‹ Au cœur de l'histoire [microforme]Chapitre 29 sur 56 · EL · texte numérisé non relu

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— Îl'est mort, Monsieur: les Iroquois l'ont tué,

Quand j'avais deux ans. Il s'appelait Lambert Closse. 1 9

— Pauvre enfant ! pense monsieur Talon, en S'éloignant.

Dans l'après-midi, Pendant que le vice-roy fera festoyer les Sauvages, au fort, comme il l'a demandé, l'intendant Sera l'hôte du sieur Charles Le Moyne, qui l'amènera en l'ile Sainte-Hélène qu'il vient d'acquérir, (il y a deux ans) ?0 avec l'île Ronde, du sieur de Lauzon, à titre de fief.

Le soir, Messieurs de Saint-Sulpice donneront un beau dîner, en l'honneur de leurs visiteurs distingués.

Voilà une journée bien remplie, et alors même que ce fut dimanche, Personne n'a chômé.

Enfin, le lendemain, lundi, sur les huit heures du

Matin, deux gabarres et une biscayenne, portant

chacune un pavillon blanc-fleurdelisé, laissent le quai du roy, à Ville-Marie, pour Québec.

Et dans le scintillement du grand soleil de mai, qui fait ruisseler l'or de ses rayons sur les vagues, la flottille démarre, aux acclamations de la foule.

Vive Monsieur le marquis de Tracy !

Vive Monsieur Talon !

Vive le Roy!

...Monseigneur et monsieur l'intendant sont partis.

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NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES

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NOTES ET PIÈCES JUSTIFICATIVES

avons lus, au recensement de Ja Nouvelle-France, fait au printemps de 1667, et notamment, au titre consacré à l'île de Ontréal et ses côtes.

? Le lecteur Pourra s'orienter, en se ra lant, que ce fort était sis, sur l'emplacement actuel des édifices de la douane: (endroit qu'on nomma aussi, ointe-à-Callières) et que la résidence des Messieurs de Saint-Sulpice, S'élevait sur le

Par un pénible Voyage et un long séjour que fit l'abbé, au fort Sainte-Anne, dans le lac Champlain, tels que décrits er son Histoire du Montréal, au chapitre : De l'automne 1666, à l'automne 166 :

Sur Dollier de Casson, voir note 1, p. 216.

‘ Voir sur Bénigne Basset, p. 216, note 2:

5 Nous lui donnons qualité d'entrepreneur de bâtisses, Parce que, c'est à lui que devaient être confiés les premiers travaux d €XCaVations et de Constructions de l'église parois-

siale de ille-Marie, en la haute-ville, commencée, en 1672.

$ Un portrait de Talon, se peut voir, en tête de: Jean Talon Intendant de la Nouvelle-France, par T. CHapais, dont l'ori-

ginal est conservé à l'Hôtel-Dieu de Québec. Voir aussi à l'appendice de l'ouvrage cité.

7 « Marguerite Dencvelet, Geneviève Laisné, leanne de Carts, Marguerite Govart. filles de France à marier ». spécifie le recensement de 1667. Il y avait en outre à la

ongrégation, un frère et quatre domestiques. Les sœurs possédaient sept bestiaux et trente-cinq arpents en valeur.

® Voir p. 152 et note 16, P. 158.

* « Tour prends garde (La). Nom d'un jeu et d'une ronde d'enfant... On ignore l'origine de ce jeu, qui doit suivre de près le règne de François ler, sous lequel le duc de Bourbon se rendit tristement célèbre. La chanson en ce cas serait allégorique et il faudrait voir dans « la tour qui doit prendre ga-de » le trône de France que menaçaient les complots du connétable. »

Nouveau Larousse illustré, tome VII, P. 1070

19 Cette ssile depuis longtemps n'existe plus. Nous avons donc pensé en reconstituer ct imaginer l'aspect, pour en mieux évoquer le souvenir.

11 Cette recette de la Mère Marie de l'Incarnation, est

r’ pportée au tome I, page 34, de:Les Ursulines de Québec depuis leur étatlissement jusqu'à nos jours.

2? D'après le recensement de 1667, un domestique des Messieurs de Saint-Sulpice, portait ce nom.

