‹ Au cœur de l'AuvergneChapitre 57 sur 61 · UN BIEL DE LO BIELHO · texte numérisé non relu

UN BIEL DE LO BIELHO

L'oraperurremorquèt, un jiour, lo caro rudo, Cromado pel soulel, etc.

Ceci est devenu, selon la méthode innocente de l'abbé R. Four :

UN VIELH DE LO VIEILHO

L'emperadour veguèt, un journ, la càro rudo, Gramàdo pel soulelh, enchiprouso è bourrudo. D'un capitani de grenadiers a chabal :

Inutile d'insister, et de quereller plus avant. Les savants ont déjà répondu, comme on peut constater par la note ci-dessous (i).

Ce qui nous intéresse dans ce recueil de vers, dont ce n'est point ici le lieu de louer la facture énergique, la haute et noble inspiration, — c est la tentative philologique à laquelle il sert de passeport. L'auteur et M. l'abbé R. Four, dont nous avons annoncé deux opuscules grammaticaux (Annales XV, 44^» et XVII, 45o), mettant en commun leurs lumières, ont tenté de constituer, pour le dialecte d'Aurillac, une graphie rationnelle, fondée sur l'étymologie, mais qui pourtant tient compte (( des grandes lois phonétiques qui ont présidé à la formation de la langue d'Oc moderne » et qui prétend « allier au respect des formes étymologiques une ample reconnaissance des mutations accomplies »(p. i5). En voici les principes essentiels: le V étymologique est substitué au B ; l'A tonique, quand il subsiste, est noté à ; l'A fermé, devant nasale, devenu O, est noté a ; l'O ouvert, dipthongué en ouo, est noté 6 ; l'o ouvert non diphtongue est noté o. Le but de cette réforme est évidemment de rendre le texte plus facile et plus agréable à lire, en dissimulant, sous une graphie conventionnelle, ses caractères spécifiques, et par là d'en favoriser la diffusion. Nous éprouvons quelque embarras à contester qu'elle soit utile ; les auteurs ayant escompté d'avance l'approbation des gens « sérieux » et « sans préjugés ». Il nous semble que toute personne un peu familière av':c un dialecte d'Oc ferait aisément la transposition du texte aurillacois en ce dialecte, et que quelques-uns préféreraient même goûter ces beaux vers en leur saveur originelle. Ce que nous devons dire aussi, en honnêtes philologues que nous sommes, c'est que le principe énoncé plus haut est quelque peu nuageux et que l'application n'en va pas sans difficultés. Dans la recherche de l'étymologie, à quelle époque doit-on remonter ? Au XAine siècle, au xiie, ou plus haut encore ? FanU

" I. Annales du Midi, XXIP année.

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il écrire des «bardes avemats )),au grand siècle, comme le Dauphin d'Auvergne ou comme... Cicéron ? En fait, certaines graphies nous reportent au delà du xv® siècle; tels des imparfaits comme perdia, des infinitifs comme aimar, Bastir, des substantifs comme drandous, flours. D'autres sont toutes modernes ç tels les imparfaits de la première conjugaison en abo, et tous les mots terminés en A atone (noté O). D'autres sont hybrides, comme abiaun, compromis entre les deux formes, usuelles au moyen âge, avion et aveu. Il est tôt fait de dire que l'on tient compte des (.< mutations accomplies». Mais dans quel dialecte les considère-t-on ? Et si l'on prétend reproduire celles qui ont la plus grande extension géographique, pourquoi noter des particularités locales, comme dans Mau (pour mal), Gamia (pour Camiso), Guel (pour El)?

Et puis on. se demande si tout ce grand effort était bien utile. La poésie de Vermenouze est assez belle pour s'imposer, pour faire son chemin sans avoir recours à tous ces artifices. Quand on a des ailes à quoi servent les béquillles ?

A. Jeanroy et L. Ricome

Nous nous contenterons de faire remarquer le gigantesmie enfantillage de cette refonte d'une pièce célèbre dans nos régions, où Vermenonze avait toujours récité :

L'Omperur, remarqaèi, unjiour, lo carorudo. Pour changer Omperur en emperadour{i), il a

I. Dans la Revue d'Auvergne de sept. 1910, M, B. Petiat écrit, en toute compétence : « Sur cette voie, on peut aller loin. C'est ainsi que l'éditeur du dernier ouvrage de Vermenouze a trouvé le moyen de défigurer le texte de son auteur avec son système barbare de notations étymologiques qui le conduit à écrire à côté de VOMPERUR, la forme EMPERADOUR (pourquoi pas imperatorum l),gente à côté de gionte ; aquelses à côté de aquetchis ; dins les valatêy à côté de bolats.

