‹ Au cœur de l'histoire [microforme]Chapitre 34 sur 56 · F] KA UE · texte numérisé non relu

F] KA UE

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les autres, les armes : tomohaws, épieux acérés, arcs, flèches, hachettes et couteaux.

Ils ont eu garde aussi, d'oublier : la grande marmite pour les festins, les calumets, les pétunoirs, le pétun, et de même, les paquets de viandes et de poissons séchés, Pour subsister jusqu'au territoire du gibier, vers lequel ils tendent.

Au faix de chacun, s'ajoutent jes raquettes bientôt indispensables.

À la tête de la bande aventureuse, marche Noël Négabamat, «que ces bons néophytes ont choisi bour leur capitaine. » Ilest chargé de son fardeau. A son côté, va l'intrépide missionnaire jésuite, qui a sur ses épaules le coffret contenant : lesornements Sacerdotaux, une provision suffisante d'hosties, le vin et les vases sacrés nécessaires pour distribuer la communion et célébrer le Saint-Sacrifice, ce qui se fera « quasi tous les iours ».… c'est-à-dire tout l'hiver, que durera l'évangélique randonnée.

A l'arrière, suit la troupe des chasseurs, avec les femmes et les enfants.

Les voyez-vous s'éloigner, à la file indienne, vêtus de peaux de fauves, puis, disparaître au versant des collines, qui barrent l'horizon, où le soleil irrise la crête des arbres chenus, transis par le froid matinal ?

Mais, à l'équinoxe d'automne, le soleil bas aux confins du ciel, ne chauffe presque plus la terre de ses rayons obliques. Aussi, dans la plaine, la brise d'été s'est-t-elle muée en bourrasque glaciale. Les tièdes ombrages des bois sont devenus inhospitaliers. Lorsqu'rr traverse une forêt, les autans secouent les ar. ‘-ileux à demi dépouillés, avec un bruit de va :.. impétueuse.

Encore quelques journées, puis, la neige aura ouaté de blanc toute la Nouvelle-France. Et, pendant que la saison s'avance, la troupe chemine... chemine... chemine...

La marche s'effectue à travers montagnes, vallées, forêts et clairières.

Sur le milieu du jour, on fait halte, pour manger, à défaut de viande fraîche, un morceau de chair

fumée, « boucan sans Pain, quasi qu-si dur que du bois, et aussi insitide que de la filasse ;, avec peutêtre un fruit Sauvage oublié par Je vent.

Pour boire, on a de l'eau de Source, à moins qu'on ne rencontre quelque lac, rivière ou ruisseau, dont il faut Souvent briser le glace. On se contentera même d'eau de neige fondue, Quand Ia terre s'en sera couverte,

Aux derrières lueurs du jour, on établit le camp. C'est l'ouvrage des femmes. Les feux S'allument,

destinée à cet effet. Les Pères et les mères y amenoient leurs enfants »...

ils font de merveilleuses chasses en rêves, dont ils tireront (vestiges de Superstition et de paganisme) de bons ou de néfastes augures au réveil. 3

Point n'est besoin de dire, qu'au récit de ces songes, le Père Druillettes ou le chef Négabamat, auront tôt fait d'en dissiper les futiles et mensongères vapeurs...

Mais voilà plusieurs soleils qu'on est en marche, et un matin, en soulevant les grandes fourrures qui ferment l'entrée des wigwams, la plaine hier grise et désolée, apparaît aujourd'hui toute éblouissante. C'est la neige ! l'apaisante neige, dont les flocons tombent silencieux, et sur laquelle surgiront bientôt les pistes des animaux Sauvages, dont la pénurie de provisions, commence à faire désirer ardemment la rencontre.

Depuis le départ, on a bien du prendre quelques rares gibiers dans les clairières ou dans les bois dépouillés de frondaison et jonchés de feuilles jaunies, roussies, noircies, par l'automne, maison espère que la neige rendra plus propice la chasse.

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Et alors, de grand matin, on assiste à Ja messe, car: «Le Père a célébré la sainte Messe quasi tous les iours, et si quelqu'un Preuoyoit qu'il n'y peust assisler si matin, il le venoit Prier de retarder vn petit, l'asseurant qu'il se Presseroit dans son ouurage. »

Puis, les chasseurs préparent les armes, les raquettes, les traînes, et S'élancent rapides dans la blanche immensité, laissant la garde du camp aux femmes et aux enfants; après avoir demandé « au Père, sa bénédiction, deuant que de sortir de la cabane, pour aller à leur chasse »...

— Bonjour et bonne chance ! Que le Grand Manitou vous donne l'agilité de l'oiseau et Ja prudence du serpent !

Au crépuscule, ils reviendront vers les cabanes, exténués, affamés, et ce qui est pis, souvent sans aucune prise, mais louant quand même le Manitou, Souverain Maître des fauves et de leurs tanières. C...Ceux-là mesmes qui relournoient sans auoir rien pris bénissoient Dieu d'aussi bon Cœur, comme s'ils eussent fait vn très heureux rencontre ».…

Parfois, ils suivent sur la neige, les traces d'un élan, d'un cerf, ou d'autres bêtes, avec ténacité, deux jours durant, alors qu'ils en rapportent les glorieuses et magnifiques dépouilles, sur les traînes légères, fabriquées de leur industrie, et tous « remercioient nostre Seigneur à leur retour de les auoir assistez »...

Ces soirs-là, grande réjouissance au camp.

La marmite est dressée, ou mijote bientôt un abondant ragoût... Mais il n'y a pas de festin où l'on ne chante. Aussi, comme ces sauvages sont chrétiens, et qu'ils ont par conséquent abandonné: les idoles, les fétiches, les sauteries païennes et les incantations de sorciers, ils chantent en l'honneur du Vrai Dieu, que la Robe-Noire leur a appris à bénir et invoquer, de reconnaissantes et plaintives mélopées, au rythme étrange de la chichikoué.

Ensuite, après avoir fait ripaille, (ce qui ne leur arrive pas avec fréquence) ils font sècherie à la fumée, de quartiers de viandes, et de préférence, de celle de l'élan, dont ils conservent la plus ample quantité possible, pour parer aux disettes futures.

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Et ainsi, d'étape en étape, les plaines succèdent aux plaines, les bois aux bois, et les jours aux jours, jusqu'à ce qu'on atteigne la fête de Noel.

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