13 Chiffres compulsés, d'après le susdit recensement de

14 Organiste et compositeur bel e, né aux en. ns d Liège, en 1610. Nommé organiste de Saint-Paul, à raris, en 1630, il ; conserva cet office. jusqu'en 1684, année de sa mort. Il fut aussi maître de la musique de Louis XIV et de la reine. Il a laissé de nombreuses compositions religieuses, parmi lesquelles, cinq messes en plein Chant, connues sous le nom de « messes royales ». De ces messes, il en est qui se chantent encore dans nos églises et nos chapelles. Nous ne connais-

sons pas les dates exactes d l > mais, C me en 1667. Du l'âge de 57 ans 2. Tous pi. sumons qu'elles étai

rance, et partant, probablement en notre pays.

15 « La réputation de la Mèr universelle, qu'elle

chirurgien jusqu'alors en grand crédit à Ville.

Marie, mais qu'elle effaça même celle de M. So

uart et de tcus les autres médecins du Canada k...

Vie de Mademoiselle Mance et Fistoire de l'Hôtel-Dieu de 1: Ville-Marie, tome I, P. 201.

16 Le recensement nous apprend qu'il ÿ avait là, en plus, gt domestiques et que la communaut i i € quatre bestiaux et de vi

ngt<inq arpents en valeur, Made.

| moiselle Mance y est cotée à vingt-deux bestiaux et cent 1 afpents en valeur. Elle réside en

ehors de l'hôpital qu'elle administre,

“Histoire du Montréal, au chapitre d plusieurs années après ces millésimes.

« Cet homme est enc

.-. ( pour n'être pas obligé d'aller dans la compagnie des méchants se dévertir, il a

pu à pincer du lutà, afin de Passer son temps seul lorsqu'il ne se trouverait pas d'autres camarades... »

Rapporté au a ge de monsieur de Maisonneuve, en l'Histoire du Montréal,

Par François .DoLLiER DE CaASsoN, au chapitre de l'année 1640-1641.

15 Le major Closse mourut le > février 1662, dans une rencontre avec les [roquois. DorLiEr DE CASSON qui narre les circonstances de sa fin valeureuse, en fait un bel éloge en son Histoire du Montréal, au chapitre de l'année 1661-1662.

Voir aussi les Relations des Jésuites de l'année 16632, chap. II,

29 Charles Le Moyne, acquit de jean de Lauzon l'île + rl ‘lène et l'île Ronde, par titre daté à Paris, le 20 mars

Voir : Histoire de Longueuil par A. Jopoin et J. L. VINCENT, P. 35.

Ajoutons, que c'est Talon qui avait Le Moyne en bel estime, qui le recomms:da au roi, dont il reçut, en 1668, le titre de Sieur de Longueuil. Le Moyne mourut, en 1685. Son fils aîné, Charles, lui succéda. La seigneurie de Longueuil fut érigée en baronie, en l'année 1703.

Lire : A. Jopoin et J.-L. VINCENT, Histoire de Longueuil, PP. 37, 38, 76 et 178

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MONTRÉAL

Les premières rues de Ville-Marie (1672)

«... Enfin, comme plusieurs particuliers avaient déjà pris des concessions de terrain, sur la hauteur, pour s'y bâtir des maisons, M. Dollier de Casson, alors Supérieur du Séminaire, résolut de tracer les premières rues de la Ville-Haute, afin que, dans ces conftructions, chacun suivit les alignements qui auraient été donnés. Il se transporta donc sur les lieux, le 12 mars 1672, accompagné, entre autres, de Bénigne Basset, arpenteur et greffier de la justice. .»

L'abbé F AILLON.

Histoire de la Colonie française en Canada tome III, p. 375.

C'est le soir, il est neuf heures, un soir glacé de fin d'hiver,en la Nouvelle-France. Le mois de mars, de l'année 1672, est à son début.

Sur le seuil du séminaire de Saint-Sulpice, à Ville-Marie, messire l'abbé Dollier de Casson et maître Bénigne Basset, le tabellion, achèvent au moment de se quitter, un colloque commencé à l'intérieur, pendant que ce dernier bat le briquet pour allumer le falot, qui l'éclairera jusqu'à son gite.

— Bonsoir, Messire de Casson !

— Bonne nuit, Maître Basset !

— Alors, Messire l'abbé, c'est chose dite et convenue. Dès demain, nous Parcourrons ensemble les sentiers, pour examiner sur place le tracer des rues projetées de Ville-Marie. J'emporte d'ailleurs, aux fins de le revoir chez moi plus à loisir, le plan que vous avez conçu et dessiné.

— Je vous attends de bonne heure, Maître Basset. Que Dieu et sa sainte Mère vous conduisent et vous gardent des embûches du diable et des marauds Iroquois. Bonne nuit !

