‹ Au cœur de l'histoire [microforme]Chapitre 35 sur 56 · NOËL DE SAUVAGES · texte numérisé non relu

NOËL DE SAUVAGES

‘Les Sauuages ont vne déuotion particulière à la nuit qui fut éclairée de la naissance du Fils de Dieu, il n'y eut pas vn

‘eux qui ne voulust ieusner le iour qui la précède. Ils bastirent vne petite Chapelle de branches de cèdre et de sapin en ‘honneur de la creiche du petit lesus: ils voulurent faire quelques pénitences pour

qui estoient esloignez de plus de deux iournées se trouuèrent à point nommé r chanter des Cantiques en l'honneur de l'enfant nouueau né et Pour s'approcher de la table où il a voulu estre le mets adorable:

ny l'incommodité de la neige, ny la rigueur des froids ne pût estouffer l'ardeur de leur

otion, cette petite Chapelle leur sembloit vn petit Paradis."

Relations des Jésuites, 1644-1645, chap.

Essayons de reconstituer, nous aidant de ce texte, ce que dut être une messe de minuit, dans ces solitudes barbares et inexplorées.

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Aux approches de la Noel, le missionnaire a dit à ses pieux néophytes : — Mes très chers enfants : Bientôt, l'on fera la célébration de la fête de la naissance du Doux Enfant Jésus, en ce monde, Fils du Grand Manitou, descendu sur la terre, (il y a autant de lunes, qu'il y a d'arbres, en toutes vos forêts) pour sauver les hommes du péché et les arracher des griffes de l'Esprit Malin. Que ceux qui ont fait leur première communion, se confessent, ce jour-là, pour recevoir Jésus dans leur cœur. Quant à ceux qui ne sont que baptisés, qu'ils espèrent et désirent sa venue en eux, comme autrefois, les hommes sages, qu'on appelait Mages, (les Onontios des pays au delà des grandes eaux des mers, dans l'Ancien Testament) qui ‘oupiraient après Lui, le Désiré des tribus.

Et voilà que aussitôt, confiant dans la bonté de Celui qui ne dédaigne pas la petitesse de leurs demeures, ils élèvent au milieu de leur campement, (vne petite Chapelle de branches de cèdre et de sapin en l'honneur de la creiche du betit Jesus. » Cette

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pieuse cabane-de-la-prière, ils l'ont couverte de

rameaux entrelacés, pour y recevoir le Dieu Ré- LA dempteur fait Enfant, Fils du Grand Manitou

| devant qui les Peaux-Rouges et les Visages-Pâles sont égaux.

Quant aux parois intérieures de la touchante et rusti petite église, imaginons, que les sauvages les ont complètemerit tapissées, de rameaux verts odoriférants et des plus riches fourrures dont ils disposent; à savoir : de pe'leteries de visons, de

renards argentés, de mar:h+ :t de castors.

Sur un autel primitif, paré de ses nappes liturh giques, il y a un petit tabernacle, dont le devant est H orné d'un voile ou rideau, ouvragé de wampum. ê Sur le dessus, une Croix, probablement peinte , | de rouge ou de bleu... On Sait que les naturels,

i friands de couleurs, en emportaient d'ordinaire avec eux, pour s'en tatouer la figure et les membres, aux jours de fête. Peut-être Y a-t-il aussi, escortant la croix, deux menus chandeliers d'étain, où 4 brillent les cierges précieusement conservés, pour + cette nuit, depuis le départ.

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L'autel entier se dresse sur des peaux de chcvreuils et d'élan, étendues en gruise de tapis...

Et dans un coin de la chapelle, voici la crèche, où l'Enfant-Jésus repose sur la mousse soyeuse et verdoyante.

Est-ce un sauvage qui l'a taillé, dans une grosse branche de bouleau ?... Supposons-le, et supposons de plus, que les femmes l'ont habillé d'une belle robe d'hermine immaculée, cousue et brodée de poils de porc-épic.

La clarté rougeâtre d'une torche de résine, plantée au milieu de l'espace de terre nue, qui sert de nef de--=* l'autel, illumine.

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