontée d'une tour — lanterne centrale octogonale — nef centrale éclairée par les baies des bas côtés, fenêtres amorties en plein cintre avec large évasement intérieur, presque toujours à l'aplomb du mur extérieur — archivoltes intérieures inscrivant les baies des absides et du chœur et reposant sur le chapiteau de colonnettes dégagées — abside en hémicycle voûtée en cul-de-four, flanquée d'absidiales voûtées de même — arcature courant au-dessus des baies et autour du chevet toujours circulaire — chœur à déambulatoire — crypte dans le chœur (Idem).
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ses formes pleines, trapues, mais clairement, simplement, logiquement réparties. Ici, la foi n'est point dépaysée à la surprise d'agréments décoratifs de cent provenances étrangères. La variété de l'ornementation par les incrustations coloriées est tirée du volcan même. Cette polychromie de marqueterie jaune, noire, rouge, blanche, des couleurs familières des laves de la région, réjouit la vue de ses incrustations géométriques sans distraire l'attention par des curiosités dispersées :
« Tous les grands divertissements sont dangereux pour la vie chrétienne » , pensait Pascal.
Il dénonçait surtout la comédie. Tant d'incomparables cathédrales dans leurs décors merveilleux n'offrent-elles pas de représentations d'une pompe oùriiumilité chrétienne se sent mal à l'aise? J'imagine que le recueillement et la prière doivent trouver leur densité la plus émouvante dans l'àpre refuge de la crypte romane, dans le caveau souterrain aux voûtes libres que n'éclaire et ne chauffe guère que le buisson des cierges, et où ne descendent pas les voix des orgues et des cantiques.
Si les moines de l'Ecole auvergnate ont su utiliser les matériaux de la contrée, et en tirer les éléments d'une ornementation personnelle à quoi, plus qu'à toute autre, devaient être sensibles des populations pratiques, qui entendent la raison plus que la fantaisie, ces étonnants bâtisseurs n'ont pas innové en fait de sculptures. (D'ailleurs, la taille du basalte offre d'insurmontables difficultés.) Ils ont emprunté leurs motifs à la convention, sans un regard sur la nature. On remarque qu'en dehoi-s de la feuille d'acanthe ou de la ijomme de pin, le règne
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végétal n'a guère été exploité ; généralement, l'exécution des chapiteaux est lourde, médiocre. Cependant, on ne saurait juger indifférente la naïveté du «rendu» des monstres, des masques étranges, des compositions obscènes — de réminiscence orientale. Mais il est une catégorie de sculpture éminemment auvergnate ; ce sont les chapiteaux historiés, donnant une suite, par exemple, à Notre-Dame-du- Port, l'histoire d'Adam et d'Eve. 11 est des centaines de ces chapiteaux historiés en Auvergne, qui, par leur beauté, inscrivent l'art dans le roman auvergnat. On a, dans quelques cas, tenté de déchiffrer le symbolisme supposé de certaines scènes ou de certains personnages — sans parvenir à des solutions satisfaisantes. Il est moins hasardeux de s'en tenir à la pensée visible des artisans.
Pour tout le détail, je ne puis que renvoyer aux pages si documentées de M. Albert Bresson. Il vous dira les modillons, les corniches, les frises, et tous les accessoires de l'architecture religieuse, la croix sur la place du village, les croix professionnelles, les crosses, les calices, les colombes eucharistiques, les grilles de fer forgé, les autels portatifs, les châsses, les reliquaires, les meubles.
Pour nous, nous étions plus sensibles, à l'aspect de ces pierres disciplinées qu'il avait fallu tout l'effort d'un peuple pour hisser à la place indiquée, les uns fournissant l'argent, et, les pauvres — ces corvées épiques, — qu'au travail individuel et délicat des métaux précieux. Certes, à Conques, nous savions, une à une, toutes les merveilles des vitrines et des armoires : de la statue d'or de sainte Foy à l'A deCharlemagne.queléblouissement ! Mais cen'estlà
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que de délicienx amusements de l'esprit, du regard, du toucher. L'extase indicible est dans le monument paisible et formidable, qui impose sa puissante sérénité à ces farouches régions de ravins, de bois, de monts ; à travers le chaos figé des vagues volcaniques, nos églises de roman auvergnat sont ancrées comme de vigoureux vaisseaux, que ne pouvait démâter la tempête. En vérité, l'Auvergne avait réalisé son type définitif. Elle n'en voulait plus essayer d'autre. Elle lui demeurait fidèle, alors que partout onle délaissait. Elle résistait, à l'invasion victorieuse partout ailleurs, du gothique, dont il ne faut pas chercher, dans nos montagnes, des exemplaires brillants. A peu près toutes nos églises sont romanes, l'archéologue pourrait redouter la monotonie. Non, le roman auvergnat ne se répète pas pauvrement de proche en proche ; il a sa souplesse et sa diversité ; mais, à travers toutes les difTérenciations, il garde ses caractéristiques de force et de simplicité. Il n'est pas d'autres écoles avec une pareille énergie de concentration, qui assure à nos montagnes une incomparable unité d'art et de paysage, une aussi pathétique harmonie des créations de l'homme, du sol tragique et de l'âpre ciel arverne.
Cette communion intense du monument et de Tambiance, nous la sentions dans nos villages les plus reculés ; le retour à nos plus humbles églises de tous les jours ne nous attristait pas du regret des splendeurs un moment apparues. La plus pauvre chapelle peut nous retenir et nous émouvoir, quand elle garde du caractère, qui sauve de la laideur et de la prétention. Quelle franchise, quel aveu de misère saine et vaillante dans « ces clochers à peigne »
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OÙ les cloches se balancent ou reposent à l'air, à toutes les températures. Il est vrai qu'il ne fait pas plus chaud à l'intérieur, où l'eau gèle dans le béni tier. . .