— Que le Seigneur et la Vierge vous entendent et nous protègent, Messire l'abbé... A demain donc... Bonsoir !...

Et tâtant de la main, par dessus son épaisse houppelande d'hiver, la crosse de son pistolet passé à la ceinture de sa CaSaque, il s'enfonce dans la nuit embrumée, au milieu de Ja lueur tremblottante de sa lanterne, qui fait un grand rond lumineux sur la neige.

Messire l'abbé Dollier de Casson, c'est le supérieur du séminaire de Saint-Sulpice en la Nouvelle- France et le représentant des Messieurs de cet ordre, seigneurs de l'île de Montréal. Avec lui, habitent plusieurs prêtres, dont messire Gilles Pérot, le curé d'office de Ville-Marie. Ajoutons que messire de Casson, n'en reste pas moins curé titulaire de la paroisse, à cause de sa dignité de supérieur. !

L'autre, c'est une puissance et un personnage aussi. Il est notaire, commis au tabellionnage de L'Isle, et quand on parle de lui, on dit : Maître Bénigne Basset !... Il est de plus, greffier de la justice et aujourd'hui, ingénieur-voyer, pour les besoins actuels de Ville-Marie à ses commencements. ?

Le séminaire, à cette époque reculée, ce n'est pas la résidence des Messieurs de Saint-Sulpice que nous Connaissons tous, sise à côté de l'église de Notre- Dame. Non. Le séminaire, c'est l'ancien château : de monsieur de Chomedey sieur de Maisonneuve, affecté à cet emploi depuis l'année 1659. Il est Situé à une faible distance du vieux fort de la

compagnie de Notre-Dame de Montréal, le front tourné vers le fleuve, sur le sentier qui devra bientôt prendre le nom de: rue Saint-Paul.

Sur le même sentier, du perron du séminaire, en jetant un regard à l'est, l'on verrait, si le soir n'était venu confondre toutes choses dans une obscurité sans astres : l'Hôtel-Dieu,5 l'école de mademoiselle Marguerite Bourgeoys, sur un terrain vague presqu'en face, et, tout au bout, la chapelle de Notre-Dame de Bon-Secours.

Peut-être, tout de même, qu'en sortant de la cour du château, et qu'en regardant un peu plus loin dans la même direction, apercevrait-on, malgré la noirceur, par-dessus les arbres chenus, la silhouette des grandes ailes grises du vieux moulin à vent, lequel sert ausci de redoute, sur la butte, au-delà de Notre-Dame de Bon-Secours.

Cependant, l'abbé de Casson après avoir assujetti la barre de la porte, de la clôture palissadée, où il est venu reconduire son collaborateur, est rentré en son séminaire; qu'on pourrait aussi bien

qualifier de manoir, puisque messire représente les seigneurs de l'île.

A travers les arbres dépouillés, le vent qui a passé sur la glace du fleuve, souffle en faisant grelotter et s'entrechoquer les branches.

— Par mon saint natron ! a dit messire l'abbé, en fermant la porte de la maison, on dirait que l'hiver recommence... Brrrrr...

Mais, où donc s'en est allé maître Basset ?... Le tabellion, lui, comme messire l'abbé a réintégré son logis, où l'attendent sa femme et ses enfants qui l'accueillent. 11 demeure à quelques perches à l'est du séminaire, presqu'en face de l'ouverture du petit chemin Saint-Joseph, étroite voie montant le long du mur de l'hôpital et conduisant du sentier Saint-Paul, à la Place-d'Armes. ?

— Comme tu as été lent à venir ce soir, remarque l'épouse, le sable de l'horloge indique passé neuf heures.

— Tu trouves Jeanne ? fait le notaire en soufflant la lanterne.

— Oui. Depuis quelque temps tu joues avec le danger, mon homme.

— En effet, cela nous inquiète fort, accentue sa fille. Si un Iroquois allait un de ces soirs, te saisir dans l'ombre et te scalper ?

— Allons ! allons ! Vous exagérez, affirme le tabellion.

— Non Bénigne, il ne se passe de mois que l'occurrence n'arrive, persiste dame Basset.