Et ce double texte étymologique et phonétique, résultat

iallu reuianier tout l'alexandrin — et, ainsi, au long de la pièce. C'était déjà admirable qu'un vrai poète surgissant dans le parler natal en eût marqué la mâle et simple beauté montagnarde en regard du pâle et guindé français des citadins, sans vouloir soumettre le pâtre et le fermier à l'étude de ces phonétiques et graphies abracadabrantes. Si le patois qu'ils savent de naissance et de tradition, doit nécessiter la connaissance du Latin, chaque paysan devra concourir pour le doctorat et l'agrégation, avant d'entreprendre la lecture de Vermenouze.

Mais là ne s'arrêle pas la fantaisie de l'abbé Four. Il a entendu aussi épurer Vermenouze. Sous quelle sotte férule était tombé notre brave Capiscol 1 Tout le caractère du Vieux de la Vieille éclatait dans sa réponse « à la Gambronne » à l'Empereur, alors que, perdant le fil du dis<'ours longuement préparé, il s'écriait :

d'études philologiques et de recherches consciencieuses^ M. Four le justifie ainsi: «Pour faciliter aux philologues l'étude de notre dialecte et donner satisfacli<»ii^à ceux de nos compatriotes qui sont habitués à lire leur langue à la française (?) nous réservons au bas des pages de ce volume une place à un texte purement phonétique. Cela nous permettra, du reste, de laisser se manifester certaines Jormes paloises que Jious avons cru devoir éliminer du texte littéraire et orthographié. . . Ce ne sera pas un des moindres titres de gloire de Vermenouze que d'avoir montré le bon chemin aux félibres auvergnats, désireux de ne pas être de simples et vulgaires j)atoisants ».

Voilà bien la tendance et le danger : « Eliminer (de l'Auvergnat) certaines formes patoises » ; on aura du patois épuré, corrigé, de l'Auvergnat orthodoxe qui ne sera admisqu'après avoir montré patte blanche. Ceux qui voudront étudier dans Vermenouze le mécanisme si savant et si riche de la phonétique et des formes des patois du Cantal sont dûment avertis !

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— Ce que j'ai? Eh bien, tenez, a ça m'emm... » de n'être toujours que capitaine.

E... m'emmerde, tonès, de dèstre copitonil...

L'ingénieux et pusillanime abbé Four, au-dessous du texte même de Vermenouze, donne cette version :

mes nos prous temps qu'ai très galouns : n'en çôle quatre,

soit en vers français :

Mais f ai seulement trois galons, j'en voudj^ais quatre;

Car ce n'est pas tout, l'Abbé R. Four a traduit le texte remanié, — envers libres. Le patois brut et savoureux du poète, filtré en version « littéraire» et passé en ternes alexandrins étiques, — ou ce qu'il en reste, — d'une fadeur qui va jusqu'à l'écœurement ; pas une page où Von ait à redresser l'insuifîsance de la traduction, — avec la suffisance du traducteur.

Revenons à Vermenouze, dont la fraternelle mémoire m'a aidé à traverser cette nuit d'angoisse, avec le réconfort de son espoir indéfectible dans la victoire finale.

Car si le vibrant poète d'oc peut devenir obscur aux lecteurs les mieux intentionnés derrière les ajoulages ou les retailles saugrenues de ses éditeurs in extremis, il nous reste sa pensée entière dans les sonnets d'En plein ^ent, où, après le Salut an Christ avant de célébrer la petite patrie dans son intimité profonde, il marquait en 1900, sa con-

fiance que la France ne saurait être vaincue, avec le réduit inexpugnable de ses montagnes !

Salut, Auvergne, reine héroïque des Gaules, Indomptable pays, où César a laissé L'empreinte de son corps auguste terrassé; Car, tu lui fis toucher terre des deux épaules ;

Mère des brenns velus, preneurs de capitoles, Qu'un mufle d'ours coifl"ait d'un casque hérissé, Et dont les bras noueux comme le tronc des saules Etouftaient l'ennemi qu'ils avaient enlacé ;

Toi, qui t'ériges sur un socle de basalte Bcàti par les crachats figés de tes volcans, Comme pour y braver l'assaut des ouragans;

Mon Auvergne, que je salue et que j'exalte, N'est-ce pas que. parmi tes rocs cyclopéens, Vit et palpite encor l'àme des anciens brenns?...

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