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La, se voient : les sœurs Chariotte, Catherine, Marie de l'Incarnation, la supérieure, et madame de la Peltrie, la fondatrice de la maison et son soutien.
Pendant que l'officiant trace dans l'air, avec le grand soleil, le signe de la croix, les mousquets et les arquebuses font vibrer les échos du Cap Diamant.
Puis, la procession s'en retourne.
En repassant derrière chez monsieur Couillard et à l'Hôpital, nouveaux saluts de coups de feu.
O ! le bel arc du pont, tout tapissé de fleurs.
Au fort, derechef, canonnade.
Enfin, on rentre à l'église. Il est onze heures. Le Saint-Sacrement est exposé et reste ainsi jusqu'après les vêpres.
* bé *
La cérémonie s'est bien passée.
Chacun regagne son gîte.
Ceux qui habitent à l'intérieur de la campagne, iront sur les chemins, par groupes, à pied. Il n'y
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a pas encore de chevaux dans la colonie. L'an prochain (1647), il en viendra un, pour monsieur le gouverneur; mais, ce sera le premier. !*
Les habitants, dont les demeures sont au bord des rivières, sur les côtes, laisseront Québec, en canots, pirogues, biscayennes ou autres embarcations.
C'est le plus grand nombre.
Au surplus, si l'on observe cette année l'usage qui paraît s'être implanté, les femmes indiennes seront les hûres des Mères Ursulines et des Mères Hospitalières, qui les recevront à diner.
Quant aux hommes sauvages, Onontio!# (c'est ainsi qu'ils appellent monsieur de Montmagny) les invitera à se trouver aux Magazins du Roy, où il y aura festin.
Le soir, tous iront faire ripaille, dans leurs bourgades, avec des provisions dont on les aura pourvus, au départ.
Enfin, le calme Ju crépuscule se répand sur leCap de Québec, et tandis que les derniers feux du jour
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s'effondrent et croulent à l'horizon, la nuit monte lentement s'accrocher aux étoiles.
Le Père Jérôme Lalemant est dans sa chambre, il ouvre sur sa table, un cahier, le Jeurnal, dans lequel d'habitude, il enregistre les faits divers, au jour le jour, et commence à écrire :
€ Sur la fin de May, fe rencontra la fefte du St.- Sacrement... Pour la broceffion il fut arrefté, que...» et sa longue plume grise court sur le feuillet. Lorsque le sable de l'horloge indique minuit, il écrit encore à la lueur tremblottante de la chandelle, qui s'éteint d'elle-même, consumée…
Il est tard, Père Jérôme, l'heure du couvre-feu est depuis longtemps sonnée !
Alors, ressassant dans son esprit les événements de la journée, le chroniqueur jésuite Lalemant, ferme le Journal...
— Tout ect bien se dit-il, tout va bien, l'an prochain l'on fera de même...
Mais, dux soleils de près de trois siècles, se sont fondues ces neiges d'antan. Et cependant, disons-
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le à la louange du peuple canadien, toujours catholique, la pieuse coutume de la procession du Très Saint-Sacrement est encore vivace dans nos villes, comme dans nos campagnes.
Conservons-en la pratique à jarnais.
Il n'est pas hors de sujet, de rappeler ici, le souvenir d'une autre petite procession, qui eut lieu à Ville-Marie, la même année et le même jour, que celle de Québec. Le cortège parti de la chapelle du fort de Notre-Dame de Ville-Marie, (site de l'édifice des douanes à Montréal) se rendit jusqu'à l'Hôtel-Dieu, (angle des rues Saint-Sulpice et Saint- Paul d'aujourd'hui) où avait été dressé un reposoir.
Voici en quels termes, les Relations des Jésuites, pour l'année 1646, au chapitre : De l'habitation de Ville-Marie en l'Isle de Montréà!, rapportent
l'événement. «Le iour du sainct Sacrement, ils
(les sauvages) voulurent assister à la Procession : on fit marcher vne escouade d'arquebus. rs François, les Payens estoient de la partie aussi dien que les Chrestiens. Ils marchèrent tous deux à deux, auec vn bel ordre et vne belle modestie, depuis la
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Chapelle jusques à l'Hôpital, où on auoit dressé on beau reposoir »...