— Soit. Mais si personne ne s'exposait un tantinet et ne payait d'audace avec ces païiens, ce serait bien pis. D'ailleurs, je suis du sentiment de notre fondateur, Monsieur de Maisonneuve, qui répondit un jour à Monseigneur de Montmagny, alors gouverneur, lequel tentait de le dissuader de venir en cette place : « JL est de mon honneur et vous trouverez bon que j'y monte pour commencer une colonie, quand tous les arbres de cette Isle, se devraient change: en autant d'Iroquois...»8 Et moi Bénigne Basset,

j'ajoute : que c'est aussi ma tâche de travailler à l'embellissement de cette colonie; en dépit des obstacles et des dangers. Au reste, les Agniés ne s'aventurent guère plus en ces lieux, depuis que le

marquis de Tracy et notre gouverneur de Courcelles * les ont refoulés vers leur pays des Cinq-Cantons et forcés à demander quartier.

— C'est égal, je ne me ferais pas à ces fripons, persiste la femme.

Tout en parlant, maître Basset a dépouillé sa houppelande, ôté son tapabor, qu'il a accrochés au mur, puis, est allé mettre sur les tisons amortis dans l'âtre, une bûche qui bientôt flamboie, égayant de ses rayons les paisible- pénates.

Cette demeure de notaire d'antan, illuminée par quelques chandelles et les reflets rouges du foyer, nous pouvons nous l'imaginer facilement.

L'unique pièce de l'habitation tient lieu tout à la fois : de chanibre à coucher, de cuisine et d'étude. Le plafond est de bois, traversé de lourdes solives jaunies et les murs sont de pierres blanchies à la chaux. Quant à l'épais autant que rugueux plancher, il est recouvert de catalognes proprettes,

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tissées par dame Basset elle-même, sur le métier qui est là, dans un coin, à côté du haut lit à colonnettes, et à rideaux verts, ombrageant un berceau.

Sur un grand pupitre, où le notaire rédige ses grimoires, deux chandelles en leurs bougenirs de fer, marient aux clartés joyeuses de l'âtre, leurs lumières. Près ues chandelles, un petit plat de cuivre, rempli de poud:e, dont le tabellion se sert pour dessécher l'encre de sa belle ronde 1° et un gros encrier d'étain, dans lequel plonge une longue plume d'oie: puis, Ça et là, épars: d'autres plumes, un bâton de cire d'Espagne, un gratoir, des livres et un étui de cuir contenant du parchemin.

Adossée à un pande la muraille, se dresse une solide armoire en bois de chêne, encerclée de bandes Je fer battu et garnie de larges gonds ouvrés, de même métal, qui ornent le panneau de front. Justement, le notaire vient de l'ouvrir, pour y déposer sans doute quelque papier précieux, peut-être une deses minutes. On peut maintenant voir le dos de gros volumes et en approchant y lire : Sénéchauffée de l'Isle de Mon-Réal, (c'est le registre de la cour de justice, dont maître Basset est le greffier), et sur

d'autres énormes tomes in-folio, reliés en peau de veau ou de mouton: Coutume de Paris, Coutume d'Orléans, Vexin-le-François, Traité des armoiries et du blafon. Répertoire des actes du tabeilionnage de l'Isle de Mon-Réal...

Un long coffre de bois, muni d'un dossier, qui fait office de siège pendant le jour et s'ouvre le soir pour servir de lit, est là aussi, au mur. A l'extrémité de ce banc-lit, près d'une fenêtre où la bise et le froid ont dessiné sur les carreaux de blanches arabesques, un rouet sommeille et une auenouille coiffée de sa quenouillée de filasse de lin, y appuie sa tête blonde; comme assoupie à son côté. En face de la fenêtre, c'est la cheminée où danse la flamme. A la droite, un bahut, à la gauche, un pétrin. Sur les murailles: un crucifix, une escampe à décors champêtres, une petite tapisserie aux armes du Roy-Soleil, reproduisant une allégorie d'après Lebrun, une copie en gravure, du tableau de La Vierge à la grappe, de Mignard et une autre représentant La Cène, du Poussin. ... Au-dessus de son grand pupitre, le tabellion a placé dans un cadre de bois noir, un

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204 AU CŒUR DE L’HISTOIRE parchemin signé : Jean Talon, Commission de notaire royal.

Enfin, de c'iaque côté de l'entrée de la maison. un mousquec et une arquebuse.

Au centre de la pièce, il y a encore une table, recouverte d'un tapis composé de petits carrés d'étoffes de différentes couleurs, cousus ensemble, et que dame Basset a elle-même fabriqué à sa façon. Sur ce meuble, se voient un pot de vieille faïence à fleurs bleues et à couvercle d'argent, avec un cruchon de sydre, escortés de plusieurs tasses d'étain,.

