M. LE GOUVERNEUR
surmonté la honte et la crainte, qui les tiennent encore
cachés dans l'obscurité de ce bois...»
Il a dit, et se retire un peu à l'arrière, pour faire place à quatre petits Français, qui v per l'avant-scène, à savoir :
les Sevestre, Jean- Repentigny,
iennent occu-
Denys Massé, Char-
François Buisson, et Ignace de
qui récitent de beaux compliments en
vers, dont Monseigneur paraît fort aise, Et ce
Serait étonnant qu'il ne le fût pas. Oyez plutôt : Le premier dit :
€ Après mille morts évitées,
Enfin, malgré le mauveis sort, Vous venez, Monseigneur, bar un heureux transport, Pour favoriser ces contrées »...
Le second continue :
« Pourrais-je expliquer, Monseigneur, Ce que votre i! ‘stre présence
Excite dedans moi d'amour, de confiance, Qui lui vont captivant mon cœur ? ». me
Le troisième à son tour :
« Que votre marche glorieuse, À déjà causé de bonheur !
La terre en est ravie, et dit-on bar honneur Quelle en sera blus blantureuse ».…
Le quatrième conclut :
« Monseigneur, je sens dns mon âme,
A l'aspect de vos léobards
Qui vomissent le feu contre nos montagnards, Jaillir une aler'e flamme.
Vos lauriers qui ne sèchent pas,
Nous sont des marques assurées,
Que le nombre de vos trophées
Monte, au nombre de vos combats »...
Alors, le petit Charles Denys, déguisé en Huron, s'approche et dit en français :
« Monseigneur : J'ai pleuré jusqu'à présent la perte de notre pays, ruiné par notre ennemi commun
. et à présent, je me trouve à votre arrivée, comblé de tant de biens et de tant de faveur du ciel en votr: bersonne, que je ne buis m'empêcher d'en pleurer de joie »...
Jean François Bourdon, qui parle au nom de la Nation algonquine, prend la parole :
« Monseigneur : Vous voyez en moi un peuple errant et vagabond, qui n'a bu être captif que bar les liens de la foi... Si j'étais capable de pleurer aussi bien que mon frère le Huron, je verserais, maintenant
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que je me vois devant vous, un torrent de larmes de Joie; mais il faut que je vous avoue, que je ne sais pas ce que c'est que de pleurer... Les témoignages les blus sincères de respect et de l'amour que j'aurai pour vous loule ma vie, seront de verser pour votre service, non des larmes, mais mon sang »...
Maintenant, c'est au tour des Etrangers du sud et du nord, de venir faire leurs révérences. Guillaume Brassart qui tient le rôle du premier (celui du sud), avec son beau panache d'oiseau sur la tête, puis Paul Denys qui joue le rôle du second (celui du nord), avec sa belle hure de plumes, sont si bien grimés, qu'ils ont toutes les façons de superbes sagamos.
A leur suite, sortent des bois deux autres, à l'air Piteux et misérables, aux habits en loques. Ceux-ci sont des captifs échappés fraîchement des mains des farouches Iroquois, à savoir : un Huron, personnifié par Jean-Baptiste Morin, et un Nez-Percé, par Jean Poupart. Tous les quatre, ils parlent la langue de leur personnage. 2?
Les spectateurs indigènes redoublent d'attention, en entendant ces dialectes qui leur sont familiers.
Quant à Monseigneur, il a beau écouter de toutes ses oreilles, il n'y comprend goutte. Heureusement que le Génie des forêts (René Chartier) les accompagne et sert de truchement. On peut le supposer vêtu d'une grande robe couverte de feuillages, avec un bâton de verdures et une longue barbe et des cheveux blancs, séculaires comme l'esprit des bois qu'il idéalise.
Oui, c'est heureux qu'il soit là, le Génie des forêts, car sans lui, qui interprète les dires de chacun en français, le noble sire d'Argenson perdrait les beaux éloges que l'on fait de sa valeur et de son courage.
Mais, le moment le plus touchant de la pièce est sans contredit, celui où le Génie de la Nouvelle-France est allé déposer, au nom de tous: les couronnes, les armes, arcs et flèches, aux pieds d'Onontio; en implorant son aide et soutien, et en le proclamant leur chef...
Le drame est fini
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