Nous avons tous présent à la mémoire l'apothéose de cette fête du Très Saint-Sacrement, lors des manifestations du Congrès Eucharistique à Montréal et de son inoubliable procession.
Ces derniers mots évoquent un cortège :de cardinaux, d'archevêques, d'évêques, de prêtres et de laïques de tous les ordres et de tous les états; escortant l'ostensoir dans sa marche triomphale, par nos rues, entre une haie de plusieurs centaines de mille croyants venus d'Europe et des extrémités de la terre, pour assister à ce spectacle incomparable.
Ce fut, nous l'avons dit, une apothéose.
Tout de même, les petites processions de l'année 1646, à Québec et à Ville-Marie, furent, n'est-il pas vrai, bien touchantes, en leur simplicité ?
NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES
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NOTES ET PIFCES JUSTIFICATIVES
! Robert Giffard, médecin venu en la Nouvelle-France, pour s'y établir définitivement avec sa famille et des colons percherons, en 1634. Parti de Dicppe au printemps de cette année, il atteignit Québec au mois de juin. Ce n'était pas cependant son premier contact avec la Nouvelle-France, puisqu'il y était déjà venu à titre de chirurgien, sur les navires qui y faisaicnt périodiquement la traversée. En reconnaissance de ses travaux et de ses bons offices, la compagnie des Cent Associés lui accorda, en 1034, la seigneurie de Beauport, dans la banlieue de Québec, où il assit son manoir. Il mourut, en avril 1668. Pendant une trentaine d'années, il avait exercé sa profession de chirurgien dans le pays, occupé les plus hautes fonctions et l'on peut dire : qu'il y avait été l'une des figures les plus considérables et les plus sympathiques de son époque.
* Chapeaux de feutre fin et imperméable, fabriqués à Caudebec, au XVIIe siècle
* Il est difficile de définir le chiffre précis de la population de la Nouvelle-France, en 1040, ct particulièrement celui de la capitale. «Le tout ensemble ne comptait pas cependant, en 1640, plus de 300 âmes, y compris Québec », écrit Edmé RAMEAU; (La France rux colonies, deuxième partie, p. 17). A la page 20 il continu. « [1 ne paraît pas qu'en 1648, la colonie ait renfermé plus de 8 à 900 âmes, dont 150 étaient à Montréal ». Avec ces chiffres de population de 1640 et de 1048 comme points de repère et termes de comparaison, le lecteur peut tout de même se former une idée approximative du peuplement de la contrée, notamment de Québec. Quant aux terres susceptibles d'être octroyées en lots à cultiver, aux colons, Benjamin SULTE, nous apprend : Histoire des Canadiens-Français, tome IL, p. 148, que « A la fin de l'année 1645, il y avait vingt-cinq seigneuries concédées en Canada ».
‘7 .ons des Jésuites. — Année 1640, première partie, chapitre XII.
mn
5 Cette Maison des Cent-Associés s'élevait sur ou aux
Environs de l'emplacement actuel de la cathédrale anglicanc de Québec
5 Imitation de esus-Chrisi
7 Les noms propres des Personnages que nous avons imaginé de place: dans l'église, sont authentiques D'après le con- LEXtC entier du Journal des Jésuites ces FCNS paraissent avoir habi: Juébec ou les Environs, à l'époque de là Fête-Dicu de 10646. Quant à CEUX Qui figureront tout à l'heure dans le cortège de la Procession, le Journal les mentionne tous spécialement, Comme en ayant ‘fait Partie.