Des chaises complètent l'ameublement.

intendant. Sa

À à Cependant, maître Basset après s'être réconfor*é d'une ample rasade, a sorti de d que une feuille de vélin, due sur le pupitre.

ESSous sa casaqu'il a déployée, puis, éten- Ayant alors appelé sa femme

et ses enfants : Jean, Benoît, Charles et Marie, il leur dit :

—- Venez voir le Plan des rues nouvelles, destinées à remplacer à Ville-Marie, les six sentiers qui relient

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actuellement le fort, à l'Hôtel-Dieu, à la Placed'Armes, à la chapelle de Notre-: «me de Bon- Secours et aux autres endroits que vous connaissez. C'est Messire de Casson qui l'a conçu, puis dressé, ce plan, et c'est à moi, ce soir, qu'il vient de confier de le mettre en œuvre. Demain, qui est le 12 de mars 1672 sera une date mémorable dans les annales de cette ville, puisque avec Monsieur le supérieur, j'irai poser les premières bornes, sous lesquelles nous mettrons du mâchefer et des estampes de plomb, aux armes de Saint-Sulpice.

Et pendant qu'attentives, les têtes brunes et blondes se penchent tout autour du pupitre paternel, le notaire, devenu ingénieur-voyer pour les besnins du bourg naissant, continue, en indiquant maintenant du doigt, sur le plan, les lignes entrecroisées des rues projetées :

— Voici d'abord la rue principale. Elle s'étendra comme vous le voyez, du puits de la Place d'Armes, ! let courra vers l'est jusqu'à la redoute. 1? Plus tard, il sera facile de la prolonger du côté de l'ouest, s'il est opportun de le faire.

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— Mais, ne doit-on pas construire l'église neuve, devant le puits ? interrompt dame Basset.

— Tout juste, acquiesce le tabellion-ingénieur, le temple paroissiai nouveau sera bâti, devant le puits, de façon à ce que le portail faisant face au puits, re, rde à l'ouest. Et alors, la rue susdite partira de i arrière du chœur pour aller à l'est, et du puits en avant de la façade, pour se diriger dans la direction de l'ouest, comme j'ai dit, advenant qu'il y aura:t lieu de la continuer ainsi.

— De sorte que, la nouvelle église s'élèvera au milieu même de la rue?1: interroge l'un des eniants.

— Îl en sera comme tu dis répond le père...

Et continuant : Monsieur le supérieur de Saint- Sulpice propose que cette rue s'appelle, Notre-Dame; d'abord en l'honneur de la sainte Vierge, Dame de l'Isle, patronne de Ville-Marie, et aussi pour commémorer le pieux dessein de la compagnie de clercs, de gentilshommes et de nobles dames, qui présida aux débuts de cet établissement sous le nom de Société de Notre-Dame de Montréal. Vraisemblablement, cette voie sera la seule ouverte cètte année

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(1672)! Elle aura trente pieds de largeur; à la différence des autres, qui en auront de dix-huit à vingt... C'est l'intention de Messire l'abbé cependant, de tracer immédiatement les lignes des rues et d'en définir ainsi, les directions, longueurs et largeurs, afin que personne n'en puisse ignorer, et n'aille travailler la terre et l'ensemencer dans les limites et bornes y réservées. Ceci étant dit, je reprend où je l'avais laissée, l'explication du projet. Ce t'ait parallèle, mais plus au sud sur le plan, (ou pour mieux vous faire comprendre, cette ligne entre la rue Notre-Dame projetée et la rivière de Saint- Laurent) c'est à peu près le sentier ,où aujourd'hui, se trouvent échelonnés : le séminaire, (jadis le château de monsieur Paul de Chomedey) l'hôpital de mademoiselle Mance, l'école de mademoiselle Bourgeoys et la chapelle de Notre-Dame de Bon- Secours. J'ai suggéré, (Messire l'abbé étant de mon avis) que ce sentier élargi devienne:la rue Saint- Paul (1674), en mémoire de Monsieur Paul de Chomedey sieur de Maisonneuve. Maintenant, voici l'ébauche d'une autre rue, courant dans le même sens que la rue Notre-Dame, à quelques per-

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ches plus au nord, entre icelle rue Notre-Dame et le ruisseau Saint-Martin. 15 Ce sera plus tard (1678), probablement : la rue Saint-Jacques, à cause du Saint patron de Messire Jacques Olier, fondateur de Saint-Sulpice.

