AU COLLÈGE DES JÉSUITES, À QUÉBEC
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La réception de monsieur le gouverneur d'Argenson, au collège des Jésuites, à Québec
. 11. À deux heures après midy, mouiila l'ancre deuant Quebec, le premier vaiffleau qui nous donna M. d'Argenfon, gouuerneur, le P. Claude Aloez & deux de nos F.F.
28. M. le Gouuerneur nous fit l'honeur auec M. l'abbé Queylus, de difner chez nous, où il fut reçeu par la ieuneffe du pais d'vn petit drame en françois, huron & on eh a dans noftre iardin, à la veue de tout le peuple de Quebec. Ledit fieur Gouuerneur, tefmoigna être content de cefte réception.
vu des Jésuites, les 11 et 28 juillet Ce matin là, un dimanche, en rentrant au château Saint-Louis, avec son secrétaire, vers huit heures, après la messe de != -aroisse, monsieur Pierre de Voyer, vicomte d'A. on, le nouveau gouverneur de la Nouvelle-France, s'en est a!lé incontinent à ses appartements.
— Feu de mon sang, murmure-t-il, tout PE quelle chaleur ! Ceux qui m'ont dit que cette contrée était de glace, en ont menti !
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S'adressant au valet qui l'attend sur le seuil de la chambre :
— Ho!à ! qu'on me donne mon déshabillé de toile de mélis et mes escarpins de brocatelle.
Pendant qu'on lui dégraffe son baudrier de cuir jaune, qu'il porte en sautoir, où pend sa lourde rapière, qu'on le dépouille de sa casaque de drap, et qu'on lui tire ses petites bottes à chaudron, ! le noble sire gouverneur, mis en appétit par la course matinale, songe qu'il n'a pas encore déjeuné. Aussi bien, quelques instants après, il s'installe, rafraîchi, dans son haut fauteuil de tapisserie, de la salle à manger du château, dont les portes-fenêtres larges ouvertes sur le fleuve, et par où, entre la brise bienvenue du matin, ont l'air de grandscadres, à paysages si lumineux, qu'il n'en n'a jamais vu de plus enchanteurs
Tout en mangeant un biscuit de Hollande, Mon- Seigneur parcourt des yeux le panorama, l'un des
plus admirables, qu'il se puisse contempler, en ce monde.
Au détour du Cap Diamant, à sa droite, le Saint- Laurent descend majestueux. En face, bientôt, il baigne les rives de la basse-ville et les berges opposées de la Pointe-Lévis, où viennent boire les forêts à la sombre ramure, sur laqueile se détachent les wigwams? des Sauvages. Enfin, à sa gauche, en aval, l'île d'Orléans barre l'horizon de ses hautes futaies, que reflètent les ondes qui passent, qui Passent... et s'en vont à la mer, du côté de la Fr.uice lointaine.
Au bas de Ja falaise, le navire qui l'amena se voit encore, qui se balance sur ses ancres.
Mais, croyez que Monseigneur d'Argenson a bien
autre chose à faire, en ce moment, que d'admirer ! : belle nature, en rêvant et en Prenant le frais. n'a certes pas oublié, que c'est aujourd'hui le 28ème jour de juillet, et que, en sa qualité de représentant de son maître Louis XIV en la Nouvelle-France, il sera l'hôte des Pères Jésuites, d'abord à diner, puis, qu'il assistera à un Petit drame, lequel a été composé en son honneur et sera joué dans le jardin du collège,
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Or sus, une visite officielle, comme celle qu'il va faire, ne se passera pas sans un discours, en réponse aux paroles de l'adresse qui lui sera aussi sans doute lue, à moins que l'occasion n'en surg'sse encore au diner ou à la, séance dramatique qui suivra.
Sur le champ, il fait mander son secrétaire, et en attendant que de s'aller habiller pour sortir, se met en devoir avec lui, de recueillir quelques notes, qui lui puissent être secourables, le :as
échéant.
Dans la pièce qui sert de salle d'audience et de cabinet de travail, Monseigneur le gouverneur et son secrétaire, maintenant attablés, feuillectent les Relations.
De temps en temps, le sieur d'Argenson élève la voix, pour faire part d'un renseignement utile qu'il vient de trouver, ou bien, c'estle secrétaire qui lit un passage jugé opportun. Et chaque fois, monsieur le secrétaire trempe dans un encrier de cuivre, sa plume d'oie blanche, puis écrit :
Les Jésuites arrivent à Québec, en l'an 1625,° le sieur de Champlain étant gouverneur...
Leurs travaux apostoliques chez les Hurons, les Iroquois, les Algonquins et par tout le pays...
Commencements du collège de Québec, en l'année 1035"...
Remerciements aux Pères...
Félicitations aux élèves...
— Ah ! Monsieur le secrétaire, ajoutez d'abondance quelques mots, afin que j'aie garde d'oublier et d'omettre le congé aux élèves.
Enfin, après deux heures de recherches fructueuses et d'écritures, monsieur le gouverneur estime qu'avec ce que ci-dessus et peut-être ce que lui suggèrera l'inspiration du moment, il fera un beau discours, qui contentera ceux qui l'écouteront et lui-même aussi.
Dans ses appartements, Monseigneur s'est retiré, pour s'aller mettre galzmment pour la fête.
— L'habit ne fait pas le moine Ini le gentilhomme, pense-t-il, en revêtant ses plus beaux ornements. M'est avis cependant, que cela y aide. D'ailleurs;
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noblesse oblige. Tâchons de nous montrer féal en cetLe occurrence, comme en toute autre, et digne de notre bien-aimé monarque, qui a foi en nous.
Il est un peu passé onze heures.
Monseigneur le gouverneur de la Nouvelle- France vient d'apparaître, au portail du château Saint-Louis. Aussitôt, les deux hommes d'armes qui y montent la garde, la longue pertuisance au poing, de même que la soldatesque rangée sur la place devant, et qui doit l'escorter jusqu'au collège lui font le salut, qui convient à un lieutenant de roy,
Monseigneur est en costume de cour.
Ses souliers à la cavalière et à talons rouges, ont sur le dessus de larges nœuds de rubans, soutenus par des fils de laiton, et qu'on appelle petites oies. La rhingrave, ® pourvue à la hauteur du genou, de force canons enrubannés,? est de soie cramoisie, comme aussi l'élégant habit, orné de bcuquets de galands,8 et d'où sort abondamment des demi-