$ « Le 23, fut baptifé aux Vrfulines vn nommé ArernhSton (8 = ou) huron, & fur nommé René. M. le Prieur fut fon Parrain, »
Journal des Jésuites, 23 Mai 1646
* D'après un COMMentaire au Journal des Jésuites, de l'édition Lavexpièrr: CC CASGRAIN, Voici quel dut être l'itinéraire de cette procession, comparé à la 9pographie de la ville de Québec Contemporaine. De la ma des Cent-Associés, l'église, (emplacement de la cathédr: inglicane d'aujour-
hui) on se serait rendu à l'arbre de “i, En face du fort, c'est-à-dire à la Place d'Armes de nos jours. De là, en prenant la Grande-Place, on atteignit l'Hôtel-Dicu, par la voie hoc, qui reliait le fort à cet endroit. Voic qui s'est appelée depuis, du moins €n partie, rue de la Fabrique De l'Hôtel- Dieu on alla chez M. Couillard, qui devait demeurer aux alentours de l'entrée du séminaire connu de la génération présente. Pour atteindre Ics Ursulines, peut-être repassat-on la Grande-Place ou Peut-être encore prit-on par les senticrs qui furent plus tard, les rucs du Trésor ct Saintenne. es Ursulines, on regagna Île fort (vraisemblablement par le chemin CCnverti aujourd'hui en rue Saint-Louis) puis
enfin, de ce lieu, on rentra à la maison des Cent-Associés, l'église.
19 Ceinture de soie.
11,,.« puis foubs le daiz aux deux coftés du St. Sacrement le Père Druilletes faifant le diacre en dalmatique, & M. le Prieur foubfdiacre en aube & eftolle... » spécifie le Journal des Jésuites. D'après les rubriques, l'office de sous-diacre n'autorisant pas le port de l'étole, dévolu au seul ministre du culte, ce doit être parce qu'il est prêtre, qu'il a mis son étole, M. le Prieur.
12 Les origines de cet arbre de mai devant le fort, de même que celles d'un autre, probablement mis, devant l'église brûlée, en 1640, sont consignées dans les Relations des Jésuites,
l'on plantait le premier Jour de mai, à la Fe d'une personne
Î iali tte coutume venue
des Romains, fut pendant longtemps observée en France. » Encyclopédie du XIXe siècle. Vol. XV, p. 295-
En France, le 1er mai, on faisait la procession verte, et on allait couper des arbustes et des branches, dont on décorait les églises; particulièrement celles dédiées à la Sainte-Vierge. À Paris, les clercs de la Basoche plantaient le mai, dans la cour du Palais de Justice. Dans les bourgs et dans les villages, on en faisait autant sur la place publique ou devant le château seigneurial. C'était une autre coutume villageoise bien gracieuse, que celle qui consistait à pe la nuit du premier mai venue, des arbres de mai, devant la demeure, d'une jeune fille. Mais si le lilas proclamait et louait la beauté de la bien-aimée, le houx rappelait à une autre son mauvais caractère et le sureau, sa paresse.
Voir : Nouveau Larousse Illustré, vol. V, au mot mai.
Ajoutons aussi quelques mots touchant les origines du fort, devant lequel l'arbre s A mai fut planté.
Champlain commença, en 1620, un premier fort Saint-Louis, qu'il démolit, en 1626, pour le remplacer par un plus considérable, « de fascines, de terres, de gazons et de bois », lequel il habita, et où il mourut en 1635. Montmagny, en 1636, entreprit la reconstruction en pierre du troisième fort, celui dont il s'agit ici.
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Remarquors cependant, qu'en 1646, (année de notre procession) le château Saint-Louis n'existe pas encore, il nya que le fort. Ce ne sera que l'année suivante (1647), que Montmagny jettera là, les bases d'un corps de logis, que Louis d'Ailleboust son successeur, en 1648, achèvera pendant sa gestion. Cette demeure au fort, qu'occupèrent par la suite les gouverneurs, fut dite : Château Saint-Louis;
Voir : E. GAGNON, Le Fort et le Château Saint-Louis, pp. 16 à 26. Au reste, nous renvoyons le lecteur à cet ouvrage, pour l'histoire d'après, du fort et du château.
13 Voir Journal des Jésuites, 20 juin 1647.
14 On sait que le nom de Montmagny a pour étymologie les mots latins : mons et magnus, lesquels signifient en notre langue, la haute montagne. Fe sauvages l'ayant su, appelèrent de Montmagny : ONoNTIo, ce qui se traduit en français, par : LA GRANDE MoNTAGNE. Ce nom fut depuis lors, continué par les sauvages, à tous les gouverneurs.