— Ce n'est que juste, opine l'épouse de maître Bénigne, car sans Messire Olier (que Dieu ait son âme en Paradis) et s4 Compagnie qui acceptèrent de devenir les Seigneurs de l'Isle de Montréal, il y a neuf ans ( 1663), je ne sais ce qui serait advenu de Ville-Marie.

— Pour passer de l'une à l'autre de ces trois allées principales, à Savoir : Saint-Paul, Notre- Dame et Saint- Jacques, poursuit le tabellion, en voici d’autres qui les coupent perpendiculairement, en angle droit. Ainsi que Vous pouvez le voir par le plan, toutes originent du fleuve et vont interceptant les trois lignes des rues Sus-nommées, jusqu'au ruisseau Saint-Martin. Je les indique en commençant par l'ouest.

[ci,c'est la rue Saint-Pierre, que nous ouvrirons l'an prochain (1673). En la nommant, on évoquera le souvenir du prince des apôtres, dont l'un

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des soutiens de la Société de Notre-Dame, fondatrice de Ville-Marie, portait le nom : le baron Pierre de Fancamp.

Messire l'abbé de Casson a voulu aussi, qu'une voie portât le nom de son patron: saint François d'Assise 16 (1691), car vous n'ignorez pas que Messire s'appelle François.

Quant à ce chemin qui court aussi dans le même sens, passe le long du mur du côté ouest de l'Hôtel- Dieu, originant presque devant notre maison, pour ensuite continuer et mener à la Place-d'Armes, ce chemin dis-je, ou plus justement, ce sentier qui s'appelle déjà Saint- Joseph, gardera son nom quand il aura été élargi (1673). Les religieuses hos- Pitalières de Saint-Joseph, sauront donc gré à Messire l'abbé, je pense, de son intention, qui est bien la mienne, de continuer d'honorer ainsi leur patron tutélaire, qui est aussi celui de toute la Nouvelle-France. Je me suis permis de faire trouver bon cependant, que si dans un avenir et pour des raisons que nous ne pouvons pas prévoir, l'hôpital changeait de lieu, 17 le nom de Saint-Sulpice, devrait être donné à cette rue, à cause du séminaire

et de sa communauté, quitte à désigner du nom de Saint-Joseph, une autre voie!8.

Il reste sur le plan trois autres rues parallèles à

celles dont je viens de parler. Plus tard, en les

j' ouvrant à la circulation, espérons que ceux qui nous succèderont dans nos travaux de voirie, n'oublieront pas:les Sieurs Charles Le Moyne, £ambert Closse et nos anciens curés, Messires Gabriel de Queylus et Gabriel Souart. C'est dans le dessein de conserver leur mémoire, que nous avons inscrit leurs noms sur le plan. Ce seront alors : la rue Saint- Charles (1677), la côte Saint-Lambert (1679), et la rue Saint-Gabriel (1680).

— Et qui sait, mon brave Bénigne, pense tout haut, sa femme, s'il n'y aura pas de même un jour, dans Ville-Marie, pour rappeler tes labeurs, une | rue Basset ?19 |

— Oui, qui peut le dire ? fait le tabellion devenu

rêveur. L'avenir !... l'avenir !... Allons, ma | bonne Jeanne, tu fais :rrer mon imagination... Je | continue... Enfin,ce trait qui touche à la ligne

de la rue Notre-Dame et s'en va au delà du ruisseau Saint-Martin, vers le nord, c'est-à-dire dans

la direction de la montagne, c'est le tracé du chemin du Calvaire, lequel, servira merveilleusement aux charrois. Cette appellation lui a été donnée par Messire l'abbé de Casson, dont la sœur, à Angers, est prieure d'une communauté, dite : du Calvaire.

Et dame Basset, continuant la pensée de maître Bénigne, de ‘ire :

— L'idée en est propice. D'en avoir agi ainsi,

nommant ce chemin, ne manquera pas d'attirer sur la ville, les prières du couvent dont il portera Hi 1:

— Ainsi soit-il, répond maître Basset.

Pendant qu'il replie la feuille, le plan des rues, qu'il va déposer entre deux bouquins dans l'armoire de chêne, il ajoute en guise d'épilogue :

— Puissent les générations futures en dénommant les autres rues du bourg, le faire à la manière de Messire l'abbé Dollier de Casson et du tabellion Bénigne Basset, afin de conserver toujours vivaces à la mémoire de ses habitants, les noms de ceux qui euront bien mérité de Ville-Marie et de la Nouvelle- France !...

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